27 février 2006

 

Les Verts vont regretter Mulcair


Par Pascal D'amours

Je vous l'avoue d'emblée, l'environnement dont je vais vous entretenir ne m'a jamais vraiment passionné. Contrairement à plusieurs personnes de ma génération, je ne suis pas un militant vert ou un assoiffé d'écologie. J'aime bien l'idée que l'on protège l'environnement et que l'on songe aux générations futures, cependant, ma grille d'analyse n'est pas une bible verte foncée.

Je dois par contre admettre que j'avais un faible en matière d'environnement pour Thomas Mulcair à qui Jean Charest a montré la porte cette semaine lors d'un "ajustement" ministériel. J'aimais la rigueur du personnage et sa capacité à ne pas fléchir devant les assauts de ses collègues ministres et des différents lobbys. Certains diront qu'il avait le défaut d'être inflexible alors que je pense qu'il s'agit d'une qualité importante pour un ministre de l'environnement. Être ministre de l'environnement au sein d'un gouvernement, c'est souvent jouer le mauvais rôle. Pour reprendre une image du chanteur Bénabar c'est un peu comme "être une porcelaine dans un magasin d'éléphants". Mulcair est cependant un des rares ministres de l'environnement à avoir imposé son agenda vert dans un gouvernement et il a sans doute fait mal aux orteils de quelques ministres à vocation économique.

À plusieurs reprises, Mulcair a montré qu'il avait du cran et en voici quelques exemples:

La plus belle victoire de Mulcair est assurément dans le dossier du Suroît. Il y a un peu plus de deux ans, Hydro-Québec envisageait de construire la nouvelle centrale thermique du Suroît. Le conseil des ministres avait alors donné son aval au projet lors d'une absence du ministre Mulcair. Quelques mois plus tard, un Mulcair triomphant côtoyait Jean Charest lors d'une conférence de presse annoncant l'enterrement de ce projet honni de plusieurs québécois et il affirmait alors: "On a eu le résultat qu'on voulait!". Les militants verts, bien qu'ils étaient des milliers doivent une fière chandelle à Mulcair.

Dans un autre dossier, le gouvernement Charest envisageait de démarrer l'exploitation gazière dans le golfe du Saint-Laurent. C'était là un projet important pour Charest et son entourage. Il faut savoir que le chef de cabinet de Charest est un ancien dirigeant de Gaz métropolitain. Et bien voilà Mulcair qui décide de se mêler du dossier et exige la tenue d'une consultation publique afin de demander plus de justifications et de baliser ce type de développement. C'était le début de la fin du projet d'exploitation gazière. Le ministre de l'environnement possède un veto que peu de ses prédécesseurs osaient utiliser. Ceux qui croient que tous les politiciens pensent davantage à leur carrière qu'au bien commun doivent maintenant réviser leur position. Visiblement, en se mettant à dos le chef de cabinet du PM (qui a un droit de vie ou de mort sur les ministres) Mulcair n'était plus destiné à un avenir très long.

Encore la semaine dernière, Mulcair a dévoilé une étude du BAPE concernant le projet de réserve aquatique de la rivière Ashuapmushuan. On le sait, son collègue Karl Blackburn de Roberval et plusieurs "bonzes" libéraux souhaitaient ouvrir la porte à un développement hydro-électrique de cette rivière. Mulcair a visiblement joué le rempart une fois de plus et a mandaté le Centre québécois de développement durable (CQDD) afin de renforcer le consensus autour du projet de protection de l'Ashuapmushuan. Et voilà un autre député libéral de plus qui a sans doute mal aux orteils !

Mais l'intervention du ministre Mulcair qui m'a fait le plus de bien est lorsque celui-ci a tenu tête à notre "bon" maire Jean Tremblay dans le dossier des audiences du BAPE concernant la route 175. Notre maire comme tant de ses concitoyens désirait passer outre à toute étude du BAPE sur le projet de route à quatre voies et réclamait du ministre qu'il utilise son pouvoir discrétionnaire. La pression sur le ministre était très forte en région et les gens se déchaînaient sur les ondes afin d'appuyer notre chevalier Tremblay dans sa croisade contre le méchant ministre de l'environnement. Et bien, en plus de se tenir debout, le ministre a réitéré sa position devant le maire et devant toute la population régionale soulevant au passage la colère de notre magistrat. J'étais rassuré pour l'avenir, voilà me disais-je, un ministre qui tiendra tête au maire dans le dossier des bateaux de croisières. Hélas! Hélas!

Alors que le gouvernement Charest s'apprête à déposer au cours des prochaines semaines une nouvelle politique de l'énergie, on a peut-être voulu mettre de côté un empêcheur de tourner en rond un peu trop fatigant pour quiconque favorise le développement économique aveugle. Les environnementalistes auraient tort de se réjouir en criant "le roi est mort, vive le nouveau roi". Le passage de Mulcair à l'environnement a laissé des marques. La notion de développement durable, bien qu'elle ne soit pas pratiquée de façon cohérente, a fait timidement son entrée dans la machine gouvernementale. Nous devrons dorénavant juger les prochains titulaires de ce poste à la lumières des quelques victoires éclatantes de Thomas J. Mulcair.

24 février 2006

 

Pourquoi un nouveau monastère à Chicoutimi ?


Par Denise Turcotte

Il pousse un monastère sur le boulevard Saint-Jean-Baptiste, juste à côté de l'endroit où poussaient jusqu'à maintenant des arbres et des fleurs.

Au moment où plusieurs paroisses ont à faire des choix déchirants entre les églises à conserver et celles qu'il faut se résoudre à fermer ou à vendre faute de fidèles et faute d'argent pour les garder en activité, ce projet de construction a de quoi étonner. D'autant plus que plusieurs s'inquiètent comme moi de ce qu'il va advenir de notre imposant patrimoine religieux maintenant que les fabriques n'ont plus les moyens de maintenir, encore moins de restaurer, tous les joyaux d'architecture religieuse qui sont en péril.

