30 août 2006

 

Réflexion sur l'art et l'identité au retour de Baie-St-Paul


Par Sylvain Gaudreault

La question de l’identité – ou des identités – est centrale dans la quête de la compréhension du monde d’aujourd’hui. Il s’agit d’un thème universel, sans frontière, malléable et, surtout, applicable à des contextes en apparence fort différents.

À l’échelle du Saguenay-Lac-Saint-Jean, par exemple, quand on parle de développement régional, ne fait-on pas référence obligatoirement au « sentiment d’appartenance »? Ne s’agit-il pas là d’un facteur qui arrive en amont de toute alternative à la désintégration des régions, que ce soit un vague « Plan Marshall » ou encore la lutte contre l’exode des jeunes?

De même, n’est-ce pas encore l’identité qui sous-tend le règlement de l’insondable « question nationale » du Québec? Souverainistes, fédéralistes… Qui sont les Québécois? Qui forme le « nous » du fameux discours de Jacques Parizeau, tant décrié le soir du référendum du 30 octobre 1995?

Continuons d’agrandir l’échelle… N’est-ce pas encore une question identitaire qui explique la guerre au terrorisme, cette croisade pour faire triompher les « valeurs occidentales » contre les « forces du Mal »? Le sentiment religieux, chiite, sunnite, chrétien, protestant, ne participe-t-il pas à l’identité individuelle et collective? Combien de guerres ont-elles été menées pour faire valoir une identité nationale ou spirituelle?

Ce n’est pas tout… L’identité personnelle n’a pas encore été abordée. Homme ou femme? Blanc ou noir? Hétérosexuel ou homosexuel? Travail? Famille? Qui sont mes amis? L’identité se forge au contact de l’autre. Elle se révèle au fur et à mesure que le corps prend de l’âge et que les expériences provoquent contacts, résiliences, amour et déchirures. Le paradoxe est frappant : face au triomphe du désenchantement et du relativisme absolu qui caractérise l’Occident, on a le réflexe de se réfugier en soi. Qui suis-je? Qui sont mes voisins? Quelle est ma terre? Où allons-nous? Vraiment, l’identité est la clé pour appréhender le monde actuel.

Et alors?

« Hum! », dites-vous. Vous vous demandez sans doute où je vais avec tout cela. En fait, il serait plus utile de chercher à savoir d’où j’arrive… Dimanche dernier, je suis allé faire un saut au 24e Symposium international d’art contemporain de Baie-St-Paul dont le thème est « Identités et remplacements ». J’ai pris goût à cet événement depuis quelques années. Il me permet, l’espace d’une journée, de me sentir un intime de l’actualité artistique. Le symposium de Baie-St-Paul est un rendez-vous incontournable pour mieux comprendre l’art contemporain.

Et puis? Qu’ont-ils à dire sur notre rapport à l’identité, ces artistes contemporains en résidence au symposium? Somme toute, malgré la gravité du thème de cette année, le message qui en ressort est plutôt optimiste… Plusieurs artistes de la relève produisent effectivement des œuvres teintés d’engagement social, que ce soit sous forme de performance, de peinture ou de photographies, par exemple. Je pense notamment à Martin Bureau et la situation des autochtones du nord du Québec; à Mathieu Léger et ses images architecturales tirées du quotidien; au collectif BGL et son regard décapant sur le monde qui nous entoure; ou encore à César Saëz et son improbable Banane géostationnaire au dessus du Texas, véritable coup de gueule absurde au pays de George W. Bush.

Sur un ton plus intimiste, l’artiste saguenéen Boran Richard sonde l’inévitable question de l’identité sexuelle avec son court-métrage Écoulement. Enfin, le duo composé de Carole Simard-Laflamme et de François Tousignant fait œuvre pédagogique en invitant les visiteurs à se transformer en créateur le temps d’une danse sur leur « tapis musical ».

Je suis revenu de Baie-St-Paul avec un soupçon d’espoir en l’avenir. Observer des artistes actuels interpréter le thème de l’identité agit, à tout le moins, comme un reflet de l’état de cette question aujourd’hui et, au mieux, comme un portrait de ce qu’il sera dans un futur proche. En effet, il est bien connu que les artistes contemporains sont des prophètes de la civilisation. Leurs œuvres sortent tout droit d’une fouille des tréfonds de l’âme collective. En ce sens, l’implication sociale chez bon nombre d’entre eux, leur ouverture d’esprit et l’à-propos des problèmes qu’ils soulèvent m’indiquent qu’il y a peut-être une renaissance de l’engagement dans la cité. L’identité apparait indissociable du collectif.

N’est-ce pas encourageant? Fol espoir ou utopie? Courez vite à Baie-St-Paul vous faire une idée par vous-même. Le 24e Symposium international d’art contemporain se termine le 4 septembre.

Le site Web du symposium : http://www.symposium-baiesaintpaul.com/

26 août 2006

 

Révoltante pétition


Par Denise Turcotte

Clémence Desrochers avait l’habitude de l’appeler le c-a-n-c-e-r, comme si épeler chacune des lettres au lieu de prononcer le mot en entier pouvait amoindrir la peur qui se cache comme un canon chargé derrière les syllabes maudites.

Le cancer nous a tous fauché quelqu’un. Un parent, un ami, un enfant, un collègue, quelqu’un qu’on n’a pas eu le temps d’aimer assez, quelqu’un qui n’aurait pas dû partir si tôt, emporté brutalement sans qu’on puisse l’empêcher, quelqu’un qui ne méritait pas de souffrir autant. D’ailleurs, qui mérite de souffrir ?

Pas étonnant alors qu’on ne se fasse pas prier pour signer la pétition lancée cette semaine pour sauver le département d’hémato-oncologie de l’hôpital de Chicoutimi. La maladie est cruelle, sournoise; qu’on nous laisse au moins les services qui donnent espoir et ramènent –heureusement- la santé à plusieurs des personnes atteintes. Qu’on ne nous force pas à barouetter l’angoisse et les corps affaiblis des malades vers les grands centres. Qu’on ne troque pas des regards et des gestes pour des résultats communiqués par téléphone, fax ou Internet.

Et pourtant cette pétition me révolte. Non pas que l’initiative n’ait pas de mérite, bien au contraire : il y a au moins des gens qui songent à se battre et qui refusent de baisser les bras devant les situations les plus insensées. Ce qui me révolte, c’est qu’on en soit réduits à signer une pétition pour que les services d’hémato-oncologie continuent d’être dispensés chez nous. On a parlé de 1 200 nouveaux cas de cancer par année dans la région. Ça doit s’appeler " un besoin " ? Il reste un médecin hémato-oncologue. Je n’aurais même pas eu besoin de faire mes maths fortes pour calculer qu’il ne peut pas y arriver tout seul. Alors qu’est-ce qu’ils font, les Phd, les calculateurs de ratio, les élaborateurs de plans d’effectifs, les concepteurs de mesures incitatives, les chargés d’application ? C’est surréaliste à la fin !!!

