30 juin 2006
Pour l’abolition des enveloppes discrétionnaires des conseillers
Par Denise Turcotte
Présentement, le maire dispose d’une enveloppe discrétionnaire de 100 000 $ par année alors que les 19 conseillers municipaux de Saguenay disposent chacun de 50 000 $. Même si en théorie, cette enveloppe devrait être affectée au deux-tiers à des projets d’investissement et au tiers à des subventions diverses à des organismes du district, rien n’oblige les conseillers à respecter cette façon de faire.
Un système inéquitable
Tel que je l’ai déjà expliqué dans ma série de textes concernant les districts électoraux de Saguenay (lire l'article), la disparité entre le nombre d’électeurs des différents districts de Saguenay est tellement grande que la plupart des districts de la ville ne répondent même pas aux exigences légales en cette matière. Des enveloppes discrétionnaires fixes pour chaque conseiller accentuent cette inéquité puisqu’un même montant de 50 000 $ est réparti entre les 1 722 électeurs de Lac-Kénogami, le district le moins populeux, et entre les 8 702 électeurs du quartier 13, le plus populeux de la ville. Le conseiller Cantin dispose de 29.04 $ par électeur alors que monsieur Cleary n'a dans sa poche qu'un maigre 5.88 $ par électeur. Les associations du district 13 ne méritent pourtant pas moins de soutien que celles de Lac-Kénogami !
Un mécanisme arbitraire
Mais la priorité des besoins n’a pas grand chose à voir dans ce système basé sur l’arbitraire. Selon l’humeur du conseiller et les demandes qui lui sont faites, l’argent va autant à des trottoirs, lampadaires et bouts d’asphalte qu’à l’achat de billets pour des événements et à des subventions à des organismes et activités diverses. Le maire a même accordé 5 000 $ pour l’établissement d’une chapelle d’adoration (un lieu de prière ouvert 24 heures sur 24) à une fabrique qui compte déjà cinq églises à demi désertées. Comme quoi la "discrétion" s’exerce en fonction des valeurs et croyances de chacun !
Les conseillers étant humains, qui peut bien croire qu’ils vont distribuer l’argent de leurs précieuses enveloppes à des adversaires politiques, quelle que soit la noblesse de la cause ? Il faudrait être bien naïf pour ignorer que cet argent sert autant à acheter des votes qu’à satisfaire des besoins. Tant qu’à disposer de sommes limitées face à des demandes trop nombreuses, autant donner à des gens qui nous sont sympathiques, ça aussi c’est humain. Et comment dire non à ceux qui ont donné un coup de pouce pour l’élection, ou à ceux qu'on songe à solliciter pour des contributions financières à la prochaine élection ? C’est bien difficile, avouez-le. Comme il est difficile de ne pas se souvenir dans l’isoloir du gentil conseiller qui a allongé les quelques centaines de dollars dont l’organisme avait tant besoin… Que le gentil conseiller n'ait rien "donné" du tout parce qu'il n'a fait que gérer notre argent collectif devient alors bien abstrait et bien secondaire.
Allons, personne n’est dupe : les enveloppes discrétionnaires servent à établir un lien concret entre l’argent alloué et celui qui l’a alloué, sinon quel intérêt ? L’argent c’est du pouvoir : le pouvoir de celui qui subventionne celui-ci et pas celui-là, et le pouvoir de celui qui a d’assez bons contacts auprès du conseiller pour obtenir la subvention. La question qui se pose, c’est pourquoi les conseillers de Saguenay tiennent-ils tant au pouvoir rattaché à des enveloppes discrétionnaires de 50 000 $ alors que le budget de la ville est de plus de 200 millions $ ? Est-ce parce que le vrai pouvoir leur échappe ?
Masquer les inefficacités à l’aide d’un système parallèle
La ville devrait avoir tous les mécanismes pour répondre aux demandes de ses citoyens de manière adéquate, équitable et transparente. Ainsi, la politique communautaire, la politique culturelle et le Conseil des arts devraient permettre de subventionner les organismes culturels et communautaires de la ville, et ce selon des règles claires et connues de tous. S’il est plus commode de recourir aux enveloppes discrétionnaires, c’est peut-être parce que ces mécanismes ne fonctionnent pas aussi bien qu’ils le devraient. Il vaudrait mieux alors en améliorer le fonctionnement que de les contourner par un recours systématique à des enveloppes discrétionnaires qui leur enlève de la crédibilité.
Quant aux investissements dans les infrastructures comme les trottoirs, rues, lampadaires, parcs et autres, il s’agit de biens durables dont la construction et l’entretien peuvent et doivent être prévus et planifiés. Les conseillers objectent souvent que les enveloppes discrétionnaires leur permettent de réaliser des projets urgents sans passer par un processus long et complexe d’autorisation des dépenses. C’est peut-être justement un signe que le processus est inefficace, ou qu’un mécanisme plus souple - par exemple des enveloppes d’urgence d’arrondissement- devrait être mis en place.
Cela pourrait même devenir un bel objet de réflexion pour monsieur le maire qui souhaite si ardemment améliorer l’efficacité de l’appareil municipal.
Pour en savoir plus:
L'enquête du Regroupement des citoyens de Saguenay sur les enveloppes discrétionnaires dans les autres grandes villes du Québec:
Sacrée technologie...
Par Sylvain Gaudreault
24 juin 2006
Financement des partis politiques: quand l’idéal de vertu croise la réalité
Par Denise Turcotte
La vierge offensée n’a pas la pureté dont elle se réclame
La principale conclusion du rapport, c’est que le PQ a bel et bien reçu des contributions illégales et que des responsables du parti le savaient. La démonstration du juge est sans équivoque. Pour ce qui est du Parti libéral, il a bien reçu quelques contributions illégales, mais rien ne prouve que les instances du parti en aient été conscientes. Par ailleurs, le juge n’a pas trouvé de preuve convaincante que Groupaction a financé la campagne de Jean Charest, même si toute l’histoire des 50 000 $ est nébuleuse à souhait et qu’elle contient au minimum des manoeuvres frauduleuses pour éviter le fisc.
Le Parti Québécois sort donc incriminé de l’enquête, et le bout des lèvres avec lequel ses dirigeants réagissent est inquiétant. On aurait aimé, si la direction du parti ignorait les faits comme elle le prétend, que les personnes mises en cause par le juge Moisan soient officiellement condamnées et écartées. Surtout que péquistes et bloquistes ont fait beaucoup de chemin avec le scandale des commandites et qu’ils ont beaucoup parlé du « référendum volé » de 1995. Évidemment, la gravité et l’ampleur du scandale des commandites ne sont pas amoindries, mais l’opinion publique ne fait pas dans la nuance : le rapport Moisan permet aux cyniques de claironner que « c’est du pareil au même, tous les politiciens sont corrompus ».
