29 avril 2006
Centre-villes: Jean Tremblay ou l'art de se tirer dans le coeur
Par Denise Turcotte
Ainsi, selon le maire, les centres-villes sont des ensembles désuets qui se vident parce que les citoyens préfèrent magasiner dans les centres d'achats. Ainsi va la logique du marché et ce n'est pas à la Ville de payer pour revitaliser les centres-villes. Il se justifie même en ajoutant qu'il " ne faut pas aller à l'encontre du désir des citoyens ", comme si les habitants de Saguenay étaient satisfaits de l'état lamentable et de l'ambiance déprimante des lieux. Quant au patrimoine, " faut pas virer fou avec ça ", a déclaré au journal Le Quotidien l'homme qui dirige notre ville. Et comme s'il était utile d'en rajouter, il a poursuivi en déclarant le lendemain: " Si on récupère tout ce qui est patrimoine à coup de millions, ça va nous donner quoi ? On va se retrouver avec une ville patrimoine. C'est pas ça qu'on veut, on veut une ville dynamique, une ville qui marche ! "
Justement, le patrimoine " marche "
Le patrimoine fait partie de l'âme d'une ville; il est un des éléments qui peut la rendre attrayante. Il suffit de réfléchir quelques instants: qu'est-ce qui nous attire à Québec, à Paris ou à Venise ? Non, ce n'est pas leur compte de taxes gelé ni leurs magasins à grande surface !
Comme le soulignait Jocelyn Robert dans une lettre ouverte en réaction aux propos du maire, les villes " qui marchent le plus ont protégé mieux que d'autres leur passé en montrant à la face du monde leur richesse patrimoniale. […] Il ne faut pas avoir voyagé beaucoup pour savoir, Histoire à l'appui, que la culture comme ses trésors patrimoniaux sont situés dans les centres-villes. La raison en est fort simple, il s'agit toujours des secteurs les plus anciens. "
Après les usines qui ont quitté les centres-villes pour occuper des parcs industriels excentrés qui protègent mieux la sécurité et la quiétude des résidants, le commerce de masse s'est à son tour retiré des centres pour occuper des espaces plus vastes et mieux adaptés au transport dominé par l'automobile individuelle. Il est peu probable qu'on revienne en arrière là-dessus; jusque là, Jean Tremblay a raison. Mais notre changement de mode de vie s'est aussi caractérisé par une place plus grande accordée aux loisirs et par une augmentation phénoménale des voyages d'agrément. Les exemples de villes qui ont su s'adapter à cette nouvelle réalité et mettre à profit le potentiel récréatif et touristique de leur centre-ville sont nombreux. Dans chaque cas, le patrimoine et la culture occupent une place de choix et créent l'ambiance qui attire ensuite les commerces spécialisés, les services professionnels et l'économie du savoir. Le quartier St-Roch de Québec est un bel exemple, tout comme l'est Trois-Rivières dont la revitalisation du centre-ville a incidemment été fortement stimulée par la rénovation de la salle de spectacles J.-A. Thompson.
Que Jean Tremblay, qui mise tant sur un projet touristique comme les bateaux de croisières et qui se permet de jouer au prof d'histoire à la télévision communautaire parle comme s'il ignorait tout cela est à la fois renversant et très inquiétant. Et qu'il banalise l'importance du patrimoine alors que Saguenay pose sa candidature au programme de subvention Capitales culturelles du Canada avec un projet entièrement axé sur le patrimoine est carrément incompréhensible et inacceptable. Rappelons que ce programme de Patrimoine Canada permet aux villes sélectionnées de recevoir jusqu'à deux millions de dollars en subvention pour couvrir jusqu'à 75 % des coûts du projet qu'elles soumettent. Saguenay espère décrocher le titre en 2007 avec " Les chemins de la mémoire ", un projet qui mise essentiellement sur des éléments patrimoniaux comme le poste de traite de Chicoutimi, le site de fondation de Grande-Baie et l'histoire industrielle d'Arvida.
Dur coup pour le moral
Bien sûr, les moyens financiers d'une ville ne sont pas infinis et elle ne peut pas à elle seule assumer le coût de reconversion des centres-villes. Mais elle peut proposer une vision d'urbanisme et de développement, mobiliser les forces, faciliter les maillages, diffuser et partager l'expertise, encourager les initiatives et se battre pour obtenir l'appui financier des autres paliers de gouvernement. Elle peut surtout –elle a même le devoir de le faire- envoyer à sa communauté d'affaires et à l'ensemble de ses citoyens un message positif qui donne à chacun le goût de travailler de son mieux pour améliorer les choses.
En prononçant des mots qui ont été reçus comme un poignard au coeur par les commerçants des centres-villes et par de nombreux citoyens qui souhaitent sortir enfin du marasme, Jean Tremblay a encore raté une belle occasion d'être le leader rassembleur dont Saguenay a besoin. Son discours d'éteignoir n'a rien pour raviver l'espoir et la fierté, deux étincelles essentielles pour chasser la morosité et enclencher la renaissance. L'entourage du maire a beau avoir joué les " spin doctors " en organisant en catastrophe une conférence de presse le lendemain, le mal est fait et ce n'est pas l'étude à 80 000 $ de Promotion Saguenay ni les promesses de comités qui vont ramener le moral et inciter ceux qu'on appelle "les forces vives du milieu" à se défoncer à la tâche.
On appelle " tendinite " une inflammation aiguë et chronique du tendon et " bronchite " une inflammation aiguë et chronique des bronches. Je commence à croire que le pire mal qui afflige Saguenay n'est ni le déclin économique ni l'exode des jeunes, mais une maladie plus honteuse qu'on pourrait peut-être baptiser " jeannite ".
26 avril 2006
Québec solidaire : un peu de pragmatisme s.v.p.
Par Sylvain Gaudreault
Des arguments circonstanciels
Voici mes arguments circonstanciels. Je suis d’avis qu’il faut nuancer les résultats de 22 % engrangés par la candidate de QS, Manon Massé. Les résultats de QS étaient hautement prévisibles. Ce scrutin s’inscrit dans le contexte d’une élection partielle où la participation populaire s’avère très faible (31 %). Les militants de QS, à la fois avantagés par une sur-couverture médiatique par rapport à leur force réelle et mobilisés par leur première vraie campagne, ont tout fait pour sortir le vote des sympathisants de gauche. En outre, le résultat de la partielle ne pouvait changer en rien le parti qui forme le gouvernement. Il y avait donc peu de risques à voter QS… Et ça défoule! Ajoutez à cela un gouvernement Charest au ras du sol quant à la satisfaction populaire et vous avez la recette gagnante pour un score élevé en faveur de Manon Massé, et ce, nonobstant ses propres qualités personnelles et la vigueur de sa campagne électorale.
Il ne faut pas négliger également le « facteur Boulerice » qui faisait en sorte que la notoriété de l’ex-député pouvait gonfler artificiellement les résultats du Parti québécois (PQ) dans ce comté lors des élections générales. Une part des électeurs pouvaient voter davantage pour l’homme que pour le parti. À ce compte-là, il est évident qu’un score plus faible du PQ à la partielle est tout de suite interprété comme une défaite pour un parti habitué à tout rafler dans Ste-Marie-St-Jacques depuis plus de vingt ans.
Des arguments structurels
Maintenant, attardons-nous au fond de la question. J’ai de l’admiration pour Françoise David et Amir Khadir, mais leur manque de pragmatisme me fait hésiter à les suivre en politique. Ils se marginalisent davantage en créant leur propre parti, à ce moment-ci, au lieu d’avoir une lecture réaliste de l’actualité politique. Je sais! Je ressort là le vieux spectre de la division du vote. Il n’empêche que cette opinion reste, ma foi, fort à-propos.
Il y a deux éléments à prendre en considération dans ce débat stratégique : d’une part, les avancées de la justice sociale ou des politiques de gauche en général et, d’autre part, la quête de la souveraineté du Québec ou du projet de société de ce pays en devenir.