Pourquoi alors la Fraternité des moines et des moniales de Jésus-Hostie a-t-elle choisi de construire un nouveau bâtiment pour héberger ses membres ? Les dirigeants de la communauté répondent ainsi dans la lettre par laquelle ils sollicitent des donateurs pour leur projet:

" La question que nous sommes en droit de nous poser est : "pourquoi ne pas prendre une des nombreuses églises qui ferment ?" Tout d’abord, parce qu’un monastère n’est pas une église, mais bien un lieu où résident en permanence des moines et/ou des moniales. Ensuite, pour assurer une partie de sa subsistance, à l’exemple des Pères trappistes avec leur chocolaterie, notre communauté prend en charge une petite entreprise (centre jardin, fleuristerie et boulangerie artisanale). En définitive, un monastère est à la fois un lieu de résidence, de prière et de travail, pour ceux qui y habitent."

Que les églises ne soient pas des lieux habitables, j'en conviens. Mais n'y a-t-il pas dans la région d'immenses presbytères qui sont à vendre avec ou sans leur église ? Un promoteur envisageait récemment de transformer celui de Sainte-Anne en maison pour les personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie. C'est donc que le bâtiment présente un certain potentiel pour devenir le milieu de vie d'un petit groupe de personnes… Et qu'en est-il de tous ces couvents devenus trop vastes et mal adaptés aux besoins des religieuses vieillissantes qui les habitent ? Je comprends que chaque communauté a ses rites et ses exigences propres, mais le Seigneur ne pourrait-il pas inspirer quelques stratégies de partage à des gens qui se rejoignent sur l'essentiel qui, on le sait, est invisible pour les yeux ?

Drôle d'exemple

Invité du Cercle de presse du Saguenay dernièrement, monseigneur André Rivest, évêque du diocèse de Chicoutimi, affirmait: "L'Église n'est pas là pour maintenir des bâtisses. La foi ça se vit en dehors des temples." Il précisait du même souffle qu'une dizaine d'églises du diocèse ont été fermées au cours des dernières années et il se réjouissait que les paroisses et la Ville unissent leurs efforts pour trouver une deuxième vie aux églises qui ne sont plus utilisées pour le culte. Mais voilà, comment convaincre des organismes laïcs de l'intérêt de recycler des édifices religieux si même une communauté de moines les boude au profit d'une construction nouvelle ? Serait-on en train de rater une belle occasion de prêcher par l'exemple ?

Quand au deuxième argument invoqué par les promoteurs pour favoriser la construction, soit la nécessaire proximité du monastère avec le centre jardin, la fleuristerie et la boulangerie, il vient de prendre sérieusement du plomb dans l'aile avec la décision de la communauté de fermer le centre jardin Botanix.

Et le bien collectif ?

Finalement, je ne voudrais pas paraître radine, mais les 700 000 $ que cherche à obtenir la communauté par sa campagne de financement me dérangent un peu. D'abord, ce sont des dons qui n'iront pas à d'autres oeuvres charitables, et Dieu sait si les bonnes causes en manque de financement sont nombreuses: soupe populaire, sans-abri, soins palliatifs, fondations des hôpitaux et recherche sur les maladies mortelles, pour ne citer que quelques exemples bien d'ici. Ensuite, comme les dons donnent droit à des crédits d'impôt, c'est en bout de piste de l'argent public qui financera une partie du projet. Si on m'avait offert le choix, j'aurais préféré de loin qu'on investisse le bien collectif pour restaurer quelques unes des églises mal en point. Il me semble que ce serait un meilleur retour des choses, puisque après tout, ces églises sont elles aussi un bien collectif, pas la maison d'un petit groupe.

Mais peut-être suis-je trop terre à terre pour comprendre. Enfant, on a souvent répondu à mes questions sur les choses de la religion que "je ne pouvais pas comprendre parce que c'était un mystère". Puissent alors vos commentaires judicieux, chers lecteurs, éclairer ma lanterne dubitative.

Pour aller aux sources:

La lettre de sollicitation de la Fraternité des moines et moniales de Jésus-Hostie
http://ephata.ca/lettrecoupon.htm

 

Déneigement: pour que la critique porte


Par Denise Turcotte

Un lecteur qui signe "Dubois" m'incite à faire un petit détour pour aborder la question du déneigement à Saguenay. Il m'écrit à la suite de mes articles sur les districts électoraux municipaux, mais puisque son commentaire n'a pas de lien avec mes propos, je préfère le reproduire ici:

"Chère Madame Turcotte,

Comme votre article porte sur monde municipal vous permettrez que je profite de votre espace "commentaire" pour chialer sur une responsabilité municipale, même si elle est loin en amont ou en aval de l’objet de votre article, fort bien documenté et vulgarisé. Je veux parler d’une responsabilité bien terre à terre même si la cause nous vient du ciel. Le déneigement.

Pas de doute possible. Chicoutimi a ravi à Montréal le championnat toute catégorie des congères. La seule chose qui ramasse de la neige à Chicoutimi c'est le vent, tout ce qui reste est empilé sur les trottoirs et la chaussée; ce qui permet à nos jeunes de glisser directement dans l'autobus scolaire. Bien sur autour de l'hôtel de ville c'est propre propre, fruit des efforts de notre maire ce qui expliquerait selon certaine rumeur son mal de dos. Voyez ce que ça lui a coûté le pauvre.

Dubois.

P.S. Quelqu'un a demandé au gros docteur, le social démocrate (sic) qui sert de "front" au gouvernement Charest si c'était aussi une conséquence du jugement Chaoulli le dos du maire avant les dos d’ânes que nous sommes. "
Attention aux perceptions

Cher Dubois, je comprends que vous avez trouvé dans l'ironie un exutoire à votre frustration d'après tempête. Je vous dis cependant tout de go que je me méfie un peu des perceptions lorsqu'il s'agit de sujets épidermiques comme le déneigement. Certains sont prêts à jurer que "c'était mieux avant", ou que "Chicoutimi passe toujours avant Jonquière", mais peut-on le prouver ? J'ai même déjà entendu monsieur le maire dire à la radio de CKRS "qu'il n'y avait personne de mort" comme si c'était un critère suffisant pour démontrer l'adéquation du service. C'est pour dire à quel point la notion de "service adéquat" peut être subjective! Critiquer sur la base de perceptions donne par ailleurs à l'administration toute la latitude de se défendre en traitant ceux qui se plaignent de "bande de chiâleux" qui aspirent tous à avoir une souffleuse de la ville stationnée en permanence devant chez eux.

D'autre part, il faut se demander si, en élisant une administration municipale qui mise essentiellement sur le gel des taxes, nous n'avons pas accepté implicitement que les économies devraient forcément être réalisées à quelque part.

