27 février 2006
Les Verts vont regretter Mulcair
Par Pascal D'amours
Je dois par contre admettre que j'avais un faible en matière d'environnement pour Thomas Mulcair à qui Jean Charest a montré la porte cette semaine lors d'un "ajustement" ministériel. J'aimais la rigueur du personnage et sa capacité à ne pas fléchir devant les assauts de ses collègues ministres et des différents lobbys. Certains diront qu'il avait le défaut d'être inflexible alors que je pense qu'il s'agit d'une qualité importante pour un ministre de l'environnement. Être ministre de l'environnement au sein d'un gouvernement, c'est souvent jouer le mauvais rôle. Pour reprendre une image du chanteur Bénabar c'est un peu comme "être une porcelaine dans un magasin d'éléphants". Mulcair est cependant un des rares ministres de l'environnement à avoir imposé son agenda vert dans un gouvernement et il a sans doute fait mal aux orteils de quelques ministres à vocation économique.
À plusieurs reprises, Mulcair a montré qu'il avait du cran et en voici quelques exemples:
La plus belle victoire de Mulcair est assurément dans le dossier du Suroît. Il y a un peu plus de deux ans, Hydro-Québec envisageait de construire la nouvelle centrale thermique du Suroît. Le conseil des ministres avait alors donné son aval au projet lors d'une absence du ministre Mulcair. Quelques mois plus tard, un Mulcair triomphant côtoyait Jean Charest lors d'une conférence de presse annoncant l'enterrement de ce projet honni de plusieurs québécois et il affirmait alors: "On a eu le résultat qu'on voulait!". Les militants verts, bien qu'ils étaient des milliers doivent une fière chandelle à Mulcair.
Dans un autre dossier, le gouvernement Charest envisageait de démarrer l'exploitation gazière dans le golfe du Saint-Laurent. C'était là un projet important pour Charest et son entourage. Il faut savoir que le chef de cabinet de Charest est un ancien dirigeant de Gaz métropolitain. Et bien voilà Mulcair qui décide de se mêler du dossier et exige la tenue d'une consultation publique afin de demander plus de justifications et de baliser ce type de développement. C'était le début de la fin du projet d'exploitation gazière. Le ministre de l'environnement possède un veto que peu de ses prédécesseurs osaient utiliser. Ceux qui croient que tous les politiciens pensent davantage à leur carrière qu'au bien commun doivent maintenant réviser leur position. Visiblement, en se mettant à dos le chef de cabinet du PM (qui a un droit de vie ou de mort sur les ministres) Mulcair n'était plus destiné à un avenir très long.
Encore la semaine dernière, Mulcair a dévoilé une étude du BAPE concernant le projet de réserve aquatique de la rivière Ashuapmushuan. On le sait, son collègue Karl Blackburn de Roberval et plusieurs "bonzes" libéraux souhaitaient ouvrir la porte à un développement hydro-électrique de cette rivière. Mulcair a visiblement joué le rempart une fois de plus et a mandaté le Centre québécois de développement durable (CQDD) afin de renforcer le consensus autour du projet de protection de l'Ashuapmushuan. Et voilà un autre député libéral de plus qui a sans doute mal aux orteils !
Mais l'intervention du ministre Mulcair qui m'a fait le plus de bien est lorsque celui-ci a tenu tête à notre "bon" maire Jean Tremblay dans le dossier des audiences du BAPE concernant la route 175. Notre maire comme tant de ses concitoyens désirait passer outre à toute étude du BAPE sur le projet de route à quatre voies et réclamait du ministre qu'il utilise son pouvoir discrétionnaire. La pression sur le ministre était très forte en région et les gens se déchaînaient sur les ondes afin d'appuyer notre chevalier Tremblay dans sa croisade contre le méchant ministre de l'environnement. Et bien, en plus de se tenir debout, le ministre a réitéré sa position devant le maire et devant toute la population régionale soulevant au passage la colère de notre magistrat. J'étais rassuré pour l'avenir, voilà me disais-je, un ministre qui tiendra tête au maire dans le dossier des bateaux de croisières. Hélas! Hélas!
Alors que le gouvernement Charest s'apprête à déposer au cours des prochaines semaines une nouvelle politique de l'énergie, on a peut-être voulu mettre de côté un empêcheur de tourner en rond un peu trop fatigant pour quiconque favorise le développement économique aveugle. Les environnementalistes auraient tort de se réjouir en criant "le roi est mort, vive le nouveau roi". Le passage de Mulcair à l'environnement a laissé des marques. La notion de développement durable, bien qu'elle ne soit pas pratiquée de façon cohérente, a fait timidement son entrée dans la machine gouvernementale. Nous devrons dorénavant juger les prochains titulaires de ce poste à la lumières des quelques victoires éclatantes de Thomas J. Mulcair.
24 février 2006
Pourquoi un nouveau monastère à Chicoutimi ?
Par Denise Turcotte
Au moment où plusieurs paroisses ont à faire des choix déchirants entre les églises à conserver et celles qu'il faut se résoudre à fermer ou à vendre faute de fidèles et faute d'argent pour les garder en activité, ce projet de construction a de quoi étonner. D'autant plus que plusieurs s'inquiètent comme moi de ce qu'il va advenir de notre imposant patrimoine religieux maintenant que les fabriques n'ont plus les moyens de maintenir, encore moins de restaurer, tous les joyaux d'architecture religieuse qui sont en péril.
Pourquoi alors la Fraternité des moines et des moniales de Jésus-Hostie a-t-elle choisi de construire un nouveau bâtiment pour héberger ses membres ? Les dirigeants de la communauté répondent ainsi dans la lettre par laquelle ils sollicitent des donateurs pour leur projet:
" La question que nous sommes en droit de nous poser est : "pourquoi ne pas prendre une des nombreuses églises qui ferment ?" Tout d’abord, parce qu’un monastère n’est pas une église, mais bien un lieu où résident en permanence des moines et/ou des moniales. Ensuite, pour assurer une partie de sa subsistance, à l’exemple des Pères trappistes avec leur chocolaterie, notre communauté prend en charge une petite entreprise (centre jardin, fleuristerie et boulangerie artisanale). En définitive, un monastère est à la fois un lieu de résidence, de prière et de travail, pour ceux qui y habitent."
