03 avril 2007

 

L'Oiseau-mouche a fait son nid


Par l'équipe de L'Oiseau-mouche

Il y a un peu plus d'un an, nous avons lancé L'Oiseau-mouche parce que nous voulions un espace pour partager nos réflexions et contribuer à la diversité des points de vue. Nous avions le goût de débattre, d'argumenter et de nous pencher librement sur des thèmes qui ne font pas nécessairement la manchette. Nous avions aussi le goût d'agir, de bouger, de faire un pied-de-nez à la morosité et au cynisme ambiants.

Ces derniers mois, l'action a pris d'autres chemins. Sylvain Gaudreault est devenu candidat du Parti Québécois dans le comté de Jonquière. Denise Turcotte l'a appuyé activement dans sa campagne électorale. Puis, le 26 mars dernier, Sylvain Gaudreault est devenu député de Jonquière. Et Denise Turcotte fera partie de son équipe de comté.

Ce nouveau défi est à la fois excitant et lourd de responsabilités. Le mélange des genres n'est pas de mise, c'est pourquoi nous cessons de publier des textes sur L'Oiseau-mouche. Nous continuons cependant d'assumer entièrement ce que nous y avons écrit: le blogue restera en ligne aussi longtemps que le site gratuit qui l'héberge rendra la chose possible.

Le nouveau député de Jonquière compte également mettre en ligne très bientôt un site web où il pourra échanger avec les citoyens. Ce nouvel espace permettra, nous l'espérons, de poursuivre la réflexion et de continuer de faire de la place à des points de vue variés et à des débats ouverts et sereins.

Écrire sur ce blogue nous a procuré beaucoup de plaisir. À tous ceux qui ont lu et commenté nos textes, merci. À Alain Bergeron qui en a diffusé plusieurs sur LBR, merci pour la complicité généreuse. L'Oiseau-mouche ne disparaît pas vraiment. En fait, il a simplement fait son nid dans une forme d'action plus directe.

14 mars 2007

 

La note du viaduc de la Concorde de Dumont : un procédé sale et répugnant


Par Pascal D'amours

Le débat des chefs de la semaine dernière a au moins permis de confirmer un constat : Mario Dumont est prêt à tout, même les pires bassesses pour voir son étoile briller au firmament. Cette semaine, je n’ai que du dégoût pour M. Dumont qui semble pourtant grimper dans les sondages. Jusqu’ici, je tolérais assez bien ce conservateur « populo et démago » en le trouvant parfois juste, parfois rigolo également.

Avec l’utilisation d’une note interne concernant le viaduc de la Concorde lors du débat des chefs, Mario a atteint ce qu’il y a de plus noire en politique : l’exploitation d’un drame et de morts à des fins purement électoralistes. L’attitude mérite le mépris sans appel. On peut s’amuser lors d’une campagne de croc-en-jambe ou d’accusations qui prennent la forme de pelures de banane. Cependant, la manœuvre de Mario Dumont vise l’exploitation des émotions les plus sombres pour duper et tromper les électeurs.

On connaît depuis quelques jours, le contenu de cette fameuse note, il s’agit du simple mémo d’un professionnel qui avise son patron immédiat de l’état d’un viaduc et qui conclut en affirmant : « Aucune intervention n’est requise pour l’instant » (ce que Mario n’a pas révélé en ondes). Qu’est-ce qu’un premier ministre peut bien avoir à faire avec un note comme celle-là ??? Il y a des milliers de mémo comme celui-là qui circulent dans la fonction publique à chaque semaine. Et voilà super Mario qui accuse Jean Charest de ne pas avoir tenu compte du danger. Le procédé est sale et dégoûtera ceux qui s’amusent encore parfois de la politique spectacle. L’entourage de Mario Dumont était fier de cette tactique à la suite du débat. Ils l’ont même qualifiée de « bombe atomique ».

Les émotions avant la vision


En fait, depuis le début de la campagne, Mario Dumont joue avec les émotions à fleur de peau. Les sujets qu'il traite masquent son absence totale de vision pour le Québec. Mario utilise la peur de l'autre (accommodements raisonnables), la haine des structures (commissions scolaires), le respect des aînés (commission d'enquête), la protection des enfants (Ombudsman de la DPJ) et maintenant la soi-disant négligeance de l'État pour parler aux tripes des électeurs en omettant toutefois d'élargir la réflexion. Alors que l'on s'attend d'un premier ministre qu'il soit l'architecte du Québec de demain, Mario Dumont propose sa candidature comme simple responsable de la sécurité de ce chantier.

Mario utilise le drame, il accuse les autres d’être responsables et se pose en justicier ensuite. On le voit, Mario est prêt à tout pour prendre le pouvoir. Moi, ce procédé ça me lève le cœur et ça me fait peur. À mes yeux, Mario n’est plus un jeune et brillant politicien, il est devenu depuis le débat un danger pour le sain débat démocratique. Il n’y a plus désormais que deux chefs de parti qui méritent d’aspirer à la fonction de premier ministre du Québec.

04 mars 2007

 

Les bleuets, c’est pas de la tarte !


Par Denise Turcotte

Si j’étais surprise que l’administration municipale de Saguenay se lance dans l’exploitation commerciale d’une bleuetière à Shipshaw, je suis tout aussi surprise de la rapide volte-face du maire Jean Tremblay qui renonce maintenant au projet et préfère laisser le champ libre à l’entreprise privée.

Un projet pour générer des revenus

La cueillette de bleuets rapporte beaucoup à la région: on estime les retombées à près de 100 M $ par an. Pas étonnant que les terres en friche qui sont sous gestion municipale soient envisagées pour y établir une bleuetière, surtout que le petit fruit bleu semble démontrer de plus en plus de qualités pour la santé. Les propriétés du bleuet pourraient augmenter sa popularité et, qui sait, pousser les prix à la hausse dans l'avenir.

Il y a quelques semaines, le maire de Saguenay vantait le potentiel d'établir une bleuetière à Shipshaw, sur un territoire aussi vaste que l'ancienne ville d'Arvida. Jean Tremblay espérait ainsi procurer à la Ville des revenus pouvant atteindre 1 M $ par année. À ceux qui s'étonnaient de voir la municipalité se lancer dans des activités commerciales qu'on associe plus volontiers au secteur privé, le maire répondait que la ville cherche constamment de nouvelles sources de revenu. Cet argent, ajoutait-il, pourrait servir à diminuer les taxes ou à défrayer le coût des services pour les citoyens de Saguenay.

Volte-face

Mais voilà qu'à peine un mois plus tard, Jean Tremblay s'oppose au projet parce qu'il prévoit un déficit monstre. La corporation propose de financer l'établissement de la bleuetière en coupant et en vendant le bois présent sur les terrains; Jean Tremblay n'est pas d'accord, il préfèrerait que l'argent provenant de la vente du bois serve à d'autres fins, comme à investir sur les espaces verts et les parcs de la Ville.