Donner du poids à la critique

La première question à se poser est la suivante: sur quelle base pouvons-nous nous plaindre de la qualité du déneigement ? Le niveau de service attendu a-t-il été fixé et si oui quel est-il ? Si le niveau de service à atteindre n'a pas été défini, exigeons vite qu'il le soit et examinons les normes en vigueur ailleurs.

La deuxième étape consiste à documenter les faits et à les comparer à la cible de service visée.

Alors, qui a des exemples concrets à partager ? Bon, ça va, je commence! Je peux citer la rue de Bienville, à Chicoutimi-Nord, juste en face de l'école primaire Le Roseau. Mercredi dernier, soit cinq jours après le début de la tempête du vendredi précédent, la neige obstruait toujours les trottoirs. Les enfants circulaient dans la rue entre les autobus scolaires et les autobus de ville, ce qui mettait vraiment leur sécurité en danger (mais fiou! il n'y a pas eu de mort!). Ce cas a d'ailleurs fait l'objet d'un reportage de CKTV.

Qui dit mieux ? Si vous êtes suffisamment nombreux à répondre, je vous promets d'en faire un dossier.


22 février 2006

 

Un "Top 25" au goût douteux


Par Sylvain Gaudreault

Grâce aux bons soins de la firme de sondage UniMarketing et de la Jeune chambre de Commerce, voilà le Saguenay-Lac-Saint-Jean doté de son cénacle du pouvoir et de l’influence. Avec la complicité des journaux de la firme Gesca, les deux organismes ont rendu public le « Top 25 » des gens qui suscitent des « vocations » de leader auprès des jeunes ou, plus prosaïquement, qu’il est préférable de fréquenter dans la région si l’on veut que son projet avance...

Comprenez-moi bien. Je suis d’accord avec l’initiative. Dans un contexte où le Saguenay-Lac-Saint-Jean connaît une phase de transition majeure sur le plan économique, il est loin d’être inutile de cibler des « têtes de réseaux », ces gens qui sont bien branchés et qui font que les choses avancent. En outre, si ces personnes peuvent inspirer « notre belle jeunesse », tant mieux!

Une telle initiative peut aussi permettre de casser les stéréotypes dépassés qui veulent que des « has been » des années 1970 voguent encore aujourd’hui sur une réputation surfaite en entretenant l’illusion qu’ils ont toujours du pouvoir et de l’influence. Dans son roman Journal d’un curé de campagne, Georges Bernanos écrit : « Il n’y a d’autre fondement de la puissance que l’illusion des misérables ». Diable! J’ai parfois l’impression que la région est remplie de misérables! Qu’il est donc difficile de sortir des ornières d’une époque révolue! Enfin…

Miséricorde!

Comme il s’agit d’une première expérience, soyons miséricordieux. Nous excuserons UniMarketing et la Jeune chambre de Commerce d’avoir commis quelques erreurs de bizut. La plus grosse d’entre elles est sans doute d’avoir confondu pouvoir et influence avec notoriété. Les deux premières notions font référence à une forme d’autorité ou à l’action qu’une personne exerce sur une autre. Quant à la notoriété, elle est synonyme de renommée ou de réputation. En confondant ainsi les genres, nous retrouvons dans ce nouveau panthéon régional des personnalités aussi différentes que le triathlonien Pierre Lavoie et l’as des jeux de coulisses, Ghislain Harvey. À part le fait d’être tous les deux originaires de La Baie, un monde les sépare! Nonobstant les qualités de chacun des 25 leaders, quelqu’un peut avoir une très forte notoriété mais un pouvoir très limité.

Il faut reconnaître que la composition du jury de huit personnes peut avoir biaisé la sélection des 25 candidats. Même s’il y a quatre hommes et quatre femmes, des jeunes, des gens plus âgés, des représentants du milieu autochtone et une représentation égale entre le Lac-Saint-Jean et le Saguenay, il reste que les membres du jury appartiennent majoritairement à la grande famille du monde des affaires qui, comme chacun le sait, a tendance à favoriser un certain ordre établi, même de façon inconsciente. Malgré leur rôle important dans la région, le monde de la culture et le milieu communautaire ou syndical étaient peu ou pas représenté à la table du jury. Du coup, on a pris le risque d’occulter tout un pan du pouvoir créateur et mobilisateur de ces milieux de vie. À ce compte-là, faut-il se surprendre de ne trouver aucun artiste parmi les 25 champions?

Autrement dit, un jury de huit personnes ayant en bonne partie le même profil professionnel a sélectionné un temple de la renommée de 25 individus. On a ensuite validé la notoriété de chacun d’entre eux par un sondage auprès d’un échantillon de 440 répondants répartis à travers la région. Quelqu’un peut-il me communiquer la marge d’erreur d’un tel sondage?

Et la politique?

Je me questionne également sur le choix du jury de ne pas considérer les politiciens. Je comprends que les élus jouissent déjà d’une bonne couverture médiatique et que les membres du jury voulaient éviter toute accusation de partisanerie. Il reste qu’une fois de trop, cela envoie le message que la politique n’est plus une zone d’influence ou un outil de changement social. C’est précisément le message contraire qu’il faut envoyer si l’on veut encourager la participation citoyenne et donner un sens au « vivre ensemble ». Cette crainte quasi épidermique du monde politique me fatigue. C’est comme s’il était impossible de trouver de modèles valables parmi les hommes et les femmes politiques. À moins que la solution soit de faire le même exercice avec la seule catégorie des élus… J’aimerais bien connaître qui a plus de pouvoir et d’influence entre Françoise Gauthier, Jean-Pierre Blackburn et Jean Tremblay!

Les initiateurs de ce « Top 25 » (je n’aime pas non plus cette expression qui me fait penser au palmarès des écoles de L’Actualité ou à la compilation hebdomadaire des disques les plus vendus…) souhaitent renouveler l’expérience annuellement. Je répète que je trouve l’idée intéressante. Toutefois, n’oublions pas le bon vieux dicton qui nous enseigne que trop, c’est comme pas assez. J’admets que nous vivons une ère où tout va très vite, mais le pouvoir est quelque chose qui se vérifie sur le temps long. Identifier à chaque année le « Top 25 » du pouvoir et de l’influence n’est-il pas une manière de banaliser l’événement? Si certains leaders ne se retrouvent pas d’une année à l’autre, cela ne prouverait-il pas par l’absurde que la méthodologie fait défaut? J’espère que la date de péremption de ces nouveaux géants est plus tardive qu’une petite année…

Afin d’éviter l’étiquette de négatif ou de jaloux, je retiens néanmoins une chose positive de cet exercice : une couple de leaders, dont Claude Villeneuve qui arrive au deuxième rang, appartient au monde de la protection de l’environnement. Je trouve cela rafraîchissant et cela me donne même espoir.