Sur le premier élément, un cliché dit que « la politique est l’art du compromis ». Si cette maxime est éculée, il n’en demeure pas moins que la politique est faite de victoires et de défaites. Tout ne peut pas nous plaire dans un parti mais les vraies conquêtes se font à coup d’alliances, de rapport de force et de donnant-donnant. C’est triste à dire mais s’il faut des intellectuels en politique, il faut aussi des « killer »… Le Parti libéral du Québec n’en manque pas. Les Libéraux ne laisseront pas tomber le pouvoir facilement. Et il faut avoir accès au pouvoir pour changer les choses! Un exemple? Prenons le comté Roberval aux dernières élections. Le candidat du PQ, Réjean Lalancette, est un syndicaliste et un ancien candidat néo-démocrate aux élections fédérales de 1988. Le 14 avril 2003, Lalancette a perdu par 244 votes aux mains de Karl Blackburn, disciple de Jean Charest, qui plaide maintenant pour ériger des barrages électriques sur la rivière Ashuapmushuan. Combien de votes a recueilli Francis Breton, l’ingénu de l’UFP, le parti à l’origine de Québec Solidaire? 453… Plus que ce qu’il en fallait pour que Réjean Lalancette l’emporte! Est-ce que les idées de gauche ont fait des gains dans Roberval depuis ce temps? Non et non, trois fois non! Combien y-a-t-il eu de « cas Roberval » en 2003? Combien y en aura-t-il aux prochaines élections? Québec Solidaire contribuera-t-il indirectement à reporter Jean Charest au pouvoir? Le cas échéant, la justice sociale aura fait de grands pas… en arrière!
Je concède que André Boisclair n’est pas un disciple de Karl Marx. Mais imaginez l’influence d’une Françoise David ou d’un Amir Khadir qui décident d’investir avec leur gang les structures du PQ! N’importe quel chef serait dans l’obligation de tenir compte de leur rapport de force. Voilà actuellement où se trouve le vrai pouvoir de changer les choses.
Souveraineté et projet de société
Sur le deuxième élément, soit l’accession du Québec à la souveraineté, la stratégie des forces de gauche dépend de la priorité qu’elles accordent à cet objectif. On ne change rien au fédéralisme fondamentalement boiteux en se dotant d’une autonomie sans le dire, par la porte d’en arrière, à petits pas, comme on fait une courtepointe (voir mon texte à ce sujet). Créer maintenant un parti de gauche est une pièce de plus à cet « ouvrage fol », comme disait ma grand-mère. Faire enfin de la politique en fonction de la gauche ou de la droite est en soi un argument suffisant pour dire OUI à un pays. En attendant, les Québécois sont plongés malgré eux dans un paradigme politique dominé par la dichotomie souverainiste-fédéraliste. La meilleure façon d’en sortir n’est-elle pas de faire la souveraineté?
D’aucuns me répliqueront qu’il est hors de question de laisser la gestion d’un pays à une poignée de péquistes qui ont commis par le passé des erreurs de gestion gouvernementale. Attention! Démêlons les choses! La souveraineté n’est pas un chèque en blanc au PQ pour l’éternité. Les Jean Charest, Philippe Couillard et autres Mario Dumont continueront de faire de la politique, comme les David et Khadir, d’ailleurs!
D’autres encore diront que le projet de société n’attend pas la souveraineté. Pour moi, les deux sont indissociables. La souveraineté n’est pas une fin en soi. Elle est le début d’un chantier pour construire une nation originale, basée sur le bien commun et une foi inébranlable en la justice sociale. N’est-ce pas là un projet emballant? Ce jour venu, c’est avec enthousiasme que je militerai, enfin, dans le même parti que mon ami Pascal D’amours.
25 avril 2006
Un Québec indépendant dans un Canada uni
Par Pascal D'amours
On revient souvent à la fameuse boutade d’Yvon Deschamps qui affirmait qu’au fond d'eux-mêmes, ce que désirent les québécois, c’est un Québec indépendant dans un Canada uni. Eh bien, ce n’est plus de l’humour ! C’est dorénavant, la position constitutionnelle officielle du premier ministre du Canada. Et je pense personnellement que ce n’est pas une mauvaise idée. On peut être contre l’idéologie des conservateurs en matière sociale, environnementale ou économique, leur conception du fédéralisme représente tout de même une bouffée d'air frais. Et puis, si comme moi, vous êtes vraiment allergiques aux politiques de Harper mais que vous adhérez à sa conception du fédéralisme et bien tournez la tête vers la gauche : le NPD lui aussi maintenant prône le fédéralisme asymétrique.
En effet, selon ces deux partis fédéraux, le fédéralisme se doit d’être ouvert, fondé sur le principe de la codécision avec les provinces et surtout asymétrique, c’est-à-dire pouvant faire preuve de souplesse et de flexibilité dans l’application des politiques. Ce faisant, le Parti Conservateur et le NPD réaffirment que le Québec doit avoir en main les outils nécessaires pour relever les défis uniques à titre de foyer de l’une des deux sociétés d’accueil au Canada.
Le fédéralisme n'est pas l'artisan des malheurs du Québec
Au delà d’un noyau dur d’environ 35 % d’indépendantistes, je pense que plusieurs québécois envisagent la souveraineté comme un pis-aller, convaincus que le fédéralisme est devenu mauvais pour le Québec. Cependant, si l’on analyse en profondeur l’histoire politique du Canada des quarante dernières années, on découvre de façon limpide que ce qui a été mauvais pour le développement du Québec n’est pas le fédéralisme en soi, mais la conception libérale du fédéralisme. Or malheur, le parti Libéral du Canada a gouverné le pays durant 30 des quarante dernières années. Et même lorsqu’il ne gouvernait pas, le parti Libéral "Trudeau-Chrétien" a saboté en 1990 l’accord du lac Meech qui répondait, en bonne partie, aux aspirations des québécois.
Si le fédéralisme représente le mal absolu pour bon nombre de québécois, c’est parce que plusieurs leaders du Canada des quarante dernières années, en particulier Trudeau et Chrétien, ont dénaturé sa nature intrinsèque. Sous le règne des libéraux, le gouvernement fédéral devint un gouvernement paternaliste, autoritaire, arrogant et intrusif qui refusa tout compromis avec les provinces quant au partage des compétences.
La notion de fédéralisme asymétrique ou le fédéralisme d’ouverture prôné par Harper représente une voie mitoyenne entre l’indépendance pure et le fédéralisme dogmatique de l’ère Trudeau-Chrétien. Il s’agit d’une vision qui répond aux aspirations identitaires historiques du peuple québécois. Une grande majorité de nos premiers ministres, de Lesage à Charest, en passant par Lévesque et Bouchard, ont vanté à un moment ou à un autre les vertus du fédéralisme asymétrique. Regardons de plus près quelques citations.
René Lévesque, cette icône si souvent mal décodée, déclarait quelques semaines après l’échec du référendum de 1980 : « La question fondamentale que le Québec se pose dans ses relations fédérales-provinciales est la suivante : est-ce qu’il est possible de renouveler le fédéralisme canadien de façon telle, qu’à l’intérieur de ce système, le Québec puisse exercer tous les pouvoirs et détenir tous les leviers qui lui sont nécessaires pour remplir son rôle fondamental de foyer et de patrie d’une des deux nations constituantes qui forment le Canada »[1].
Claude Ryan, le politicien intellectuel qui tenta de concilier son nationalisme et son appartenance au Canada, déclarait dans les pages du Devoir en 1999 : « Le fédéralisme asymétrique, la solution la plus apte, sinon la seule, à produire des résultats satisfaisants pour tous les Canadiens, y compris ceux qui sont au Québec »[2].
Plusieurs autres leaders d’opinion ont vanté la nécessaire flexibilité du fédéralisme canadien, il suffit de consulter par exemple les écrits de Guy Laforêt de l’ADQ ou même ceux de Benoît Pelletier, actuel ministre du parti libéral du Québec.