C'est comme si monsieur le maire venait tout juste de réaliser qu'une bleuetière, ça ne pousse pas gratuitement, comme par magie ! Selon ce qu'il a déclaré après avoir vu les plans de la corporation formée pour lancer le projet, il en coûterait autour de 2 M $ pour aménager la bleuetiere et son exploitation mettrait huit ans à atteindre la rentabilité. Tout à coup, le projet miracle du mois dernier lui apparaît trop risqué et il fait marche arrière.

Avouons que tout cela ne fait pas très sérieux. De toute évidence, le maire de Saguenay a décidé d'appuyer le projet sans avoir en mains le minimum d'information qu'un premier magistrat devrait exiger avant de lancer sa ville dans un nouveau projet et avant d'affirmer à la population qu'il s'agit d'une bonne affaire.

A-t-il seulement péché par excès d'enthousiasme, où bien cela trahit-il la façon de faire habituelle de son administration ? Le scénario est inquiétant: on lance une idée, farfelue ou pas, on trouve les mots justes pour convaincre la population et le conseil municipal suit dans une belle unanimité. Sans poser de questions et sans exiger plus de garanties. Puis, si la suite du dossier procure des chiffres qui ne sont pas ceux escomptés, monsieur le maire change d'avis et renvoie les conseillers faire leurs devoirs. Après tout, ce sont eux les fautifs qui se sont trompés en ne préparant pas un bon plan.

Une créature de l'administration Tremblay

Bien que ce soit présentement le président Jean-Marie Beaulieu et la conseillère Marina Larouche qui aient le mauvais rôle, il est manifeste que le maire était derrière l'idée d'une bleuetiere depuis le début. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un coup d'oeil aux informations sur la corporation qui chapeaute le projet.

Forêt-bleuets Saguenay inc. a été fondé le 29 janvier 2007. Son inscription au registre des entreprises du Québec mentionne trois administrateurs : Francyne Gobeil, attachée politique au cabinet du maire Jean Tremblay, Claude Bouchard, commissaire industriel à Promotion Saguenay et Marina Larouche, conseillère municipale du district # 11. C'est un organisme sans but lucratif, constitué en vertu de la partie 3 de la Loi sur les compagnies.

Les coûts de l'improvisation

Il y a quelques semaines, cette corporation a fait l'acquisition de certains terrains situés en bordure de ceux envisagés pour l'établissement de la bleuetière. Il s'agit des lots 30 et 31 du Canton Simard. La transaction, au montant de 50 000 $, a été conclue très rapidement et cette affaire soulève de nombreuses questions.

D'où provenaient les 50 000 $ qui ont financé cette acquisition de terrains ? S'agissait-il d'argent public ? Pourquoi a-t-on procédé à un tel achat avant d'avoir obtenu l'accord du conseil sur le plan de développement de la bleuetière ? Comment se fait-il que le commissaire industriel de Promotion Saguenay ait laissé passer une démarche si visiblement teintée d'amateurisme ? Est-ce ainsi que Promotion Saguenay agit dans les autres dossiers touchant le développement économique ? Et que deviendront les terrains acquis par Forêt-bleuets Saguenay maintenant que le projet de bleuetière doit composer avec un plan plus modeste ?

Espérons seulement que les contribuables de Saguenay ne sont pas, à leur insu, les bleuets de la tarte.

24 février 2007

 

Publicités politiques négatives: tirer sur les personnes pour tuer le débat


Par Denise Turcotte

Avec le lancement de la campagne électorale québécoise, les conservateurs de monsieur Harper ont retiré les publicités négatives qu’ils avaient lancées contre le chef libéral Stéphane Dion. On sera assurément bombardé de publicités politiques dans les semaines qui viennent, ce qui amène les conservateurs à ménager leurs munitions. Alors, sauvé par la cloche, monsieur Dion ? Rien n’est moins sûr, si on en croit les conservateurs pour qui ce n’est que partie remise.

Un malaise

Je peux bien l’avouer, je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour Stéphane Dion. Comme plusieurs d’entre vous sans doute, je me suis amusée de le voir dépeindre en rat par le caricaturiste Serge Chapleau. Il avait ce qui fait qu’on aime détester quelqu’un: la suffisance et l’arrogance de l’intellectuel qui se croit supérieur, le petit air hautain de celui qui a tout compris et qui est persuadé que tous les autres sont dans le champ. Quelque chose du traître aussi: ce Québécois qui prétend dire aux autres Québécois ce qui est clair et ce qui ne l’est pas, et qui cherche à changer les règles du jeu pour faire triompher son option fédéraliste par tous les moyens.

Et puis Jean Chrétien est parti et Paul Martin a relégué Stéphane Dion aux banquettes arrières. Et il a fallu ajouter des qualités improbables comme l’humilité et la modestie à notre façon de percevoir monsieur Dion. En jouant le brave soldat sans rechigner, puis en devenant ministre de l’Environnement, il a commencé à casser son image de Québécois venu à Ottawa uniquement pour remettre le Québec à sa place. Je crois que c’est à partir de là que l’image du rat est passée de caricature parfaite à insulte pas très gentille.

Finalement, pendant la campagne au leadership du Parti libéral, Stéphane Dion a redoublé d’efforts pour montrer qu’il pouvait être près des gens. En écoutant certaines des entrevues qu’il a données sur des tribunes moins politiques, je me suis même surprise à me dire que Stéphane Dion n’était peut-être pas un mauvais diable dans le fond. De là à en faire un chef charismatique de grand parti, il y a une marge, mais c’est comme si tout à coup, il ne méritait plus qu’on le déteste intégralement et sans appel.

C’est un peu pour cela que j’ai ressenti un malaise lorsque j’ai vu les publicités négatives des conservateurs sur Stéphane Dion. Le rat, on peut reconnaître que c’était peut-être un peu fort, mais on peut aussi se dire qu’il avait couru après. Mais il ne mérite pas un Rat II. S’attaquer à la personne plutôt qu’aux idées, c’est « cheap ».

Approche déloyale

C’est d’ailleurs curieux de voir combien les conservateurs sont prompts à préférer l’attaque personnelle à l’argumentation sur les idées, eux qui se posent en champions de l’intégrité morale. Il y a dans ce procédé toute l’hypocrisie que je déteste. Celle des défenseurs de la rigueur qui n’hésitent pas à tourner les coins ronds pour arriver à leurs fins. Celle des bigots qui mangent de la balustre d’un côté de la bouche et qui mangent du prochain de l’autre bord de la gueule.

