30 septembre 2006

 

Imaginer la région en 2050: un exercice très révélateur


Par Denise Turcotte

Quand j’ai commencé à me demander comment décrire la région en 2050 (lire mon texte), pour répondre à une sorte de défi lancé en écho à un texte de L’Oiseau-mouche de 1895, j’étais loin de me douter que l’exercice m’en apprendrait autant sur notre présent. Si j’y reviens, c’est ce que tout cela m’obsède, m’inquiète et me donne une furieuse envie de me retrousser les manches. Vite.

L’horizon bouché

Je ne sais pas si c’était pour soigner mon angoisse de la page blanche, mais j’ai commencé par poser la question à gauche et à droite, à des gens de tous les horizons : « La région en 2050, tu la vois comment ? ». À part « Je l’sais pas » qui était la première réponse universelle, presque tous mes interlocuteurs se positionnaient dans l’une ou l’autre de deux catégories que j’ai baptisées le « désert » et le « refuge ». Les tenants du « désert » (de loin les plus nombreux) trouvent que ça va bien mal et ils sont convaincus que la région va devenir un gros Val-Jalbert. Les partisans du « refuge » constatent que ça va mal aussi ailleurs et ils pensent que des gens vont revenir dans la région pour fuir les maux des grands centres.

C’est tout. À mes sous-questions (quelle sorte de gens, quelle sorte d’économie, quelle sorte de société), pas de réponses : la vue est bouchée. Pas de vision, pas de rêves, si peu de souhaits. Pour moi qui suis d’une nature plutôt confiante, c’est un véritable choc. C’est comme si je réalisais tout à coup que les trois quarts de mon entourage jonglent avec des idées suicidaires.

Comment aller quelque part si on n’arrive plus à rien imaginer ? C’est grave, l’horizon bouché. Très grave. Et contagieux : quand ça atteint les médias et les leaders d’opinion, ça se propage avec des allures d’épidémie. Ça lance à nos enfants un message décourageant d’une efficacité redoutable: « c’est fini ici mon cœur, sauve ta peau et sacre ton camp !». Quand les jeunes du RAJ-02 (Regroupement action jeunesse) parlent de cultiver une image positive de la région, c’est contre cela qu’ils se battent.

Réapprendre à rêver

« Il faut rêver, se lever et marcher », disait Bernard Voyer. De la découverte du Nouveau Monde à l’abolition de l’esclavage en passant par la démocratie, les pensions de vieillesse, l’invention de la roue et celle du transistor, tous les progrès significatifs de l’humanité ont commencé par un rêve, une utopie qui a engendré l’action. Et par cette nécessité qui est « mère de l’invention ». Nous avons la nécessité, il nous reste à nous construire des rêves. Des mythes, dirait Gérard Bouchard.

Comment ? Nous avons ici des grands esprits, une université, quatre collèges, des dizaines de chercheurs. Nous avons des créateurs exceptionnels, une « pépinière d’artistes ». Nous avons aussi des gens plus pratiques qui réussissent en affaire mais qu’on connaît peu parce qu’ils se tiennent loin des projecteurs. Ce qui manque pour que « ça lève », c’est de mélanger tout cela et d’ajouter « la levure ».

Marc-Urbain Proulx de l’UQAC a fait un bel effort avec Vision 2025. C’est un début. Le problème c’est qu’il a beaucoup travaillé en silo: un forum sur la culture avec les gens de culture qui se parlent de culture, un autre sur l’agriculture avec des agriculteurs qui parlent d’agriculture, des jeunes qui parlent des jeunes, des autochtones qui parlent de questions autochtones, et ainsi de suite. L’exercice a produit un formidable diagnostic, mais les scénarios qui en découlent sont vagues et sonnent désespérément le déjà entendu. Pourtant, monsieur Proulx parle « de rupture ». Il sent bien qu’il faut aller beaucoup plus loin, sans doute.

La vraie prospective commanderait qu’on injecte à tout cela du sang neuf non pas en demandant aux acteurs quelles tendances ils perçoivent dans leurs secteurs respectifs, mais en alimentant la réflexion collective avec les tendances mondiales identifiées par les plus grands penseurs d’ici, et surtout, d’ailleurs. Ouvrir l’horizon. Introduire du bruit dans les certitudes pour créer des brèches. Mélanger les genres et briser les frontières disciplinaires. Asseoir les agriculteurs avec les ingénieurs, les commerçants, les artistes, les chercheurs, les industriels.