Comment en est-on arrivés là ?

Bien sûr, tout cela est complexe. Former des médecins prend du temps et coûte cher. Et puis on est jamais sûr qu’on ne se les fait pas chiper après par de riches hôpitaux américains. Pas évident non plus de forcer des gens qui viennent de se taper des études de médecine à pratiquer " là où le système a besoin d’eux ": ces gens sont bien trop précieux pour qu’on les prive d’une liberté dont jouissent la plupart des travailleurs. Et les incitatifs financiers ? On dirait bien que ça donne des résultats mitigés puisque Chicoutimi est déjà dans la zone qui donne accès à 115 % de la rémunération.

Ajoutons à cela les promesses de baisses d’impôts que certains politiciens se sentent obligés de faire pour s’attirer la faveur des électeurs, le déficit zéro qu’il fallait atteindre à toute allure, les erreurs d’estimés, et puis, pourquoi pas, le vieillissement de la population (c’est toujours à cause de lui qu’on est dans le trouble) et les femmes médecin qui travaillent moins que leurs collègues masculins (quand c’est pas les vieux, c’est les femmes !). Et il y a probablement beaucoup d’autres raisons très sérieuses que des gens très sérieux pourraient énoncer très sérieusement pour justifier qu’on en soit là. Mais ils sont tous dans le champ.

Si on en est là, c’est parce qu’on a oublié la souffrance, qu’on l’a laissée se désincarner pour s’appeler " des lits ", qu’on a donné toute la page à des mots comme plan d’effectif et gommé c-a-n-c-e-r, le mot qui fait se nouer nos tripes. Si on en est là, c’est qu’on a laissé congédier l’humanité de son poste de chef des priorités et cru que des comptables feraient tout aussi bien l’affaire.

Je rêve d’une pétition photographique qu’on ferait regarder de force à ceux qui nous gouvernent et qui nous " gèrent les services ". Y défileraient des visages émaciés, des corps maigres, des têtes sans cheveux, des bouts de peau verdâtre, des yeux inquiets, des mères qui pleurent, des doigts qui piochent de nervosité, des bras bleuis à force de piqûres, des jambes décharnées dans des étriers de chaise roulante, des têtes penchées sur une poitrine qui râle, des mains jointes, des paupières bouffies… Qui sait si un relent de compassion et une pointe de révolte n’accélèreraient pas de façon étonnante la " concertation des acteurs " et la " recherche de solutions " ?

24 août 2006

 

Vie et mort de l'administration Tremblay. Partie 2 : l'opposition


Par Sylvain Gaudreault

Dans le texte précédent, nous avons vu que le bilan du maire Jean Tremblay à la tête de la ville de Saguenay est à peu près nul. Pourtant, il réussit à maintenir contre vents et marées une popularité qui ferait rougir n’importe quel politicien. Si une bonne part de cette cote exceptionnelle s’explique entre autres par le populisme et la feinte érigés en doctrine, il n’en demeure par moins que sur le terrain, l’ascendant politique du maire est indéniable. Jean Tremblay et ses acolytes ont le contrôle vertical et horizontal de la machine administrative de la ville.

Le conseil actuel

Une saine démocratie exige la présence d’un minimum d’opposition, sinon il y a risque de verser dans le manque de transparence, voire dans les abus de pouvoir. Normalement, le régime municipal en vigueur au Québec devrait faire en sorte que l’opposition au maire émerge des rangs du conseil municipal. C’est ainsi que cela se passe dans toute ville normale. À Saguenay, le contrôle du maire et de son entourage est tel que la survie politique des conseillers municipaux dépend de leur appui à Jean Tremblay. Parlez-en à Gaston Laforest, l’ex-conseiller du secteur Arvida, qui s’était fait traiter publiquement d’«homme inutile » par Jean 1er.

Bien sûr, il est commode de mettre la faute sur le seul compte de l’intransigeance de Jean Tremblay. Il ne faut pas oublier que la faiblesse (l’absence) des voix discordantes autour de la table du conseil s’explique d’abord et avant tout par la couardise des conseillers municipaux. Aucun – j’insiste, aucun – des dix-neuf membres n’est assez culotté pour défier publiquement le maire, pour poser les véritables questions lors des séances publiques du conseil municipal. Il faut le faire! De deux choses l’une : soit que ces dix-neuf individus doivent leur élection à la force du parti virtuel du maire ou soit que ce sont dix-neuf élus incapables de concevoir toute analyse politique qui se tient et, de ce fait, ils restent muets face aux comportements inacceptables du premier magistrat. Des deux options, en tout respect pour les conseillers municipaux, je préfère encore la première quoique, au net, le résultat reste le même…

Quelle est l’alternative, considérant qu’il semble improbable qu’une saine opposition provienne des conseillers municipaux? La réponse se trouve chez les citoyens eux-mêmes.

Le RCS


Cet été, le président du Regroupement des citoyens de Saguenay (RCS), Christian Joncas, a annoncé qu’il quittait son poste. Que l’on soit pour ou contre ses stratégies et ses interventions, il faut reconnaître que ces dernières années, Christian Joncas a tenu le fort tout seul face à la toute puissance du maire. Armé de son dévouement, « pauvre comme Job », le président du RCS a coiffé malgré lui le chapeau de chef de l’opposition putatif. Dans son combat, il n’affrontait pas que le maire, mais tout le conseil! Grâce à Christian Joncas, de nombreux débats ont pu émerger dans les médias et des questions pertinentes ont été posées, comme celle sur le caractère public de Promotion Saguenay.

En revanche, il ne faut pas ignorer le programme du RCS qui, à mon sens, rend cette organisation inapte à représenter une alternative à l’administration actuelle. Sur le fond, le RCS tient en effet le même discours que Jean Tremblay en ce qui concerne la fiscalité. Pour ce type de regroupement, il n’y a point de salut en dehors de la sacro-sainte baisse des taxes. Tout coûte trop cher. À ce chapitre, la différence n’est que sémantique avec l’administration actuelle. Il est donc impossible de qualifier le RCS de véritable opposition au maire.

Vision nouvelle

Les élections municipales de l’an dernier ont vu apparaître un nouveau parti dirigé par Mireille Jean, le parti Vision nouvelle. Cette formation a créé de grands espoirs chez les militants anti-Jean 1er. D’ailleurs, c’était peut-être là son principal handicap… Il n’y a rien de pire en politique que d’avoir une équipe de bénévoles qui oeuvrent contre quelqu’un au lieu de se concentrer à faire la promotion de son chef et de son équipe.