La tentative du Lac Meech en 1990: un quasi succès
Plusieurs me répondront que les multiples tentatives de renouvellement du fédéralisme ont échoué, que le concept du fédéralisme asymétrique est voué à la même fin et que cela nous conduit inévitablement vers la souveraineté. L’argument ultime invoqué par les souverainistes, c’est l’échec en 1990 de l’accord du Lac Meech qui répondait alors à cinq conditions du Québec pour réintégrer la constitution canadienne. Selon eux et selon de nombreux analystes politiques en herbe, le Canada anglais n’a tout simplement pas voulu faire une place au Québec. Cette lecture de l’histoire est complètement tronquée et j’espère qu’un jour des historiens en proposeront une nouvelle version. Pour ma part, je ne considère pas que Meech fut un échec retentissant et une fin de non-recevoir au Canada anglais. Au contraire, pendant trois ans, de 1987 à 1990, les dix premiers ministres des provinces s’entendaient pour reconnaître le statut distinct du Québec. Il n’aura fallu que quelques personnages libéraux (Trudeau, Clyde Wells, McKenna) pour faire déraper ce qui était jusqu’alors le succès de Mulroney et d'une autre vision du fédéralisme.
Ouais !, voilà une chronique qui traite passablement de constitution alors que ce sujet est devenu tabou au pays depuis 15 ans. Ça ne vous rappelle pas trop de mauvais souvenirs, j'espère. Au-delà des dogmes et des idéologies, il demeure, et ce malgré ce qu’en pensent de nombreux souverainistes, que notre identité est depuis longtemps mouvante et ambivalente, déchirée entre un fédéralisme parfois envisageable et le rêve enivrant d’un nouveau pays. Pourquoi ne pas regarder la réalité en face et exiger ce qui collectivement nous rejoint le plus : un Québec autonome à l’intérieur du Canada. Eh oui, je pense que c’est toi Yvon qui avais raison...
Références:
[1] Discours de René Lévesque, Assemblée nationale du Québec, Journal des débats, 5 juin 1980.
[2] Claude Ryan, « La voie d’avenir : un fédéralisme asymétrique » , Le Devoir, 14 juin 1999.
22 avril 2006
Jugement contre Promotion Saguenay: la lâcheté des uns, le courage des autres
Par Denise Turcotte
Et pourtant, il a fallu que la juge Micheline Paradis de la Cour du Québec épluche la jurisprudence et écrive un jugement d'une vingtaine de pages pour que Jean Tremblay, maire de Saguenay et président de Promotion Saguenay et Ghyslain Harvey, directeur général de Promotion Saguenay et conseiller principal au cabinet du maire, admettent que Promotion Saguenay a des comptes à rendre au public. Le jugement est très clair: Promotion Saguenay, créature municipale totalement alimentée par des fonds municipaux, ne peut se soustraire à la Loi sous prétexte qu'elle est une corporation distincte, car si on agissait ainsi, on ouvrirait la porte toute grande à la création d'une multitude de corporations bidon qui ne serviraient qu'à gérer l'argent public à l'abri des obligations de transparence.
C'est quand même réconfortant qu'un juge vienne rappeler à nos petits coqs locaux qu'on ne peut pas se prétendre boss quand ça fait notre affaire et dire de l'autre côté de la bouche qu'on est pas le vrai boss quand vient le temps de rendre des comptes. Mais ont-ils vraiment compris ? Rien n'est moins sûr, hélas…
La confidentialité qui fait une belle jambe
Réagissant au jugement, Tremblay et Harvey se justifiaient encore en invoquant la confidentialité nécessaire pour traiter des dossiers avec l'entreprise privée. Comme si les entreprises qui demandent des subventions et de l'aide aillaient fuir si les montants qui leur sont accordés devaient être rendus publics. Ben voyons donc ! Il faut vraiment n'avoir aucune connaissance du financement public pour croire une pareille énormité. Quiconque a déjà fait la plus petite demande de subvention sait que lorsqu'il s'agit d'argent public, il faut accepter que certaines informations soient rendues publiques. Et c'est très bien ainsi.
Par exemple, tous les montants versés par chacun des ministères québécois sont divulgués, qu'il s'agisse des subventions ou des paiements à des fournisseurs de biens et services. C'est même disponible sur Internet (jetez un coup d'oeil). On y trouve côte à côte des montants de quelques centaines de dollars et d'autres qui atteignent plusieurs millions, avec le nom de chaque organisme qui a reçu ces montants. Si Québec peut publier de telles informations sans faire fuir les investisseurs potentiels, qu'on ne vienne pas me charrier en prétendant qu'il est dangereux de divulguer à qui va l'argent de mes taxes qui transite par Promotion Saguenay. D'autant plus que la demande initiale d'information du Regroupement des citoyens de Saguenay portait surtout sur le salaire et les dépenses du directeur général de Promotion Saguenay.
L'information fournie selon la tête du client: ça continue
Dès que le jugement donnant raison au Regroupement des citoyens de Saguenay a été rendu, les médias ont reçu des liasses de documents de Promotion Saguenay. Fort bien. Mais savez-vous que plus d'une semaine après le jugement, le principal intéressé n'a pas encore vu la couleur des informations qu'il demande depuis des années ? Même avec un jugement en mains, le président du Regroupement des citoyens de Saguenay, Christian Joncas, attend toujours ses documents. On voudrait le niaiser jusqu'au bout qu'on agirait pas autrement. Sans doute devra-t-il patienter jusqu'à la limite du délai de 20 jours dont dispose Promotion Saguenay pour se conformer au jugement. Et qui sait si on ne lui demandera pas de débourser d'exorbitants frais de photocopie, tant qu'à faire.
Déjà il y a plusieurs mois, l'animatrice de radio Myriam Ségal affirmait "qu'à elle, Promotion Saguenay n'avait jamais refusé de fournir une information". On la croit. Et on comprend très bien le message sous-jacent lancé par Promotion Saguenay et par le maire Tremblay: Christian Joncas, président du Regroupement des citoyens de Saguenay, ne mérite pas les mêmes égards, c'est tout. Jugement ou pas, on donnera l'information à qui on veut, comme on veut, quand on veut: que la presse soit servie, mais Joncas attendra. Ce comportement mesquin et empreint de mauvaise foi montre à quel point le maire et son sous-chef sont loin d'avoir renoncé à l'abus de pouvoir.
Quant aux médias, il semble que l'opération de relation publique orchestrée par Promotion Saguenay ait bien réussi à les tenir en laisse. Trop occupés à parcourir les liasses de documents sous laquelle ils ont été noyés, ils n'ont pas jugé bon de se préoccuper du sort réservé à celui grâce à qui ils ont pu obtenir toutes ces informations, pas plus qu'ils n'ont pris la peine de souligner tout le mépris dont il continue d'être victime. Après avoir dénoncé, en mai 2003, l'attitude de l'administration municipale dans un éditorial où il appelait la population à appuyer Christian Joncas, Carol Néron du journal Le Quotidien est lui aussi sagement rentré dans le rang. Son texte de la semaine dernière se limitait à souligner que les chiffres fournis par Promotion Saguenay ne révèlent rien d'anormal et que l'entêtement de l'organisme envers le groupe de monsieur Joncas était injustifié.
Une stratégie de lâches
Mais par-dessus tout, ce que je retiens de cette histoire, c'est toute l'énergie que Promotion Saguenay et le maire Jean Tremblay ont déployée pour tenter de préserver leur pouvoir discrétionnaire. Ils ont d'abord demandé un avis légal (à l'avocat Claude Gaudreault, un proche du maire) pour justifier leur refus de divulguer les chiffres demandés par monsieur Joncas. Ils ont persisté et plaidé leur cause devant la Commission d'accès à l'information. Et quand celle-ci leur a donné tort, ils sont allés en appel. Sans doute pensaient-ils que le Regroupement des citoyens de Saguenay allait se lasser et lâcher prise. Ou que l'importance des frais juridiques forcerait Christian Joncas à renoncer. Et cette stratégie de lâches a bien failli marcher. N'eut été de l'intervention bénévole de maître Céline Gagnon, la cause n'aurait pas pu être entendue. La justice des riches (enfin, riches de notre argent collectif) aurait triomphé et le tribunal n'aurait pas eu l'occasion de donner raison à monsieur Joncas.