Drôle d'exemple
Quand au deuxième argument invoqué par les promoteurs pour favoriser la construction, soit la nécessaire proximité du monastère avec le centre jardin, la fleuristerie et la boulangerie, il vient de prendre sérieusement du plomb dans l'aile avec la décision de la communauté de fermer le centre jardin Botanix.
Et le bien collectif ?
Mais peut-être suis-je trop terre à terre pour comprendre. Enfant, on a souvent répondu à mes questions sur les choses de la religion que "je ne pouvais pas comprendre parce que c'était un mystère". Puissent alors vos commentaires judicieux, chers lecteurs, éclairer ma lanterne dubitative.
Pour aller aux sources:
La lettre de sollicitation de la Fraternité des moines et moniales de Jésus-Hostie
Déneigement: pour que la critique porte
Par Denise Turcotte
"Chère Madame Turcotte,Comme votre article porte sur monde municipal vous permettrez que je profite de votre espace "commentaire" pour chialer sur une responsabilité municipale, même si elle est loin en amont ou en aval de l’objet de votre article, fort bien documenté et vulgarisé. Je veux parler d’une responsabilité bien terre à terre même si la cause nous vient du ciel. Le déneigement.Pas de doute possible. Chicoutimi a ravi à Montréal le championnat toute catégorie des congères. La seule chose qui ramasse de la neige à Chicoutimi c'est le vent, tout ce qui reste est empilé sur les trottoirs et la chaussée; ce qui permet à nos jeunes de glisser directement dans l'autobus scolaire. Bien sur autour de l'hôtel de ville c'est propre propre, fruit des efforts de notre maire ce qui expliquerait selon certaine rumeur son mal de dos. Voyez ce que ça lui a coûté le pauvre.Dubois.P.S. Quelqu'un a demandé au gros docteur, le social démocrate (sic) qui sert de "front" au gouvernement Charest si c'était aussi une conséquence du jugement Chaoulli le dos du maire avant les dos d’ânes que nous sommes. "
Cher Dubois, je comprends que vous avez trouvé dans l'ironie un exutoire à votre frustration d'après tempête. Je vous dis cependant tout de go que je me méfie un peu des perceptions lorsqu'il s'agit de sujets épidermiques comme le déneigement. Certains sont prêts à jurer que "c'était mieux avant", ou que "Chicoutimi passe toujours avant Jonquière", mais peut-on le prouver ? J'ai même déjà entendu monsieur le maire dire à la radio de CKRS "qu'il n'y avait personne de mort" comme si c'était un critère suffisant pour démontrer l'adéquation du service. C'est pour dire à quel point la notion de "service adéquat" peut être subjective! Critiquer sur la base de perceptions donne par ailleurs à l'administration toute la latitude de se défendre en traitant ceux qui se plaignent de "bande de chiâleux" qui aspirent tous à avoir une souffleuse de la ville stationnée en permanence devant chez eux.
D'autre part, il faut se demander si, en élisant une administration municipale qui mise essentiellement sur le gel des taxes, nous n'avons pas accepté implicitement que les économies devraient forcément être réalisées à quelque part.
Donner du poids à la critique
La première question à se poser est la suivante: sur quelle base pouvons-nous nous plaindre de la qualité du déneigement ? Le niveau de service attendu a-t-il été fixé et si oui quel est-il ? Si le niveau de service à atteindre n'a pas été défini, exigeons vite qu'il le soit et examinons les normes en vigueur ailleurs.
La deuxième étape consiste à documenter les faits et à les comparer à la cible de service visée.
- Il se peut que les faits démontrent que le niveau de service défini n'est pas respecté et que nous avons raison de nous plaindre. L'administration qui voudrait nier les faits serait bien mal avisée.
- Il se peut aussi que les faits démontrent que le niveau de service établi a été respecté. Cela peut vouloir dire que nos perceptions nous jouent des tours et que nous avons la peau hivernale un peu courte. Mais cela pourrait aussi signifier que le niveau de service établi par l'administration municipale ne nous convient pas ou qu'il ne nous convient plus. Il faudra alors exiger qu'il soit révisé, en étant prêts à accepter, le cas échéant, qu'il y a des coûts qui peuvent être associés à un meilleur service.
Alors, qui a des exemples concrets à partager ? Bon, ça va, je commence! Je peux citer la rue de Bienville, à Chicoutimi-Nord, juste en face de l'école primaire Le Roseau. Mercredi dernier, soit cinq jours après le début de la tempête du vendredi précédent, la neige obstruait toujours les trottoirs. Les enfants circulaient dans la rue entre les autobus scolaires et les autobus de ville, ce qui mettait vraiment leur sécurité en danger (mais fiou! il n'y a pas eu de mort!). Ce cas a d'ailleurs fait l'objet d'un reportage de CKTV.
Qui dit mieux ? Si vous êtes suffisamment nombreux à répondre, je vous promets d'en faire un dossier.
22 février 2006
Un "Top 25" au goût douteux
Par Sylvain Gaudreault
Comprenez-moi bien. Je suis d’accord avec l’initiative. Dans un contexte où le Saguenay-Lac-Saint-Jean connaît une phase de transition majeure sur le plan économique, il est loin d’être inutile de cibler des « têtes de réseaux », ces gens qui sont bien branchés et qui font que les choses avancent. En outre, si ces personnes peuvent inspirer « notre belle jeunesse », tant mieux!
Une telle initiative peut aussi permettre de casser les stéréotypes dépassés qui veulent que des « has been » des années 1970 voguent encore aujourd’hui sur une réputation surfaite en entretenant l’illusion qu’ils ont toujours du pouvoir et de l’influence. Dans son roman Journal d’un curé de campagne, Georges Bernanos écrit : « Il n’y a d’autre fondement de la puissance que l’illusion des misérables ». Diable! J’ai parfois l’impression que la région est remplie de misérables! Qu’il est donc difficile de sortir des ornières d’une époque révolue! Enfin…
Miséricorde!