Des améliorations à apporter
La pratique pour contourner la loi est simple et de l’aveu général, elle est utilisée par tous les partis sans exception: une compagnie donne de l’argent (sous forme de boni par exemple) à des employés qui utilisent cet argent pour faire des contributions politiques. La limite de contribution est également facile à contourner : si Paul a atteint sa limite personnelle, il fait un don à Pierre qui contribue à son tour. Et c’est sans compter les prête-noms qui reçoivent de l’argent « cash » issu d’on ne sait où (mais on s’en doute) et qui font des chèques de contribution à l’aspect tout ce qu’il y a de plus légal.
Le juge Moisan y va de quelques suggestions pour améliorer la loi québécoise sur le financement des partis politiques. Il propose notamment que soient permises les contributions d’entreprises. Cela permettrait selon lui d’encadrer la pratique plutôt que d’encourager le contournement de la loi comme c’est le cas actuellement. Il propose même que les contributions des entreprises soient versées au Directeur général des élections qui les redistribuerait aux différents partis au prorata des votes obtenus.
J’avoue que cette idée me laisse perplexe. Les entreprises n’ont que deux raisons de contribuer aux partis politiques : soit elles espèrent en retirer des avantages ultérieurs (des contrats ou de l'influence auprès des politiciens), soit elles veulent éviter de se mettre à dos des gens qui détiennent le pouvoir et qui sollicitent leur appui financier. Je ne vois pas quel serait l’intérêt de contributions d’entreprises réparties entre tous les partis. Ceux qui veulent influencer un parti ou un politicien pourraient tout de même continuer à contourner la loi.
Par contre, la suggestion du juge Moisan de forcer les donateurs à signer une déclaration qui atteste que l’argent versé est bien le leur me semble intéressante. La plupart des gens sont honnêtes, faut-il le rappeler? Bien informer la population des modalités de la loi et faire savoir que ceux qui y contreviennent s’exposent à des sanctions serait certainement un frein aux manœuvres illégales.
L’idée d’indiquer l’employeur de chaque donateur me plait également. Cela permettrait de faire des recoupements. Les rapports des partis étant publics, on peut compter sur la vigilance des adversaires pour traquer les irrégularités et questionner les concentrations de donateurs suspectes si le DGE n’a pas les ressources pour le faire. La transparence favorise l’autorégulation. On pourrait même ajouter la date de naissance des donateurs, ce qui éviterait l’utilisation d’enfants mineurs comme prête-noms.
Un combat perpétuel
Ceci dit, toutes les mesures et toutes les règles ont leurs faiblesses et comme dans tous les domaines où des intérêts puissants sont en jeu, il se trouvera toujours des gens futés et malveillants pour s’ingénier à inventer des voies de contournement. Sans doute sommes nous condamnés à subir des irrégularités. Cela ne veut pas dire pour autant que nous devons nous résigner et les accepter.
L’horticultrice en moi sait qu’on ne peut pas éradiquer les vilains pucerons et toutes les autres bibittes nuisibles aux cultures. Au mieux peut-on les contrôler. Mais pas question de laisser le retour périodique des pucerons nous priver de la joie des fleurs et des délices des fruits ! Bien au contraire, on redouble de vigilance pour faire le dépistage précoce et détruire les premiers intrus avant qu’une infestation s’installe.
Je crois que la même logique s’applique au financement des partis politiques. Il faut d’abord chasser le cynisme et reconnaître que notre système, tout perfectible qu’il soit, est un des plus progressistes au monde. Puis il faut autant de transparence que possible afin que le « dépistage précoce » se fasse. Enfin, il faut que les acteurs principaux, les chefs de partis et leurs organisations, s’engagent fermement à jouer un jeu honnête et à ne laisser personne au sein de leurs troupes contrevenir aux règles que notre société s’est donnée pour s’assurer d’un fonctionnement démocratique.
C’est sur ce dernier point que tous nos politiciens sont faibles. La rigueur presque maladive dont faisait preuve René Lévesque, père de la loi actuelle, à l’égard des donateurs et des « amis intéressés » semble avoir laissé la place à des paupières qu’on garde closes pour ne pas voir ce qui crève les yeux. Non seulement cette attitude nuit à la crédibilité de toute la classe politique, mais ce laxisme met en danger une démocratie qu’on ne devrait pas autant prendre pour acquise.
Pour aller plus loin :
Le rapport Moisan : http://www.electionsquebec.qc.ca/fr/pdf/publications/Rapport_Moisan.pdf
22 juin 2006
Une petite pause pour Pascal
Par Pascal D'amours
Pour leur part, mes deux collègues "carnetiers", Denise et Sylvain vont continuer de vous proposer de nouveaux textes à toutes les semaines durant l'été.
Bonnes vacances !
21 juin 2006
Réflexion sur l'éducation
Par Sylvain Gaudreault
Je me souviens avec nostalgie de cette période où le professeur nous remettait à la toute dernière journée notre bulletin sur un papier carbone rose, vert pâle ou bleu, selon les années. J’étais anxieux de savoir s’il me recommandait pour le degré suivant… À la fin du primaire, j’étais déjà angoissé à l’idée de commencer la prochaine année dans une nouvelle école, toute grande et impersonnelle : la polyvalente!
Ouf! Le temps passe… Je parle déjà comme si j’étais Mathusalem. Oubliez le papier carbone! Maintenant, l’indécision chronique du système bureaucratique fait en sorte que le choix entre des chiffres ou des lettres sur les bulletins est devenu un débat national, après celui sur la couleur de la margarine! Du point de vue gouvernemental, le mieux à faire est de refiler la patate chaude aux conseils d’établissement sous le couvert d’une plus grande décentralisation. C’était bien plus simple « dans mon temps », quand ma tante enseignante me remettait 25 ¢ au mois de juin pour me féliciter de mes efforts. Je savais alors que j’avais réussi mon année!