Interrogés sur les coûts de leur aventure juridique, Ghyslain Harvey et le maire Tremblay ont laissé entendre que Promotion Saguenay avait déboursé entre 20 000 et 30 000 dollars en frais d'avocat. Ce n'est peut-être pas des millions, mais il me semble que cette somme dépensée pour tenter d'écraser un groupe de citoyens aurait pu être autrement mieux utilisée. Je connais pas mal d'organismes communautaires et d'organismes culturels pour qui même une petite partie de ce modeste montant aurait pu faire toute une différence. Des organismes qui sont beaucoup plus dans le besoin que ne l'est le cabinet d'avocats Gaudreault, Saucier, Simard à qui les honoraires ont été versés.
Un courage qui mérite d'être souligné
Et Christian Joncas dans tout ça ? Il a le triomphe plutôt modeste, je trouve. Le jugement qu'il vient d'obtenir est important: non seulement il ouvre une brèche dans l'opacité dont tente de s'envelopper Promotion Saguenay depuis sa création, mais il envoie un message clair à tous les élus qui seraient tentés de multiplier les structures soit-disant autonomes pour gérer les fonds publics à l'abri des regards. C'est un jugement dont nous profiterons tous et qui pourrait avoir des impacts ailleurs au Québec.
Christian Joncas a bien du mérite. Il faut avoir la couenne dure pour encaisser toutes les insultes et les railleries que le maire et son entourage n'ont pas ménagées à son endroit depuis des années. Combien de personnes dans cette ville ont su affronter pareil mépris et continuer à défendre les idées auxquelles ils croient ? Allez-y, comptez ! Les doigts d'une seule de vos mains sont encore trop nombreux n'est-ce pas ? Il faut appeler les choses par leur nom et reconnaître que Christian Joncas fait preuve d'un courage qui nous fait souvent défaut.
On a tendance à oublier que dans l'histoire de David contre Goliath, c'est David qui a gagné… Le Regroupement des citoyens de Saguenay a fait de l'excellent travail et monté un dossier solide contre Promotion Saguenay même si, contrairement à son adversaire, il disposait de moyens très limités. Le jugement favorable qui couronne sa ténacité nous rappelle qu'il est parfois possible d'avoir gain de cause contre des adversaires qui semblent mieux armés et beaucoup plus puissants. Pour cela, monsieur Joncas, je vous lève mon chapeau.
- Les comptes publics du Québec, édition 2004-2005: http://www.finances.gouv.qc.ca/fr/documents/publications/PDF/fourn_ben-2004-2005.pdf
- Promotion Saguenay : un entêtement injustifié, éditorial de Carol Néron dans l'édition du 15 avril 2006 du journal Le Quotidien
- "Star Endémie": sauvons Christian Joncas et le RCS!, éditorial de Carol Néron dans l'édition du 16 mai 2003 du journal Le Quotidien
19 avril 2006
ET SI MICHEL TREMBLAY AVAIT RAISON?
Par Sylvain Gaudreault
L’excommunication est encore plus impitoyable qu’elle vient notamment de pairs, Claude Jasmin et Victor-Lévy Beaulieu, entre autres. Ajoutez à cela un Bernard Landry qui découvre comme d’autres avant lui son rôle de belle-mère du chef du Parti québécois et le banc des juges est presque complet. Il ne manque qu'Yves Michaud. Tiens, où se terre-t-il celui-là?
Controverse
André Boisclair et Gilles Duceppe ont beau dire que Tremblay et Lepage amènent une contribution enrichissante dans la nécessaire évolution du discours souverainiste, leurs commentaires ne passent pas le filtre des grands médias, pas plus que les nuances apportées après coup par Michel Tremblay, d’ailleurs. De leur côté, les grands prêtres ne s’aperçoivent pas que leurs réactions épidermiques alimentent une controverse qui fait l’affaire des fédéralistes. Leur contribution au débat aurait été plus utile si, au lieu de taper sur des alliés, ils avaient critiqué la couverture de La Presse qui citait Tremblay à la une, le jour même de l’élection partielle dans Ste-Marie-St-Jacques : « Je ne crois plus à la souveraineté ». Quand on se mêle de politique, il faut savoir où se trouvent les vrais ennemis…
Sur le fond, je trouve plutôt intéressante l’intervention de Michel Tremblay. En quelques mots bien sentis, il ramène les militants souverainistes aux « vraies affaires », à la substantifique moelle de leur engagement politique, ce qui est fort rafraîchissant. Autrement dit, Michel Tremblay allume un feu jaune : il ne faut jamais confondre l’accessoire avec le principal. Si l’argument économique est important, il ne doit toutefois pas occulter la motivation première du projet souverainiste, soit la quête identitaire d’une collectivité. Il a bien raison.
Je n’ai jamais pensé que Tremblay renonçait à voter OUI lors d’un prochain référendum. Il dit simplement qu’un argumentaire qui laisse trop de place aux colonnes de chiffres plutôt qu’au sentiment national le rejoint moins. Faut-il s’étonner qu’un écrivain de l’envergure de Michel Tremblay se laisse davantage convaincre par le cœur que par un bilan prévisionnel? Je suis surpris que Bernard Landry, qui se vante d’avoir lu, vu et relu l’intégrale de Tremblay, n’ait pas compris cela plus tôt!
Héritage
Un autre élément de l’intervention de Michel Tremblay est passé quasi inaperçu dans tout ce brouhaha. L’auteur des Belles-Sœurs a fait ressortir la formidable évolution de la société québécoise qui, en quelque quarante ans, s’est dégagée de la gangue religieuse et conservatrice qui l’étouffait au point de considérer aujourd’hui comme tout à fait naturelle l’élection d’un premier ministre ouvertement homosexuel. Ne s’agit-il pas là du plus important héritage de la Révolution tranquille? Au lieu de condamner nos plus grands créateurs artistiques, les grands prêtres du dogme souverainiste n’auraient-ils pas fait œuvre plus utile en capitalisant sur cet aspect original de la pensée de Tremblay? Sur l’échelle du temps long, le Québec est devenu du jour au lendemain une société moderne, tolérante et ouverte sur le monde. Dans cette optique, il reste un pas de plus à faire vers la pleine maturité de la société québécoise et c’est celui de la souveraineté.
Depuis les quinze dernières années, bon nombre de nations ont acquis leur pleine indépendance. Aucune ne l’a fait pour des motifs d’abord liés à la vigueur de son économie ou à la rentabilité de l’opération. À ce compte-là, jamais le Timor oriental, le Kirghizistan ou l’Érythrée, par exemple, n’auraient acquis leur indépendance. Dans sa sortie, Michel Tremblay, ensuite appuyé par Robert Lepage, ouvre les yeux de militants souverainistes obnubilés par la recherche de garanties à toute épreuve à offrir aux indécis. Il ne faut pas s’y tromper : on ne construit pas un pays comme on achète un REÉR. Créateurs et artistes jusqu’au bout des ongles, Tremblay et Lepage renvoient les souverainistes à leur table à dessin. Au delà de l’utile et du comptable, ne peut-on pas en appeler à la beauté de la souveraineté? Voilà un défi qui laisse baba les « spin doctors » et autres fins stratèges politiques!
Tremblay et Lepage ont raison. Ce n’est pas en parlant de comptabilité et de rentabilité que l’on soulèvera la mobilisation d’un peuple qui, pour l’heure, semble se complaire dans son bien-être et le je-m’en-foutisme à la sauce Loft Story. Il faut le dire et le répéter : les grands projets collectifs ont rarement la forme d’un signe de piastre.