Malgré sa défaite personnelle et celle de l’ensemble de ses candidats, Mireille Jean a choisi de rester à la tête du parti. Aux dernières nouvelles, Mireille Jean semblait motivée à se présenter de nouveau même si, depuis les élections, elle est totalement effacée de la scène publique. Elle ne se présente pas aux séances publiques du conseil municipal et n’intervient pas dans les médias. Pis encore, des éléments de son organisation parmi les meilleurs ont quitté le navire, contestant le style de leadership de madame Jean. Parmi eux, on compte nul autre que le président fondateur, Guy Bouchard. On sent qu’il y a désorganisation… Malgré que l’initiative était intéressante, la confiance semble rompue avec Vision nouvelle.

Un nouveau parti?

Si la véritable opposition ne peut émerger ni des rangs des conseillers actuels, ni du RCS, ni de Vision nouvelle, les citoyens de Saguenay sont-ils condamnés à attendre que Jean 1er parte de lui-même? Je ne pense pas. L’administration actuelle a commis trop de dommages. Il est impensable de rester coi face à ce gâchis (ou face à ce vide). Malgré les résultats décevants, l’expérience de Vision nouvelle a démontré qu’il est possible de faire un parti politique à Saguenay. Il existe un bassin de bénévoles prêts à s’engager à fond dans une campagne électorale.

Il serait temps de créer un nouveau parti politique à Saguenay. Son plus grand défi serait de rassembler des gens qui ont le goût non pas de battre Jean Tremblay, mais de proposer un projet positif. Je pense que cette nouvelle formation devrait avoir le courage de dire clairement que le temps de la fiscalité minceur est fini. Une ville qui a de l’ambition, c’est beaucoup plus qu’un compte de taxes!

Nous avons besoin d’une équipe qui est capable de penser la ville sous l’angle de l’aménagement et de la planification urbaine. Celle-ci doit viser – et ça presse! – à créer une identité, un sentiment d’appartenance à la grande ville, au-delà des arrondissements. Cette équipe pourrait proposer que Saguenay prenne sa place à travers les grandes villes du pays en tant que métropole du nord du Canada. Du coup, elle pourrait se tailler une niche originale sur la scène internationale. Tout un programme! Je rêve? Pas du tout. Il suffit d’avoir de l’ambition. Juste un peu de l’ambition, ce qui manque cruellement à l’administration actuelle. Qui est prêt à reprendre l’idée?

21 août 2006

 

Vie et mort de l'administration Tremblay. Partie 1 : le bilan


Par Sylvain Gaudreault

Si les branches chargées de mon pommier annoncent invariablement, à chaque année, le crépuscule de l’été et la période de la rentrée scolaire, les algarades publiques de Jean Tremblay annoncent, pour leur part, la rentrée politique à Ville de Saguenay. Désespoir! Que c’est court, un été sans entendre les propos démagogiques, les tirades populistes et sans constater le manque d’ambition chronique du premier magistrat de la métropole régionale!

Il m’est inutile d’insister davantage sur la réplique méprisante que Jean Tremblay a servi au président de la Fraternité des policiers de Saguenay, Marc Sénéchal. Ma collègue bloguiste (ou blogueuse?) Denise Turcotte a traité ce dossier de façon admirable en posant des questions pertinentes quant à la sécurité des citoyens (lire le texte). De mon côté, ce nouvel épisode du règne de Jean Tremblay m’amène à poser deux questions de nature politique : quel est, au juste, le bilan de Jean Tremblay? Comment jouer le rôle de l’opposition au conseil municipal?

Ce premier texte d’une série de deux porte sur le bilan de Jean Tremblay. La question de l’opposition sera abordée dans quelques jours.

Quel bilan?

Jean Tremblay est un politicien difficile à classer. Il incarne comme nul autre la concentration des pouvoirs sur un territoire donné : au conseil municipal, avec ses amis non élus au sein d’un conseil parallèle, à la tête de l’organisme de promotion économique, au bureau de l’ombudsman et dans les médias, grâce notamment à ses émissions au canal communautaire et à la complaisance de médias privés. Il est réélu en refusant les débats durant la campagne électorale alors que lui-même en réclamait haut et fort lors de sa première campagne en 1997. Il vogue sur ses promesses de gel des taxes et d’économies de bout de chandelle. Avec son discours populiste, il se fait le héraut du cynisme à l’endroit du monde politique. En apparence (j'insiste sur ce dernier mot), il dit les « vraies affaires », il « brasse la cage » et il « remet les fonctionnaires à leur place ».

Mais quand on gratte un peu, quelles sont, au juste, les réalisations de Jean Tremblay? La question se pose après bientôt neuf ans sous son règne, dont cinq à la tête de la grande ville fusionnée. Je vous le dis d’emblée : je refuse net toute « non réalisation » qui s’apparente à du sur-place, tel un gel de taxes ou l’entretien normal des équipements publics comme le garage municipal, les stades sportifs et l’ouverture de nouvelles rues.

Il faut plutôt se demander quelle est la plus-value apportée par Jean Tremblay sous son administration. Dans vingt ans, outre le manque de vision crasse et les propos disgracieux lancés à droite et à gauche (surtout à droite…), quel souvenir de ce maire auront les citoyens de Saguenay? Quel sera l’héritage de Jean Tremblay?

Un défi aux lecteurs

Je lance un défi à tous les thuriféraires de Jean Tremblay, du genre conseiller municipal qui joue à l’autruche (ou au paon, c’est selon) devant les simagrées du maire : servez-vous de la section « commentaires » de ce blogue pour nous faire part des réalisations positives de Jean 1er. Vous verrez, la liste sera courte…

Allez vous promener sur le site de la Pulperie et dites-nous si vous trouvez que dix ans après les inondations, le site a repris son lustre d’antan. Bien sûr que non! Le superbe belvédère qui surplombe l’ancien barrage reste inaccessible. Le vieux moulin 1903 n’est pas utilisé à la moitié de son potentiel. C’est la même chose avec le Jardin des Vestiges et l’ancien théâtre qui sont rouverts depuis cette année seulement. C’est beau, oui, mais après? Peut-on aménager les lieux, les interpréter? Cela coûte-t-il trop cher?

Le milieu culturel proposait une nouvelle salle de spectacles digne d’une ville de l’envergure de Saguenay. Du coup, cette infrastructure aurait pu servir de locomotive pour relancer le centre-ville de l’arrondissement Chicoutimi. Jean Tremblay n’a rien voulu entendre, servant aux acteurs du milieu le même type d’arguments que ceux qu’il a livrés à Marc Sénéchal : « Allez vous asseoir », « taisez-vous »… En lieu et place, le maire a manœuvré pour rénover une salle vétuste dont il est déjà convenu que le coût des travaux dépassera la somme initialement prévue.