Développement régional
Cessons ici de faire de l’esprit de bottine ou de tenir des propos ringards. Mon objectif est ailleurs. Je veux profiter de cette fin d’année scolaire pour proposer une réflexion sur l’éducation. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, alors que nous cherchons des alternatives de développement à gauche et à droite (surtout à droite…), il n’est pas inutile de se rappeler que l’éducation demeure la piste la plus sûre pour le développement régional. Aux quatre coins du monde, la quête d’une scolarisation toujours plus forte de la collectivité est synonyme de développement à long terme ou de véritable prise en charge par les populations locales, particulièrement dans les pays du Sud. Pourquoi les choses seraient-elles différentes ici?
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est très riche en ressources éducatives. Nous ne le dirons jamais assez. Avec une université, quatre cégeps et quatre commissions scolaires, la région est avantageusement pourvue par rapport aux autres régions ressources du Québec. Comment faire fructifier davantage cette richesse? Comment accentuer le transfert des connaissances vers la créativité, l’innovation, voire la culture entrepreneuriale? À mon avis, c’est là que réside le véritable défi du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour les années à venir.
Persévérance
Ce n’est pas tout! Grâce au groupe de recherche ÉCOBES du Cégep de Jonquière et au Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire (CRÉPAS) – des institutions uniques à la région – le Saguenay-Lac-Saint-Jean a fait le choix de la persévérance scolaire pour faire en sorte qu’un plus grand nombre de jeunes obtiennent un diplôme secondaire avant l’âge de vingt ans.
Notre région n’est pas qu’un panier à mauvaises nouvelles! Dans ses études, le CRÉPAS a constaté que les jeunes du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont proportionnellement plus nombreux que jadis à obtenir un diplôme secondaire. Alors que la région se classait au 8e rang au début des années 1990, elle se classe maintenant parmi les trois premiers pour la probabilité d’obtenir un diplôme secondaire avant vingt ans. Il s’agit-là d’une véritable source de fierté pour les écoles d’ici.
Autrement dit, les écoles de la région ont fait de la lutte au décrochage une priorité, quitte à ce que les notes aux examens du ministère de l’Éducation soient plus faibles que la moyenne du Québec. Les résultats sont probants : le Saguenay-Lac-Saint-Jean arrive en tête du peloton pour l’obtention d’un diplôme au secondaire. Bravo!
Choisir l’éducation, savourer les réussites et miser sur la persévérance. Ne s’agit-il pas là d’une façon positive d’entamer les vacances d’été? Tiens! Il me semble que l’avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean m’apparaît soudainement plus radieux!
Un oiseau-mouche en France!
Par Sylvain Gaudreault
L'Alsace est le pays des cigognes... Cela me semble bien gros à côté d'un petit oiseau-mouche! À plus!
16 juin 2006
La prière a-t-elle sa place à l’hôtel de ville ?
Par Denise Turcotte
Franchement, il y a des gens qui ont beaucoup de temps et pas beaucoup de problèmes! J’ai bien du mal à comprendre qu’on fasse de la laïcité des lieux publics une question de principe qui mérite qu’on mette tant d’énergie à la défendre. Et pourtant, je ne suis pas croyante et j’ai souvent eu des rapports difficiles avec " les choses de la religion " comme disait Prévert. Je suis bien trop terre-à-terre pour le surnaturel quel qu’il soit, les rituels m’ennuient et l’obéissance ne fait pas partie de mes réflexes. Cela m’a d’ailleurs causé quelques ennuis à l’école des religieuses.
La dernière fois qu’un curé m’a fait une visite paroissiale, je lui ai dit de revenir quand j’aurais le droit d’être pape. C’était il y a près de trente ans. Heureusement que j’avais un plan B côté carrière! Enfin, ce n’est pas que le poste m’intéressait, mais ça m’embêtait beaucoup qu'une fille n'ait même pas le droit d’y aspirer. Bref, je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler une grenouille de bénitier ou une mangeuse de balustre.
Mais la prière à l’hôtel de ville ne m’enlève rien. Tout comme la main sur la Bible des serments, c’est un geste qui fait partie d’une tradition à laquelle j’appartiens par la force des choses. Bien sûr la prière qui précède les séances du conseil municipal m’agace tout de même un peu. Je conviens que les institutions sont des lieux laïques où les rites religieux n’ont pas leur place. Et que les villes ne sont pas dotées, comme les personnes physiques, de la capacité de prier, pas plus qu’elle ne peuvent donner du sang ou se marier comme le faisait remarquer l’avocat de la plaignante.
Tant mieux si les conseillers se sentent mieux éclairés après avoir fait appel aux divines lanternes. Eux qui donnent si souvent l’impression de manquer d’inspiration, pourquoi les priver d’un soutien aussi inoffensif ? Qui sait si les valeurs humanistes qui animent bon nombre de chrétiens pratiquants ne peuvent pas, effectivement, les amener à de meilleures décisions ? Et puis tant de symboles religieux sont disparus, ne devrions-nous pas laisser le temps emporter aussi celui-là, au lieu de peiner pour le gommer douloureusement avant terme ?
Je préfère surveiller les actes des élus plutôt que de chipoter sur les modalités du code moral dont ils se réclament. Que le maire Jean Tremblay récite la prière au début des séances du conseil de Saguenay ne me dérange pas beaucoup. Le manque du plus élémentaire respect – ce que certains appellent " la charité chrétienne " - dont il fait parfois preuve à l’égard de personnes qui sont en désaccord avec lui me heurte bien davantage.
Manifestement mauvais
Par l'équipe de L'Oiseau-mouche
Pierre Lajoie vient de publier le Manifeste de l’Ashuapmushuan. Si son pamphlet a le mérite de présenter au public le point de vue de certaines personnes du milieu des affaires, le ton à la fois condescendant et jovialiste du document laisse perplexe. On ne trouvera pas là le discours rassembleur dont la région aurait tant besoin. Dans sa fougue paternaliste et un brin mégalomane, Lajoie tourne plusieurs coins très ronds pour tenter de relancer un méga-projet qu’Hydro-Québec a abandonné définitivement en 2003 et pour y greffer des appendices qui vont dans toutes les directions : tourisme, recherche et même le financement de la santé. Mais la principale faiblesse du document de Lajoie, c’est qu’il est complètement déconnecté de la réalité en ce qu’il ignore à la fois la position d’Hydro-Québec, celle de la communauté ilnu et celle du gouvernement du Québec, trois acteurs majeurs dans le dossier.