18 avril 2006
La résurrection de Jean Tremblay
Par Pascal D'amours
Jean Tremblay n'a pas perdu de temps cette semaine. Dès son retour dans l'arène, il se dépêche de faire une entrevue avec Myriam Ségal sur l'heure du diner de mardi afin de cultiver son image. Lors de son entrevue avec Mme Ségal, il a pris le soin d'éteindre certains feux comme lui seul peut le faire. Eh oui, il m'arrive d'écouter C.K.R.S. afin d'en connaître un peu plus sur les "vraies affaires". Je vous l'annonce en primeur, Jean Tremblay n'a pas changé. Je sais, plusieurs d'entre vous espériez secrètement que la maladie pourrait transformer le personnage. Eh bien non, le personnage est toujours fidèle à lui-même: racoleur, populiste, méprisant pour les opinions divergentes.
Vous aimeriez que je vous décrive le personnage encore plus précisément ? Je vous laisse sur votre appétit ? Eh bien, il faudra encore attendre une autre chronique mes amis. Voyez-vous, aujourd'hui il y a un beau gros soleil printanier et je n'ai pas le goût de laisser notre "bon maire" le gâcher! Je m'en vais me faire bronzer...
14 avril 2006
Jacques Brassard et le péché "par omission"
Par Denise Turcotte
Les propos de Jacques Brassard ont été repris aux nouvelles nationales de Radio-Canada cette semaine. Un ancien ministre péquiste de l'Environnement qui approuve la position du gouvernement Charest dans le dossier du mont Orford, c'est du vrai bonbon pour des médias toujours prêts à "souquer la chicane" ! Essentiellement, l'argument de Brassard, c'est qu'un centre de ski n'a rien à voir avec la mission de conservation d'un parc et que par conséquent, il est tout à fait normal que le centre de ski sorte du parc du Mont-Orford et soit exploité par le secteur privé. Québec devrait résister aux pressions de la rue, affirme-t-il.
Jusque là, on pourrait suivre sa logique et opiner du bonnet. Mais voilà, ce qu'on veut faire à Orford et que monsieur Brassard omet de mentionner, ce n'est pas seulement sortir la station de ski du parc: c'est retrancher du parc une partie de territoire pour y construire des condos, un projet que le promoteur de la station de ski estime essentiel pour rentabiliser ses activités. On promet en contrepartie de remplacer l'espace de montagne enlevé au parc par une superficie plus grande acquise ailleurs en périphérie du parc, ce qu'un groupe de scientifiques dénonce parce qu'il s'agit d'un territoire moins intéressant que la montagne du point de vue de la conservation.
Si on reprend la logique de monsieur Brassard fondée sur la mission d'un parc, mais en y incluant les éléments qu'il a omis, on aboutit à une conclusion bien différente de la sienne: les condos n'ont rien à voir avec la mission de conservation et par conséquent il est tout à fait naturel de vouloir empêcher leur érection pour maintenir l'intégrité du parc. Quant au promoteur, s'il a été assez stupide pour faire l'acquisition d'un centre de ski qu'il est incapable de rentabiliser, pourquoi lui confier des terres publiques ? Québec doit résister aux pleurnichages d'un promoteur qui n'a réussi jusqu'à présent qu'à démontrer son incompétence à rentabiliser une entreprise acquise en toute connaissance des contraintes territoriales.
Quant à monsieur Brassard, qui aime à se qualifier lui-même de "paria", j'avoue qu'en dehors de cet éclair de lucidité, il m'inquiète un peu beaucoup. S'il omet sciemment une partie importante des faits, il fait preuve de malhonnêteté intellectuelle. Et s'il se prononce sur le sujet en ignorant un aspect aussi déterminant, il est au mieux très mal informé et il parle à travers son chapeau.
Dans les deux cas, je frémis à me rappeler les charges importantes qui lui ont été confiées par les différents gouvernements du PQ au sein desquels il fut tour à tour ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, ministre de l'Environnement et de la Faune, ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, ministre des Transports, ministre responsable de la Réforme parlementaire et finalement ministre des Ressources naturelles. Les décisions qu'il a prises alors, et qui engageaient notre argent et notre avenir, étaient-elles issues de raisonnements de la même qualité que celui qu'il formule au sujet d'Orford ? Espérons que des hauts fonctionnaires consciencieux ont su limiter les dégâts.
12 avril 2006
Que faire du 92 % au référendum régional? No sé!
Par Sylvain Gaudreault
Les présidents qui se sont succédés à la CRÉ, Bernard Généreux et Serge Simard, sortent le résultat référendaire quand bon leur semble, à tort ou à raison, au gré de l’actualité. Ne serait-il pas plus pertinent de connaître la stratégie d’action à la suite de ce résultat sans équivoque? La faire partager au plus grand nombre? Créer une conjoncture régionale favorable à un rapport de force face au gouvernement du Québec? C’est le contraire qui se produit. L’élite régionale préfère laisser la poussière s’accumuler sur les résultats référendaires. Pendant ce temps, ce moment fort de la démocratie régionale tombe aux oubliettes de l’histoire. Jean Charest a bien raison de se taper sur les cuisses. Comment prendre cette région au sérieux?
Comme dans Tintin?
Serge Simard devrait savoir qu’il ne suffit pas de crier au loup devant le Cercle de presse du Saguenay – aussi auguste cette association puisse-t-elle être – pour convaincre le gouvernement du Québec de manifester l’ombre du début d’une petite ouverture sur un nouveau partage des redevances en faveur des régions ressources. Ce qu’il faut, c’est une stratégie musclée. Celle-ci devrait être fondée sur le résultat du référendum du 6 novembre et appuyée sur la démonstration que les gens de la région sont aptes à gérer les nouveaux pouvoirs décentralisés qu’ils réclament.
Dans le but de rembourser la dette du Québec, le gouvernement Charest veut alimenter son nouveau Fonds des générations à partir des bénéfices tirés de l’exploitation des ressources hydrauliques des régions. Fort bien! Que voilà une belle occasion pour opposer au gouvernement le résultat référendaire et, du coup, participer à fond au débat national qui s’enclenche sur l’opportunité de rembourser la dette publique! Quelle stratégie entend adopter la CRÉ dans ce contexte? « No sé! No sé! », comme répondraient les Indiens de Jauga au capitaine Haddock dans Le Temple du Soleil… Et Tintin d’ajouter : « No sé! No sé!… Pas moyen d’en tirer davantage… Ils doivent cependant savoir quelque chose… On dirait qu’ils ont peur... ». Hergé était un visionnaire. On jurerait que Tintin parle de la CRÉ du Saguenay-Lac-Saint-Jean…

La CRÉ considère le OUI à 92 % comme un hochet qu’il est bon d’agiter au gré du vent. La dernière trouvaille de Bernard Généreux a été de se servir du référendum pour appuyer la lubie de Karl Blackburn, député libéral de Roberval, dans le dossier de l’Ashuapmushuan. L’ancien président de la CRÉ se disait en faveur du harnachement de la rivière patrimoniale, notamment parce que la région a démontré qu’elle voulait avoir le contrôle de ses ressources naturelles lors du référendum du 6 novembre… C’est à pleurer!
Confiance
Dans ce contexte de la stratégie du coup d’épée dans l’eau, il est pour le moins difficile d’avoir confiance aux élites régionales dans leur quête de l’objectif ultime : la décentralisation des pouvoirs décisionnels en matière de ressources naturelles. Je vous le dit tout net : je n’ai aucunement le goût de confier à Bernard Généreux, Serge Simard ou, pis encore, Jean Tremblay, la gestion des forêts et des cours d’eau de la région. Ouille, ouille, ouille! À ce compte-là, j’aime encore mieux savoir Pierre Corbeil aux commandes. Le ministre est à tout le moins redevable devant les élus de l’Assemblée nationale. Il s’agit-là, il me semble, d’une police d’assurance que je suis incapable de trouver, en ce moment, à l’échelle régionale.
Le référendum du 6 novembre a eu un effet pervers sous-estimé au départ : l’élite régionale s’assoit sur ses lauriers. Au lieu de créer un rapport de force favorable à la région, voilà que la balle revient dans notre camp. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a besoin d’une stratégie solide. Si la population a dit OUI à 92 % à la décentralisation des ressources naturelles, encore faut-il faire la démonstration que la région est en mesure de les gérer. D’aucuns prétendent que le temps des réflexions, débats et autres sommets est terminé. Du vent! Cela sera vrai le jour où la CRÉ assumera un véritable leadership plutôt que de tirer sur tout ce qui bouge. En attendant, le plan de match responsable se fait toujours attendre.