20 février 2006

 

Le ministre Couillard, un social-démocrate nouveau genre !


Par Pascal D'amours

Le titre qui précède va peut-être en déranger quelques-uns. Quoi, un ministre libéral qui serait social-démocrate ! Ben voyons, va t'on me dire, l'équipe de Charest est néo conservatrice à l'os et ne rêve que de "réduire l'État en charpie" comme le chante Loco locass.

Bien sûr que mon titre cherche à faire réagir car je désire dans ce texte aller au-delà de l'image attribuée au gouvernement Charest qui depuis bientôt trois ans s'enfonce dans des décisions ridicules et mal préparées. Critiquer le gouvernement Charest, c'est beaucoup trop facile, c'est du tout cuit ! Non, je voudrais plutôt mettre l'emphase sur la réponse du ministre de la santé Phillippe Couillard au jugement Chaoulli en Cour Suprême. Le document de consultation "Garantir l'accès..." déposé la semaine dernière par le ministre Couillard suggère selon moi une approche à la fois "lucide" et "solidaire" qui à terme renforcera notre modèle d'État social-démocrate. Oui, je sais, l'affirmation précédente paraîtra exagérée au yeux de certains d'entre vous qui n'oseraient jamais lancer des fleurs à un gouvernement qui de toute évidence mériterait, on en conviendra tous, de retourner rapidement sur les banquettes de l'opposition.

Le jugement Chaoulli.

En juin dernier, dans une décision partagée, la Cour suprême du Canada jugeait que les trop longues listes d'attente dans le réseau de santé québécois mettaient en péril « le droit à la vie et à la sécurité de la personne », protégé par la Charte québécoise. En conclusion, la Cour suprême, bien qu'elle ne fasse pas l'éloge du privé en santé dans son jugement, permettait le recours aux assurances médicales privées lorsque le droit à la vie est menacé. Devant un tel jugement, les partisans d'une médecine privée salivaient à l'avance et comptaient les dodos nous séparant d'une médecine à deux vitesses.

Hors voilà, Couillard, malgré un conseil des ministres divisé sur la question, réussit à tirer son épingle du jeu et impose sa vision d'un système de santé fondé sur l'accessibilité et l'universalité. Oh, je sais, ça n'a pas l'air d'une révolution, ce document. Le gouvernement québécois ne fait somme toute que garantir plus concrètement l'accès à des chirurgies dans des délais raisonnables. Oui, mais ce faisant, Couillard gagne un temps précieux dans l'attente des centaines de nouveaux médecins supplémentaires prévus pour 2008 et de plus, il éloigne pour un moment les vautours mercantiles adeptes d'une médecine privée.

Certains argueront que grâce à Couillard, le privé fait tout de même une entrée dans le système de santé québécois. Tout d'abord, certaines personnes feront toujours des poussées d'urticaire à la seule vue du mot "PRIVÉ" pour des raisons plus près du dogme que de la raison. Ensuite, ajoutons qu'il s'agit de sphères où le privé était déjà présent (chirurgies des yeux, genou, hanche)

La modernisation de la social-démocratie

Sans doute, sans le savoir, Couillard participe à un mouvement actuellement présent dans plusieurs États dits "sociaux-démocrates". Le défi de ces pays, tels les pays Scandinaves, est de remettre en question certains aspects de l'État providence afin de revitaliser les programmes sociaux. Contrairement aux néo-libéraux pour qui l'objectif est de réduire aveuglément et sans relâche la taille de l'État, les pays qui réinventent aujourd'hui l'État providence continuent de rechercher le bien commun dans de nouvelles formes de partenariat avec les syndicats et le secteur privé.

Dans une série de reportages intitulée "L'État providence réinventé" le journaliste Michel Labrecque de Radio-Canada a récemment dressé le portrait de pays qui n'ont pas hésité à redessiner le modèle de leur État. La Scandinavie, berceau de la social-démocratie a remis en question de nombreux dogmes issus de l'État providence.

La Suède dont le modèle est maintes fois cité (autant chez les "lucides" que chez les "solidaires") a procédé au cours des dernières années à la privatisation du transport public et de l'électricité et a introduit des bonis de performance dans le secteur public. Cependant, ces choix lui ont permis de maintenir un système d'éducation gratuit jusqu'à l'université et de généreuses aides aux nouveaux parents. Le modèle suédois est le résultat d'un dialogue productif et d'un ménage à trois (État, syndicat et entreprises). Le pari de l'État suédois concernant la création de la richesse est le suivant: "On laisse le privé s'enrichir pour mieux le taxer ensuite". Je vous laisse consulter l'hyperlien au bas de ce texte afin de constater comment le Danemark, de son côté, maintient un taux de chômage de 5% en donnant carte blanche aux entreprises et en agissant généreusement auprès des chômeurs.

Au fond, il n'y a pas qu'un seul modèle d'État social-démocrate ou qu'un seul système de santé universel et gratuit. Il est possible d'expérimenter de nouvelles formules pourvu que l'on laisse de côté certains dogmes stérilisants pour l'avancement de notre collectivité. Tout en ne succombant à toutes les dérives du secteur privé, il faudrait à tout le moins cesser de se boucher le nez et les oreilles à toute remise en question du "modèle québécois". Entre l'idéal et le possible, il y a parfois tout un monde de distance. Conjuguer progrès social et pragmatisme, voilà un défi important, un test pour notre maturité collective. Je conclurai par une citation souvent oubliée de René Lévesque: "C'est le rêve qui nous fait avancer, mais on n'avance pas en rêvant".

Pour aller plus loin:


18 février 2006

 

Districts électoraux municipaux - quatrième partie


Par Denise Turcotte

Lorsqu'on compare les écarts de population entre les districts, les districts électoraux de Saguenay sont de loin les moins équitables de toutes les grandes villes du Québec. C'est la conclusion étonnante d'une analyse comparative que j'ai réalisée à partir de données obtenues du Directeur général des élections du Québec.

Après avoir constaté les écarts importants entre le nombre d'électeurs des différents districts de Saguenay, j'ai voulu savoir si le découpage électoral est plus équitable dans les autres grandes villes québécoises, elles aussi issues de fusions (et parfois également de défusions).