Du côté économique, on attend toujours la fameuse « carte cachée » du maire dans le dossier de l’usine Port-Alfred d’Abitibi-Consolidated. Encore une fois, Jean Tremblay a jeté de la poudre aux yeux des employés licenciés. Quelle est sa stratégie face à la reconversion des usines désuètes d’Alcan, à Jonquière? Nul ne le sait. Aucun projet d’envergure et aucune vision d’avenir ne sont proposés par le maire ou par son bras agissant en matière de prospection industrielle, Promotion Saguenay, face à l’actuelle phase de transition que vit le Saguenay-Lac-Saint-Jean quant à sa base économique traditionnelle.

Les bateaux de croisière? On sent que ce dossier stagne depuis que Promotion Saguenay a changé son fusil d’épaule sur le choix du port d’accueil dans la baie des Ha! Ha!. Sur le fond, la question demeure entière : doit-on fonder l’avenir économique d’une collectivité sur une industrie touristique qui, par définition, est saisonnière, fortement compétitive et offrant des salaires peu élevés? Cela mérite-t-il qu’on mette tous nos œufs dans ce fragile panier? Les retombées économiques compensent-elles pour les sommes investies et les énergies consacrées au projet? Des doutes subsistent. Le ministre Jean-Pierre Blackburn, député de Jonquière-Alma et responsable de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec, a émis publiquement des réserves quant à la contribution fédérale dans ce projet. Les bateaux seraient-ils pris sur la glace?

Et les taxes?

Vous tenez absolument à parler des taxes? D’accord! Même à ce chapitre, le grand rêve de Jean Tremblay de ne pas hausser les taxes municipales durant son règne bat de l’aile. Il n’a pas eu le courage de lancer le ballon lui-même, envoyant au front son fidèle soldat, le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Provencher. Le maire se garde le beau rôle mais il est obligé de reconnaître que le conseil municipal ne pourra pas éviter encore longtemps une augmentation pouvant aller jusqu’à 20 ou 25 %, proportionnelle à l’augmentation prévisible du nouveau rôle d’évaluation.

N’est-il pas étonnant de constater qu’en neuf années, le maire Jean Tremblay présente un bilan de réalisations aussi mince? Ce maire est vulnérable. Combien de fois faudra-t-il le répéter?

Dans le prochain texte, nous tenterons de tracer le portrait-type de l’opposition à Jean Tremblay. À suivre…

19 août 2006

 

Jusqu’où va le devoir de loyauté ?


Par Denise Turcotte

Le maire Jean Tremblay s’est fait menaçant à l’endroit du président de la Fraternité des policiers de Saguenay, Marc Sénéchal, lors de la dernière assemblée du conseil municipal de Saguenay.

"Vous êtes un employé de la Ville, vous êtes mon employé, je suis votre patron. Allez vous asseoir, vous n'avez pas d'affaires à venir passer de commentaires sur moi. Allez vous asseoir, sinon vous allez avoir une note dans votre dossier. Allez vous asseoir!" (Jean Tremblay s’adressant à Marc Sénéchal pendant la période de questions de la séance du conseil de Saguenay du 14 août 2006)
On ne s’étonne plus de ce genre d’incident à Saguenay. Notre premier magistrat nous a habitués à sa façon cavalière d’apostropher les individus qui tentent d’exprimer des positions différentes des siennes. Dans ce cas-ci cependant, à cause du statut d’employé de la ville de monsieur Sénéchal, la question va au-delà de l’élégance, de la politesse et du respect de la personne. On peut en effet se demander si Marc Sénéchal a le droit de critiquer publiquement son employeur et si le maire a l’autorité pour exiger qu’il se taise.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, c’est le genre de question qui me chicotte. Voyons un peu ce que j’ai trouvé en fouillant le sujet.

Autorité patronale

Disons d’abord que le maire dispose bel et bien d’un pouvoir disciplinaire direct sur les employés de la Ville. Il peut aller jusqu’à suspendre un employé, une décision que le conseil a cependant le pouvoir de renverser. L’article 52 de la Loi sur les cités et villes précise les pouvoirs du maire :

"Le maire exerce le droit de surveillance, d'investigation et de contrôle sur tous les départements et les fonctionnaires ou employés de la municipalité, et voit spécialement à ce que les revenus de la municipalité soient perçus et dépensés suivant la loi, et à ce que les dispositions de la loi, les règlements et les ordonnances du conseil soient fidèlement et impartialement mis à exécution. […]

Dans l'exercice de ses fonctions comme chef exécutif de l'administration municipale, le maire a droit, en tout temps, de suspendre un fonctionnaire ou employé de la municipalité, mais il doit faire rapport au conseil, à la séance qui suit cette suspension, et exposer ses motifs par écrit; le fonctionnaire ou employé suspendu ne doit recevoir aucun traitement pour la période pendant laquelle il est suspendu, à moins que le conseil n'en décide autrement sur cette suspension et celle-ci n'est valide que jusqu'à cette séance."

On conviendra toutefois qu’il faut un motif raisonnable pour réprimander ou suspendre un employé. Est-ce qu'exprimer publiquement son désaccord avec son employeur constitue une faute ? Ce n’est pas une question simple puisqu’elle oppose la liberté d’expression garantie par la Charte des droits et libertés et le devoir de loyauté d’un employé envers son employeur.

Devoir de loyauté

L’employé est tenu d’être loyal envers son employeur et de ne pas poser de gestes qui peuvent lui nuire, comme le précise l’article 2088 du Code civil du Québec :

"Le salarié, outre qu'il est tenu d'exécuter son travail avec prudence et diligence, doit agir avec loyauté et ne pas faire usage de l'information à caractère confidentiel qu'il obtient dans l'exécution ou à l'occasion de son travail.[…]"
C’est ce devoir de loyauté qu’a invoqué la Société des alcools du Québec lorsqu’elle a suspendu, en mars dernier, deux de ses employés qui avaient critiqué la SAQ, l’un par le biais d’une lettre ouverte aux journaux et l’autre dans un forum de discussion sur Internet.

Faut-il conclure que toute critique publique est impossible pour un employé ? Pas nécessairement. Par exemple, la Cour a donné raison à des fonctionnaires de Santé Canada qui avaient été réprimandés pour avoir critiqué publiquement le processus d’approbation des médicaments. Le jugement rendu en 2000 a annulé les mesures disciplinaires prises contre ces fonctionnaires. En juillet 2005, un arbitre a également donné raison à des employés de la Société canadienne des postes qui avaient été suspendus après avoir dénoncé les pratiques illégales de certains facteurs. Rappelons aussi que le gouvernement fédéral a manifesté sa volonté de protéger les fonctionnaires dénonciateurs ("whistle blowers") en adoptant en octobre 2005 la Loi prévoyant un mécanisme de divulgation des actes répréhensibles et de protection des divulgateurs dans le secteur public.