La manière…
Donnons raison à Pierre Lajoie sur au moins une chose : il est vrai que « fort peu de personnes pourraient décrire en quelques phrases ce projet » de harnachement ou de réserve aquatique, c’est selon. Nous reconnaissons que l’opinion publique s’est forgée encore une fois sur des perceptions plutôt que sur des faits dans ce dossier. Dans un souci d’aider les gens à prendre position de façon éclairée, il n’est jamais inutile de soulever un débat en y accolant des données techniques. Bravo! Par contre, il y a la manière…
Bien qu’il faille saluer une initiative de gens d’affaires qui veulent contribuer à la réflexion collective autour des enjeux régionaux, est-il vraiment utile d’adopter un ton qui n’a rien pour attirer la sympathie ? Que ce soit à l’égard des jeunes qu’il prétend défendre, des Autochtones qu’il souhaite inclure dans son projet, des gens de Montréal et des écologistes dont il critique le rôle ou même des Africains et des Chinois qu’il prend en exemple, Lajoie adopte la posture de « celui qui sait ». Et cela devient fatiguant, à la longue!
Outre un florilège d’arguments démagogiques, le Manifeste de l’Ashuapmushuan est tissé de propos qui prônent l’exclusion :
- Exclusion des jeunes : « Ils sont capables de penser par eux-mêmes et de croire en eux-mêmes pour peu que nous leur mettions la table avant de nous éclipser».
- Exclusion des autochtones : « Puisque nous sommes entre nous, gens de la région, nous devrions nous estimer heureux, très heureux de cohabiter avec des Montagnais [sic] pacifiques et collaborateurs »; « Les Autochtones recevraient leur part [des redevances] au prorata de leur population. ». Les négociations de l’Approche commune, ça ne vous dit rien, monsieur Lajoie ?
- Exclusion des gens des autres régions : « Ainsi donc, grossiers et obtus personnages qui étiez à la salle de bain lorsque la ‘reine délicatesse’ a fait des moulinets avec sa baguette magique; mêlez-vous de vos affaires. Le débat de l’Ashuapmushuan nous concerne».
Est-ce ainsi, sur ce ton, que nous envisageons l’avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean? Non merci, monsieur Lajoie!
Le fond …
Rappelons d’abord quelques faits :
- Le gouvernement du Québec ne manifeste aucune intention de verser aux régions les redevances sur les ressources naturelles. Bien au contraire, avec la création du Fonds des générations, il a affirmé sa volonté d’utiliser une partie de cet argent pour rembourser la dette.
- La communauté ilnu s’est clairement prononcée contre les projets de grands barrages sur l’Ashuapmushuan. Bien qu’il ne soit pas opposé à tout développement hydroélectrique de moindre envergure, le Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean caresse un projet de parc ilnu qui aurait des objectifs de conservation. Notons également que l’entente de principe sur l’Approche commune prévoit que les Ilnus vont devenir gestionnaires de la réserve faunique Ashuapmushuan.
- En février 2003, Hydro-Québec a radié de ses livres - pour les déclarer comme une perte nette - les 26 millions dépensés entre 1980 et 1993 en études techniques, environnementales et en communications dans le dossier de la centrale de 750 MW sur l’Ashuapmushuan. Cette décision a été prise à la suite de l'adoption par le gouvernement Landry d'un décret conférant à la rivière le statut de «réserve aquatique».
- L’idée d’un mégaprojet sur l’Ashuapmushuan a été abandonnée il y a plusieurs années. Un consensus ralliant les décideurs régionaux et les mouvements écologistes avait plutôt favorisé la construction d’un barrage de plus sur la Péribonka.
Or, le Manifeste de l’Ashuapmushuan prend pour acquis :
- qu’une partie des revenus du projet serait versée à la région : « Oui pour l’harnachement [sic] de l’Ashuapmushuan avec parc thématique, mais à la condition obligatoire d’une entente de retombées économiques proportionnelle aux revenus du projet pour financer des initiatives de développement durable pour la région »;
- que les Autochtones renonceraient à leur position traditionnelle de négociation et accepteraient de devenir des figurants (« au prorata de leur population ») : « Si seulement les visages pâles savaient à quel point les autochtones sont prêts à ce genre de partenariat »;
- qu’Hydro-Québec serait prêt à relancer un projet déjà abandonné et pour lequel le Conseil des Montagnais a manifesté son opposition et qui va à l’encontre de la nouvelle politique énergétique du Québec.
C’est à se demander si monsieur Lajoie ne nous prend pas pour la marquise à qui on oublie de souligner quelques petits riens…
Pis encore, le Manifeste de l’Ashuapmushuan commence par un long diagnostic qui énumère tous les maux dont souffre la région et il donne faussement à penser que le harnachement de l’Ashuapmushuan règlerait tous nos problèmes. À croire monsieur Lajoie, ce projet est l’occasion du siècle : « Nous sommes à portée d’une opportunité [sic] qui ne se présente qu’une fois par 2 ou 3 siècles pour une région ». La liste des bienfaits potentiels est surréaliste : des retombées du chantier à l’industrie touristique en passant par la transformation du bois et même les fondations des hôpitaux locaux qui pourraient se financer à même des redevances qui semblent infinies. Quand ça a l’air trop beau pour être vrai… c’est habituellement parce que, justement, ce n’est pas vrai!
N’importe quoi!
Nous interrogeons également les sources de l’auteur. Quelles sont-elles? Sur quoi se base-t-il quand il parle des 500 millions $ de contrats et des 300 autres millions $ de retombées durant la construction? Où prend-il ses chiffres quant à la création des emplois, tant durant le chantier des deux barrages que pour le projet de parc thématique? Soulignons au passage que le dernier volet de sa proposition ressemble à une sorte de pénitence qu’il s’impose pour vouloir briser à tout jamais l’une des dernières rivières patrimoniales du Québec. C’est la même chose avec son « Institut technique des produits de la forêt à St-Félicien ». D’où sort-elle, cette idée? Quel appui a-t-il dans le milieu? Deux barrages, un parc thématique, un institut… Autant de poudre aux yeux d’une population régionale avide de solutions magiques!
Pierre Lajoie ose s’aventurer dans des notions qu’il maîtrise mal ou même pas du tout, comme la décentralisation, la Charte des droits et libertés (à ce sujet, l’égarement est atroce!) et le développement durable. À ce chapitre, il ne sait visiblement pas de quoi il parle. Il présente ce concept comme un fourre-tout « à la mode, combien sympathique et qui sert de gargarisme sur bien des tribunes ». Pour lui, le développement durable ne s’applique « que [si] nous sommes en mesure de [le] financer » car, bien sûr, « la vie est une réalité qui impose sa loi économique » (en gras, s.v.p.). Et vlan! Voilà la fatalité bête et brutale qui nous frappe de nouveau! Pourtant, le texte répète tel un leitmotiv : « Nous avons toujours le choix ».