La réponse est oui. Et beaucoup à part ça! En fait aucune autre grande ville québécoise ne présente un découpage électoral aussi inéquitable que Saguenay, comme le démontre le tableau suivant, qui compare le découpage des neuf villes de plus de 100 000 habitants lors de l'élection de novembre 2005. (Cliquez sur le tableau pour l'agrandir au besoin).



Comparaison des districts électoraux dans les villes de plus de 100 000 habitants

On peut dégager les constats suivants:

L'écart-type exprimé en pourcentage de la moyenne permet de comparer les disparités de chaque ville, même si la taille moyenne des districts électoraux varie d'une ville à l'autre. En ramenant ainsi les chiffres sur une base comparable, on constate à quel point Saguenay se démarque par l'importance de ses disparités entre les districts, comme le montre le graphique suivant:


L'organisation municipale des autres villes

Des neuf villes de plus de 100 000 habitants, six sont divisées en arrondissement. Dans la plupart des cas, les conseillers des districts d'un arrondissement forment le conseil d'arrondissement et l'ensemble des conseillers forment, avec le maire, le conseil de ville. Il y a cependant deux villes (Montréal, et aussi Sherbrooke, dont la population se compare à Saguenay) qui ont, en plus des conseillers de ville, des conseillers d'arrondissement, c'est à dire des conseillers qui ne siègent qu'au conseil d'arrondissement.

Cette formule permet à la fois aux citoyens d'être représentés équitablement au conseil de ville, et aux plus petites communautés de former un conseil d'arrondissement plus complet et plus en mesure de jouer son rôle dans la gestion des services de proximité. À Montréal, chaque arrondissement élit également un maire d'arrondissement, qui siège au conseil de ville.

Quant au nombre d'électeurs représentés par un conseiller siégeant au conseil de ville, il varie beaucoup selon les villes. La moyenne oscille autour des cinq à six mille électeurs dans les villes de Lévis, Trois-Rivières, Sherbrooke, Longueuil et Saguenay. Elle tourne plus autour de dix à douze mille électeurs à Gatineau, Québec et Laval, alors qu'elle frôle les vingt-quatre mille électeurs à Montréal, ce qui est presque quatre fois plus qu'à Saguenay. Il faut dire cependant que la population de Montréal est plus concentrée et que la présence de conseillers d'arrondissement permet à certains conseillers de ville de partager le travail avec des collègues entièrement dédiés aux dossiers touchant l'arrondissement.

Que conclure ?

Les chiffres révélateurs de cette étude comparative m'amènent à penser qu'il serait très surprenant que la Commission de la représentation électorale tolère encore longtemps que le découpage électoral de Saguenay demeure aussi inéquitable qu'il l'est actuellement. Si les autres villes ont trouvé des formules qui assurent les citoyens que leur vote a un poids comparable quel que soit le district où ils habitent, pourquoi Saguenay n'y parviendrait-elle pas ?

L'organisation de certaines des autres villes montre également qu'il existe des moyens pour conserver aux plus petites communautés une identité et un pouvoir de décision. Enfin, la Loi permet de réduire ou d'augmenter le nombre de conseillers dans une ville de la taille de Saguenay. Bref, le statu quo est non seulement inéquitable et questionnable, mais il est modifiable et les citoyens peuvent intervenir si les élus sont trop frileux à l'idée de changer l'ordre des choses qui les a portés au pouvoir.

L'intérêt pour la politique municipale n'est pas très élevé même si c'est le niveau de gouvernement qui a le plus d'influence directe sur nos vies: l'eau, les égout, les ordures, le déneigement, l'éclairage, les rues, les parcs, les loisirs… tout cela et bien plus encore relève des compétences de la ville. Qui sait si, en tentant d'améliorer l'équité de représentation, on ne pourrait pas en profiter pour améliorer aussi le fonctionnement du conseil de ville et des conseils d'arrondissement, pour rapprocher ces instances des citoyens et pour inciter la population à participer plus activement à la vie démocratique ?

Le découpage électoral pour l'élection de 2009 devra être établi avant juin 2008. Ça nous laisse du temps pour en discuter sereinement.

Pour plus de détails:


17 février 2006

 

Districts électoraux municipaux - troisième partie


Par Denise Turcotte

Le saviez-vous ? Trois quart des districts électoraux de Saguenay sont hors norme car ils dérogent à la règle du "plus ou moins 15 % d'électeurs comparé à la moyenne". En plus d'être loin de l'esprit et de la lettre de la Loi avec des disparités très importantes, le découpage des districts électoraux de Saguenay pose des questions sur l'égalité entre les citoyens selon leur lieu de résidence.


L'équité entre les districts: à Saguenay, seulement 5 districts sur 19 sont conformes

L'article 12 de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités stipule que le nombre d'électeurs dans un district ne doit être ni supérieur ni inférieur de plus de 15% à la moyenne de l'ensemble des districts. Pour Saguenay qui comptait 19 districts et 113 051 électeurs aux élections de novembre 2005, la moyenne est de 5 950. Cela signifie que chaque district devrait compter entre 5 058 et 6 843 électeurs.

Hors, à Saguenay, seulement cinq des 19 districts respectent cette règle qui vise à minimiser les disparités entre les districts d'une même ville. En effet, près des trois-quarts des districts comptent trop ou trop peu d'électeurs lorsqu'on les compare à la moyenne des 19 districts.

Le tableau suivant a été préparé à partir de données fournies par le Directeur général des élections du Québec. Il présente la situation de tous les districts de Saguenay à l'élection de novembre 2005. (Cliquez sur le tableau pour l'agrandir au besoin)


On note l'importance des écarts:

Le graphique suivant permet de mieux visualiser la chose:


Bien sûr l'élection de novembre 2005 s'est vraissemblablement effectuée dans la légalité puisque la Loi permet aux municipalités de déroger à la règle des 15 % si leur découpage est approuvé par la Commission de la représentation électorale. On comprend cependant un peu mieux pourquoi le découpage actuel avait un caractère transitoire.

Une situation qui questionne

Que signifient concrètement ces disparités ? Elles posent des questions parfois troublantes. Par exemple, moi qui habite le quartier # 13, le plus populeux de la ville, dois-je comprendre que mon vote a cinq fois moins de poids que si j'habitais à Lac-Kénogami qui compte un conseiller, tout comme mon district, mais pour un nombre d'électeurs cinq fois moindre ? Amis de Lac-Kénogami, comprenez-moi bien, je ne vous en veux pas du tout, mais quand même, avouez que je pourrais me sentir un peu "de seconde zone"...