Les bonnes raisons de dénoncer

La jurisprudence trace des limites au devoir de loyauté. En gros, je comprends que pour être acceptable, la dénonciation doit concerner des actes illégaux ou des situations qui menacent la sécurité des personnes. Il faut aussi que des efforts soutenus aient été faits à l’interne pour trouver une solution avant de dénoncer publiquement la situation.

J’ai retenu les deux extraits de jugements suivants :

"…. dans certaines circonstances, un fonctionnaire peut activement et publiquement exprimer son opposition à l'égard des politiques d'un gouvernement. Ce serait le cas si, par exemple, le gouvernement accomplissait des actes illégaux, si ses politiques mettaient en danger la vie, la santé ou la sécurité des fonctionnaires ou d'autres personnes, ou si les critiques du fonctionnaire n'avaient aucun effet sur son aptitude à accomplir d'une manière efficace ses fonctions ni sur la façon dont le public perçoit cette aptitude. Toutefois, ayant énoncé ces qualités (et il peut y en avoir d'autres), je suis d'avis qu'un fonctionnaire ne doit pas, comme l'a fait l'appelant en l'espèce, attaquer de manière soutenue et très visible des politiques importantes du gouvernement." (Arrêt Fraser, Cour suprême du Canada, 1985)

"la critique publique sera justifiée lorsque des tentatives raisonnables de régler la question à l'interne n'ont pas été couronnées de succès". (Hayton contre Canada, Cour fédérale du Canada, 2000)
Comme je ne suis pas juriste, je ne me risquerai pas à tirer des conclusions quant à la prise de position publique du président de la Fraternité des policiers de Saguenay. J’ai cependant noté que monsieur Sénéchal invoquait la sécurité des policiers et celle de la population lorsqu’il réclamait publiquement plus de formation et plus d’équipement pour réagir à des situations particulièrement risquées. Il a aussi mentionné aux médias qu’il avait fait plusieurs démarches infructueuses auprès du maire Tremblay et du président de la Commission de la sécurité publique, le conseiller Carl Savard.

Notre devoir citoyen d’exiger des comptes

Monsieur Sénéchal agit-il dans les limites que lui impose son devoir de loyauté ? Je ne saurais le dire. En revanche, je trouve que les points qu’il soulève pourraient faire l’objet d’excellentes questions de la part des citoyens et des médias. L’enjeu ne serait plus alors le devoir de loyauté d’un employé mais plutôt le droit du public à l’information.

Nous avons malheureusement tendance à questionner la capacité de réponse à des situations de crise après avoir vécu une catastrophe plutôt que de le faire avant qu'elle ne survienne. Qu’aurait répondu Jean Tremblay si on l’avait interrogé en juin 1996 sur les mesures de sécurité en cas d’inondations majeures ? Je sais, il n’était pas encore maire. Mais je gagerais un deux sur une réponse du genre "Faut pas virer fou avec ça, c’est des affaires qui arrivent juste une fois aux dix mille ans !".

Où est le média qui m’informera maintenant sur le danger réel que courent les policiers et la population en cas de prise d’otage, de tireur fou ou d’individu armé qui se barricade dans sa maison ? Qui me dira si Saguenay fait le nécessaire ? Qui comparera les mesures mises en place ici avec ce qui se fait dans les autres grandes villes du Québec ? Ce n’est hélas pas le genre de sujet qui allume les médias. Si je croise une fille qui possède un blogue, je lui en parlerai, tiens.

En attendant je me dis que si les employés de la ville sentent le besoin de dénoncer eux-mêmes des situations qu’ils jugent dangereuses, et cela même au risque de s’attirer la fureur du maire, c’est peut-être parce que ni nous citoyens, ni nos médias d’information n’avons utilisé notre droit à l’information pour poser les bonnes questions.

Pour en savoir plus :

Jurisprudence sur l’obligation de loyauté des fonctionnaires

Loi prévoyant un mécanisme de divulgation des actes répréhensibles et de protection des divulgateurs dans le secteur public http://www.parl.gc.ca/38/1/parlbus/chambus/house/bills/government/C-11/C-11_3/C-11.html

Enregistrement des propos du maire Jean Tremblay, sur le site des nouvelles de CBJ, la station de Radio-Canada au Saguenay-Lac-Saint-Jean
http://radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/2006/08/15/001-Maire_policiers.shtml


11 août 2006

 

Les Fleurons du Québec, un encouragement à embellir nos villes et villages


Par Denise Turcotte

Le concours Fleurir le Québec, connu auparavant sous le nom Villes et villages fleuris, a cédé sa place à un nouveau mécanisme pour encourager et reconnaître les efforts d’embellissement des municipalités et de leurs habitants. Il s’agit des Fleurons du Québec, une classification horticole qui sera attribuée dès l’automne 2006.

Signe que les bienfaits de l'horticulture dépassent largement la coquetterie individuelle, de nombreux acteurs collaborent à ce nouveau programme. La Corporation des Fleurons du Québec, qui gère toute l'affaire, est une initiative conjointe du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, du ministère des Affaires municipales et des Régions, du ministère du Tourisme, de la Fédération québécoise des municipalités, de l’Union des municipalités, de la Fédération des sociétés d’horticulture et d’écologie, de la Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale et de l’Association des responsables des espaces verts du Québec.

Contrairement au concours précédent qui couronnait seulement quelques gagnants pour tout le Québec, les Fleurons attribueront une cote (de un à cinq fleurons) à chacune des municipalités participantes. C’est une façon de faire qui me semble plus stimulante car en plus d’attirer l’attention sur l’horticulture et de récompenser les efforts, elle permettra de comparer les municipalités entre elles sur la base de critères communs. Les Fleurons devraient en plus inciter les municipalités à se fixer des objectifs pour améliorer leur cote, puisque celle-ci sera revue tous les trois ans.

Les critères de classification sont rigoureux et l’évaluation sera réalisée par des professionnels de l’IQDHO (Institut québécois de développement de l’horticulture ornementale). Si les aménagements municipaux et les initiatives et politiques de l’administration municipale comptent beaucoup pour obtenir un bon score (39 % des points), toute la collectivité est mise à contribution puisque da majorité des points sera attribuée pour la qualité horticole des secteurs résidentiel et rural (27 %), institutionnel (18 %), commercial et industriel (16 %).