Il fallait entendre les ministres conservateurs du Québec défendre leurs publicités négatives en les dépeignant comme de l’information. N’importe quoi ! Tout le monde sait que Stéphane Dion a loyalement servi Jean Chrétien, personne n’a besoin d'être informé là-dessus. De la part des conservateurs qui exigent de leurs députés un respect exemplaire de la ligne de parti, c’est presque cocasse.

En réalité, ce que les conservateurs cherchent à faire, c’est plutôt d’associer monsieur Dion à tout ce que les électeurs peuvent reprocher à Jean Chrétien, y compris le scandale des commandites et son style un peu colon. Ils ne démontrent pas que les idées de Dion sont mauvaises, ils tentent de nous convaincre que, puisque Dion travaillait avec Chrétien, il est forcément croche. Ils misent sur le fait que ni Dion, ni Chrétien ne bénéficient d’un grand capital de sympathie de la part des Québécois.

Nouvelle mode

Est-ce que ce type de publicités dont les Américains sont friands a de l’avenir au Québec ? Je ne sais pas. Les Québécois détestent la chicane et beaucoup de gens se plaignent que les politiciens passent leur temps à se dénigrer les uns les autres plutôt qu’à expliquer ce qu’ils ont à proposer pour régler les problèmes auxquels la population fait face.

D’un autre côté, la radio-poubelle a la côte et les morning-men qui se spécialisent dans l’attaque personnelle jouissent de larges auditoires qui en redemandent et qui en rajoutent dans les tribunes téléphoniques. Dans les milieux de travail, il n’est pas rare que le dénigrement des collègues soit érigé en système et c’est souvent vrai également dans les familles. Si nous sommes souvent portés à nous ranger du côté des victimes, nous avons bien de la difficulté à résister à la tentation de la gueule sale...

Finalement, je crois que ce qui me dérange le plus dans les publicités négatives, c’est qu’elles nous éloignent encore un peu plus des débats véritables. Il me semble qu’on baignait déjà dans suffisamment de démagogie comme ça ! Quoi qu’il en soit, si les conservateurs réussissent à faire entrer les publicités négatives agressives dans nos mœurs politiques, ce ne sera pas parce qu’ils sont plus méchants que les autres. Ce sera parce que nous sommes prêts à accepter que tous les coups sont permis et que les idées sont devenues secondaires dans l’arène politique.

17 février 2007

 

Pourquoi j’appuie Sylvain Gaudreault


Par Denise Turcotte

Il y a quelque temps, mon collègue blogueur Sylvain Gaudreault expliquait sur cette page pourquoi il est candidat du Parti Québécois dans le comté Jonquière. Ça ne surprendra sans doute personne que je l’appuie. Alors on ne se contera pas de peurs et je n’essaierai pas d’avoir l’air neutre. Je compte faire preuve de retenue et éviter les sujets partisans pendant la campagne électorale. Mais j’aime les choses claires: avant le déclenchement des élections, je vais donc vous dire exactement où je loge.

Plantons d’abord le décor: Sylvain Gaudreault n’est pas mon ami d’enfance, ni un parent, ni l’ami d’un parent, ni même l’ami d’un ami. C’est simplement quelqu’un avec qui j’ai voulu partager un blogue parce que j’aimais sa vision du monde et sa façon de l’exprimer dans Le Quotidien où il a agi comme chroniqueur pendant trois ans.

Des valeurs humanistes

Sylvain défend un monde plus juste, une société ouverte sur la planète, une région qui prend son destin en charge et qui met ses ressources et son imagination au service de son développement. Il voit la souveraineté du Québec comme un moyen de prendre notre place dans le monde, pas comme un repli folklorique. Il accorde beaucoup d’importance à l’environnement, à la culture et à l’éducation. Il croit que l’État doit intervenir parce que «le marché» laissé à lui-même provoque des inégalités qu’une société riche ne doit pas tolérer. C’est d’abord en cela que je le rejoins: il porte et défend des valeurs qui sont aussi les miennes.

De la vision

Ses écrits en sont la démonstration, Sylvain s’informe beaucoup et il réfléchit sur le monde, sur la société, sur la région. C’est quelqu’un qui analyse et qui fait des liens pour comprendre les événements et leur portée. Il dépasse les évidences et les clichés. Il ne se prononce pas au hasard, il se construit une vision large et profonde des enjeux. Ses idées sont claires et d’une cohérence qui ne se dément pas au fil du temps.

J’appuie Sylvain Gaudreault parce qu’il a la réflexion et la vision qu’il faut pour faire face à des problèmes complexes comme ceux que notre région doit résoudre de toute urgence.

De l’idéal

Sylvain est le contraire du cynisme et du défaitisme. Ça fait du bien ! J’ai découvert en lui quelqu’un qui croit profondément qu’on peut changer les choses, mieux, qu’on DOIT changer des choses. Et qui est prêt à se retrousser les manches pour le faire. Militant depuis de nombreuses années, il sait qu’on ne change pas le monde du jour au lendemain, mais il a l’expérience de l’action et du travail politique. Il n’est pas naïf, il est actif. Il a des convictions et il n’a pas peur de se lever pour les défendre.

À l’heure où les politiciens sont souvent taxés d’agir par intérêt personnel ou pour étancher leur soif de pouvoir, je sens chez Sylvain un réel désir de se mettre au service du bien commun pour améliorer le sort des gens de la région. Il va en politique par idéal, avec une intégrité sans faille et la certitude qu’il devra se montrer digne de la confiance placée en lui. Je l’appuie parce que c’est le genre de motivation que j’attends des gens qui aspirent à nous représenter et à nous diriger.

De la vaillance

Je l’ai vu à l’ouvrage. Il travaille fort. Il travaille bien. Il écoute. Il travaille en équipe. Il est extrêmement respectueux des personnes qui l’entourent ou qu’il croise. Ce n’est pas pour rien qu’il a réussi à réunir autour de lui une équipe impressionnante faite de gens provenant d’horizons variés. Et ce n’est pas par hasard que le travail se fait vite, bien et dans une ambiance joyeuse autour de lui. Je l’appuie pour ses qualités de rassembleur et pour son leadership qui inspire sans étouffer.

La capacité de livrer la marchandise

Je l’ai vu manœuvrer pour faire avancer ses dossiers. Bon communicateur, il sait expliquer son point de vue clairement et calmement, en s’appuyant sur une argumentation solide. Tenace et déterminé, il sait aussi mettre en relief les intérêts communs pour attirer des alliés à ses causes. Cherchant le résultat avant le prestige, il partage le crédit des victoires et mérite ainsi le respect et l’estime de ses partenaires tout en leur donnant le goût de s’engager dans les prochaines batailles.

À l’époque où tant de lobbies sont à l’œuvre pour que la poche aille au plus fort, nous avons besoin de gens habiles à trouver les compromis qui font avancer les choses et progresser le bien commun. J’appuie Sylvain Gaudreault parce qu’il possède cette habileté.