Comme il s’agit d’une première expérience, soyons miséricordieux. Nous excuserons UniMarketing et la Jeune chambre de Commerce d’avoir commis quelques erreurs de bizut. La plus grosse d’entre elles est sans doute d’avoir confondu pouvoir et influence avec notoriété. Les deux premières notions font référence à une forme d’autorité ou à l’action qu’une personne exerce sur une autre. Quant à la notoriété, elle est synonyme de renommée ou de réputation. En confondant ainsi les genres, nous retrouvons dans ce nouveau panthéon régional des personnalités aussi différentes que le triathlonien Pierre Lavoie et l’as des jeux de coulisses, Ghislain Harvey. À part le fait d’être tous les deux originaires de La Baie, un monde les sépare! Nonobstant les qualités de chacun des 25 leaders, quelqu’un peut avoir une très forte notoriété mais un pouvoir très limité.
Il faut reconnaître que la composition du jury de huit personnes peut avoir biaisé la sélection des 25 candidats. Même s’il y a quatre hommes et quatre femmes, des jeunes, des gens plus âgés, des représentants du milieu autochtone et une représentation égale entre le Lac-Saint-Jean et le Saguenay, il reste que les membres du jury appartiennent majoritairement à la grande famille du monde des affaires qui, comme chacun le sait, a tendance à favoriser un certain ordre établi, même de façon inconsciente. Malgré leur rôle important dans la région, le monde de la culture et le milieu communautaire ou syndical étaient peu ou pas représenté à la table du jury. Du coup, on a pris le risque d’occulter tout un pan du pouvoir créateur et mobilisateur de ces milieux de vie. À ce compte-là, faut-il se surprendre de ne trouver aucun artiste parmi les 25 champions?
Autrement dit, un jury de huit personnes ayant en bonne partie le même profil professionnel a sélectionné un temple de la renommée de 25 individus. On a ensuite validé la notoriété de chacun d’entre eux par un sondage auprès d’un échantillon de 440 répondants répartis à travers la région. Quelqu’un peut-il me communiquer la marge d’erreur d’un tel sondage?
Et la politique?
Je me questionne également sur le choix du jury de ne pas considérer les politiciens. Je comprends que les élus jouissent déjà d’une bonne couverture médiatique et que les membres du jury voulaient éviter toute accusation de partisanerie. Il reste qu’une fois de trop, cela envoie le message que la politique n’est plus une zone d’influence ou un outil de changement social. C’est précisément le message contraire qu’il faut envoyer si l’on veut encourager la participation citoyenne et donner un sens au « vivre ensemble ». Cette crainte quasi épidermique du monde politique me fatigue. C’est comme s’il était impossible de trouver de modèles valables parmi les hommes et les femmes politiques. À moins que la solution soit de faire le même exercice avec la seule catégorie des élus… J’aimerais bien connaître qui a plus de pouvoir et d’influence entre Françoise Gauthier, Jean-Pierre Blackburn et Jean Tremblay!
Les initiateurs de ce « Top 25 » (je n’aime pas non plus cette expression qui me fait penser au palmarès des écoles de L’Actualité ou à la compilation hebdomadaire des disques les plus vendus…) souhaitent renouveler l’expérience annuellement. Je répète que je trouve l’idée intéressante. Toutefois, n’oublions pas le bon vieux dicton qui nous enseigne que trop, c’est comme pas assez. J’admets que nous vivons une ère où tout va très vite, mais le pouvoir est quelque chose qui se vérifie sur le temps long. Identifier à chaque année le « Top 25 » du pouvoir et de l’influence n’est-il pas une manière de banaliser l’événement? Si certains leaders ne se retrouvent pas d’une année à l’autre, cela ne prouverait-il pas par l’absurde que la méthodologie fait défaut? J’espère que la date de péremption de ces nouveaux géants est plus tardive qu’une petite année…
Afin d’éviter l’étiquette de négatif ou de jaloux, je retiens néanmoins une chose positive de cet exercice : une couple de leaders, dont Claude Villeneuve qui arrive au deuxième rang, appartient au monde de la protection de l’environnement. Je trouve cela rafraîchissant et cela me donne même espoir.
20 février 2006
Le ministre Couillard, un social-démocrate nouveau genre !
Par Pascal D'amours
Bien sûr que mon titre cherche à faire réagir car je désire dans ce texte aller au-delà de l'image attribuée au gouvernement Charest qui depuis bientôt trois ans s'enfonce dans des décisions ridicules et mal préparées. Critiquer le gouvernement Charest, c'est beaucoup trop facile, c'est du tout cuit ! Non, je voudrais plutôt mettre l'emphase sur la réponse du ministre de la santé Phillippe Couillard au jugement Chaoulli en Cour Suprême. Le document de consultation "Garantir l'accès..." déposé la semaine dernière par le ministre Couillard suggère selon moi une approche à la fois "lucide" et "solidaire" qui à terme renforcera notre modèle d'État social-démocrate. Oui, je sais, l'affirmation précédente paraîtra exagérée au yeux de certains d'entre vous qui n'oseraient jamais lancer des fleurs à un gouvernement qui de toute évidence mériterait, on en conviendra tous, de retourner rapidement sur les banquettes de l'opposition.
Le jugement Chaoulli.
En juin dernier, dans une décision partagée, la Cour suprême du Canada jugeait que les trop longues listes d'attente dans le réseau de santé québécois mettaient en péril « le droit à la vie et à la sécurité de la personne », protégé par la Charte québécoise. En conclusion, la Cour suprême, bien qu'elle ne fasse pas l'éloge du privé en santé dans son jugement, permettait le recours aux assurances médicales privées lorsque le droit à la vie est menacé. Devant un tel jugement, les partisans d'une médecine privée salivaient à l'avance et comptaient les dodos nous séparant d'une médecine à deux vitesses.