C’est donc dire que les Fleurons pourraient devenir un formidable outil d’émulation et de mobilisation collective en vue de rendre nos villes plus belles et plus accueillantes. Cela tombe à point, en cette époque où la qualité de vie et l’environnement préoccupent de plus en plus de gens, particulièrement les jeunes. On connaît déjà l’impact positif de l’embellissement sur la qualité de vie, sur la fierté et sur le sentiment d’appartenance des citoyens, mais au-delà de ces bénéfices déjà très significatifs, une cote " cinq fleurons " pourrait bien, en plus, valoir son pesant d’or en matière de promotion touristique.

Participation régionale

Les villes d'Alma et de Dolbeau-Mistassini se sont inscrites à l’édition 2006 des Fleurons, tout comme les municipalités de Girardville, L'Anse Saint-Jean, Péribonka, Saint-Fulgence et Saint-Henri-de-Taillon. Elles font partie des 103 municipalités inscrites, regroupant un total de 1 800 000 habitants des diverses régions du Québec. C’est un bon début et on ne peut qu’espérer que d’autres villes et villages emboîteront le pas.

Évidemment, la grande absente de la région est Saguenay, qui compte pourtant des sociétés d’horticulture très dynamiques à Chicoutimi et à Jonquière, ainsi qu’un comité d’embellissement où siège le conseiller Carl Savard. J’ose espérer que ce n’est que partie remise et que ce ne sont pas les 1 250 dollars de frais d’inscription exigés annuellement qui ont empêché la métropole régionale de participer aux Fleurons. Quand on dépense des dizaines de milliers de dollars pour promouvoir un projet de port d’escale visant à attirer les touristes, on ne devrait pas hésiter à allonger une somme aussi modeste pour inciter toute la population à rendre la ville plus jolie et plus attrayante. Embellir sa ville n’est pas tant une dépense qu’un investissement, comme je l’écrivais récemment (lire l'article).

Au lendemain de sa réélection en novembre dernier, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, affirmait vouloir que Saguenay devienne une ville modèle à tous les points de vue. S'il était sérieux, l’obtention d’une cote " cinq fleurons " s'impose dès maintenant comme un objectif naturel.

En attendant, on surveillera la performance des sept municipalités de la région qui ont eu la clairvoyance de s'inscrire aux Fleurons, notamment Alma, métropole du Lac-Saint-Jean, qui se distingue depuis plusieurs années par des plates-bandes municipales bien garnies et bien entretenues.

Pour en savoir plus :

Le site de la Corporation des Fleurons du Québec:
http://www.fleuronsquebec.com

09 août 2006

 

Dilemme des pacifistes et réforme de l'ONU


Par Sylvain Gaudreault

C’est bien beau de dire que Stephen Harper s’est trompé en qualifiant de « mesurée » la réplique d’Israël aux provocations du Hezbollah. C’est facile de prétendre que le Canada n’a rien à faire en Afghanistan. Il est fort pratique de se draper dans la « tradition canadienne » en matière de relations internationales et de se retrancher dans les « valeurs pacifiques » soi-disant si chères aux Québécois. Il s’agit-là de très belles vertus.

Pendant ce temps, sur le terrain, les roquettes continuent de pleuvoir au nord d’Israël. Le « parti de Dieu » et le Hamas palestinien prônent la destruction de l’État hébreu. Des kamikazes se font sauter dans des rues achalandées de Tel-Aviv.

Plus à l’est vers le Moyen-orient, en Afghanistan, les rebelles talibans continuent de sévir principalement au sud du pays, dans la région de Kandahar. Aurait-t-on déjà oublié les affres de ce régime obscurantiste? Dès leur accession au pouvoir en 1996, les talibans ont réduit les femmes à l’esclavage. Il leur ont refusé de travailler, de sortir seules et – le comble – de fréquenter l’école. Puis, les interdits les plus absurdes les uns que les autres se sont multipliés, allant des photos aux télévisions, en passant par les fêtes et les jouets. Ensuite, les talibans ont entrepris un nettoyage ethnique en massacrant des civils appartenant à la minorité chiite. Avec les talibans, les écoles dispensaient aux élèves l’enseignement strict de la charia, dominé par les sciences juridiques et religieuses islamiques. Ce sont encore les talibans qui ont voulu détruire toutes les sculptures représentant une figure humaine, ce qui comprend notamment les immenses bouddhas de Bamiyan, sculptés à même le roc depuis des siècles et témoins d’un passé autre que musulman. Il s’agit-là d’une perte inestimable pour le patrimoine culturel international.

Face à toutes ces horreurs, il m’apparaît insuffisant de se cantonner dans la position des « valeurs pacifiques » ou dans la tradition canadienne du « maintien de la paix », même si j’y crois profondément. Je me sens donc piégé. J’ai l’impression de cautionner malgré moi des régimes fanatiques qui font de la terreur un dogme, ce qui fait l’affaire des tenants de la ligne dure qui répliquent : « vous êtes avec moi ou contre moi ».

Le devoir des pacifistes

Évitons de ressembler à cette image des trois petits singes qui se taisent, se ferment les yeux et se bouchent les oreilles! Comme pacifistes, nous avons le devoir de proposer des alternatives, des pistes d’action conformes à une certaine idée de la personnalité internationale du Canada. À ce chapitre, le prétendu droit d’ingérence n’est pas une solution car pour les populations locales, il ne représente rien d’autre qu’une forme contemporaine de l’impérialisme d’antan sous un vernis de moralité toute occidentale. Je refuse que le Canada, exempt de passé colonialiste, verse dans ce jeu du plus fort.

Alors quoi? Comment réconcilier les convictions pacifistes avec l’obligation d’agir contre la haine, la violence et la guerre? En théorie, il existe une organisation pour ça : les Nations unies (ONU). Lors de sa création en 1945, n’a-t-elle pas eu le mandat de bannir la guerre et de rechercher la paix? Soixante ans plus tard, force est d’admettre que l’ONU fait face à une impuissance chronique. À cet égard, les dérives de la « guerre contre le terrorisme » à la suite du 11 septembre 2001 – dont découle notamment l’intervention en Afghanistan, l’opération unilatérale de l’administration Bush en Irak et la nouvelle théorie de la « guerre préventive » – en sont des preuves accablantes. Après tant de précédents, peut-on reprocher à Israël son action contre le Hezbollah au Liban? L’exemple vient de haut…

Le rôle du Canada

Dans ce contexte, quel est le rôle du Canada? Suivre aveuglément la politique états-unienne ou faire acte de foi, encore et encore, en faveur du multilatéralisme? À mon avis, la « tradition canadienne » et les « valeurs pacifistes » dont se réclament bon nombre de Canadiens et surtout de Québécois devraient conduire le gouvernement, au lieu de faire écho aux bruits de bottes, à souhaiter une réforme de l’ONU et à agir en ce sens.