Et puis si je mets en perspective certaines pratiques de l'administration de Saguenay, comme par exemple l'octroi d'une enveloppe discrétionnaire de 50 000 $ à chaque conseiller, ça devient délicat. Ainsi, monsieur Cantin dispose de 29.04 $ par électeur pour Lac-Kénogami alors que mon échevin du district 13, monsieur Cleary, n'a dans sa poche qu'un maigre 5.88 $ par électeur. Heureusement que je ne suis pas d'un naturel jaloux… Mais tout de même, si j'avais à chercher du financement discrétionnaire pour un club social, je préfèrerais nettement qu'il soit à Lac-Kénogami ou à Canton-Tremblay…

Mais laissons de côté ces considérations matérielles et revenons à l'équité dans la représentation qui est le problème le plus fondamental soulevé par ces données. Je conçois aisément que les anciennes municipalités rurales de Lac-Kénogami, Canton-Tremblay, Shipshaw et Laterrière ont besoin de garder une représentation au conseil pour que les problèmes qui leur sont propres soient traités comme il se doit. Je comprends que notre ville est étendue et que les citoyens doivent avoir accès à un représentant qui est proche, qui habite dans leur milieu. Je veux même admettre que la fusion a peut-être ravivé la crainte historique que Chicoutimi en mène trop large et écrase ses voisines, même si je pense que les défis de maintenant exigent une que notre attitude dépasse les chicanes de clocher.

Mais alors, comment concilier les identités locales des plus petites communautés avec la représentation équitable entre les citoyens des différents districts ? Il y a là matière à réflexion et à débat, ne croyez-vous pas ? En ce sens, le Conseil de Saguenay va peut-être un peu vite en affaires en réclamant le statu quo sans que la population ait été bien informée ni qu'elle ait eu l'occasion de se faire entendre.

À suivre demain sur le blogue l'Oiseau-mouche:

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16 février 2006

 

Districts électoraux municipaux - deuxième partie


Par Denise Turcotte

Le saviez-vous ? La Loi prévoit tout le processus pour revoir le découpage des districts électoraux avant chaque élection générale. La Commission de la représentation électorale a le pouvoir d'imposer un découpage dans certains cas. À Saguenay, le découpage des districts a été effectué avant la fusion par le Comité de transition.

La revue du découpage aux quatre ans, comment ça se passe, selon la Loi ?
  1. Après le 1er janvier de l'année civile qui précède celle où doit avoir lieu l'élection générale, le conseil municipal adopte par résolution un projet de règlement effectuant la division en districts électoraux.
  2. Dans les 15 jours de l'adoption du projet de règlement, le greffier ou secrétaire-trésorier publie un avis dans un journal diffusé sur le territoire de la municipalité. Tout électeur peut, dans les 15 jours de la publication de l'avis, faire connaître son opposition au projet de règlement. Dans le cas d'une ville de la taille de Saguenay, le conseil doit tenir une assemblée publique avant le 31 mai si 500 électeurs s'opposent au règlement.
  3. Le conseil adopte un règlement divisant son territoire en districts électoraux avant le 1er juin de l'année civile qui précède celle où doit avoir lieu l'élection générale et transmet une copie de ce règlement à la Commission de la représentation. Si le conseil a été obligé de tenir une assemblée publique sur le projet de règlement, le greffier ou secrétaire-trésorier publie un avis dans un journal diffusé sur le territoire de la municipalité dans les 15 jours de l'adoption du règlement. Tout électeur peut, dans les 15 jours de la publication de l'avis, faire connaître par écrit à la Commission son opposition au règlement. Pour une ville de la taille da Saguenay, la Commission doit tenir une assemblée publique si 500 électeurs lui ont signifié leur opposition.
  4. Le règlement divisant le territoire de la municipalité en districts électoraux doit entrer en vigueur avant le 1er novembre de l'année civile qui précède celle où doit avoir lieu l'élection générale. La Commission de représentation effectue la division en districts électoraux si le conseil ne le fait pas dans les délais ou si, à la suite de l'assemblée publique tenue en raison de l'opposition des électeurs, la Commission détermine que la proposition du conseil ne doit pas s'appliquer.

Dans quels cas la Commission de la représentation électorale intervient-elle ?

La Commission de représentation électorale fournit au besoin de l'aide aux municipalités pour l'établissement de leur carte électorale. Elle intervient à un niveau décisionnel dans trois situations:

D'où nous vient le découpage actuel des districts électoraux de Saguenay ?

Lors de la fusion, un groupe de travail lié au Comité de transition s'est penché sur le découpage des districts. Il a répondu aux demandes des petites municipalités et s'est assuré que chacun de ces territoires conservait un représentant; il a aussi tenté d'établir un certain équilibre à l'intérieur des arrondissements. Puisque l'élection générale (novembre 2001) a eu lieu avant la naissance officielle de la ville fusionnée (février 2002), le découpage des districts électoraux pour cette première élection a été adopté par un décret gouvernemental (décret #1014-2001 du 5 septembre 2001).

Il semblait clair à l'époque qu'il s'agissait d'un découpage transitoire, sujet à être revu pour l'élection suivante. Sauf que... en 2004, au moment de prévoir le découpage pour l'élection de 2005, toutes les villes fusionnées jonglaient avec des possibilités de défusion et des processus de signature de registres. Il semble qu'on ait alors opté pour le statu quo, question de ne pas compliquer d'avantage un contexte qui était déjà passablement épidermique.

Et maintenant ?

En décembre dernier, le conseil municipal de Saguenay a voté une résolution demandant à la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, madame Nathalie Normandeau, de maintenir le statu quo en confirmant le découpage actuel. Pourquoi ? Bonne question. Sans doute les élus sont-ils satisfaits de la situation actuelle. Leur geste a cependant peu de valeur, si on considère les mécanismes légaux expliqués plus haut. Les conseillers sont-ils vraiment au fait de ces dispositions légales ? Pas sûr. Ont-ils bien analysé la situation ? On peut en douter, car la situation de Saguenay détonne sérieusement lorsqu'on la compare à celle des autres villes.