Source : Hergé, "Le Temple du Soleil", Casterman, 1949, p. 18.
11 avril 2006
Le nouveau parti Québec Solidaire : atterrissage réussi !
Par Pascal D'amours
Oui, je sais, il s’agit d’une élection partielle sans conséquence et dans laquelle les électeurs n’ont pas le même comportement que lors d’une élection générale. D’accord, il s’agit d’une circonscription historiquement plus progressiste et plus souverainiste. N’empêche, j’espère que Boisclair et Charest regardent dans le rétroviseur car le nouveau parti de Françoise David risque d’engranger le vote de pas mal d’électeurs déçus de ces deux formations d’ici un an ou deux.
Cela dit, je ne donne pas le bon Dieu sans confession à Françoise David et son parti. Me définissant moi-même comme à la fois progressiste et pragmatique, je ne suis pas certain que « Québec Solidaire » correspond à mon deuxième qualificatif. Je ne suis pas certain que ce soit pragmatique de vouloir rehausser du jour au lendemain le salaire minimum à plus de 12 $ de l’heure sans envisager aucune conséquence négative sur le taux de chômage. Je ne pense pas que ce soit pragmatique de condamner tout projet de partenariat public-privé (PPP) avant même de l'avoir analysé. Ce n’est pas tout d’avoir des idéaux, il faut aussi être ancré dans la réalité économique, que ça nous plaise ou non.
D’après moi, il suffirait que le nouveau parti de Françoise David se recentre quelque peu, sans renier ses principes et il obtiendrait peut-être ainsi un ou deux sièges à l’Assemblée nationale en attendant l’arrivée du scrutin proportionnel.
Le PQ déconnecté
J’entends déjà les militants péquistes me crier des noms et affirmer que « Québec Solidaire » divisera le vote de gauche et qu’il favorisera ainsi la ré-élection de Jean Charest. Ouais pis ! Le fameux vote stratégique... C’est assez mince comme argument pour tenter de me convaincre de mettre mon X devant le candidat du PQ. Est-ce qu’un vote doit d’abord et avant tout servir à barrer la route à un parti politique jugé néfaste ? Un vote pour un parti qui ne serait pas au sommet des sondages est-il un vote perdu ? Les alternatives aux principaux partis étant mis hors-jeu par le mode de scrutin, doit-on se surprendre que de plus en plus de gens n’acceptent plus de jouer le jeu d’une démocratie ratatinée? Pour ma part, mon vote pour la prochaine élection générale n’est pas encore définitif, mais il sera assurément en accord avec mes valeurs et mes convictions.
Et pour l’instant, comme je ne souffre pas de « référendumite aigüe », le Parti Québécois s’éloigne peu à peu de moi. Bien que j’estime plusieurs membres de ce parti, je sens que la folie et l’obsession référendaire s’emparent de plusieurs milliers de militants pressés et je ne peux tolérer cette perte de contact avec la réalité. On a pu constater lors de la dernière course à la chefferie que dans ce parti, le véritable « serment du test » consiste davantage à promettre un référendum hâtif qu’à définir un projet de société pour le Québec. Au milieu des années quatre-vingt, René Lévesque avait adopté une image pour décrire ces militants obsédés par le calendrier référendaire; il les nommait les cariboux. Lévesque utilisait cette image en référence aux milliers de cariboux noyés les uns derrière les autres dans la rivière Caniapiscau. Eh bien, la meute des militants Cariboux influencent outrageusement les dirigeants du PQ et cela n’a rien pour me rassurer.
Pour revenir au parti « Québec Solidaire », lui aussi se déclare d’allégance souverainiste, sauf que pour eux, le bien commun passe bien avant la souveraineté. Bien que j’aurais préféré que ce nouveau parti cultive un peu plus l’ambivalence pour ce qui est de la question nationale, je me sens à l’aise avec l’idée du bien commun. Pour ceux qui seraient curieux de comprendre ce qui se cache derrière cette idée du bien commun, ils auront l’occasion de rencontrer Françoise David cette semaine dans notre région :
MERCREDI le 12 avril à 12h au Cégep de Jonquière et à 14h30 à l’UQAC
JEUDI le 13 avril à 12h au Cégep d'Alma et à 17h au Cégep de St-Félicien
Un dernier mot concernant le Parti vert
Je n’ai pas l’habitude de frapper sur ceux qui sont en bas et qui tentent de se faire une place sur l’échiquier, mais dans le cas du Parti vert, je ne peux m’empêcher de dénoncer ce parti champion de la mystification. Encore une fois, dans le cas de cette dernière élection partielle de lundi, le parti vert a récolté un score respectable, soit environ 6 %. Eh bien, ces 6 % si on les décortique, c’est environ 5 % d’électeurs trompés. Autant au fédéral qu’au provincial, le parti vert a un certain succès d’abord à cause de son nom. Vert, n’est-ce pas que ça sonne bien et que c’est vendeur ? Cependant, si les électeurs se renseignaient davantage avant de voter, ils découvriraient un parti ayant des ramifications mondiales et dont l’objectif est d’amasser le maximum de fric pour assurer son propre développement. Ce qui compte pour ce parti, ce n’est pas l’avancement des dossiers environnementaux, mais l’avancement du parti. Parlez-en avec les gens de Greenpeace ou d’Équiterre, ils préfèrent de loin le développement durable proposé par le NPD au fédéral ou celui de Québec Solidaire au Québec.
08 avril 2006
Usine Port-Alfred: un petit suivi des promesses du gouvernement Charest
Par Denise Turcotte
On parlait alors de gestes concrets. Un peu plus d'un an après, qu'en est-il ? Faisons le bilan point par point.
Le programme de soutien pour les travailleurs licenciés collectivement dans les régions ressources "vise à aider financièrement les travailleurs qui ont fait l’objet d’un licenciement collectif afin de leur permettre de demeurer dans la région où ils occupaient un emploi, de conserver leur actif (biens, avoir liquide) et de ne pas avoir recours au Programme d’assistance-emploi (aide sociale)." Il prévoit une aide financière mensuelle de 573 $ pour un adulte, 907 $ par pour deux adultes, 170 $ par un enfant à charge plus 100 $ si l'enfant à charge est aux études.
Dans les faits, c'est l'équivalent de l'aide sociale "sans perdre sa maison", à condition que le conjoint ne travaille pas. Et encore, le programme a seulement été prolongé d'un an, ce qui signifie que ceux qui en bénéficiaient pouvaient recevoir de l'aide sans perdre leur maison cette année. Maintenant que le programme est fini, que se passe-t-il ? Ils doivent liquider leurs biens (maison, auto, etc.) pour être admissibles à l'aide sociale. Allez leur demander s'ils sentent que le gouvernement pose des gestes concrets pour les soutenir…
Soutien à la région
La Loi 8 (Loi concernant la location d’une partie des forces hydrauliques de la rivière Shipshaw, adoptée en 1999) permet à Abitibi-Consolidated d'exploiter un barrage sur la rivière Shipshaw. En contrepartie, la compagnie s'engage à réaliser des investissements manufacturiers structurants d’au moins 390 millions $ d'ici la fin du bail en 2012. La Loi permet aussi au ministre de résilier le bail sans formalité ni indemnité advenant la fermeture d'une des usines de la compagnie visée par l'entente.
En janvier 2005, le gouvernement Charest a décidé de ne pas appliquer cette disposition de la Loi malgré la fermeture de l'usine Port-Alfred. Il craignait que cela mette en péril les emplois dans les autres usines d'Abitibi-Consolidated dans la région. À la place, le gouvernement a déposé le projet de loi 99 qui prévoit l'imposition graduelle de redevances à Abitibi-Consolidated et la réduction de ces redevances si la compagnie effectue des investissements majeurs dans la région.