Plutôt que de parler de « réactions mesurées d’Israël », de « lutte pour la liberté » en Afghanistan et de « god bless Canada », le premier ministre serait plus avisé de mettre autant d’énergie à plaider pour une révision du fonctionnement de l’ONU. La situation géopolitique a considérablement changé depuis 1945. La Guerre froide est terminée. On parle aujourd’hui de menace terroriste qui se fout des pertes civiles et n’a cure de l’état de droit. Cela, sans compter les armes chimiques et biologiques, voire la militarisation de l’espace, la dégradation de l’environnement, les génocides, la violence à l’intérieur des États et le crime organisé. Par exemple, pourquoi faut-il que ce soit encore les nations victorieuses de la deuxième Guerre mondiale qui siègent de façon permanente au Conseil de sécurité? Le Japon, l’Allemagne, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud ne mériteraient-ils pas une place équivalente à la France, à la Grande-Bretagne, à la Chine, à la Russie et aux États-Unis? Peut-on remettre en question le sacro-saint droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité qui a tant contribué à faire de l’ONU un eunuque? Comment faire en sorte que le droit international trouve une force obligatoire au lieu de laisser les États souverains libres de respecter ou non leurs engagements?

Avant de prolonger la mission canadienne en Afghanistan jusqu’en 2009, avant de recruter des milliers de nouveaux militaires et d’en installer 650 à Bagotville (ou à St-Honoré, c’est à voir…), avant de donner son accord à l’implantation d’un polygone de tir au Saguenay, ne faudrait-il pas d’abord se demander dans quel monde nous vivons et où nous voulons aller? Si le Canada veut vraiment faire œuvre utile sur la scène internationale, il devrait rentabiliser son siège à l’ONU en tentant de démontrer aux grandes puissances qu’il est de leur intérêt à céder de leur pouvoir en vue d’une réforme digne de ce nom. Si le Canada avait le moindrement d’ambition sur la scène internationale, son ambassadeur à l’ONU pourrait proposer à l’Assemblée générale d’élargir la composition du Conseil de sécurité pour faire de la place à d’autres membres permanents. Voilà un véritable combat pour la démocratie et la liberté… avec beaucoup moins de « dommages collatéraux »!

Pour terminer, une petite question à Jean-Pierre Blackburn, député de Jonquière-Alma et digne représentant de Stephen Harper au Saguenay-Lac-Saint-Jean : peut-il nous dire la position de son gouvernement quant à la proposition de réforme de l’ONU déposée le 21 mars 2005 par le Secrétaire générale de l’organisation, monsieur Kofi Annan?

Pour aller plus loin :
- L’excellent dossier sur l’ONU dans Le Monde diplomatique

- La réforme de l’ONU selon l’ONU elle-même


05 août 2006

 

Vive les impôts !


Par Denise Turcotte

Les vacances me font apprécier les impôts. Non, non, ne vous inquiétez pas, ce n’est pas parce que le soleil me tape trop fort sur la tête ! Je passe bien quelques journées à la plage, mais jamais sans mon parasol ! Je sais que l’association des mots "impôt" et "plaisir" n’est pas tout à fait naturelle. Mais les vacances me font réaliser mieux que toute autre période de l’année que mes activités préférées sont possibles essentiellement grâce à des investissements réalisés avec l’argent de nos taxes et de nos impôts.

Ainsi, lorsque je m’enfonce les pieds dans le sable pour dévorer un bon livre -bien à l’abri sous mon parasol-, c’est à la plage de Pointe-Taillon, un parc national où j’ai un accès annuel illimité pour la modique somme de trente dollars. Quelle aubaine incroyable: ces kilomètres de sable fin, ce lac immense où je peux confier aux vagues mon corps rassasié de chaleur, ces couchers de soleil qui n’en finissent plus de décliner les nuances de rose, d’orangé et de bleu, cette forêt lumineuse où je peux pédaler tout mon saoul en m’arrêtant quand bon me semble pour faire trempette ou me remplir les joues de bleuets sucrés. Tout cela pour moi qui n’ai ni les moyens d’acquérir un chalet en bordure du lac, ni la chance d’en hériter un de quelque parent fortuné.

Et puis la route que j’emprunte pour aller à la découverte d’autres coins du Québec, les musées que je visite et qui me font connaître les oeuvres fascinantes d’artistes d’ici et d’ailleurs, les festivals qui me proposent des spectacles souvent gratuits ou à prix dérisoire, les sites historiques restaurés et aménagés grâce à de généreuses subventions… tout pendant les vacances me rappelle combien le bien collectif m’amène au delà des limites de mes tout petits moyens individuels. Même les prises de sang annuelles que j’ai enfin le temps de subir à l’hôpital sans qu’on me demande autre paiement que l’empreinte de ma carte soleil.

Un outil formidable devenu fardeau abominable

Je sais que les impôts et les taxes ont mauvaise réputation. Certains, comme l’ineffable doc Mailloux, les considèrent comme un vol qui entrave la liberté individuelle. Cette conception des choses s’est beaucoup répandue depuis un quart de siècle, à mesure que les libertariens (c’est ainsi qu’on appelle les tenants d’un état minimal, voire inexistant), ont pris d’assaut la scène économique mondiale. Alors que les sociétés occidentales s’étaient employées à développer le bien public pendant une bonne partie du vingtième siècle, "l’École de Chicago", Milton Friedman en tête, a provoqué un virage important dans les années 80. Son influence sur les politiques de Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis a amorcé tout un mouvement en faveur de la réduction de la taille de l’État, un changement qui s’est traduit notamment par des privatisations et des déréglementations massives ainsi que par des compressions importantes dans les programmes sociaux.

Dans la foulée, les taxes et impôts sont devenus un fardeau qu’il faut réduire à tout prix. L’idée de mettre en commun nos ressources pour se payer ensemble ce qu’on ne peut pas s’offrir tout seul semble avoir été évacuée. Comme si nous avions tous oublié que si le choix se présentait, nous préférerions probablement avoir accès à des routes, à des hôpitaux, à de l’eau potable, à des écoles et à des parcs plutôt que d’empiler téléviseurs, motoneiges, vêtements griffés et bébelles jetables dont sont remplis les magasins Dollarama.