Pelletage de nuages ? Je ne crois pas. Le besoin est immense et bien réel. Une autre chose qui m’a frappée en questionnant mon entourage, c’est de voir à quel point les gens sont avides de vision. Malgré la noirceur de leurs pronostics, on sent bien qu’il suffirait d’une étincelle pour qu’ils s’accrochent et mettent l’épaule à la roue. La question que je lançais de manière anodine les poursuivait. Plusieurs m’en reparlaient quelques jours plus tard. Ils n’avaient pas de meilleure idée, mais ils espéraient très fort que moi, j’en aurais trouvé une.

Mon meilleur

La plus chouette réponse m’est venue de mon neveu Alexis, 14 ans, presque quinze. À sa grande sœur qui m’expliquait qu’elle voudrait bien rester ici, et à qui je demandais comment elle comptait y parvenir, il a lancé : « Il faudrait que tu partes une compagnie ». Voyant poindre des germes d’entrepreneurship, j’ai poussé un peu :
- Quel genre de compagnie, Alexis ?
- Sais pas… Ce qu’il faudrait, c’est une multinationale, mais ici.
- Mais pour faire quoi ?
- Ben on pourrait inventer un matériau qui résiste aux rayons nucléaires. Tu sais, un matériau mince et léger. Ça n’existe pas, on en vendrait plein !

Je me fous que l’idée ait un sens ou pas. Parmi les dizaines de personnes que j’ai questionnées, Alexis est le seul qui a su identifier un besoin et imaginer une manière de devenir prospère en y apportant une réponse. Sentez-vous mes veines de matante se gonfler de fierté ? Bon, je sais que le poste de DG est ouvert, mais je pense que je vais tout de même le laisser finir son secondaire avant de parler de lui à la CRÉ.

Sus à la morosité!

À travers l'écran de grisaille, quelques réponses positives ont tout de même tenté de se frayer un chemin : « les gens seront plus ouverts, ils retrouveront le temps de vivre et de communiquer, ils s’adapteront, ils trouveront des solutions. Tous les étrangers qui étudient à l’UQAC pourraient avoir un apport intéressant. Il faudrait un projet rassembleur. La qualité de vie nous donne un avantage. » J’ai remarqué que les gens les plus positifs étaient souvent des gens qui s’impliquent. Sans doute ceci explique-t-il cela …

Somme toute, le texte que j’ai écrit ne reflète pas beaucoup ce que j’ai entendu. Pour une fois que je me donnais le droit de rêver, je n’allais pas tout gâcher en empruntant la voie du cauchemar. J’ai plutôt tenté d’identifier des tendances significatives et de les projeter dans l’avenir avec un mélange de raison et de fantaisie. Il me semble qu’à moi toute seule, j’ai identifié quelques pistes. Mes deux comparses blogueurs ont fait de même de leur côté. Imaginez si nous avions été des dizaines en intéraction, à faire « du pouce » les uns sur les idées des autres…

27 septembre 2006

 

Que sera devenue notre région en 2050 ?


Par l'équipe de L'Oiseau-mouche

Il y a un peu plus de cent ans, le journal L’Oiseau-mouche (version originale papier) avait reproduit le texte d'un étudiant du Séminaire de Chicoutimi qui décrivait sa vision du Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2050. Jacques Gauthier, journaliste à la radio CBJ de Radio-Canada, fait aujourd'hui de ce texte datant de 1895 le sujet de sa chronique «L’avenir du passé» présentée à l'émission «L'heure de pointe».

Vos blogueurs de L’Oiseau-mouche électronique de 2006 n'allaient pas laisser pareille occasion: à notre tour nous nous sommes lancé le défi d’imaginer à quoi ressemblerait notre région en 2050. Nous publions aujourd'hui trois textes où chacun de nous a tenté de se projeter dans l'avenir et d'imaginer ce qui s'y passe. En avant les boules de cristal…

Pour aller plus loin:

Écouter la chronique "L'avenir du passé" du 27 septembre 2006 et l'entrevue accordée par Sylvain Gaudreault et Denise Turcotte à Jean-Pierre Girard, animateur de l'émission «L'heure de pointe», sur le site de Radio-Canada:
http://www.radio-canada.ca/util/zapmedia/version10/detecte.asp?lien=/Medianet/2006/CBJ/00060313_20060928_091405.asx

 

2050 : Regarder devant pour décider où on veut aller


Par Denise Turcotte

S’imaginer ce que sera notre région dans une cinquantaine d’années : quel exercice fascinant qui m’a fait passer par toute une gamme d’émotions ! Le présent est déjà complexe à cerner, il faut être bien hardi pour se lancer à l’assaut de l’avenir. Et pourtant, comment savoir où on veut aller si on n’a pas pris le temps de lever la tête pour regarder devant ? Allez, un peu de courage !J’ai réfléchi aux tendances, j’ai cherché des données, j’ai questionné autour de moi et… je plonge ! Nous sommes en 2050 et je vous raconte ce que je vois...