Hors voilà, Couillard, malgré un conseil des ministres divisé sur la question, réussit à tirer son épingle du jeu et impose sa vision d'un système de santé fondé sur l'accessibilité et l'universalité. Oh, je sais, ça n'a pas l'air d'une révolution, ce document. Le gouvernement québécois ne fait somme toute que garantir plus concrètement l'accès à des chirurgies dans des délais raisonnables. Oui, mais ce faisant, Couillard gagne un temps précieux dans l'attente des centaines de nouveaux médecins supplémentaires prévus pour 2008 et de plus, il éloigne pour un moment les vautours mercantiles adeptes d'une médecine privée.
Certains argueront que grâce à Couillard, le privé fait tout de même une entrée dans le système de santé québécois. Tout d'abord, certaines personnes feront toujours des poussées d'urticaire à la seule vue du mot "PRIVÉ" pour des raisons plus près du dogme que de la raison. Ensuite, ajoutons qu'il s'agit de sphères où le privé était déjà présent (chirurgies des yeux, genou, hanche)
La modernisation de la social-démocratie
Sans doute, sans le savoir, Couillard participe à un mouvement actuellement présent dans plusieurs États dits "sociaux-démocrates". Le défi de ces pays, tels les pays Scandinaves, est de remettre en question certains aspects de l'État providence afin de revitaliser les programmes sociaux. Contrairement aux néo-libéraux pour qui l'objectif est de réduire aveuglément et sans relâche la taille de l'État, les pays qui réinventent aujourd'hui l'État providence continuent de rechercher le bien commun dans de nouvelles formes de partenariat avec les syndicats et le secteur privé.
Dans une série de reportages intitulée "L'État providence réinventé" le journaliste Michel Labrecque de Radio-Canada a récemment dressé le portrait de pays qui n'ont pas hésité à redessiner le modèle de leur État. La Scandinavie, berceau de la social-démocratie a remis en question de nombreux dogmes issus de l'État providence.
La Suède dont le modèle est maintes fois cité (autant chez les "lucides" que chez les "solidaires") a procédé au cours des dernières années à la privatisation du transport public et de l'électricité et a introduit des bonis de performance dans le secteur public. Cependant, ces choix lui ont permis de maintenir un système d'éducation gratuit jusqu'à l'université et de généreuses aides aux nouveaux parents. Le modèle suédois est le résultat d'un dialogue productif et d'un ménage à trois (État, syndicat et entreprises). Le pari de l'État suédois concernant la création de la richesse est le suivant: "On laisse le privé s'enrichir pour mieux le taxer ensuite". Je vous laisse consulter l'hyperlien au bas de ce texte afin de constater comment le Danemark, de son côté, maintient un taux de chômage de 5% en donnant carte blanche aux entreprises et en agissant généreusement auprès des chômeurs.
Au fond, il n'y a pas qu'un seul modèle d'État social-démocrate ou qu'un seul système de santé universel et gratuit. Il est possible d'expérimenter de nouvelles formules pourvu que l'on laisse de côté certains dogmes stérilisants pour l'avancement de notre collectivité. Tout en ne succombant à toutes les dérives du secteur privé, il faudrait à tout le moins cesser de se boucher le nez et les oreilles à toute remise en question du "modèle québécois". Entre l'idéal et le possible, il y a parfois tout un monde de distance. Conjuguer progrès social et pragmatisme, voilà un défi important, un test pour notre maturité collective. Je conclurai par une citation souvent oubliée de René Lévesque: "C'est le rêve qui nous fait avancer, mais on n'avance pas en rêvant".
Pour aller plus loin:
- Document de consultation du ministère de la santé du Québec: http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2005/05-721-01.pdf
- L'État providence réinventé, reportages de Michel Labrecque diffusés à Radio-Canada du 13 au 20 février 2006 - : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2006/02/15/002-Providence-Accueil.shtml
18 février 2006
Districts électoraux municipaux - quatrième partie
Par Denise Turcotte
Après avoir constaté les écarts importants entre le nombre d'électeurs des différents districts de Saguenay, j'ai voulu savoir si le découpage électoral est plus équitable dans les autres grandes villes québécoises, elles aussi issues de fusions (et parfois également de défusions).
La réponse est oui. Et beaucoup à part ça! En fait aucune autre grande ville québécoise ne présente un découpage électoral aussi inéquitable que Saguenay, comme le démontre le tableau suivant, qui compare le découpage des neuf villes de plus de 100 000 habitants lors de l'élection de novembre 2005. (Cliquez sur le tableau pour l'agrandir au besoin).

Comparaison des districts électoraux dans les villes de plus de 100 000 habitants
On peut dégager les constats suivants:
- Le nombre de districts qui dérogent à la règle du 15 % d'écart à la moyenne est plus élevé à Saguenay que partout ailleurs, même à Montréal où le nombre d'électeurs est presque dix fois plus grand et où les districts sont deux fois et demie plus nombreux. Il y aussi deux fois plus de districts en écart à Saguenay qu'à Québec.
- Partout ailleurs, la majorité des districts sont dans la norme, alors que c'est exactement le contraire à Saguenay où presque trois quart des districts sont hors-norme.
- L'importance des écarts est beaucoup plus grande à Saguenay que partout ailleurs, comme le montre le pourcentage d'écart de chaque district hors-norme. Par exemple, à Laval, les quatre districts en écart se situent tout près de la norme de plus ou moins 15 %. Il en va de même du seul district en écart de Trois-Rivières.
- Des écarts à la moyenne de plus de 50 % ne se retrouvent nulle part ailleurs qu'à Saguenay.
L'écart-type exprimé en pourcentage de la moyenne permet de comparer les disparités de chaque ville, même si la taille moyenne des districts électoraux varie d'une ville à l'autre. En ramenant ainsi les chiffres sur une base comparable, on constate à quel point Saguenay se démarque par l'importance de ses disparités entre les districts, comme le montre le graphique suivant:

L'organisation municipale des autres villes
Des neuf villes de plus de 100 000 habitants, six sont divisées en arrondissement. Dans la plupart des cas, les conseillers des districts d'un arrondissement forment le conseil d'arrondissement et l'ensemble des conseillers forment, avec le maire, le conseil de ville. Il y a cependant deux villes (Montréal, et aussi Sherbrooke, dont la population se compare à Saguenay) qui ont, en plus des conseillers de ville, des conseillers d'arrondissement, c'est à dire des conseillers qui ne siègent qu'au conseil d'arrondissement.