Il faut dire qu’ils sont nombreux à cultiver savamment cette amnésie collective. La publicité déploie des efforts considérables pour nous convaincre que notre bonheur tient à la possession de tous ces biens éphémères qui génèrent des profits durables pour ceux qui nous les vendent. Et puis il y a d’autres moyens insidieux pour démoniser les taxes et les impôts : par exemple le concept de "jour de libération fiscale", mis de l’avant par l’Institut Fraser, qui nous rappelle à chaque mois de juin que "nous commençons finalement à travailler pour nous", puisque l’équivalent de notre salaire des six premiers mois de l’année correspond à ce que nous versons en taxes et impôts. Comme si on ne travaillait pas pour soi quand notre argent sert à construire des routes, payer des professeurs, des médecins et des infirmières, analyser la qualité de l’eau potable ou surveiller les baigneurs sur la plage de Pointe-Taillon…

Le bébé et l’eau du bain

Bien sûr, il y a des mauvais choix, bien du gaspillage et même de la corruption. Le scandale des commandites est venu nous le rappeler on ne peut plus clairement il y a quelques mois, augmentant du coup le cynisme à l’égard des politiciens et la propension à se faire justice soi-même par le biais de stratégies d’évasion fiscale débordantes de créativité. Et c’est bien dommage, car c’est un cul-de-sac où seule une minorité trouve son compte : si on peut rénover sa maison ou faire réparer son auto au noir, on ne peut pas construire "en dessous de la couverte" une route à quatre voies divisées, une école ou un hôpital.

Ayant la chance de vivre dans un coin du monde où il est possible de choisir démocratiquement ceux qui nous gouvernent, nous serions avisés d’élire des gens qui travaillent pour notre bien-être collectif d’aujourd’hui et de demain, au lieu de jeter le bébé du bien commun avec l’eau du bain des gaspillages et de la corruption. Ou, si nous croyons "qu’ils sont tous pourris", à troquer quelques heures hebdomadaires de télévision pour nous engager activement, comme l’ont fait avant nous ceux qui ont permis que nos petits moyens individuels se conjuguent pour améliorer le sort du plus grand nombre. Ceux qui me lèguent toutes ces choses qui rendent ma vie plus facile que ne fut la leur : les écoles où je me suis instruite, les routes qui m’ont permis de voyager, les infrastructures culturelles qui me nourrissent le coeur et l’âme. Et la plage de Pointe-Taillon, où j’ai le luxe immense de rêver sous mon parasol pendant les vacances.

02 août 2006

 

Quand le "chacun pour soi" rattrape Jean Charest


Par Sylvain Gaudreault

Parlons un peu de politique interne. Ce n’est pas qu’il n’y a plus rien à dire sur la sale guerre au Liban et l’épouvantable prise de position de Stephen Harper. Que non! Nous aurons sûrement l’occasion de revenir sur ce sujet. Mais le début d’août marque en général les préliminaires de la rentrée politique de l’automne, avec ses spéculations sur les décisions à venir de nos élus et, cette année, sur la tenue ou non d’élections au Québec.

Sur ce plan, l’été 2006 aura été marqué du sceau de l’échec de la réunion du Conseil de la fédération de Saint-Jean, Terre-Neuve. En effet, les dix provinces et les trois territoires (et une souris verte?) ont été incapables de s’entendre sur une simple déclaration de principe qui aurait traité de la péréquation ou des transferts fédéraux. Ces deux mesures de partage de la richesse canadienne, principe inscrit au sein même de la Constitution, ne sont-elles pas au cœur du fédéralisme canadien? Il n’y avait pourtant aucun empêcheur de fédéraliser en rond – c’est-à-dire un premier ministre souverainiste – dans le lot. C’est tout dire! Le meilleur résumé de cette rencontre revient à l’hôte, le premier ministre Danny Williams de Terre-Neuve-et-Labrador : « Nous nous sommes entendus sur le fait que nous ne nous entendions pas ». J’adore!

Le bébé de Jean Charest

Depuis son élection en 2003, le premier ministre du Québec Jean Charest a beaucoup misé sur le Conseil de la fédération. Cette nouvelle institution est son bébé. Il comptait bien sur ses réussites pour clouer le bec aux péquistes lors d’une éventuelle campagne électorale dans laquelle il vanterait son approche efficace et pragmatique du fédéralisme par rapport au spectre référendaire brandi encore une fois par ses adversaires. Du coup, les succès relatifs du Conseil de la fédération permettaient à Jean Charest de gommer ses graves faux-pas à saveur de demi-défusions, de non-baisses d’impôts, de subventions aux écoles juives, de bourses d’études transférées en prêts et autres Mont-Orford.

L’échec de Saint-Jean change radicalement ses plans. Il apparaît de moins en moins certain que Jean Charest osera un appel aux urnes cet automne. Il lui aurait fallu l’apparence d’un succès, combiné à une réponse positive de Stephen Harper aux demandes des provinces et déjà, Jean Charest aurait pu risquer une campagne électorale dès que la moindre embellie aurait pointé le bout de son nez dans les sondages d’opinion. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il a demandé à ses ministres de régler tout dossier litigieux avant les vacances.

Vice de fond

Mais tout ceci n’est que poutine! Aucune stratégie politique ne corrigera un vice de fond qui handicape le Conseil de la fédération. Revenons à la genèse de cette structure. Selon le Rapport Pelletier (du nom de Benoît Pelletier, l’actuel ministre des Relations intergouvernementales) dont la publication a précédé les élections de 2003, le Conseil de la fédération aura pour « rôle majeur la coordination des politiques, décisions et autres mesures ayant un impact sérieux sur l’orientation économique du Canada ». En d’autres mots, le Conseil de la fédération n’est rien d’autre qu’un acte de foi aveugle dans les vertus fédéralistes du dialogue et de la concertation dans le but louable de créer un rapport de force des provinces face à Ottawa.

Mais les Libéraux de Jean Charest ont oublié qu’au Canada, la théorie n’est pas toujours applicable dans la réalité, surtout lorsque la question en litige touche le fond de la poche des provinces. La preuve? La rencontre de Saint-Jean s’est soldée par le « chacun pour soi ». Chaque premier ministre provincial ira quémander sa croûte au grand frère fédéral incarné en ces temps bénis par Stephen Harper. Celui-ci, avide d’une majorité à la Chambre des communes, sera tenté de satisfaire la province la plus apte à le lui offrir. À ce compte-là, le Québec est perdant face à la centaine de sièges de l’Ontario.

Quelle solution?

Dans le cas de la dernière rencontre du Conseil de la fédération, Jean Charest vient de prouver une fois de plus qu’il est un mauvais premier ministre. En misant sur la péréquation pour solutionner le déséquilibre fiscal, il s’est peinturé dans le coin en condamnant le Québec à être éternellement dépendant de ce système complexe de répartition de la richesse canadienne au lieu de réclamer un rapatriement de points d’impôts, ce qui génèrerait une plus grande marge de manœuvre au Québec pour l’avenir. Ce faisant, il a brûlé la dernière carte qui lui restait, celle d’un rapport de force entre les provinces afin de faire plier Ottawa.

Je suis sidéré à chaque fois que je vois les interminables réunions de premiers ministres provinciaux qui sont incapables de s’entendre. Quelle perte de temps et d’énergie! Vous me voyez venir : la seule solution qui s’impose est de faire du Québec un pays.

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