D'autre part, le montant de la redevance imposée à la compagnie, qui serait de l'ordre de 2,5 millions la première année pour atteindre plus de 10 millions en 2008, est nettement moindre que l'avantage économique que retire Abitibi-Consolidated de l'exploitation de la rivière Shipshaw. Cet avantage est généralement estimé à environ 15 millions $ par année (lorsque comparé au coût de l'électricité vendue par Hydro-Québec au tarif grande entreprise).
Et en plus d'être bien timide, le projet de loi 99 n'est même pas encore adopté.
Récupération du contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF)
Abitibi-Consolidated disposait d'un CAAF de 210 000 mètres cubes de bois pour l'usine Port-Alfred. Cette attribution d'une ressource collective constitue un des principaux leviers dont dispose le gouvernement pour influencer les actions de la compagnie. En 2005, le gouvernement Charest s'engageait à l'utiliser pour favoriser la relance de Port-Alfred… ou pour consolider l'activité économique de la région.
Lors de l'inauguration de Produits forestiers Saguenay, le ministre délégué à la Forêt, à la Faune et aux Parcs, Pierre Corbeil déclarait: "Par exemple, afin de soutenir l'activité économique au Saguenay-Lac-Saint-Jean, je suis fier d'annoncer que des volumes de près de 120 000 mètres cubes ont récemment été libérés, pour l'année 2003-2004, par la compagnie Abitibi-Consolidated à la suite de la suspension des activités de l'usine de Port-Alfred. Ces volumes ont rapidement été redistribués de façon ponctuelle par le Ministère, auprès de neuf usines de sciage du Saguenay et du Lac-Saint-Jean, ce qui viendra leur donner des approvisionnements et des revenus supplémentaires."
La consolidation des emplois a le dos large. Dans les faits, l'argument du CAAF n'a pas été utilisé pour forcer le remplacement des emplois perdus à Port-Alfred. Pire, le gouvernement Charest a accordé à la scierie Girardville, propriété d'Abitibi-Consolidated, une allocation ponctuelle de 42 500 mètres cubes de bois provenant du CAAF de l'usine Port-Alfred.
Recherche de nouveaux partenaires
Après l'échec des discussions avec les Européens, le projet "Eucalyptus" a refait surface vers novembre 2004. Les membres du comité de relance y voyaient plusieurs contraintes, certaines difficilement surmontables, et les tentatives d'approfondir l'idée ont échoué. Plusieurs des intervenants au dossier ont convenu qu'il était important de garder le tout confidentiel afin de conserver un pouvoir de négociation avec les entreprises brésiliennes et aussi afin d'éviter les faux espoirs.
Malgré ces mises en garde connues de tous les participants au comité de relance, le gouvernement Charest a révélé l'existence du projet "Eucalyptus" dans ce qui ressemble beaucoup à une tentative de se faire du capital politique sur une idée qui était encore très embryonnaire. On connaît la suite: la mission brésilienne a échoué.
De quoi douter des bienfaits de l'attitude conciliante
Pourtant, le gouvernement libéral a montré ailleurs qu'il pouvait accorder un soutien plus "musclé" aux travailleurs et entreprises victimes de situations difficiles. Par exemple, dans le dossier de la crise opposant les Algonquins du lac Simon et de Longue-Pointe aux compagnies forestières d'Abitibi, un programme de soutien adopté sans tambours ni trompettes accorde aux travailleurs et aux entreprises touchés un dédommagement pouvant atteindre 90 % du revenu net perdu à cause de la crise. C'est que dans ce cas-là, on craignait beaucoup que la situation s'embrase. "On ne pouvait pas se permettre que le dossier s'envenime. On est donc venus en aide aux travailleurs", a expliqué à un journaliste du Devoir l'attaché de presse du ministre Corbeil, Mathieu St-Amant.
Tout le monde a loué l'attitude positive et conciliante du Syndicat des employés d'Abitibi-Consolidated de Port-Alfred lors de la fermeture de l'usine. Au lieu de se lancer dans la confrontation pure et dure, il a privilégié la voie de la collaboration et il a participé activement à toutes les tentatives de relance. Moi aussi, j'ai toujours pensé que c'était la meilleure attitude à adopter. Mais j'avoue que des exemples comme celui de la crise en Abitibi font germer en moi des doutes troublants. Le dicton "C'est la roue qui grince qui se fait graisser" n'est pas mon préféré. Mais si j'étais un ex-travailleur de Port-Alfred, j'en aurais gros sur le coeur…
Pour aller plus loin:
- Communiqué de presse du gouvernement, 22 juillet 2005 http://www.mdeie.gouv.qc.ca/page/web/portail/nav/communiques.html?page=details.jsp&iddoc=66355
- Programme de soutien pour les travailleurs licenciés collectivement dans les régions ressources
http://www.mess.gouv.qc.ca/securite-du-revenu/programmes-mesures/licenciement-collectif/ - Loi 8 (Loi concernant la location d’une partie des forces hydrauliques de la rivière Shipshaw)
http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=5&file=1999/1999C18F.PDF - Allocution de M. Jacques Brassard, ministre des Ressources naturelles, à l'occasion de l'adoption du principe du projet de loi n° 8 (Loi concernant la location d'une partie des forces hydrauliques de la rivière Shipshaw) en 1999
http://www.mrnf.gouv.qc.ca/presse/discours-detail.jsp?id=996 - Projet de loi 99 (Loi modifiant la Loi concernant la location d’une partie des forces hydrauliques de la rivière Shipshaw)
http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/Projets-loi/Publics/05-f099.htm - Étude détaillée du projet de loi n° 99 ― Loi modifiant la Loi concernant la location d'une partie des forces hydrauliques de la rivière Shipshaw - Journal des débats, commission permanente de l'économie et du travail
- Mémoire déposé par Abitibi-Consolidated dans le cadre de la Commission d’étude sur la maximisation des retombées économiques de l’exploitation des ressources naturelles dans les régions ressources (2003)
http://sdeir.uqac.ca/doc_numerique/format/PDF/13827336T2.pdf - Allocution du ministre délégué à la Forêt, à la Faune et aux Parcs, monsieur Pierre Corbeil - Création d'une nouvelle entreprise forestière et relance de la Coopérative forestière de Laterrière – 2004
http://www.mrnf.gouv.qc.ca/presse/discours-detail.jsp?id=2896 - Québec achète la paix en Abitibi: Incapable de négocier avec les Algonquins, le gouvernement a versé 1,6 million aux travailleurs forestiers – Article de Kathleen Lévesque, Le Devoir, édition du 27 novembre 2004
http://www.ledevoir.com/2004/11/27/69588.html?347
http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature1/DEBATS/journal/cet/050610.htm
http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature1/DEBATS/journal/cet/051214.htm
http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature1/DEBATS/journal/cet/060201.htm
05 avril 2006
Reconversion des immeubles : une vision digne de Wal-Mart
Par Sylvain Gaudreault
Nous savons déjà que la métropole régionale pourrait se mériter le titre de capitale mondiale du bâtiment en tôle. Avez-vous déjà remarqué les approches de l’arrondissement Chicoutimi, en provenance de Laterrière? C’est tout un coup d’œil pour le touriste qui arrive une première fois au Saguenay-Lac-Saint-Jean! Quelques bâtiments commerciaux et industriels sans âme parsèment le décor et soudainement, le géant Costco et Rona l’Entrepôt surgissent de leur vaste stationnement asphalté! Nous voilà au cœur de l’Amérique profonde, à Chicoutimi comme en banlieue de Portland, Maine, ou de Flint, Michigan. Le touriste continue sa route sur le fier boulevard Talbot. Il voit à l’horizon le mont Valin, mais ce majestueux paysage est gâché par le viaduc de l’autoroute, les fils électriques et la ribambelle d’affiches commerciales en néon. Atroce!