Incohérence
La conclusion du Manifeste est étonnante. Alors que le lecteur s’attend à une ode à la prise en charge de notre propre développement et à une prière au culte de l’entrepreneurship, l’auteur nous sert comme banale recommandation d’offrir « un bloc d’énergie industrielle à Alcan pour son futur développement en région ». Voilà ce qu’on appelle une débandade ! Il y a de quoi rester sur son appétit. Quelques pages auparavant (désolé, le texte n’est pas paginé), Lajoie affirme pourtant : « Une grande part de l’activité économique est assurée par des conglomérats étrangers qui ne se sentent aucune, mais alors aucune, responsabilité sociale. Leur seule préoccupation étant le rendement pour les actionnaires. Ces grandes sociétés ne développent aucune racine en région et elles peuvent déménager du jour au lendemain. Ces conglomérats ont tout simplement occupé toute la place laissée vacante par nos entrepreneurs potentiels séduits par les salaires de la grande entreprise ». Déroutant, non? Bravo pour la cohérence! Un peu plus loin, Lajoie dénonce : « En secret, nous nous surprenons encore à rêver qu’une grande compagnie débarquera de l’extérieur pour nous apporter la prospérité en créant 300 ou 400 emplois… Ce que les gens de l’extérieur veulent en général, c’est notre bien et ils y parviennent avec beaucoup de doigté ». Avouons qu’il est difficile de comprendre la logique du Manifeste… À moins qu’à la dernière minute, l’auteur et ses « collaborateurs » du monde des affaires aient voulu se protéger face à la puissante Alcan?
Vers une démarche plus crédible
Soyons clairs : nous ne disons pas qu’il est absolument impossible de concilier l’idée d’un barrage avec le développement durable. L’hydroélectricité demeure une grande source d’énergie pour les générations futures. Dans la plupart des cas, elle permet davantage que le pétrole ou le nucléaire, par exemple, de concilier à long terme l’acceptabilité sociale, le développement économique et la protection de l’environnement.
Par contre, nous sommes également sensibles à l’idée de protéger la dernière rivière encore à son état naturel dans la région. Cependant, la protection ne devrait pas devenir synonyme d’appauvrissement collectif comme c’est le cas selon le projet actuel de réserve aquatique assorti d’un budget… nul.
Pour dénouer l’impasse, nous réaffirmons l’importance de concilier la protection et la mise en valeur de la rivière, ce qui s’inscrit dans la tendance lourde de ce dossier depuis une vingtaine d’années. Les gens d’affaires ont adopté l’idée de redevances proposée à l’origine par les écologistes, comme le rappelait avec à-propos Denis Trottier. Les citoyens de la région ont massivement appuyé cette idée lors du référendum de novembre dernier. La région peut se mobiliser sur la base de ce consensus et chercher à obtenir de Québec les moyens de réaliser un projet vraiment structurant et innovateur.
Doit-on s’exciter autour du Manifeste de l’Ashuapmushuan? Non. Il ne faut jamais s’exciter à propos d’une tentative de mystification de l’opinion publique. Cela est d’autant plus vrai lorsque le tout est orchestré par un groupe qui ressemble à un lobby : la dizaine de « collaborateurs » du monde des affaires qui ont servi de bailleurs de fonds pour la publication du manifeste oeuvrent pour la plupart dans les domaines des équipements, de l’ingénierie ou de la construction industrielle. Il s’agit sûrement d’un hasard.
Pierre Lajoie invoque l’urgence de lancer un débat ? Qu’il aille au bout de sa logique s’il n’est pas d’accord avec notre point de vue. Nous acceptons un débat avec lui dans le média de son choix.
15 juin 2006
Il est manifeste que nous répliquerons...
Par Sylvain Gaudreault
13 juin 2006
Le collectif Québec-Plus: les héritiers de Lévesque
Par Pascal D'amours
On aurait cependant tort de ne pas porter attention à ce nouveau collectif ou de le noyer dans la kyrielle de collectifs sur la question nationale (SPQ Libre, RIQ, Mouvement pour une élection référendaire, Conseil de la souveraineté, etc.) . L'intérêt du collectif Québec Plus Démocratie réside notamment dans le fait que ses auteurs sont modérés et qu'ils proviennent d'horizons très divers, de l'ADQ à Québec Solidaire. Je ne me souviens pas d'avoir vu un aussi large spectre d'intervenants crédibles prenant position de façon non-partisane sur la question nationale. Quel bonheur de voir aligné le nom de l'avocat Julius Grey au côté de ceux de Jean Allaire, Paul Cliche, Jean-Pierre Charbonneau et Daniel Turp.
Attardons-nous à la proposition du collectif, une proposition qui je pense n'aura pas l'écho mérité. Les auteurs de la déclaration souhaitent initier une démarche citoyenne et non partisane pour débattre démocratiquement de l'avenir politique du Québec afin de dégager le plus large consensus possible. Cette démarche se voudrait un peu à l'image du débat citoyen présidé par M. Claude Béland et concernant la réforme des institutions démocratiques. La démarche s'inspire également d'expériences porteuses de démocratie participative comme les travaux de l'INM (Institut du Nouveau Monde) au Québec ou même de Porto Alegre.
Aux sceptiques qui vantent la démocratie mais fuient comme la peste le pouvoir citoyen, autant qu'à celles et ceux qui préfèrent reprendre les sentiers battus du prosélytisme et des campagnes menées selon le bon vieux mot d'ordre "sortir, parler, convaincre", nous répliquons que nos compatriotes n'ont pas besoin d'être convaincus par des porteurs de la bonne parole".
Les auteurs ont visé juste. Plusieurs souverainistes font fausse route s'ils pensent qu'à force de parler et de convaincre, l'indépendance illuminera les esprits à l'image de la foi. Plusieurs parmi eux abordent encore la souveraineté comme un destin incontournable dont seuls les "brebis égarées" ignorent les vertus. Les citoyens ne sont pas que des électeurs à convertir, ils ont besoin de se réapproprier la question nationale selon une réalité multiple et changeante et c'est ce que leur propose le collectif Québec Plus Démocratie. Et si, tel que je l'ai déjà exprimé dans un texte précédent, la volonté populaire consistait en un Québec autonome à l'intérieur de l'ensemble Canadien, le PQ devrait-il alors toujours s'entêter à tenir "le plus tôt possible" un référendum qui affaiblira le Québec ?