La région a besoin de nouveaux leaders pour relever la tête, mobiliser toutes ses forces et travailler avec intelligence et acharnement à faire de ce coin du monde un endroit où chacun peut vivre la vie à laquelle il aspire.

J’appuie Sylvain Gaudreault parce qu’il est un de ces nouveaux leaders et que Jonquière a un urgent besoin de quelqu’un comme lui.

10 février 2007

 

Regard sur le court métrage au Saguenay: une conception festive de l’entreprenariat régional


Par Denise Turcotte

Ceux qui croient que l’esprit d’entreprise manque de vigueur au Saguenay–Lac-Saint-Jean devraient aller faire un tour au festival Regard sur le court métrage ces jours-ci. Cet événement est devenu une véritable PME culturelle, sans trahir l’esprit de fête et de découverte qui lui a donné naissance.

Quand on évoque l’entreprenariat, on pense d’abord à des commerces et à des usines. Pourtant, dans une région qu’on qualifie volontiers de «pépinière d’artistes», il est tout à fait logique que l’entreprenariat s’exprime à travers une de nos grandes richesses naturelles: la vitalité artistique et la créativité de nos artistes.

À sa onzième année, Regard sur le court métrage au Saguenay amène le monde sur nos écrans et permet l’essentielle rencontre entre créateurs et gens de l’industrie. Il donne également à plusieurs jeunes créateurs l’occasion de travailler dans le domaine qui les passionne et de le faire ici, au Saguenay.

Persévérance

Ça n’allait pas de soi, comme le raconte avec amusement Éric Bachand, fondateur de l’événement et actuel directeur artistique. «La première fois que j’ai appelé à la SODEC pour avoir de l’aide, ils m’ont expliqué tout le processus et ils m’ont dit «bonne chance» sur un ton qui en disait long!» D’ailleurs, la première demande a été refusée: «En toute naïveté, je cherchais 500$ pour éponger le déficit de la première édition», explique Bachand.

C’est vrai qu’il fallait une certaine dose de naïveté pour croire que l’organisme gouvernemental apporterait son soutien à un festival naissant, marginal et «en région». Pourtant, onze ans plus tard, la SODEC reconnaît l’importance du festival et lui accorde quelques dizaines de milliers de dollars annuellement. Et Éric Bachand est bien trop dépourvu de malice pour y penser, mais moi ça me fait un petit velours que Regard sur le court métrage soit devenu un succès pendant que la SODEC se plantait avec sa tentative réorganisation des grands festivals de films à Montréal.

De la passion et du plaisir

En fait, je crois que le succès du festival tient beaucoup à son esprit bon enfant, passionné et résolument festif. Regard est très sérieux, mais il ne se prend pas trop au sérieux même si son rayonnement est international avec des films provenant d’une quinzaine de pays. Cette année, il y a même des gens de l’extérieur de la région qui sont venus pour agir comme bénévoles au festival; c’est dire à quel point l’événement est en train de devenir un incontournable.

Les artistes qui participent à Regard s’amusent ferme. C’est pour ça qu’ils reviennent et qu’ils en parlent à leurs amis. Par exemple, Francis Leclerc, dont le festival a présenté plusieurs films au fil des ans, est de retour cette année pour réaliser le film improvisé. Il a amené son copain Roy Dupuis. C’est comme ça, Regard, c’est un peu une affaire de chums.

Vedettes et grosses pointures

Les vedettes comme Roy Dupuis, Francis Leclec, ou Sylvain Marcel, le porte-parole au célèbre «Ah Ha!», attirent les projecteurs sur le festival et contribuent à le faire connaître. C’est une bonne chose, mais les vedettes les plus importantes sont peut-être ailleurs. Regard est une formidable vitrine pour des cinéastes talentueux d’ici, comme Sébastien Pilote, qui y présente un nouveau film cette année. Et il y a, dans la programmation de Regard, de nombreux films primés et sélectionnés dans des festivals importants, comme Histoire tragique avec fin heureuse, de Regina Pessoa, couronné à Annecy, Séoul et Hiroshima, Spraekker, de Aage Rais-Nordentoft, Grand Prix à Brest, Eût-elle été criminelle… de Jean-Gabriel Périot, gagnant de quatre prix internationaux, Banquise, de Claude Barras et Cédric Louis, sélection officielle en compétition au Festival de Cannes, Sniffer, de Bobbie Peers, Palme d’Or du court métrage et prix Norman McLaren au Festival de Cannes 2006, Noël Blank, de Jean-François Rivard (à qui on consacre d’ailleurs une rétrospective), prix Génie 2004 du meilleur court métrage dramatique, et plusieurs autres.

Si les noms de ces cinéastes sont inconnus pour l’instant, nous pourrons peut-être bientôt nous vanter d’avoir été parmi les premiers à les découvrir. Comme nous avons eu la chance de faire, sur les écrans de Regard, la découverte des films de Francis Leclerc, Ricardo Troggi, Jean-Marc Vallée, Robin Aubert, Denis Villeneuve, Louis Bélanger et tant d’autres.

Certains réalisateurs et organisateurs de festivals étrangers sont venus au Saguenay pour présenter leurs films et pour voir ceux qui sont projetés ici. Samedi soir par exemple, le français Martin Rit et le belge Xavier Diskeuve étaient là pour présenter leurs films à une salle comble qui leur a fait bon accueil. Au delà des riches rencontres qui s’en suivent, cette notoriété acquise par Regard sur l’échiquier mondial du court métrage est sans doute une des principales fiertés de l’équipe de Caravane Films, qui organise le festival.

Autre raison de se réjouir, le public de Regard suit fidèlement et augmente année après année. L’événement a d’ailleurs mis de l’avant une foule d’initiatives pour développer son public. Ainsi, en plus des tournées dans les écoles, des séances scolaires, ados, familiales et de projections dans des vitrines d’édifices de la rue Racine, Regard organise cette année des projections sur écran de neige. Animées par les Clowns noirs du Théâtre du Faux coffre, ces séances extérieures gratuites expriment de façon audacieuse la nordicité assumée d’un festival sans complexe.

Une nouvelle façon d’être régionaliste

Regard sur le court métrage au Saguenay est un bel exemple de ce qui me fait espérer le meilleur pour l’avenir de la région. Avec ses projections à Chicoutimi et à Jonquière (et même à Alma en avant-première), le festival reste imperméable aux querelles de clochers et occupe au mieux le territoire pour accroître son rayonnement, augmenter son accessibilité et exploiter tout le potentiel de chaque lieu.

Mais surtout, cet événement organisé par une équipe jeune, débrouillarde et déterminée présente un visage réjouissant et moderne de l’entreprenariat régional : axé sur la culture, fidèle à sa passion, et tourné vers le monde tout en restant fier porteur de l’identité régionale.