Une population moins nombreuse, mais stabilisée

Des gens sont revenus s’établir dans la région pour retrouver la qualité de vie et fuir la pollution, l’insécurité et le rythme fou des grandes villes. Il y a même des quartiers et des villages d’âge d’or. Insatisfaits de la qualité des services que leur offrait l’État, les boomers n’étaient pas du genre à se résigner sur leur chaise berçante: ils se sont rappelé un vieux truc de leur jeunesse et ils ont fondé des coopératives pour acheter des villages et des quartiers désertés. Ils y ont établi des résidences et des services qui leur conviennent et la mise en commun de leurs ressources les a rendus «compétitifs» pour attirer les jeunes travailleurs qui prennent soin d’eux. Ça n’était pas évident: toutes les villes et toutes les régions s’arrachent les jeunes !

Il y a aussi ces communautés ethniques qui ont poussé, profitant des bas prix de nos terres pour en acquérir de larges parcelles. Au début, ça faisait drôle de voir des familles de Chinois, d’Indiens, d’Arabes et d’Africains s’établir dans les villages dépeuplés du Lac-Saint-Jean et du Bas-Saguenay pour y cultiver la terre, mais on s’est habitués. Il faut dire que les traducteurs simultanés personnels qu’on porte tous à la ceinture ont bien facilité les choses. Il y a toujours des tensions, mais on espère que d’ici une génération, ce sera plus facile.

Une structure industrielle dominée par le savoir et l’innovation

Tout a commencé lorsque monsieur Belley, alors recteur de l’UQAC, a eu un flash en se promenant sous le chapiteau du quai Lepage par un matin froid et pluvieux d’octobre. Devant un stand de bleuets en céramique, il était à se demander si nous n’étions pas en train de devenir les nouveaux sauvages qui attendent que les conquistadors leur lancent des petits miroirs lorsque tout à coup, un jeune qui revenait du Forum social régional est passé devant lui, arborant fièrement sur son T-shirt l’inscription «un nouveau monde devient possible».

Quelques mois plus tard avait lieu le grand brassage d’idées qui a marqué le début de ce qu’on appelle maintenant la «Révolution agile». Aux côtés de Claude Villeneuve, Gérard Bouchard, Rodrique Villeneuve, Richard Tremblay et plusieurs autres grands esprits de l’UQAC, des scientifiques, philosophes et penseurs du monde entier sont venus discuter des grandes tendances mondiales avec des industriels, des artistes, des politiciens et des citoyens allumés de toute la région. Des centaines d’idées qui sont sorties de l’événement, quelques-unes sont devenues les filières qui alimentent notre nouvelle économie. Et l’UQAC profite encore des retombées de cet événement d’envergure qui l’a propulsée à l’avant-garde du «Régionment», une approche de développement distribué que plusieurs régions en difficulté ont appliqué avec succès de par le monde.

L’eau comme ressource stratégique

Cette eau qui baigne la région permet une agriculture prospère depuis que le réchauffement a rendues désertiques des zones autrefois fertiles, comme l’Ouest canadien. Elle sert aussi de pivot à quantité d’activités de villégiature qui ne sont plus possibles dans les lacs trop pollués des zones adjacentes aux régions métropolitaines. Et une partie de notre eau se vend à prix fort. De grands contenants prennent le chemin du Mid-Ouest américain, sous la vigilance d’une Régie nationale de l’eau qui veille à en contrôler l'exploitation et à en redistribuer les redevances pour protéger la ressource et financer des projets de développement.

Une nouvelle agriculture

Il pousse sur nos terres des plantes qu’on aurait pas imaginé cultiver ici sous l’ancien climat. En plus des fruits et des légumes «classiques» dont la consommation a triplé en 50 ans, il y a ces nouveaux hybrides qui protègent encore mieux contre les maladies. Qui aurait cru que l’isolement relatif de la région deviendrait un avantage ? C’est pourtant grâce à lui qu’on a pu mettre en marché toute une gamme de produits jugés plus sécuritaires pour l’alimentation humaine.