À suivre dès demain sur l'Oiseau-mouche:

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La plupart des informations présentées dans cet article proviennent de documents du Gouvernement du Québec.

Pour aller aux sources:


15 février 2006

 

L'Oiseau-mouche nouveau prend son envol


Par l'équipe de L'Oiseau-mouche

Il y a plus d'un siècle paraissait le premier numéro de l'Oiseau-mouche, journal étudiant du Séminaire de Chicoutimi qui a compté Damase Potvin et le poète Derfla parmi ses collaborateurs. Le journal a créé quelques moments d'émoi par ses propos parfois dérangeants pour la bonne société de l'époque. Même Olivar Asselin a réagi à certains de ses articles.

C'est un clin d'oeil à ces polémistes d'antan que nous avons voulu faire en reprenant pour notre blogue le nom qu'ils avaient donné à leur journal. Certes, la modestie de leurs ambitions et la dentelle de leur style font un peu sourire cent treize ans plus tard, comme en témoignent ces extraits du premier numéro, paru le 1er janvier 1893:


"L'Oiseau-Mouche s'envole aujourd'hui pour la première fois, des bords de la rivière Saguenay, et s'en va partout où nous avons des amis, demander qu'on l'accueille avec bienveillance. […]

L'Oiseau-Mouche est le plus frêle de nos oiseaux : entendez par là que nos prétentions sont tout à fait modestes. Notre projet n'est pas de révolutionner le journalisme, de résoudre les graves questions qui agitent le genre humain, d'influencer enfin les événements qui demain seront de l'histoire. Eh! non, notre rôle va être beaucoup plus humble […]

Aucun des oiseaux de nos pays n'est plus gracieux que l'Oiseau-Mouche : s'il faut parler franchement, voilà l'idéal que nous poursuivrons. Nous voudrions bien charmer l'esprit et le coeur de ceux qui nous liront, en traitant pour eux les sujets les plus intéressants, assaisonnés de toutes les grâces et de toutes les délicatesses du langage. […] De fleur en fleur voltige sans cesse l'Oiseau-Mouche. Ainsi tâcherons-nous de faire."

Et pourtant nos motivations de 2006 rejoignent étrangement les leurs: intéresser des lecteurs en formulant nos réflexions de manière attrayante, contribuer à diversifier pour vrai les sources d'information et les points de vue à une époque où la pensée dominante a déposé sur nos têtes son grand chapeau de convergence aux couleurs du conservatisme, tâcher de voir plus clair même s'il faut pour cela déboulonner au passage quelques idées reçues.
Sans doute manquons-nous du romantisme qui faisait voltiger nos prédécesseurs "de fleur en fleur", mais nous entendons néanmoins, au gré de nos réflexions et des événements qui façonnent l'actualité, aborder une grande variété de sujets régionaux, nationaux et internationaux. Les thèmes de nature sociale, économique et politique nous intéressent tout particulièrement. Et ce n'est pas parce que nous avons décidé de partager un blogue que nous allons nous empêcher d'avoir des points de vue différents si l'occasion se présente: l'esprit farouchement libre de chacun accorde la réciproque à ses comparses.

Nous nous entendons cependant sur la responsabilité qui vient avec la tribune dont nous nous dotons: pas question d'affirmer sans fondement, ni de verser dans l'attaque personnelle ou la rumeur. De même, si nous souhaitons sincèrement recevoir de nombreux commentaires de nos lecteurs pour alimenter les débats que nous aimerions soulever, les propos haineux, déplacés ou irrespectueux ne seront pas publiés.

Espérant créer chez vous une contagieuse accoutumance, nous vous souhaitons, à toutes et à tous, plaisir et réflexion en nos pages.

Bonne lecture.

 

Notre "bon" maire Jean, André Arthur et le Hamas...


Par Pascal D'amours

Lors d'une récente visite au Musée de la civilisation de Québec j'ai lu la citation suivante dans le cadre d'une exposition intitulée "Vox populi":

Je crois d’un bon citoyen de préférer les paroles qui sauvent aux paroles qui
plaisent.
(Démosthène)

Le grec Démosthène, ayant connu la démocratie toute neuve dans son berceau au 4e siècle avant Jésus-Christ, faisait alors un commentaire instructif sur le plus grand danger qui guette toujours la politique en ce début du 2e millénaire: le populisme.

Comment réagir devant l'élection d'un André Arthur au Parlement fédéral, devant la victoire du Hamas en Palestine, un pays qui commence à peine son périple vers la démocratie ou même devant la réélection du maire Jean Tremblay à Saguenay, ce "Faux-Robin des Bois" des contribuables ? Doit-on s'incliner penaud en affirmant sottement " Vox populi = Vox Dei" ? Le peuple a t-il encore et toujours raison ?

André Arthur, Jean Tremblay et le Hamas sont trois phénomènes qui carburent à la même essence: le populisme. Le populisme, c'est l'arme des politiciens qui excitent les passions en flattant bassement le peuple et en nourissant ses préjugés. Comment y arrivent-ils ? Le subterfuge est pratiquement toujours le même et je m'étonne de voir tant de concitoyens tomber chaque fois dans le panneau:

  1. On explique aux masses qu'elles ont été flouées, qu'on les a trompées, bernées. (Les commandites, les dépenses somptueuses, etc.)
  2. On cible des responsables ou un bouc-émissaire (Les fonctionnaires, la métropole, etc.) et on alimente le sentiment d'humiliation ou d'aliénation des électeurs.
  3. On présente sa candidature comme une catharsis, un véhicule pour cette nouvelle haine ou passion refoulée.
Il faut dire que le terrain du suffrage universel est un terreau fertile pour qui veut maintenant utiliser le populisme, s'approprier le soi-disant "parler vrai" et recueillir l'adhésion des masses. Le peuple est mûr pour les populistes notamment parce que notre société a tant nourri le cynisme à l'égard des politiciens qu'elle a également du même coup mis K.O. un certain idéal de démocratie. Lorsqu'il est de bon ton de se moquer des élus et des politiciens en placant tout le monde dans le même sac. Lorsque l'on affirme sans nuance et sans discernement qu'ils sont tous pourris, tous corrompus, on pratique la coupe à blanc de notre démocratie. Cela pourrait nous faire basculer sournoisement vers de nouvelles formes de dictature; l'histoire nous l'a déjà démontré.


La démocratie porte maintenant en elle le germe d'une maladie mortelle alors que plusieurs intellectuels et analystes ne trouvent rien de mieux que de l'abandonner entre les mains de médecins charlatants.