Cette formule permet à la fois aux citoyens d'être représentés équitablement au conseil de ville, et aux plus petites communautés de former un conseil d'arrondissement plus complet et plus en mesure de jouer son rôle dans la gestion des services de proximité. À Montréal, chaque arrondissement élit également un maire d'arrondissement, qui siège au conseil de ville.
Quant au nombre d'électeurs représentés par un conseiller siégeant au conseil de ville, il varie beaucoup selon les villes. La moyenne oscille autour des cinq à six mille électeurs dans les villes de Lévis, Trois-Rivières, Sherbrooke, Longueuil et Saguenay. Elle tourne plus autour de dix à douze mille électeurs à Gatineau, Québec et Laval, alors qu'elle frôle les vingt-quatre mille électeurs à Montréal, ce qui est presque quatre fois plus qu'à Saguenay. Il faut dire cependant que la population de Montréal est plus concentrée et que la présence de conseillers d'arrondissement permet à certains conseillers de ville de partager le travail avec des collègues entièrement dédiés aux dossiers touchant l'arrondissement.
Que conclure ?
Les chiffres révélateurs de cette étude comparative m'amènent à penser qu'il serait très surprenant que la Commission de la représentation électorale tolère encore longtemps que le découpage électoral de Saguenay demeure aussi inéquitable qu'il l'est actuellement. Si les autres villes ont trouvé des formules qui assurent les citoyens que leur vote a un poids comparable quel que soit le district où ils habitent, pourquoi Saguenay n'y parviendrait-elle pas ?
L'organisation de certaines des autres villes montre également qu'il existe des moyens pour conserver aux plus petites communautés une identité et un pouvoir de décision. Enfin, la Loi permet de réduire ou d'augmenter le nombre de conseillers dans une ville de la taille de Saguenay. Bref, le statu quo est non seulement inéquitable et questionnable, mais il est modifiable et les citoyens peuvent intervenir si les élus sont trop frileux à l'idée de changer l'ordre des choses qui les a portés au pouvoir.
L'intérêt pour la politique municipale n'est pas très élevé même si c'est le niveau de gouvernement qui a le plus d'influence directe sur nos vies: l'eau, les égout, les ordures, le déneigement, l'éclairage, les rues, les parcs, les loisirs… tout cela et bien plus encore relève des compétences de la ville. Qui sait si, en tentant d'améliorer l'équité de représentation, on ne pourrait pas en profiter pour améliorer aussi le fonctionnement du conseil de ville et des conseils d'arrondissement, pour rapprocher ces instances des citoyens et pour inciter la population à participer plus activement à la vie démocratique ?
Le découpage électoral pour l'élection de 2009 devra être établi avant juin 2008. Ça nous laisse du temps pour en discuter sereinement.
Pour plus de détails:
17 février 2006
Districts électoraux municipaux - troisième partie
Par Denise Turcotte
L'équité entre les districts: à Saguenay, seulement 5 districts sur 19 sont conformes
L'article 12 de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités stipule que le nombre d'électeurs dans un district ne doit être ni supérieur ni inférieur de plus de 15% à la moyenne de l'ensemble des districts. Pour Saguenay qui comptait 19 districts et 113 051 électeurs aux élections de novembre 2005, la moyenne est de 5 950. Cela signifie que chaque district devrait compter entre 5 058 et 6 843 électeurs.
Hors, à Saguenay, seulement cinq des 19 districts respectent cette règle qui vise à minimiser les disparités entre les districts d'une même ville. En effet, près des trois-quarts des districts comptent trop ou trop peu d'électeurs lorsqu'on les compare à la moyenne des 19 districts.
- Dans l'arrondissement Jonquière, seulement deux districts sont conformes. Deux districts sont beaucoup moins populeux que la moyenne (# 1 Lac-Kénogami et # 8 Shipshaw). Quatre districts comptent un nombre d'électeurs sensiblement plus élevé que la moyenne (# 2 Jonquière, # 5 et 6 Arvida et # 7 Kénogami).
- La situation est semblable dans l'arrondissement Chicoutimi, où seulement deux districts sur huit sont conformes, alors que deux sont sous-peuplés par rapport à la moyenne (# 9 Canton-Tremblay et # 16 Laterrière) et quatre en excédent (# 10 Chicoutimi-Nord, # 11 centre-ville, # 13 et # 14 Chicoutimi).
- Deux des trois districts de l'arrondissement La Baie présentent un nombre d'électeurs inférieur à la moyenne de plus de 15 % .
Le tableau suivant a été préparé à partir de données fournies par le Directeur général des élections du Québec. Il présente la situation de tous les districts de Saguenay à l'élection de novembre 2005. (Cliquez sur le tableau pour l'agrandir au besoin)

On note l'importance des écarts:
- Le district le moins populeux (Lac-Kénogami) compte presque cinq fois moins d'électeurs que le district le plus populeux (district # 13).
- L'écart-type est de plus de 2 000 électeurs. Exprimé en pourcentage de la moyenne, cela signifie que les districts sont éloignés en moyenne de 37 % du nombre d'électeurs qu'ils compteraient si le découpage était parfaitement équitable.
Le graphique suivant permet de mieux visualiser la chose:

Bien sûr l'élection de novembre 2005 s'est vraissemblablement effectuée dans la légalité puisque la Loi permet aux municipalités de déroger à la règle des 15 % si leur découpage est approuvé par la Commission de la représentation électorale. On comprend cependant un peu mieux pourquoi le découpage actuel avait un caractère transitoire.
Une situation qui questionne
Que signifient concrètement ces disparités ? Elles posent des questions parfois troublantes. Par exemple, moi qui habite le quartier # 13, le plus populeux de la ville, dois-je comprendre que mon vote a cinq fois moins de poids que si j'habitais à Lac-Kénogami qui compte un conseiller, tout comme mon district, mais pour un nombre d'électeurs cinq fois moindre ? Amis de Lac-Kénogami, comprenez-moi bien, je ne vous en veux pas du tout, mais quand même, avouez que je pourrais me sentir un peu "de seconde zone"...