De grandes étendues sont aussi dédiées à des cultures destinées à la production de carburant et de nouveaux matériaux. Et puis il y a les cultures nordiques comme la production de bleuets, d’atocas, de raisin d'ours, de thyua et d’autres plantes indigènes utilisées en pharmacologie. Ce sont les Innus qui ont démarré ces cultures sur leurs territoires ancestraux et qui en retirent une prospérité nouvelle. Ça leur permet de maximiser le rendement de la forêt boréale, dont ils sont aussi un des gestionnaires majeurs. D’ailleurs, on ne fait plus vraiment de distinction entre la gestion forestière et l’agriculture : les mêmes principes de développement durable s’appliquent tant aux cultures de plantes indigènes comme les arbres qu’à celle des espèces importées.

De nouvelles sources d’énergie

Solaire, éolien, géothermique, hydroélectricité, hydrogène, biomasse, biogaz : toutes ces formes d’énergie cohabitent selon les ressources disponibles dans chaque lieu. Les petites installations se sont répandues à mesure que les technologies devenaient abordables et de nombreux édifices et foyers sont complètement autonomes énergétiquement. Le plus compliqué a été de trouver un substitut au moteur à essence pour le transport, mais on y est arrivés. Le tracé de l’ancienne autoroute 175 a même été réutilisé pour installer la ligne de transport de masse ultrarapide qu’on utilise maintenant.

Les télécommunications au service des systèmes distribués

Depuis le temps qu’on nous disait que la distance n’avait pas d’importance, c’est enfin vrai. On est branchés sur le monde entier et le monde entier peut entrer chez nous. Nos traducteurs personnels sont bien utiles pour démêler toute l’information à laquelle on a accès, mais c’est toujours aussi compliqué de savoir ou loge la vérité. Même avec nos détecteurs d’images truquées et nos inhibiteurs de publicité, on se fait encore avoir de temps en temps.

En revanche, avec ces avancées technologiques, il y a maintenant des tas de choses qu’on fait à partir de chez soi ou dans des petits centres multi-fonctionnels: travailler, étudier, socialiser, s’informer, assister à des événements culturels, participer à des rencontres… On se partage géographiquement des tâches qui étaient autrefois concentrées au même endroit, par exemple tout ce qui touche la gestion et bon nombre de services. Ça aussi ça été compliqué parce que les mentalités centralisatrices avaient du mal à suivre la technologie qui rendait possible la distribution des activités sur le territoire. Mais avec toute l’insécurité causée par le terrorisme, les catastrophes naturelles, les épidémies qui se répandaient à une vitesse folle à l’époque où tout le monde se déplaçait partout, on n’a pas eu vraiment le choix : maintenant quand on voyage, c’est d’abord par plaisir.

L’art de vivre, la nature et la culture au cœur de l’industrie touristique

Ça a commencé au Lac- Saint-Jean, avec la véloroute des bleuets, le parc national de la Pointe-Taillon et le parc de l’Ashuapmushuan, qui a été le premier à proposer des séjours longs de ressourcement pour les gens stressés des grands centres. Il y a aussi eu l'éclosion des centres de santé autour du Lac, puis celle des centres spirituels où s’arrêtaient les pèlerins venus faire le tour du lac à pied. En parallèle, artistes et artisans se sont établis pour vendre leurs produits aux touristes et ils ont commencé à offrir des séjours culturels et des retraites rurales de création.

Il faut dire que c’est devenu très à la mode pour les artistes de s’établir ici depuis qu’on a mis en place le crédit d’impôt à la créativité. Il y a cinquante ans, la région était considérée comme une «pépinière d’artistes», mais maintenant, la pépinière est devenue une véritable forêt qui a remplacé une partie des emplois perdus dans l’autre forêt, celle des arbres et du bois.

L’autonomie régionale toujours à conquérir

Non, il n’y a pas eu de «référendum gagnant» comme on en rêvait dans le temps. C’est l’Alberta qui a provoqué l’éclatement du Canada lorsque, après avoir éliminé son déficit et payé sa dette, la province s’est retirée du système de péréquation qui tenait le pays ensemble. D'ailleurs les albertains le regrettent un peu maintenant: le pétrole qui faisait leur prospérité a été remplacé par des énergies renouvelables et comble de malheur, le prix élevé de l’eau pénalise leur agriculture.