Bel exemple à suivre.


Regard sur le court métrage au Saguenay
11e édition, du 7 au 11 février 2007
http://www.caravane.tv/

04 février 2007

 

Pourquoi je suis candidat du Parti Québécois


Par Sylvain Gaudreault

NOTE : Le texte qui suit a été proposé à la chronique "Opinion" du journal Le Quotidien. Le rédacteur en chef a refusé de le publier sous prétexte de ne pas accorder une visibilité plus grande à un candidat plutôt qu'à un autre en cette période pré-électorale...

J’en ai assez du tumulte des derniers jours. Je ne digère pas ces supputations médiatiques sur la soi-disant désertion du Parti québécois par des candidats de la relève. Un instant ! J’ai 36 ans et je suis candidat dans l’équipe d’André Boisclair. Ça vous étonne ? J’ai fait le choix de me présenter avec le Parti québécois, sans être pour autant un extra-terrestre. Voici pourquoi. Pièce en trois actes.

Acte 1 : la souveraineté

Je ne veux pas passer toute ma vie active à tourner en rond sur la question nationale. Faire la souveraineté m’apparaît comme la piste de solution la plus pertinente pour garantir le plein épanouissement de la nation québécoise, mais aussi pour assurer son avenir social, économique et politique. Le Québec occupe une place de plus en plus congrue à l’intérieur du Canada et il faut prendre acte de l’impossibilité chronique de renouveler en profondeur le fédéralisme.

Construire un pays est le défi le plus stimulant qui soit. À partir du travail de pionnier réalisé par les générations de militants qui ont précédé la mienne, je souhaite faire partie d’un gouvernement qui posera aux Québécoises et aux Québécois la question fondamentale : que préférez-vous entre la souveraineté du Québec et le statu quo constitutionnel ? Le fardeau de la preuve est entre les mains des fédéralistes.

Être souverainiste, c’est aussi croire à une plus grande autonomie des régions. Comme défenseur de leur développement, partisan d’une politique d’occupation du territoire, je crois que la souveraineté est le meilleur outil de développement régional à long terme. À l’intérieur d’un Québec souverain, le rapport de force des régions se trouverait décuplé. Le chantier de la souveraineté, avec notamment le projet de rédaction d’une Constitution, apparaît comme le moment tout indiqué pour revoir la répartition des pouvoirs et – enfin ! – proposer une véritable décentralisation aux régions avec les ressources qui l’accompagnent.

Acte 2 : le parti

Le Parti québécois est social-démocrate. Dans Jonquière, j’ai rassemblé autour de ma candidature des militants en provenance de tous les milieux, dont plusieurs appartiennent au mouvement syndical. Comme moi, ils croient en l’influence des lieux de pouvoir par l’intérieur. Le Parti québécois rend possible cet engagement civique profond. Quand Victor-Lévy Beaulieu éructe « bon débarras », c’est sur tous ces gens de conviction qu’il crache !

Les gouvernements du Parti québécois ont fait de grandes réformes sociales-démocrates : le financement démocratique des partis politiques, la Charte de la langue française, la loi anti-scab, la loi sur la lutte contre la pauvreté, les services de garde à 5$ par jour, la politique nationale de l’eau, etc. Avec l’influence grandissante des militants progressistes dans les instances, aucun chef du Parti québécois ne pourra se travestir en chantre de la droite populiste comme Mario Dumont. Déjà, le programme actuel du parti prévoit d’audacieuses mesures comme la réduction à la dépendance au pétrole et le gel des frais de scolarité. Le Conseil national du parti s’est prononcé en faveur de la création d’un fonds de capital de risque dans les régions pour casser leur dépendance envers la grande entreprise.

Le Parti québécois mobilise la jeune génération. Mes amis Jonathan Valois et Stéphan Tremblay ne se représentent pas afin de consacrer leur temps à leur jeune famille. Qui leur en voudra ? La politique, c’est quelque chose de grand. Je salue leur attitude professionnelle à l’égard du service public. En même temps, je remarque la présence des Patrick Lahaie (36 ans) dans Laviolette, Annie Thériault (29 ans) dans Lotbinière, Nicolas Girard (34 ans) dans Gouin, Elsie Lefebvre (27 ans) dans Laurier-Dorion, Alexandre Bourdeau (28 ans) dans Berthier et Joëlle Quérin (22 ans) dans Chomedey. Et le bateau coulerait au Parti québécois ? Allons donc !

Acte 3 : le chef

André Boisclair a davantage d’expérience ministérielle que Jean Charest en avait au moment où celui-ci a été élu premier ministre. Dans la tourmente autour de son leadership, il choisit la transparence au lieu des faux-fuyants. Je reconnais là des signes de maturité.

Parmi tous les chefs du Parti québécois, André Boisclair est celui qui incarne la souveraineté comme un moyen plutôt que comme une fin en soi. Ne répète-t-il pas : « Ma priorité, c’est l’éducation ; mais pour y arriver, j’ai besoin de la souveraineté » ? Les changements que veut apporter le chef du Parti québécois ne sont pas que cosmétiques. La souveraineté n’est plus affaire de ressentiment ni de revanche à l’égard du Canada anglais. Le Québec a quelque chose à dire et à faire à l’ONU, à l’UNESCO et à l’OMC, là où les décisions se prennent. André Boisclair est le chef qui a fait du rôle du Québec sur la scène internationale le cœur de son argumentaire souverainiste. C’est ici qu’il me rejoint le plus.

Pour toutes ces raisons, j’ai accepté de faire partie de l’équipe des candidats du Parti québécois. J’en suis très fier.

Pour aller plus loin : mon site Web en tant que candidat du Parti Québécois dans Jonquière.

03 février 2007

 

Accommodements raisonnables 101


Par Denise Turcotte

Ils sont sur toutes les lèvres ces derniers temps, les fameux accommodements raisonnables ! Tout le monde y va de son point de vue sur ce que les gens qui viennent vivre ici devraient faire ou ne pas faire et sur ce qu’il est acceptable de leur «concéder».

Comme dans plusieurs discussions émotives, j’ai l’impression qu’on mélange beaucoup de choses et qu’on exprime beaucoup d'émotions sans trop savoir de quoi on parle. Avant de coller au plafond, si on prenait le temps de préciser quelques notions de base, il me semble qu’on pourrait y voir un peu plus clair.

La Charte : 30 ans de protection des droits

Le Québec s’est doté d’une Charte des droits et libertés de la personne en 1976. C’est une loi fondamentale que tous, individus, groupes, organismes, entreprises, services publics et privés, institutions et administrations gouvernementales sont tenus de respecter. Le Canada s’est aussi doté d’une charte des droits et libertés de la personne à laquelle sont soumises les institutions de compétence fédérale comme la fonction publique fédérale, les banques, les entreprises de télécommunications, les services de transports aérien, ferroviaire ou maritime.