Et puis si je mets en perspective certaines pratiques de l'administration de Saguenay, comme par exemple l'octroi d'une enveloppe discrétionnaire de 50 000 $ à chaque conseiller, ça devient délicat. Ainsi, monsieur Cantin dispose de 29.04 $ par électeur pour Lac-Kénogami alors que mon échevin du district 13, monsieur Cleary, n'a dans sa poche qu'un maigre 5.88 $ par électeur. Heureusement que je ne suis pas d'un naturel jaloux… Mais tout de même, si j'avais à chercher du financement discrétionnaire pour un club social, je préfèrerais nettement qu'il soit à Lac-Kénogami ou à Canton-Tremblay…
Mais laissons de côté ces considérations matérielles et revenons à l'équité dans la représentation qui est le problème le plus fondamental soulevé par ces données. Je conçois aisément que les anciennes municipalités rurales de Lac-Kénogami, Canton-Tremblay, Shipshaw et Laterrière ont besoin de garder une représentation au conseil pour que les problèmes qui leur sont propres soient traités comme il se doit. Je comprends que notre ville est étendue et que les citoyens doivent avoir accès à un représentant qui est proche, qui habite dans leur milieu. Je veux même admettre que la fusion a peut-être ravivé la crainte historique que Chicoutimi en mène trop large et écrase ses voisines, même si je pense que les défis de maintenant exigent une que notre attitude dépasse les chicanes de clocher.
Mais alors, comment concilier les identités locales des plus petites communautés avec la représentation équitable entre les citoyens des différents districts ? Il y a là matière à réflexion et à débat, ne croyez-vous pas ? En ce sens, le Conseil de Saguenay va peut-être un peu vite en affaires en réclamant le statu quo sans que la population ait été bien informée ni qu'elle ait eu l'occasion de se faire entendre.
À suivre demain sur le blogue l'Oiseau-mouche:
À +
Pour aller aux sources:
- La Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités (voir les sections II et III): http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/E_2_2/E2_2.html
- La Commission de la représentation électorale du Québec, sur le site du Directeur général des élections du Québec: http://www.dgeq.qc.ca/fr/index.asp
16 février 2006
Districts électoraux municipaux - deuxième partie
Par Denise Turcotte
La revue du découpage aux quatre ans, comment ça se passe, selon la Loi ?
- Après le 1er janvier de l'année civile qui précède celle où doit avoir lieu l'élection générale, le conseil municipal adopte par résolution un projet de règlement effectuant la division en districts électoraux.
- Dans les 15 jours de l'adoption du projet de règlement, le greffier ou secrétaire-trésorier publie un avis dans un journal diffusé sur le territoire de la municipalité. Tout électeur peut, dans les 15 jours de la publication de l'avis, faire connaître son opposition au projet de règlement. Dans le cas d'une ville de la taille de Saguenay, le conseil doit tenir une assemblée publique avant le 31 mai si 500 électeurs s'opposent au règlement.
- Le conseil adopte un règlement divisant son territoire en districts électoraux avant le 1er juin de l'année civile qui précède celle où doit avoir lieu l'élection générale et transmet une copie de ce règlement à la Commission de la représentation. Si le conseil a été obligé de tenir une assemblée publique sur le projet de règlement, le greffier ou secrétaire-trésorier publie un avis dans un journal diffusé sur le territoire de la municipalité dans les 15 jours de l'adoption du règlement. Tout électeur peut, dans les 15 jours de la publication de l'avis, faire connaître par écrit à la Commission son opposition au règlement. Pour une ville de la taille da Saguenay, la Commission doit tenir une assemblée publique si 500 électeurs lui ont signifié leur opposition.
- Le règlement divisant le territoire de la municipalité en districts électoraux doit entrer en vigueur avant le 1er novembre de l'année civile qui précède celle où doit avoir lieu l'élection générale. La Commission de représentation effectue la division en districts électoraux si le conseil ne le fait pas dans les délais ou si, à la suite de l'assemblée publique tenue en raison de l'opposition des électeurs, la Commission détermine que la proposition du conseil ne doit pas s'appliquer.
Dans quels cas la Commission de la représentation électorale intervient-elle ?
La Commission de représentation électorale fournit au besoin de l'aide aux municipalités pour l'établissement de leur carte électorale. Elle intervient à un niveau décisionnel dans trois situations:
- Un règlement non-conforme (ex: districts avec nombre d'électeurs trop ou pas assez élevé). La Commission doit approuver le règlement. Si le règlement est refusé par la Commission, le conseil municipal lui soumet généralement un nouveau projet.
- L'opposition d'un nombre suffisant d'électeurs qui persiste même après que le conseil ait tenu une séance publique d'information. La Commission tient alors à son tour une séance publique et détermine si la proposition du conseil doit s'appliquer ou pas.
- L'absence d'un règlement conforme (ou d'un règlement non-conforme approuvé par la Commission) dans les délais. C'est alors la Commission qui divise les districts.
D'où nous vient le découpage actuel des districts électoraux de Saguenay ?
Lors de la fusion, un groupe de travail lié au Comité de transition s'est penché sur le découpage des districts. Il a répondu aux demandes des petites municipalités et s'est assuré que chacun de ces territoires conservait un représentant; il a aussi tenté d'établir un certain équilibre à l'intérieur des arrondissements. Puisque l'élection générale (novembre 2001) a eu lieu avant la naissance officielle de la ville fusionnée (février 2002), le découpage des districts électoraux pour cette première élection a été adopté par un décret gouvernemental (décret #1014-2001 du 5 septembre 2001).
Il semblait clair à l'époque qu'il s'agissait d'un découpage transitoire, sujet à être revu pour l'élection suivante. Sauf que... en 2004, au moment de prévoir le découpage pour l'élection de 2005, toutes les villes fusionnées jonglaient avec des possibilités de défusion et des processus de signature de registres. Il semble qu'on ait alors opté pour le statu quo, question de ne pas compliquer d'avantage un contexte qui était déjà passablement épidermique.