Mais ce qui est le plus ironique, c’est qu’après l’indépendance, le Québec a recréé ce qu’il reprochait au gouvernement fédéral d’autrefois: les gouvernements régionaux gèrent les plus gros dossiers (santé, éducation, bien-être social, ressources naturelles, environnement, etc.), mais l’argent est à Québec qui tente toujours d’imposer ses normes nationales avant de délier la bourse. Notre espoir, c’est qu’on commence à mieux s’entendre entre régions et que Montréal et Québec comprennent finalement que le destin des métropoles et celui des régions sont intimement liés. De toute façon, face à la nouvelle gouvernance mondiale, les initiatives qui ne sont pas concertées n'arrivent pas à grand chose.

Et les dirigeants ? Bof… Entre les illuminés religieux et les régionalistes durs, c’est toujours aussi difficile de trouver des leaders inspirés qui placent le bien commun au centre de leur action. Au moins, on est mieux équipés pour les surveiller et leur faire savoir en temps réel ce qu’on attend d’eux. Mais heureusement qu’on s'est enlevé le cul de devant la télé et qu'on a pas attendu après eux pour transformer la région parce qu’à les entendre, il y a cinquante ans, on était pas mieux que morts!

 

Les quatre clés d'un projet de société


Par Sylvain Gaudreault

À quoi ressemblera le Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2050 ? Aurons-nous des autos volantes ? La 175 sera-t-elle enfin à quatre voies divisées ? Achèterons-nous une résidence secondaire sur les bords de la mer de la Sérénité au lieu des rives du lac Kénogami ?

Mon intention n’est pas de jouer les Jules Verne. Je n’ai cure de savoir si nous avalerons une pilule en guise de T-Bone ou si nous déambulerons sur la rue St-Dominique avec un scaphandre digne de « On a marché sur la Lune ».

Quand j’imagine ce que sera la région dans une cinquantaine d’années, je préfère m’attarder aux mentalités plutôt qu’aux accessoires. Les gens seront-ils plus respectueux de l’environnement ? La solidarité sera-t-elle autre chose qu’un slogan ? Les élus seront-ils capables d’articuler une vision qui va au-delà de la prochaine échéance électorale ?

La difficulté avec la prospective réside dans l’apparente incapacité de trancher entre une vision idéaliste et un point de vue terre à terre qui s’appuie sur des données réalistes. Veut-on savoir ce dont je rêve ou cherche-t-on à anticiper l’avenir à partir de ce que je sais aujourd’hui ? J’ai choisi mon camp : laissez-moi rêver. Nous en avons tant besoin !

Sur l’image des sociétés qui se sont libérées de leur tutelle ou qui sont en voie de décolonisation, j’espère que le Saguenay-Lac-Saint-Jean aura progressé vers une plus grande maîtrise de sa destinée en 2050. En ce sens, le plus grand défi des futures générations de leaders régionaux sera de savoir choisir les priorités à travers la liste d’épicerie dressée par les corporatismes de tout acabit qui pullulent.

Quelles sont-elles, ces « vraies » priorités ? En 2050, j’espère que la région aura définitivement misé sur ce qui m’apparaît comme les quatre clés d’un développement à long terme.

L’éducation

L’histoire démontre qu’aucune collectivité ne s’est trompée en investissant en éducation. Il s’agit de la première clé. C’est à l’école, entre autres, que l’on apprend la culture générale, que l’on construit un esprit critique, que l’on forme les ressources humaines et la main d’œuvre. Il suffit de constater la multiplication des investissements sur le campus de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) depuis dix ans pour comprendre que le principal pôle du développement régional à long terme se fait dans le monde de l’éducation. Une population plus scolarisée est une population plus créative, qui connaît moins le chômage et qui est plus riche, notamment. Dans cinquante ans, je souhaite que l’apprentissage d’une deuxième langue, voire d’une troisième, ne soit plus perçu comme un fardeau ou une menace. J’espère aussi que la culture entrepreneuriale devienne l’une des « compétences transversales » des programmes de formation.