Je gage que vous n’avez pas lu votre charte des droits récemment, alors voici un petit rappel très sommaire. La Charte québécoise des droits et libertés de la personne garantit :

Voilà donc une bonne chose : pas besoin d’en rajouter, chers citoyens de Hérouxville, la lapidation est déjà prohibée au Québec ! Et ne vous inquiétez pas, monsieur le maire Tremblay, personne ne peut vous empêcher d’être catholique pratiquant à Chicoutimi. Contrairement à ce que sous-entendent les démagogues des ondes, la Charte ne protège pas seulement les droits des minorités: elle protège toutes les personnes, vous, moi, tout le monde. Je pense que c’est bon de le rappeler.

Accommodement raisonnable : une définition

L’accommodement raisonnable est d’abord une notion juridique. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, l’organisme à qui la Charte confie le mandat s’assurer la promotion et le respect des principes qu’elle contient, utilise la notion d’accommodement raisonnable dans un sens bien précis :

«Obligation juridique découlant du droit à l’égalité, applicable dans une situation de discrimination, et consistant à aménager une norme ou une pratique de portée universelle, en accordant un traitement différentiel à une personne qui, autrement, serait pénalisée par l’application d’une telle norme. Il n’y a pas d’obligation d’accommodement en cas de contrainte excessive»(1).

Voilà d’autres précisions intéressantes. Ainsi, l’obligation d’accommodement raisonnable n’est applicable que dans les cas de discrimination: il faut que la personne soit empêchée d’exercer un droit reconnu par la Charte pour qu’on puisse envisager un accommodement raisonnable. C’est pour ça que j’ai fait le petit rappel sur la Charte. En la relisant, on constate que ne pas voir d’arbre de Noël ou ne pas voir de femmes en shorts ne sont pas des droits reconnus et que la présence d’un arbre de Noël et la présence de femmes en shorts ne sont pas des motifs de discrimination.

L’autre chose qu’il est important de retenir de cette définition d’accommodement raisonnable, c’est que la notion s’applique à une personne, pas à une communauté ou à un groupe. Autrement dit, c’est du «cas par cas». Bref, ce n’est pas parce qu’un garçon a obtenu le droit d’aller en classe avec un kirpan cousu à son pantalon que des hordes de poignards menaçants sont autorisées à se lancer à l’assaut de toutes les polyvalentes.

Finalement, le sens de «raisonnable» peut faire l’objet de diverses interprétations. Dans un document publié en novembre dernier, la Commission des droits de la personne rappelle que règle générale, les tribunaux considèrent les coûts d’un accommodement, ainsi que l’impact sur les droits d’autrui ou le bon fonctionnement d’une institution. Dans les cas d’accommodement en matière religieuse, la Commission rappelle qu’une attention particulière doit également être apportée au respect du principe d’égalité entre les sexes.

Des outils pour prendre des décisions éclairées

Bien sûr, on ne peut pas nier que les nouveaux arrivants apportent avec eux des valeurs, des croyances et des façons de vivre qui diffèrent de celles de la majorité qui les accueille. Que cela crée des heurts dans la vie de tous les jours n’est pas surprenant. Et les humains étant ce qu’ils sont, que certains de ces heurts soient gérés avec plus ou moins de doigté et de compétence, avec les craintes et les préjugés de chacun, ça n’est pas surprenant non plus.

Certains sont impressionnés par l’aplomb avec lequel certaines demandes leur sont faites lorsqu’on invoque «ses droits»; mal outillés pour faire les arbitrages nécessaires, ils tentent «d’éliminer le chiâlage» en faisant des utilisations créatives de la notion d’accommodement raisonnable sans mesurer les impacts de leurs décisions. Ça donne par exemple des «arbres de vie» à Noël.

En réaction, d'autres croient que l’accommodement raisonnable conduit à permettre n’importe quoi et à favoriser «l’autre» au mépris de «soi»; ils se sentent menacés et pensent que la majorité est bafouée au profit des droits des minorités. Ils réclament, de façon souvent maladroite, que la majorité s’affirme davantage.

Des excès en tous genres ont été mis en lumière ces derniers temps. Parfois ils ont été carrément montés en épingle par des médias en mal de débats chauds ou par des politiciens à la recherche d’appui populaire. Reste que pour que des gens paisibles sentent le besoin de souligner au crayon gras que la lapidation est interdite chez eux, il faut sans doute qu’ils aient la persistante impression que le plus élémentaire bon sens se perd. Et ces autres gens paisibles qui acceptent de masquer les fenêtres d’un centre de conditionnement physique pour empêcher qu’on voie des femmes en shorts ne vont certainement pas les rassurer. Mais convenons que dans les deux cas, il s’agit de gestes irréfléchis et stupides que des gens bien informés n’auraient probablement pas posés.

Avant de hurler les masses en l’air que certains groupes utilisent la charte de façon abusive pour déposséder la majorité de son identité, commençons donc par la relire et bien l'appliquer nous-mêmes. Elle constitue l’expression des valeurs de la société québécoise que beaucoup d'entre nous sentent le besoin de réaffirmer et de mieux faire connaître. C'est sur elle que nos décideurs doivent s'appuyer. Et si des modifications et ajustements sont requis, c'est par là qu'ils passent.

P.S. : Merci à Constance qui m’a fourni les documents sur lesquels s’appuie ce texte.

Pour en savoir plus:

(1) Accommodements raisonnables : éviter les dérapages
http://142.213.87.17/fr/publications/docs/accommodements_eviter_derapages.pdf
Ce petit texte de moins de deux pages publié par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en novembre dernier remet en contexte une notion pas mal galvaudée par les temps qui courent.

La section Publication du site de la Commission contient plusieurs textes éclairants sur les accommodements raisonnables et leur application, notamment en matière religieuse http://142.213.87.17/fr/publications/liste.asp?Sujet=3&noeud1=1&noeud2=6&cle=0

La Charte des droits et libertés du Québec http://142.213.87.17/fr/commun/docs/charte.pdf

Vos droits et libertés … selon la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, Publication de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse
décembre 1999

La Charte canadienne des droits et libertés : http://lois.justice.gc.ca/fr/Charte/index.html


27 janvier 2007

 

Venez débattre de l'avenir de notre culture


Par Denise Turcotte

Cette semaine, je vous invite. Oui, oui, je vous invite tous. L’Institut du Nouveau Monde organise un Rendez-vous stratégique sur la culture et je vous invite à y participer. C’est bien beau d’écrire sur un blogue, toute seule dans son coin, ou de parler avec des copains, autour d’un bon repas, mais rien ne vaut une vraie discussion avec des gens qui apportent toutes sortes d’idées et qui les confrontent. C’est à cela que je vous invite : venez partager vos idées et discuter de l’avenir de la culture québécoise. Le Rendez-vous stratégique est une de ces trop rares occasions qui nous sont offertes de débattre; j’aimerais que nous soyons nombreux à en profiter.