Ce n'est pas mon cas...

Pour ma part, je crois encore, naïvement diront certains, que les idées peuvent mener le monde. C'est pourquoi, j'exprimerai les miennes ici sur cet oiseau-mouche en espérant qu'un battement d'ailes, à l'image de celui d'un papillon, puisse parfois changer le climat.

 

Districts électoraux municipaux - première partie


Par Denise Turcotte

Le saviez –vous ? Une ville de la taille de Saguenay doit être formée de 14 à 24 districts électoraux. Chacun de ces district ne doit pas compter plus de 15 % d'électeurs en plus ou en moins que la moyenne des districts de la ville. Le découpage doit être revu avant chaque élection générale et les citoyens peuvent s'opposer au découpage proposé. Ultimement, c'est un organisme relevant du Directeur général des élections, la Commission de la représentation électorale, qui a le dernier mot.

Y a-t-il trop de conseillers municipaux à Saguenay ? La question a été soulevée récemment. Mais curieusement, personne ne semble avoir cherché à savoir comment les districts électoraux municipaux sont régis sur le plan légal ni comment Saguenay se compare avec les autres grandes villes du Québec en cette matière. Ayant participé à une réflexion sur le sujet avec un groupe de femmes, j'ai fait quelques recherches. Je vous propose une série d'articles qui résument ce que j'ai trouvé et qui m'a parfois beaucoup étonnée.

D'abord, ce que prévoit la Loi

La Loi établit les critères qui doivent guider le découpage des districts

La Commission de représentation électorale, qu'est-ce que c'est ?

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La plupart des informations présentées dans cet article proviennent de documents du Gouvernement du Québec.

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PIÉGÉS À DROITE... ET À DROITE!


Par Sylvain Gaudreault

J’ai toujours été étonné de la façon dont l’actualité nous rattrape, dans notre quotidien, chez soi, presque dans notre intimité. Prenez les événements entourant la publication des caricatures du prophète Mahomet par un journal danois, par exemple. Ce débat soulève la question de la liberté d’expression au même moment où, avec des amis, je mets en ligne le « blogue » L’Oiseau-mouche justement pour contribuer à une plus grande diversité d’opinions au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les deux événements sans lien apparent entre eux et dont les épicentres respectifs se situent à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, se rejoignent en un dénominateur commun : le droit à la liberté d’expression. Surprenant, non?

Des humoristes surfant sur le cynisme ambiant me répondraient : « Toute est dans toute ». Hmm… Est-ce aussi simple? Et si ces événements n’étaient pas si éloignés les uns des autres? Et si notre réalité quotidienne, toute régionale, avec ses accents du terroir et ses odeurs de tourtière, participait à sa manière à un vaste mouvement de fond, à un courant de l’histoire universelle sur lequel nous avons le nez trop collé pour en mesurer toute la force?

Je m’explique

J’ai l’impression que le monde entier est prisonnier du même bateau. Que l’on soit au Danemark, en Palestine, en Israël, en Iran, aux États-Unis ou au Québec, on agit ou – au mieux – on réagit par rapport aux forces de la droite. En d’autres termes, nous sommes piégés de tous bords par un même mouvement conservateur sur le plan social.

Le Jyllands-Posten, ce journal danois qui a publié les fameuses caricatures de Mahomet, est réputé pour être une publication conservatrice. Il semble donc dominé par des tendances contraires aux forces progressistes qui font appel à l’ouverture sur l’autre et au respect des différences. Faut-il donc s’étonner que ce journal ait lancé un concours aux accents provocateurs chez les caricaturistes? En contexte danois, le Jyllands-Posten serait-il le pendant écrit des animateurs radio bien de chez nous à la sauce Jeff Fillion? Dans ce cas, nous sommes bien loin de l’avant-garde d’une révolution gauchisante!

Comble de l’ironie, ceux-là mêmes qui réagissent le plus violemment à la publication des caricatures sont aussi, dans le contexte de leur réalité nationale, des forces conservatrices! Que ce soit en Turquie, au Pakistan, en Irak ou en Syrie, les leaders qui mobilisent les foules pour incendier les ambassades du Danemark et autres consulats des nations peuplées de « chiens infidèles » appartiennent à la mouvance fondamentaliste, comme le Hamas en Palestine par exemple.

Nous atteignons la quintessence du paradoxe lorsque l’on voit apparaître les Jacques Chirac et George W. Bush lancer des appels désespérés au calme. Voilà encore des tenants de la droite – également fondamentaliste dans le cas du président étatsunien – se mêler de ce dérapage mondial. Ouf! Il y a quelque chose d’hallucinant (et de désespérant) dans cette bataille à finir que se livrent ces leaders à droite et… à droite!

Chez nous

De retour chez nous, on ne peut que constater que le Canada et le Québec participent à ce vaste courant international. Nous savions déjà que Jean Charest n’était pas un apôtre de la social-démocratie au Québec. Voilà que le 23 janvier dernier, les Canadiens en ajoutent en élisant un gouvernement conservateur. J’admets qu’il est minoritaire, mais il possède néanmoins toute la légitimité nécessaire pour gouverner. Avec l’équipe de Stephen Harper, les électeurs viennent de se donner le premier gouvernement de l’histoire contemporaine du Canada ouvertement conservateur sur le plan moral. N’est-ce pas inquiétant?

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’est pas en reste. Sous le couvert d’un hypothétique « Plan Marshall », les électeurs de la région, avides de toute alternative au développement régional, auraient « voté stratégique » en se donnant un ministre conservateur en la personne de l’ancien-nouveau député de Jonquière-Alma, Jean-Pierre Blackburn. La planète Saguenay-Lac-Saint-Jean n’existe pas! Même en période de repositionnement économique, notre région n’est pas désincarnée du reste du monde. Je refuse net de saluer l’élection en nos terres d’un autre représentant du conservatisme moral!

Et j’en reviens à ce « blogue », à cet Oiseau-mouche qui n’a d’autre ambition que de butiner de fleur en fleur, d’un sujet à l’autre… Dans le triomphe tous azimuts des forces conservatrices qui envahissent même les médias, quel espace reste-t-il pour exprimer un autre point de vue? L’Oiseau-mouche représente, à sa manière, une forme de résistance nécessaire ou, à tout le moins, une lueur d’espérance.


Mardi, 14 février, 2006

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