La démocratie

La deuxième clé est la démocratie. Pour 2050, je rêve que la masse des citoyens se sente davantage concernée par l’exercice du pouvoir. Je souhaite que les décisions ayant un impact sur la collectivité ne soient plus prises par un cercle restreint d’initiés, surtout des hommes, mais qu’il y ait un véritable renouvellement du leadership régional. L’ère des élus et de leurs amis qui agissent comme si le pouvoir leur appartenait ne sera qu’un mauvais souvenir. Les acteurs du développement de 2050 auront banni les divers « nous » de leur vocabulaire. En d’autres termes, ce ne sera plus les jeunes contre les aînés, les femmes contre les hommes, les « écolos » contre les « économiques ». Il y aura un seul « nous » et il signifiera le Saguenay-Lac-Saint-Jean dans son ensemble, en tant que communauté solidaire, se reconnaissant dans son identité. Les Innus se seront débarrassés de leur archaïque statut de mineurs pour prendre en charge leur propre développement non pas de manière séparée, mais en collaboration avec l’ensemble de la population régionale. Les écoles accueilleront des enfants dont les parents auront immigré parce qu’ils auront trouvé ici une terre d’accueil tolérante et ouverte à l’enrichissement qu’apportent les échanges culturels. Par ailleurs, comme l’information est au cœur de la définition de la démocratie, les Saguenéens et les Jeannois de 2050 pourront puiser à plusieurs médias pour connaître les événements qui forment l’actualité. En outre, il est à espérer que dans cinquante ans, la presse aura autre chose à offrir que du divertissement, du divertissement et encore du divertissement.

L’énergie

Le contrôle des ressources énergétiques régionales apparaît comme la troisième clé. À cet égard, le Saguenay-Lac-Saint-Jean est riche et continuera d’attirer les convoitises des multinationales avides d’énergie. Avec la pénurie annoncée de pétrole, la croissance de la demande d’électricité, le développement des énergies alternatives et les besoins de plus en plus grands d’eau potable à travers le monde, le Saguenay-Lac-Saint-Jean peut être au cœur des enjeux internationaux dans les cinquante prochaines années s’il sait le moindrement adopter une attitude stratégique. À cet égard, en 2050, il sera obsolète de faire de la pédagogie sur le développement durable. Cette manière de penser sera devenue un réflexe chez les décideurs politiques et économiques. Contrairement à aujourd’hui, ils sauront voir où est l’intérêt à long terme de la région entre la catharsis d’un barrage sur une rivière patrimoniale et le développement harmonieux d’une réserve écologique unique au monde.

La culture

Enfin, la culture est la troisième clé pour que le Saguenay-Lac-Saint-Jean soit une région qui se démarque à travers le monde dans cinquante ans. De tout temps, les créateurs ont été en amont du développement. Plus un territoire compte de gens créatifs et artistes, plus ce dynamisme se fait contagieux dans le milieu. La diffusion de la culture est aussi un ticket vers l’ouverture sur le monde. En 2050, le Saguenay-Lac-Saint-Jean sera une région dont le climat sera favorable à la créativité. Nous nous moquerons alors des élites du début du XXIe siècle qui, engoncés dans leurs préjugés, voyaient encore la culture comme une dépense au lieu d’un investissement. « Triste époque ! », dirons-nous, un peu moqueurs mais certainement pas nostalgiques.

En somme, le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne sera pas mort en 2050. Il sera une région bien vivante dont la population se sera stabilisée autour de 250 000 habitants. La région aura néanmoins un poids politique accru à l’échelle nationale, voire internationale, car le Québec aura acquis son indépendance. Du coup, le Saguenay-Lac-Saint-Jean pourra plus facilement faire entendre sa voix dans les instances décisionnelles au Québec et ailleurs dans le monde.

 

Saguenay-Lac-St-Jean - 27 septembre 2050


Par Pascal D'amours

Roberval sur le Lac, le 27 septembre 2050,

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. Ayant passé le cap des quatre-vingt ans, j'aimerais prendre la plume une dernière fois et raconter aux plus jeunes comment j'ai vécu les 50 dernières années dans notre Royaume du Saguenay-Lac-Saint-Jean. J'espère en m'adressant à tous ces jeunes que les leçons du passé puissent servir de charpente au futur de la région.