Je vous ai déjà parlé de l’Institut du Nouveau Monde, cet organisme non partisan et sans but lucratif qui est voué au renouvellement des idées et à l’animation de débats publics au Québec. Il organise toutes sortes d’activités, par exemple l’école d’été, qui s’adresse aux moins de 35 ans (zut ! Trop tard pour moi !!!). Cette année, les jeunes qui y participaient étaient invités à rédiger, un peu dans l’esprit du Refus global, «leur» Manifeste. Il y a deux ans, ce sont des projets concrets que les jeunes participants devaient élaborer. C’est là qu’une jeune femme originaire de St-Félicien, Any Truchon, a lancé son idée de créer un réseau de gîtes d'étape autour de la Véloroute des Bleuets. Son projet est devenu l’Échappée bleue, une coopérative de tourisme durable.

L’INM a déjà organisé deux rendez-vous stratégiques comme celui auquel je vous invite : un premier sur la santé et un deuxième sur l’économie. La formule est simple : informer, débattre, proposer. L’idée est de réunir des citoyens de tous les horizons, de leur fournir des synthèses d’information étoffées, de les mettre en contact avec des experts qui défendent des points de vue variés, et de les inviter à débattre et à formuler des propositions à l’intention des décideurs publics. Pas besoin d’être spécialiste pour participer. Au contraire: ce qui est souhaité, c’est justement d’amener les citoyens à se mêler de questions qui concernent l’ensemble de la société et à se faire entendre sur des enjeux importants pour l’avenir collectif.

Trois rencontres

Le grand thème du Rendez-vous pose deux questions : «Que devient la culture québécoise ? Que voulons-nous qu’elle devienne ?» L’événement se déroule en trois temps : deux rencontres régionales, tenues simultanément dans onze villes du Québec en février et en mars, et une rencontre nationale à Montréal en avril. L’organisation des rencontres régionales se fait dans chacune des régions concernées, avec l’appui de l’équipe de l’INM à Montréal. Yvon Paré, auteur et chroniqueur au Quotidien, assume la présidence d’honneur du Rendez-vous dans notre région.

Le scénario des deux rencontres régionales est le même: le vendredi soir, des invités font de brefs exposés et ils échangent avec les participants, alors que la journée du samedi est consacrée à des ateliers où les participants sont réunis en petits groupes pour débattre et élaborer leurs propositions.

La culture québécoise, culture commune ou mosaïque d’identités ?

La première rencontre régionale, celle des 2 et 3 février, est plutôt consacrée à la culture au sens large. On y discutera d’interculturalisme, de l’état du français, de la place de la religion dans l’espace public, de connaissance et reconnaissance des Premières Nations, du rôle de l’école dans la transmission de la culture, d’enjeux régionaux.

Marc Bergeron, ex-animateur à la radio de Radio-Canada, animera la soirée du 2 février qui permettra de dresser l’état des lieux selon trois points de vue : celui des Premières Nations, avec Janine Tremblay de la communauté innue de Mashteuiash, celui des peuples fondateurs, avec Camil Girard de l’UQAC et celui des nouveaux arrivants, avec Gerardo Castro de la Corporation Intégration.

Au moment où les «accommodements raisonnables» sont sur toutes les lèvres, où la prière à l’hôtel de ville et le crucifix à l’Assemblée nationale font l’objet de contestations, où les discussions entourant l’Approche commune font des vagues, où on se questionne sur la qualité du français dans nos écoles, la matière à discussion ne manquera certainement pas.

La culture québécoise à l’heure d’Internet et de la planète

La deuxième rencontre régionale, qui aura lieu les 16 et 17 mars, portera davantage sur la pratique artistique, qui devient parfois «un produit», et sur la mondialisation et ses impacts sur la culture. Comment les nouveaux médias comme Internet influencent-ils les rapports entre les créateurs et le public ? Est-ce que notre culture est fragilisée par la nouvelle donne mondiale ? Comment devons-nous réagir face à ces nouveaux phénomènes ?

Comment expliquer, par exemple, que malgré qu’Internet permette de télécharger tous les derniers succès américains, un groupe de musique d’inspiration traditionnelle, Mes Aïeux, parvienne à fracasser les records de ventes avec Dégénération, une chanson a capella qui illustre l’évolution de notre société avec une pointe de nostalgie ?

Plusieurs invités seront là pour lancer le débat: Myriam Ségal, de CKRS- Radio, Jean-Pierre Vidal, de l’UQAC, Daniel Danis, auteur et homme de théâtre, Denise Lavoie, de Maniganses, Alayn Ouellet, de Langage Plus, Michel Bonneau du ministère de la Culture et des Communications, Lucien Frenette, du Conseil régional de la culture.

Un événement qui s’adresse à tout le monde

La culture concerne tout le monde: pas seulement les artistes, pas seulement ceux qui s’intéressent aux arts. La culture, c’est ce qui soude une société, c’est ce qui définit l’identité d’un peuple. C’est pour cela que j’espère que vous serez tous là pour amener un éventail large de points de vues et pour mettre votre grain de sel dans cette grande discussion sur l’avenir que nous voulons pour notre culture.

Les rencontres régionales se tiendront au Patro de Jonquière (sur la rue Saint-Dominique, près de l’église du même nom). Il est possible de s’inscrire à une seule rencontre régionale ou encore aux deux fins de semaine. Il y a aussi un forfait qui inclut les deux rencontres régionales et la rencontre nationale. Les frais d’inscription sont de 20 $ par fin de semaine (15 $ pour les membres de l’INM) et ils incluent le dîner du samedi, alors ce n’est pas très cher.

Il y a même une activité «boni», qui n’a lieu que dans notre région : il s’agit d’une discussion sur le rôle de l’école dans la transmission de la culture. Organisée avec les étudiants du baccalauréat en arts de l’UQAC, elle se tiendra le vendredi 2 février, de 13 h à 17 h, toujours au Patro de Jonquière. Cette activité est ouverte à tous et l’entrée est libre. Alors si vous ne savez pas trop, venez y faire un tour pour voir… Vous pourrez vous inscrire pour la suite si ça vous plait.

C’est facile d’être cynique et de se plaindre que tous les politiciens manquent de vision. Voici une occasion d’apporter notre contribution citoyenne et de faire entendre notre voix dans un contexte qui favorise un débat serein et des échanges fructueux. À nous d’en profiter. J’y serai. Et je vous y espère.