Le PQ n'incarne plus l'héritage de Lévesque
Vous souvenez-vous les débuts du PQ en 1968: d'anciens libéraux comme Lévesque cotoyaient d'ex-membres de l'Union nationale, du RIN et même des marxistes-léninistes. Au fond, différentes tendances se regroupaient autour de René Levesque parce qu'il incarnait l'ambivalence du peuple québécois face à la question nationale. Souvenaineté - Association: la formule "trait d'union" tentait de rallier le plus large spectre des citoyens et prenait en compte les aspirations du plus grand nombre. Lévesque incarnait à la fois la confiance en l'avenir et l'expression saine du doute.
Ceux qui par la suite au PQ ont tenté de trouver des formules afin de rallier les différentes tendances des québécois ont soient pris la porte ou se sont fait montrer son chemin: que l'on pense ici à Lucien Bouchard. C'est peut-être le sort qui attend aussi Jean-Pierre Charbonneau, député du PQ et membre du collectif Québec Plus Démocratie. Même Bernard Landry à une certaine époque a été vertement critiqué dans son parti lorsqu'il a évoqué la "question de Bruxelles" ou le modèle européen comme issue à la question nationale. Un grand démocrate comme Claude Charron, héritier de Lévesque, a visiblement lui-aussi développé des allergies face à ce PQ sclérosé et obnubilé par son référendum.
Le Parti québécois concentre maintenant ses énergies vers la voie de l'indépendance sans trop d'égard pour le partenariat. On voit là un parti politique qui n'a pas compris que le principe de base en politique est l'addition et non la soustraction. Devant cette attitude, René Lévesque s'il était toujours vivant, pourrait répéter son adage :"C'est le rêve qui nous fait avancer, mais l'on avance pas en rêvant". En espérant que le réveil d'André Boisclair ne soit pas trop brutal.
Pour lire la déclaration complète, voir le site du nouveau collectif: www.quebecplusdemocratie.org
10 juin 2006
L'unanimité qui tue
Par Sylvain Gaudreault
Qui osera poser des questions dans cette région? L'Oiseau-Mouche sera-t-il le seul média à briser l'omerta du champ de tir? Même l'ex-Zorro du champ de tir de L'Ascension, à la fin des années 1980, se tient mystérieusement coit aujourd'hui. Il faut dire que depuis ce temps, Gérald Scullion est devenu maire de la deuxième plus grande ville de la région. Soudainement, cela semble faire son affaire que le dossier ne touche "que" le Saguenay... Joli prétexte! Hmm... Qui a dit que le pouvoir corrompt... les belles convictions d'autrefois?
Plus fondamentalement, j'ai l'impression que la question du champ de tir est engagée à l'envers. Encore une fois, les élites régionales traitent l'accessoire en faisant l'économie du principal. Sur le long terme, avant d'entreprendre tout développement en matière militaire, je crois qu'il faut d'abord se questionner sur le rôle de l'armée canadienne dans le contexte international actuel. On dirait que l'on traite du champ de tir sous l'angle de la défunte guerre froide. Hé! Ho! Saviez-vous que les CF-18 n'iront plus tirer sur l'Union soviétique?
09 juin 2006
Bilderberg Conference : les maîtres du monde et nous
Par Denise Turcotte
Quel complot ?
J’avoue que je me méfie d’emblée de toutes ces théories voulant que quelques personnages très riches et très influents dirigent secrètement le monde. De telles élucubrations ont parfois conduit à des dérives graves : qu’on pense seulement à la théorie du complot juif universel… Et puis le monde ne se résume plus à ce qu’en détient l’Occident comme c’était le cas il y a cinquante ans: la Chine est devenue un joueur économique mondial incontournable, l’Inde prend de plus en plus de place sur l’échiquier, les tigres asiatiques ont aiguisé leurs griffes et plusieurs grandes fortunes se sont constituées à partir des revenus du pétrole du Moyen-Orient. Et c’est sans compter les énormes empires financiers qui ont émergé des activités illicites de différentes mafias qui agissent à l’échelle internationale.
Je suis plutôt portée à penser que l’individualisme, la cupidité et la bêtise ordinaire sont bien suffisants pour que le monde tourne tout croche. J’aime croire que la démocratie nous donne encore, à nous citoyens, beaucoup de pouvoir sur notre destinée collective. Et je constate que la plupart des changements qu’on attribue à l’action de coulisse de groupes d’influence comme Bilderberg – par exemple la fondation de l’Union européenne – se sont produits par le biais de décisions politiques votées par des parlements élus. Donc avec l’appui du peuple.
S’informer et rester vigilants
Cependant, je crois qu’il faut comprendre comment agissent les lobbies et les " think tanks " qui déploient une énergie considérable pour façonner l’opinion publique et introduire des idées qui vont dans le sens de leurs intérêts et de leurs valeurs.
Comment se fait-il, par exemple, que les baisses d’impôt et la réduction de la taille de l’état soient dans la mire de tant de gouvernements occidentaux alors que les citoyens souhaitent plutôt recevoir de bons services et en avoir pour leur argent ? Comment l’idée d’abolir les barrières tarifaires pour faciliter le commerce international a-t-elle pu conduire à des traités comme l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) ou à des projets de traités comme l’AMI (Accord multilatéral sur l’investissement) ou la ZLÉA (Zone de libre-échange des Amériques) alors que la population de chaque pays est si attachée à la protection des emplois locaux ? Et comment se fait-il que tant de conflits armés persistent dans le monde alors que la plupart des humains souhaitent vivre paisiblement ?
C’est sans doute parce qu’il y a une distorsion entre les politiques que nous souhaitons et les politiciens que nous élisons… Il ne faut pas sous-estimer l’action, concertée ou pas, formelle ou informelle, de personnes et de groupes influents qui créent cette distorsion en nous amenant à croire par exemple que " le marché donne de meilleurs résultats que l’intervention de l’état ", que " les baisses d’impôt stimulent l’économie ", que " la globalisation est un phénomène irréversible et inévitable " ou que " la lutte au terrorisme justifie des agressions armées ".
Il n’est pas nécessaire de souscrire à l’idée de complot des puissants pour comprendre que si plusieurs personnages influents discutent ensemble sur une base régulière, des informations stratégiques seront échangées, des positions communes pourront émerger, des relations privilégiées seront crées et des liens seront tissés de sorte qu’il est possible et même probable que les idées et les priorités de ces personnes soient plus efficacement défendues que si chacun agissait de façon isolée.