Et maintenant ?
En décembre dernier, le conseil municipal de Saguenay a voté une résolution demandant à la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, madame Nathalie Normandeau, de maintenir le statu quo en confirmant le découpage actuel. Pourquoi ? Bonne question. Sans doute les élus sont-ils satisfaits de la situation actuelle. Leur geste a cependant peu de valeur, si on considère les mécanismes légaux expliqués plus haut. Les conseillers sont-ils vraiment au fait de ces dispositions légales ? Pas sûr. Ont-ils bien analysé la situation ? On peut en douter, car la situation de Saguenay détonne sérieusement lorsqu'on la compare à celle des autres villes.
À suivre dès demain sur l'Oiseau-mouche:
À +
La plupart des informations présentées dans cet article proviennent de documents du Gouvernement du Québec.
Pour aller aux sources:
15 février 2006
L'Oiseau-mouche nouveau prend son envol
Par l'équipe de L'Oiseau-mouche
C'est un clin d'oeil à ces polémistes d'antan que nous avons voulu faire en reprenant pour notre blogue le nom qu'ils avaient donné à leur journal. Certes, la modestie de leurs ambitions et la dentelle de leur style font un peu sourire cent treize ans plus tard, comme en témoignent ces extraits du premier numéro, paru le 1er janvier 1893:
"L'Oiseau-Mouche s'envole aujourd'hui pour la première fois, des bords de la rivière Saguenay, et s'en va partout où nous avons des amis, demander qu'on l'accueille avec bienveillance. […]
L'Oiseau-Mouche est le plus frêle de nos oiseaux : entendez par là que nos prétentions sont tout à fait modestes. Notre projet n'est pas de révolutionner le journalisme, de résoudre les graves questions qui agitent le genre humain, d'influencer enfin les événements qui demain seront de l'histoire. Eh! non, notre rôle va être beaucoup plus humble […]
Aucun des oiseaux de nos pays n'est plus gracieux que l'Oiseau-Mouche : s'il faut parler franchement, voilà l'idéal que nous poursuivrons. Nous voudrions bien charmer l'esprit et le coeur de ceux qui nous liront, en traitant pour eux les sujets les plus intéressants, assaisonnés de toutes les grâces et de toutes les délicatesses du langage. […] De fleur en fleur voltige sans cesse l'Oiseau-Mouche. Ainsi tâcherons-nous de faire."
Nous nous entendons cependant sur la responsabilité qui vient avec la tribune dont nous nous dotons: pas question d'affirmer sans fondement, ni de verser dans l'attaque personnelle ou la rumeur. De même, si nous souhaitons sincèrement recevoir de nombreux commentaires de nos lecteurs pour alimenter les débats que nous aimerions soulever, les propos haineux, déplacés ou irrespectueux ne seront pas publiés.
Espérant créer chez vous une contagieuse accoutumance, nous vous souhaitons, à toutes et à tous, plaisir et réflexion en nos pages.
Bonne lecture.
Notre "bon" maire Jean, André Arthur et le Hamas...
Par Pascal D'amours
Je crois d’un bon citoyen de préférer les paroles qui sauvent aux paroles qui
plaisent. (Démosthène)
Le grec Démosthène, ayant connu la démocratie toute neuve dans son berceau au 4e siècle avant Jésus-Christ, faisait alors un commentaire instructif sur le plus grand danger qui guette toujours la politique en ce début du 2e millénaire: le populisme.
Comment réagir devant l'élection d'un André Arthur au Parlement fédéral, devant la victoire du Hamas en Palestine, un pays qui commence à peine son périple vers la démocratie ou même devant la réélection du maire Jean Tremblay à Saguenay, ce "Faux-Robin des Bois" des contribuables ? Doit-on s'incliner penaud en affirmant sottement " Vox populi = Vox Dei" ? Le peuple a t-il encore et toujours raison ?
André Arthur, Jean Tremblay et le Hamas sont trois phénomènes qui carburent à la même essence: le populisme. Le populisme, c'est l'arme des politiciens qui excitent les passions en flattant bassement le peuple et en nourissant ses préjugés. Comment y arrivent-ils ? Le subterfuge est pratiquement toujours le même et je m'étonne de voir tant de concitoyens tomber chaque fois dans le panneau:
- On explique aux masses qu'elles ont été flouées, qu'on les a trompées, bernées. (Les commandites, les dépenses somptueuses, etc.)
- On cible des responsables ou un bouc-émissaire (Les fonctionnaires, la métropole, etc.) et on alimente le sentiment d'humiliation ou d'aliénation des électeurs.
- On présente sa candidature comme une catharsis, un véhicule pour cette nouvelle haine ou passion refoulée.
La démocratie porte maintenant en elle le germe d'une maladie mortelle alors que plusieurs intellectuels et analystes ne trouvent rien de mieux que de l'abandonner entre les mains de médecins charlatants.
Ce n'est pas mon cas...
Pour ma part, je crois encore, naïvement diront certains, que les idées peuvent mener le monde. C'est pourquoi, j'exprimerai les miennes ici sur cet oiseau-mouche en espérant qu'un battement d'ailes, à l'image de celui d'un papillon, puisse parfois changer le climat.
Districts électoraux municipaux - première partie
Par Denise Turcotte
D'abord, ce que prévoit la Loi
- Les municipalités de 20 000 habitants et plus doivent obligatoirement procéder à la division de leur territoire en districts électoraux.
- Le découpage du territoire en districts électoraux relève du conseil municipal mais la Loi fixe le nombre de districts électoraux d’une municipalité. Sauf en cas de dérogation, ce nombre est d'au moins 14 et d'au plus 24 districts pour une municipalité de 100 000 à 250 000 habitants (comme Saguenay).
- La division en districts est revue tous les quatre ans et modifiée au besoin pour tenir compte de l’évolution de la population et des communautés naturelles du milieu.
La Loi établit les critères qui doivent guider le découpage des districts
- Les districts doivent être délimités de façon à assurer la plus grande homogénéité socio-économique possible de chacun, compte tenu de critères comme les barrières physiques, les tendances démographiques, les limites des paroisses, la superficie et la distance.