Le visiteur téméraire ou l’anthropologue qui veut comprendre les subtilités de la culture de l’homo modernus va se risquer au cœur des quartiers résidentiels contemporains, comme le quartier des écrivains situé derrière le Maxi de Chicoutimi... Il y trouvera une série de maisons en tôle. Elles sont toutes semblables. Plusieurs sont de couleur pâlotte, comme si l’entrepreneur des années 1980 n’avait pas compris que les pastels n’étaient qu’une mode alors que la maison s’inscrit dans la durée…
Canadian Tire
Voilà un long préliminaire pour dire que je ne comprends pas la décision de la Ville de Saguenay de se porter acquéreur de la bâtisse abritant l’ancien Canadian Tire de l’arrondissement Jonquière dans le but d’y loger neuf organismes sportifs et communautaires dès septembre prochain. Comprenez-moi bien. Je ne remets pas en question les besoins d’espaces de ces organismes qui contribuent à la qualité de vie des citoyens, que ce soit le club de judo, les cadets de l’air, l’association de défense des droits des retraités ou le club de bridge.
Je déplore plutôt que la Ville investisse environ 3 millions $ au cours des années 2006-2007 pour l’achat et la rénovation d’un édifice quelconque, propriété privée de surcroît, alors que de grands bâtiments publics ou d’intérêt collectif, patrimoniaux en plus, sont menacés par le pic des démolisseurs.
Le conseil municipal a autorisé l’achat de l’ancien commerce à grande surface au coût de 600 000 $. Ce bâtiment est brun, en briques et en tôle. Il est entouré d’asphalte. J’admets qu’il est bien situé, mais l’environnement est horrible, face à un centre d’achats en quête d’identité et voisin d’autres édifices commerciaux aussi laids les uns que les autres.
Écoles et églises
Pendant ce temps, les commissions scolaires se fendent en quatre pour se départir de leurs écoles vides. Les communautés religieuses se posent la même question concernant leurs anciens couvents. À Jonquière, l’ancienne polyvalente Maria-Chapdelaine n’aurait-elle pas pu se convertir pour des fins communautaires? Ou l’ancienne école St-Michel, sur la rue St-Pierre? Leur emplacement aurait été un endroit idéal, en plein cœur du centre-ville.
Jonquière a un potentiel mondial – et ce n’est pas une hyperbole – en rapport avec son patrimoine architectural. À cet égard, nous pensons d’emblée à l’ancienne ville de compagnie Arvida, unique en son genre. Mais il faut aussi savoir apprécier le patrimoine religieux de l’arrondissement Jonquière. Ce territoire regorge de monuments de facture moderne et toujours sous-exploités. Certains d’entre eux sont menacés par l’abandon : les églises Notre-Dame-de-Fatima, St-Laurent et St-Jacques, notamment.
Je suis incapable de me convaincre que le conseil municipal n’avait d’autre choix que d’acheter un vulgaire (oui, oui, un vulgaire et je ne suis pas snob) Canadian Tire abandonné. Le diocèse aurait sauté sur la moitié de la somme investie dans l’achat du bidule en tôle pour se départir d’un de ses trésors architecturaux qui lui coûtent trop cher pour ses moyens. Tant qu’à vouloir faire du neuf avec du vieux, je suis persuadé qu’un architecte créatif aurait pu fignoler un centre communautaire du tonnerre, comprenant tatamis pour le judo, dans l’une des anciennes églises de Jonquière, tout en préservant son architecture audacieuse. On a bien fait un « skate parc » dans l’ancienne église St-Nom-de-Jésus de Chicoutimi! En plus de mettre en valeur les beautés architecturales, un projet de ce genre aurait reconverti un ancien temple en des fonctions respectueuses des lieux. Imaginez recevoir une compétition nationale de judo sous les jeux de la lumière naturelle qui se glisse à travers le yin et le yang du sommet de Notre-Dame-de-Fatima! Wow! Ce serait une véritable célébration des arts martiaux!
Mais non! C’est trop demander à un conseil municipal qui voit l’urbanisme comme un immense Wal-Mart : « Ici, le bas prix fait loi! ». Tiens, voilà une belle devise pour la ville du maire Jean Tremblay et ses sous-fifres du conseil municipal!
04 avril 2006
Saguenay a besoin d'une force d'opposition
Par Pascal D'amours
De façon générale, je trouve admirable le travail du Regroupement des citoyens. Il suffit pour vous en convaincre de consulter régulièrement le site du RCS: http://regroupementcitoyens.iciblog.com/ . Le site de Christian Joncas nous permet d'apprendre presque quotidiennement des "scoops" concernant l'administration municipale.
Bon, il est vrai que je suis souvent en désaccord avec l'angle privilégié par le RCS dans de nombreux dossiers (ex.: nombre de conseillers, contrôle du budget, etc.). Le RCS affirme même à l'occasion d'énormes absurdités. Je me souviens d'avoir entendu une déclaration d'un collègue de Joncas qui disait à peu près ceci: "Le seul rôle d'un conseil municipal, c'est de baisser les taxes". Heureusement, avec le temps, j'ai appris à apprivoiser Joncas et à aller au-delà de son idéologie de droite. Maintenant, je ne pourrais plus m'en passer. Le seul fait d'oser critiquer publiquement le travail de l'administration municipale de Saguenay et notre "bon maire" Jean mérite mon admiration.
Or, c'est dommage, mais le palmarès des conseillers municipaux que vient de déposer le RCS est un palmarès bidon. L'idée de compter les présences des conseillers aux différentes séances et d'y accorder un pointage n'est pas bête en soi. Ce sont les autres indicateurs retenus qui ont l'air tout droit sortis d'un travail d'étudiants de secondaire I. Par exemple, le RCS a décidé de donner d'emblée un pointage plus élevé aux conseillers qui sont retraités parce que ceux-ci seraient prétendument plus disponibles. Ce n'est donc pas la disponibilité comme telle qui a été mesurée dans ce cas-ci. Autre exemple, le RCS a enlevé des points aux élus qui avaient à leur actif plus de deux mandats au conseil municipal sous prétexte que ceux-ci sont davantage réticents aux nouvelles idées. Il s'agit, on le voit, d'indicateurs trompeurs.
Je souhaite vivement que le groupe de Joncas ou un autre groupe puisse dans un avenir rapproché, et avec l'aide d'un méthodologiste, produire un véritable rapport sur le travail des conseillers et du maire: les citoyens de Saguenay ont besoin de cela.
À mon avis, depuis 2001, la Ville de Saguenay est gouvernée par le pire conseil municipal au Québec, toute catégorie confondue. Je tenterai au cours d'une prochaine chronique de vous expliquer comment et pourquoi. Les citoyens de Saguenay ont besoin d'un autre éclairage concernant les agissements du maire et des conseillers municipaux, cela va de soi. Pour l'instant, seul le RCS, avec ses lampes de poches un peu bric-à-brac, fournit cet éclairage. C'est déjà ça, mais ce n'est pas suffisant ! Certes, le parti Vision nouvelle, défait lors de la dernière élection, pourrait, dans un autre registre, apporter plus d'éclairage. Cela viendra assurément en temps et lieu, mais nous sommes encore loin de l'horizon électoral de 2009.
Je pense qu'il faut maintenant, de façon plus large, libérer la parole à Saguenay. Inciter les citoyens allumés à publier des lettres dans les journaux. Prendre la parole dans nos activités sociales afin de dénoncer la bêtise à l'hôtel de ville. Ne plus avoir peur, un peu comme le fait l'entreprise BTF, d'affronter la machine du cabinet du maire Jean Tremblay. Il faut croître, se multiplier et continuer de propager la "mauvaise nouvelle" municipale. En vérité je vous le dis (à quelques jours de Pâques !) notre royaume sera un jour débarrassé de son "faux messie". Ce jour-là, il faudra alors saluer le Regroupement des citoyens de Saguenay de Christian Joncas qui aura été un précurseur, malhabile, mais précurseur tout de même. En souhaitant que d'autres pionniers de l'opposition se manifestent d'ici là pour accélérer l'avènement de ce jour heureux.
Pour aller plus loin:
http://regroupementcitoyens.iciblog.com/
Un site incontournable pour ceux qui s'intéressent à l'actualité municipale.