Que peuvent faire les citoyens en contrepartie ? Un peu la même chose : tisser des liens, consolider les réseaux, discuter les priorités, recueillir et échanger des informations stratégiques. Avec une nuance importante cependant : diffuser ces informations pour que les enjeux soient clairs et que les politiciens élus défendent les politiques voulues et le bien du plus grand nombre. La démocratie se court-circuite aisément dans l’ombre. À nous de faire l’effort de la lumière.
Quelques suggestions de lecture, si l’envie vous prend de vous y mettre:
Jean Ziegler : Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Fayard, 2002.
Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler s’attaque aux seigneurs du capital financier mondialisé et aux institutions internationales où ils implantent leur idéologie
Hans-Peter Martin et Harald Schumann : Le piège de la mondialisation, Solin Actes Sud, 1997.
Les auteurs sont deux journalistes allemands. La description d’une rencontre tenue à San Francisco en 1995 et où une brochette de célébrités endosse le concept de " tittytainment " proposé par Zbigniew Brzezinski (conseiller à la sécurité sous Jimmy Carter) vaut à elle seule le détour. " Tittytainment " est une contraction des mots " entertainment " et " tits " (les seins en slang américain). Des jeux et du lait maternel; c’est ce que tous ces grands managers venus débattre de " l’avenir du travail " ont trouvé pour que le cinquième fortuné de la population puisse garder sage le reste superflu des habitants de la planète.
Murray Dobbin : La grande fumisterie, Écosociété, 2003.
Journaliste canadien, Dobbin s’attarde au pouvoir des transnationales et aux stratégies qu’elles utilisent pour accroître leur influence. Un chapitre du livre est consacré aux ralliement des élites, notamment par le biais de groupes comme celui de Bilderberg.
Tony Clarke : Main basse sur le Canada, Boréal, 1999.
D’abord publié en anglais par le Canadian Center for Policy Alternative, le livre de Clarke s’attarde aux manoeuvres des grandes entreprises pour influencer les politiques canadiennes depuis les années 70. Des groupes d’influence comme la Commission trilatérale et le Conseil canadien des chefs d’entreprise y sont scrutés et une série de ressources pour permettre aux citoyens de s’informer est listée.
Peter C. Newman : Titans, How the New Canadian Establishment Seized Power, Viking, 1998.
07 juin 2006
Le suspense...
Par Sylvain Gaudreault
06 juin 2006
Les racines du terrorisme
Par Pascal D'amours
Lorsque j'ai appris il y a quelques jours qu'un complot terroriste visait le Canada, j'ai réfléchi sur le fait que notre pays avait radicalement changé depuis cinq ans. Ces changements qui touchent autant la sécurité nationale que la politique étrangère sont à peine perceptibles pour bon nombre de canadiens mais pourraient expliquer en bonne partie l'intention des terroristes d'en découdre avec le Canada. Avec l'arrivée d'Harper, le Canada n'est plus ce qu'il était et son image de marque à travers le monde en est grandement affectée. Même s'il n'a jamais été une grande puissance, le Canada avait cultivé depuis des années l'image d'un pays pacifique favorisant une approche multilatérale basée sur des principes de justice internationale.
Mon collègue Sylvain Gaudreault a écrit une chronique instructive sur ce blogue concernant la dérive belliqueuse du Canada. Sylvain nous rappelait avec justesse que le "God bless Canada" lancé par notre nouveau premier ministre à la fin de ses discours illustre le dangereux rapprochement avec nos voisins du sud. La conception de la politique internationale de Harper semble maintenant s'inspirer de celle de Bush. Une conception manichéenne où il y a les bons et les méchants, les alliés et les ennemis. Faut-il se surprendre dans ce contexte que les terroristes, qui utilisent la même grille réductrice (bons/méchants), en viennent à considérer maintenant le Canada comme une cible potentielle au même titre que l'Angleterre et l'Espagne, tous deux alliés avoués des États-Unis ?
J'avoue, j'ai eu une bonne pensée pour notre ex-premier ministre Jean Chrétien cette semaine. On peut reprocher à peu près n'importe quoi à Jean Chrétien, il faut cependant reconnaître qu'il avait une position radicalement distincte de celle des États-Unis concernant la guerre en Irak ou le bouclier anti-missile. Dans ces deux dossiers, Chrétien a refusé de suivre nos voisins et ce, au risque de les heurter. Jean Chrétien s'inscrivait alors dans la lignée de Trudeau et de Lester B. Pearson (Prix nobel de la paix) et défendait l'idée d'un Canada indépendant au chapitre de sa politique étrangère. Pour ceux qui pensent que Chrétien n'a dit que des sottises au cours de sa carrière, voici deux citations sur le terrorisme pour vous convaincre du contraire:
"Vous savez, vous ne pouvez pas exercer vos pouvoirs au point d'humilier les autres. Et c'est ce que le monde occidental doit réaliser parce qu'il y a des conséquences à long terme. (...) Je crois que le monde occidental sera trop riche par rapport au monde en développement. Alors nécessairement, on sera considérés comme arrogants, suffisants, cupides et sans limites." (11 septembre 2002).
"(…) il ne faut pas oublier d’autres questions pressantes, comme l’instabilité qui perdure au Moyen-Orient et la nécessité de régler le conflit entre Israël et les Palestiniens. Là encore, le Canada croit à une approche multilatérale dans l’intérêt de la paix et de la sécurité internationale. (...) Nous devons également reconnaître que la paix et la sécurité à long terme n’exigent pas seulement de meilleurs services de renseignement ou ripostes armées. (…) il est aussi important pour la sécurité et la stabilité dans le monde de s’occuper de ces questions de pauvreté, de commerce et de développement que des menaces immédiates que pose le terrorisme." (8 février 2003)
Comprendre les racines du mal
Attention, je ne cherche pas dans cette chronique à excuser ou à justifier le terrorisme en identifiant des causes potentielles. Il n'existe aucune justification au terrorisme. Je n'éprouve que du dégoût devant ces actes lâches et inhumains. Cependant, devant la menace terroriste, au moins deux attitudes sont possibles: le rehaussement des mesures de sécurité pour se donner l'illusion d'avoir un contrôle sur le phénomène ou l'analyse profonde afin de comprendre les racines du mal. La deuxième option est selon moi plus porteuse pour assurer la sécurité de l'Occident à long terme.