- Le nombre d'électeurs dans un district ne doit être ni supérieur ni inférieur de plus de 15% à la moyenne de l'ensemble des districts. Une municipalité peut déroger à cette règle mais le règlement divisant son territoire en districts électoraux doit alors être soumis à l'approbation de la Commission de la représentation électorale.
- Les électeurs peuvent s'opposer au découpage proposé par le conseil. Si le nombre d'opposants est suffisant, le conseil doit tenir une séance d'information publique avant d'adopter le règlement qui divise les districts. Les électeurs peuvent par la suite signifier leur opposition à la Commission de représentation électorale et si les opposants sont suffisamment nombreux, la Commission doit tenir une assemblée publique où les opposants et le conseil peuvent se faire entendre. La Commission détermine ensuite si le découpage proposé par le conseil doit s'appliquer ou pas.
La Commission de représentation électorale, qu'est-ce que c'est ?
- La Commission de la représentation électorale est une institution indépendante qui relève directement de l'Assemblée nationale. Elle a pour mission d'établir la carte électorale du Québec et, lorsque cela est requis, celles de municipalités et de commissions scolaires, en favorisant la consultation des citoyens et en leur assurant une représentation juste et équitable.
- La Commission se compose du Directeur général des élections, qui en est le président, et de deux commissaires, qui sont nommés par résolution approuvée par les deux tiers des députés de l'Assemblée nationale.
- Dans l’exercice de ses fonctions, la Commission agit en toute neutralité et impartialité. Ses décisions sont finales et sans appel.
À suivre dès demain sur l'Oiseau-mouche:
À +
La plupart des informations présentées dans cet article proviennent de documents du Gouvernement du Québec.
Pour aller aux sources:
- La Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités (voir les sections II et III) http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/E_2_2/E2_2.html
- La Commission de la représentation électorale du Québec, sur le site du Directeur général des élections du Québec http://www.dgeq.qc.ca/fr/index.asp
PIÉGÉS À DROITE... ET À DROITE!
Par Sylvain Gaudreault
Des humoristes surfant sur le cynisme ambiant me répondraient : « Toute est dans toute ». Hmm… Est-ce aussi simple? Et si ces événements n’étaient pas si éloignés les uns des autres? Et si notre réalité quotidienne, toute régionale, avec ses accents du terroir et ses odeurs de tourtière, participait à sa manière à un vaste mouvement de fond, à un courant de l’histoire universelle sur lequel nous avons le nez trop collé pour en mesurer toute la force?
Je m’explique
J’ai l’impression que le monde entier est prisonnier du même bateau. Que l’on soit au Danemark, en Palestine, en Israël, en Iran, aux États-Unis ou au Québec, on agit ou – au mieux – on réagit par rapport aux forces de la droite. En d’autres termes, nous sommes piégés de tous bords par un même mouvement conservateur sur le plan social.
Le Jyllands-Posten, ce journal danois qui a publié les fameuses caricatures de Mahomet, est réputé pour être une publication conservatrice. Il semble donc dominé par des tendances contraires aux forces progressistes qui font appel à l’ouverture sur l’autre et au respect des différences. Faut-il donc s’étonner que ce journal ait lancé un concours aux accents provocateurs chez les caricaturistes? En contexte danois, le Jyllands-Posten serait-il le pendant écrit des animateurs radio bien de chez nous à la sauce Jeff Fillion? Dans ce cas, nous sommes bien loin de l’avant-garde d’une révolution gauchisante!
Comble de l’ironie, ceux-là mêmes qui réagissent le plus violemment à la publication des caricatures sont aussi, dans le contexte de leur réalité nationale, des forces conservatrices! Que ce soit en Turquie, au Pakistan, en Irak ou en Syrie, les leaders qui mobilisent les foules pour incendier les ambassades du Danemark et autres consulats des nations peuplées de « chiens infidèles » appartiennent à la mouvance fondamentaliste, comme le Hamas en Palestine par exemple.
Nous atteignons la quintessence du paradoxe lorsque l’on voit apparaître les Jacques Chirac et George W. Bush lancer des appels désespérés au calme. Voilà encore des tenants de la droite – également fondamentaliste dans le cas du président étatsunien – se mêler de ce dérapage mondial. Ouf! Il y a quelque chose d’hallucinant (et de désespérant) dans cette bataille à finir que se livrent ces leaders à droite et… à droite!
Chez nous
De retour chez nous, on ne peut que constater que le Canada et le Québec participent à ce vaste courant international. Nous savions déjà que Jean Charest n’était pas un apôtre de la social-démocratie au Québec. Voilà que le 23 janvier dernier, les Canadiens en ajoutent en élisant un gouvernement conservateur. J’admets qu’il est minoritaire, mais il possède néanmoins toute la légitimité nécessaire pour gouverner. Avec l’équipe de Stephen Harper, les électeurs viennent de se donner le premier gouvernement de l’histoire contemporaine du Canada ouvertement conservateur sur le plan moral. N’est-ce pas inquiétant?
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’est pas en reste. Sous le couvert d’un hypothétique « Plan Marshall », les électeurs de la région, avides de toute alternative au développement régional, auraient « voté stratégique » en se donnant un ministre conservateur en la personne de l’ancien-nouveau député de Jonquière-Alma, Jean-Pierre Blackburn. La planète Saguenay-Lac-Saint-Jean n’existe pas! Même en période de repositionnement économique, notre région n’est pas désincarnée du reste du monde. Je refuse net de saluer l’élection en nos terres d’un autre représentant du conservatisme moral!
Et j’en reviens à ce « blogue », à cet Oiseau-mouche qui n’a d’autre ambition que de butiner de fleur en fleur, d’un sujet à l’autre… Dans le triomphe tous azimuts des forces conservatrices qui envahissent même les médias, quel espace reste-t-il pour exprimer un autre point de vue? L’Oiseau-mouche représente, à sa manière, une forme de résistance nécessaire ou, à tout le moins, une lueur d’espérance.
Mardi, 14 février, 2006