Le Rendez-vous stratégique sur la culture
de l'Institut du Nouveau Monde,

au Patro de Jonquière,
les 2 et 3 février et les 16 et 17 mars 2007

Informations: Simon-Olivier Côté,
coordonnateur du Rendez-vous au Saguenay-Lac-Saint-Jean,
téléphone: 550-5776

Inscriptions: en ligne http://www.inm.qc.ca,
par téléphone (sans frais): 1-877-934-5999,
ou sur place au Patro de Jonquière lors de l'événement.


20 janvier 2007

 

Districts électoraux à Saguenay: le statu quo maintenu en catimini


Par Denise Turcotte

Bien que la Loi prévoie une révision du découpage électoral municipal avant chaque élection générale (donc en 2008), les districts établis à la suite de la fusion de Saguenay seront vraisemblablement maintenus jusqu’en 2013. Le gouvernement libéral a adopté un article en ce sens dans la Loi 55, votée à toute vitesse sous le bâillon le 14 décembre dernier.

Il y a presque un an, L’Oiseau-mouche publiait une série de textes qui démontrait que le découpage électoral de Saguenay est très loin d’être conforme aux principes énoncés dans la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités. Notre enquête exclusive révélait également qu’aucune grande ville du Québec ne subit une situation aussi inéquitable pour ses électeurs. À titre d’exemple, un vote dans le district le moins populeux de Saguenay a cinq fois plus de poids qu’un vote dans le district le plus peuplé de la ville.

Minuit le soir

Après « le droit à l’escalope à onze heures », voici donc le droit au statu quo de minuit moins cinq. En effet, l’article 135 a été soumis à la Commission parlementaire de l’aménagement du territoire à minuit moins cinq le 7 décembre dernier. Et croyez-le ou non, il a fait l’objet de moins de cinq minutes de discussion!

Imaginez la scène, relatée dans le journal des débats: la Commission achève une lourde journée de travail consacrée à l’étude du projet de loi 55. On vient d’adopter l’article 121 après une discussion complexe. Il est presque minuit lorsque le président de la Commission demande à la ministre des Affaires municipales et des Régions (1) : « Avez-vous un article plus simple, Mme la ministre? Il y en a-tu un vite, vite, vite, qu'on pourrait faire, là, pour s'encourager? »

Et Nathalie Normandeau de répondre : « Ah! M. le Président, on peut peut-être vous faire une suggestion. La ville de Saguenay nous a fait une demande pour maintenir le statu quo dans ses districts pour la prochaine élection municipale parce que, depuis... lorsqu'il y a eu la fusion de la ville Saguenay, le décret prévoyait donc une disposition pour amender... Bon. La ville a été divisée en districts, on prévoyait une disposition pour apporter, si c'était nécessaire, une modification aux districts et, là, la ville nous a demandé de maintenir le statu quo, étant entendu que la fusion n'est pas encore totalement consommée. Et on souhaite garder une certaine stabilité au niveau de la façon dont le territoire est découpé en districts. Alors, je ne sais pas si ça vous intéresse? »

Suit la lecture d’une très courte lettre où le maire Jean Tremblay rappelle l’accommodement consenti par le ministre Jean-Marc Fournier pour l’élection de 2005 et invoque la nécessité de maintenir la représentativité du monde rural. Un membre de la Commission vérifie si cela signifie bien que la révision du découpage prévue par la Loi ne serait pas effectuée d’ici 2013. La ministre répond par l’affirmative. L’article est adopté et la séance est levée à 23 h 59. Merci, bonsoir.

Une semaine plus tard, la Loi 55 est adoptée en quelques minutes par l’Assemblée nationale, sans que l’article 135 ait fait l’objet d’explications ou de questions.

Quelle urgence ?

Cette procédure expéditive laisse songeur : à trois ans des élections municipales, on ne peut certainement pas invoquer l’urgence d’agir ! Comment expliquer alors, que le gouvernement prenne une mesure exceptionnelle pour maintenir une situation contraire aux principes de la Loi ? Et comment expliquer qu’on n’ait pas songé à consulter la Commission de la représentation électorale, l’organisme chargé par le gouvernement de l’application de ces dispositions législatives ? Même les fonctionnaires régionaux du ministère des Affaires municipales semblent avoir été tenus dans l’ignorance.

Je me demande jusqu’à quel point cet article adopté à la sauvette ne vise pas à contrecarrer les efforts de divers groupes qui avaient fait des propositions pour modifier le découpage électoral de Saguenay. Mentionnons notamment les prises de position de Christian Joncas en faveur d’une ville divisées en douze districts et les propositions pilotées par l’ex-conseillère Joan Simard et divers groupes de femmes. Ayant participé aux travaux de ces groupes, j’ai pu constater que l'approche proposée permettrait de réduire les écarts entre les districts et de favoriser l’accès des femmes et des jeunes aux postes de conseillers. Elle permettrait aussi de conserver la représentation du monde rural comme le souhaite le maire Tremblay. Bref, elle mériterait au moins qu’on l’examine.

Sans verser dans la paranoïa, je suis tentée de penser que l'administration municipale a intérêt à ce que le mécanisme de révision du découpage électoral soit contourné parce que si toute l’information était mise sur la table lors d’une vraie démarche de révision, le statu quo serait difficile à défendre. Je pense que c’est pour cette raison qu’on a procédé en catimini. Pas d’information, pas de questions, pas de changements.

Avec l’appui de Françoise Gauthier

Les députés étaient-ils seulement conscients de l’ampleur des iniquités du découpage qu’ils ont maintenu ? Rien n’est moins sûr. Savaient-ils que la représentation des anciennes municipalités rurales peut être conservée sans forcément créer des iniquités et qu’il existe d’autres moyens de renforcer l’appartenance des citoyens à leur milieu de vie, qu’il soit rural ou urbain ? On peut en douter. Ont-ils pris une décision éclairée ? Certainement pas.

Quant à la ministre régionale Françoise Gauthier, s’il faut en croire les informations publiées dans le journal Le Quotidien, elle était ravie d’avoir une occasion de faire plaisir à Jean Tremblay. Avis à ceux qui la croyaient insensible aux procédés autocratiques du maire de Saguenay et soucieuse d’améliorer la participation des citoyens à la vie démocratique.

Heureusement, les lois se changent. Et les gouvernements aussi.

Pour aller plus loin :

La loi 55 : Loi modifiant de nouveau diverses dispositions législatives concernant le domaine municipal: http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=5&file=2006C60F.PDF (voir l’article 135)

(1) Retranscription des débats de la Commission de l’aménagement du territoire, 7 décembre 2006 : http://www.assnat.qc.ca/fra/37Legislature2/DEBATS/epreuve/cat/061207/2330.htm

Élections à Saguenay en 2009 : les districts resteront les mêmes, article de Louis Tremblay dans le journal Le Quotidien du 7 décembre 2006.

Ce blogue est hébergé par Blogger. Et le vôtre ?