Actuellement, avec leur politique étrangère belliqueuse, les États-Unis suscitent bien plus de vocation pour le terrorisme qu'ils ne contribuent à l'éradiquer. L'appui inconditionnel de Bush à Israël qui traite les Palestiniens comme des citoyens inférieurs est un geste qui suscite à lui seul une nouvelle cohorte de kamikazes chaque jour. Au fond, depuis 1948, le peuple Palestinien est un peuple cocu devant l'Histoire (l'expression est de Foglia). Le sentiment d'humiliation, qu'il soit réel ou perçu, est une véritable bombe à retardement. Lorsqu'il est instrumentalisé par des leaders, le sentiment d'humiliation se transforme alors rapidement en violence comme ce fut le cas dans l'Allemagne nazie ou au Rwanda. Cette mécanique qui pousse les humains à la violence s'opère aussi chez ceux qui adhèrent à la logique terroriste.
Une fois que l'on comprend cette vérité toute simple, on devrait travailler activement à diminuer le sentiment d'aliénation et d'humiliation vécu chez bon nombre d'Arabes et de musulmans. En effet, le seul règlement du conflit israëlo-palestinien aurait un effet bien plus grand pour la sécurité de l'Occident que toutes les mesures de contrôle et de surveillance inimaginables. Également, une politique étrangère américaine plus respectueuse et mieux comprise au Moyen-Orient aurait des retombées bénéfiques quasi-immédiates.
En se rapprochant du discours belliqueux des États-Unis, Stephen Harper met en danger la sécurité des citoyens canadiens (et sa propre sécurité !). Peu de gens oseront cependant l'avouer tant la pression patriotique est forte; il faut tous se serrer les coudes devant la menace sinon, vous risquez de passer pour un lâche ou même pire un allié des terroristes. Pour ma part, ma raison me dicte ne ne pas céder aux diktats.
Tic-tac, tic-tac, tic-tac... : n'y a-t-il pas une urgence à discuter intelligemment de la question ?
03 juin 2006
Véhicules hors route : la vraie question est ailleurs
Par Denise Turcotte
Le projet de loi 9 prolonge en fait une disposition mise en place en décembre 2004 alors que l’Assemblée nationale avait voté la loi 90 à la suite d’un jugement de la Cour supérieure qui donnait raison aux citoyens vivant en bordure du sentier de motoneige du P’tit-train-du-Nord.
Monsieur Généreux n’est pas certain que priver les citoyens de leur droit de poursuivre est la meilleure manière de garantir des relations de bon voisinage à long terme. Est-ce que je rêve ou est-ce que certains élus municipaux comprennent que l'immunité contre les recours est vraiment une aberration ? Ce serait une bonne nouvelle…
" Au chapitre des inconvénients de voisinage et d'exonération de responsabilité, l'UMQ salue la décision de la ministre déléguée aux Transports de prolonger, jusqu'au 1er 2009, la disposition législative d'exonération de responsabilité qui prenait fin le 1er mai 2006 et qui visait d'exclure certaines poursuites relatives à l'utilisation des véhicules hors route. L'UMQ en avait fait expressément la demande, dans son mémoire du 7 mars 2006 présenté devant cette commission, pour éviter notamment des recours collectifs aux municipalités et aux MRC qui les placeraient dans une situation financière difficile. Le présent projet de loi maintient, sur les sentiers qui font partie du réseau interrégional, l'immunité accordée contre les recours basés sur les inconvénients de voisinage pour une période de cinq ans. Dans le contexte de la mise en place des réseaux interrégionaux de sentiers qui est prévue au plus tard en 2009, l'Union est d'avis que ce sursis additionnel est justifié et qu'il est nécessaire. "
(extrait du Journal des débats de la Commission des transports et de l'environnement, mercredi 31 mai 2006)
"La FQM ne peut qu’être en accord avec cette mesure, puisque ne pas accorder cette protection mettrait les propriétaires et les opérateurs des réseaux interrégionaux à la merci recours selon les articles 1457 et 976 du Code civil du Québec. Cette situation ne peut que fragiliser l’intégrité des réseaux interrégionaux." (Commentaires sur le document d'orientation sur les véhicules hors route, Mémoire de la Fédération québécoise des municipalités présenté à la Commission des transports et de l'environnement, Mars 2006)
Les temps changent
Je sais qu’on a invoqué les retombées économiques et les milliers d’emplois en jeu. Je sais combien la motoneige est importante pour une région comme la mienne qui cherche tous les moyens de prolonger sa saison touristique. Je sais que les engins à moteurs ont quelque chose de sacré pour les mâles d'ici. Bref je sais que le sujet est tabou et les lobbies puissants. Mais je sais aussi que le monde change et qu’il doit continuer de changer.
Quand j’étais enfant, une femme respectable n’aurait pas osé entrer à l’église sans porter un chapeau. Par contre, ça ne faisait sursauter personne que quatre jeunes enfants – mes soeurs, mon frère et moi – fassent la route jusqu’en haut du Lac-Saint-Jean dans la boîte du vieux pick-up Ford vert de mon père. La ceinture de sécurité et les sièges d’auto pour enfants ne faisaient pas partie du matériel de base d’un voyage familial ! C’était normal de conduire son auto en prenant une petite bière et de lancer la bouteille par la fenêtre lorsqu’elle était vide. Toutes les maisons du rang déversaient leurs eaux usées dans le ruisseau voisin et Chicoutimi rejetait les siennes directement dans le Saguenay. Quand j’étais adolescente, ma gang et moi on fumait cigarette sur cigarette en plein centre social de la polyvalente, sous le regard bienveillant des professeurs et des surveillants qui s’en grillaient une eux aussi.
Je ne vous raconte pas ça pour faire une Roger Blackburn de moi ou pour montrer que je suis vieille – je n’ai pas l’impression de l’être tant que ça – mais simplement pour souligner comment en quelques décennies à peine, des comportements très largement répandus sont disparus à cause de l’évolution des mentalités. Dans plusieurs cas, ils sont même devenus des actes criminels.
De la même façon, je suis profondément convaincue que dans un avenir assez rapproché, il n’y aura plus personne qui sera assez inconscient pour se promener dans un véhicule très bruyant et très polluant en pensant seulement que c’est une activité récréative " le fun " ou un apport économique majeur.
J’aurais aimé que ceux qui nous gouvernent se livrent à un exercice de prospective un peu plus élaboré avant de suspendre nos droits pour protéger une industrie dont les chances de survie sont bien minces quand on pense en termes de développement durable.