Je vous écris depuis ma demeure de "Roberval sur le Lac" où j'ai déménagé vers 2010 afin de fuir mon Saguenay natal où un maire-empereur entamait alors son quatrième mandat à la tête de la métropole régionale. Le règne du maire Jean Tremblay a profondément marqué le paysage régional pendant des décennies. À la suite de son départ en 2013, il a fallu pratiquement tout reconstruire: égouts, aqueducs, routes. Et ce, sans compter cette solidarité régionale mise à mal lors du règne de ce maire. À la suite de plusieurs allégations de pots-de-vin, copinage, malversations, le gouvernement du Québec a finalement imposé une tutelle à la Ville de Saguenay et mis au jour un large réseau de trafic d'influence gravitant autour de l'administration du maire. À l'époque, les plus vieux ont comparé le système mis en place à Saguenay à celui existant à l'époque de Maurice Duplessis, un premier ministre ayant régné sur la province il y a cent ans.

Je n'ai pas été le seul à faire mes valises pour le Lac Saint-Jean vers 2010. L'ampleur du mouvement a été telle que Roberval, suite à une fusion avec les municipalités de Saint-Félicien et Saint-Prime est devenu progressivement vers 2025 une véritable force économique au Québec. Contrairement à la métropole régionale qui gérait alors les dossiers à la petite semaine, la nouvelle ville de «Roberval sur le Lac» s'est dotée d'une vision claire et l'a mise en application: devenir la capitale du Nord québécois, le fer de lance du développement nordique. Drôle de retournement du sort lorsqu'on pense que vers 1900 quelques futurologues d'un journal étudiant appelé L'Oiseau-mouche prévoyaient que ce serait plutôt Chicoutimi qui deviendrait la "Chicago du Nord". Un exemple de plus qui démontre qu'en l'absence d'une vision solide, le développement économique est impossible.

J'aurais le goût de dire aux plus jeunes: "ne croyez pas tous les scénarios catastrophes ou apocalyptiques concernant votre région". Pendant toute ma jeunesse, on m'a cassé les oreilles avec une catastrophe écologique appréhendée. Presque personne ne se méfiait, tous ont gobé ce scénario des plus moroses. Qu'en est-il aujourd'hui ? Grâce à des habitudes de consommation plus saines et surtout grâce à d'importantes avancées scientifiques, le pourcentage de rejets polluants (voiture, usine, etc.) ou de déchets domestiques non valorisés est maintenant de moins de 1 %. Les forêts dont le poète Richard Desjardins avaient montré l'état lamentable sont de nouveau à maturité et sont prêtes pour le jardinage forestier (un nouveau concept de cueillette des arbres). La construction d'un barrage sur l'Ashuapmushuan n'a pas créé de cataclysmes environnementaux. Le projet réalisé vers 2020 a mis de l'avant plusieurs innovations et démontré qu'il était possible de concilier le développement hydroélectrique et le développement durable et ce, malgré les hauts cris des «corbeaux verts».

Oui, la température a certes grimpé de 1 ou 2 degrés mais les effets ne sont pas si néfastes. De façon rétrospective, si l'on compare les scénarios catastrophes des écologistes du début du XXIe siècle avec la situation actuelle, force est d'admettre que l'écart entre les craintes et la réalité s'apparente au fameux «bogue» de l'an deux mille. En fait, pour le secteur de l'agriculture le réchauffement de la planète est plutôt positif. Depuis que la région a décidé de prendre le virage de l'agriculture «biototale», ce secteur a même regagné ces lettres de noblesse. Le concept «biototal» (signifiant que la région est à l'abri de toute contamination) a permis aux agriculteurs d'ici d'obtenir une certification presqu'unique au monde qui fait l'envie de tous.

Un autre scénario catastrophe du début du siècle prédisait que notre région affronterait les pires maux à cause d'un fort déclin démographique. Oui nous avons effectivement perdu environ 60 000 habitants depuis l'an 2000, cependant, il n'y a pas eu de catastrophe. Bien sûr, il y a eu quelques pleurs et grincements de dents lorsque des écoles ont fermé leurs portes. L'éducation est tellement différente et tellement plus personnalisée qu'avant qu'il faut admettre que ces changements furent bénéfiques. La population régionale s'est stabilisée autour de 225 000 personnes et ceux qui y sont, y restent. De toute façon avec le télé-travail, la télé-présence et la rencontre holographique à distance, le lieu de résidence n'est plus un frein.

La nécessité est la mère de toutes les inventions. Notre région a su s'adapter et faire face aux changements tant démographiques qu'environnementaux. Ce qui aurait été anormal c'est que notre région cesse d'évoluer et de s'adapter et qu'elle reste figée dans le fantasme d'un mythique Âge d'or industriel éternel.

Un dernier conseil de grand-papa Pascal: ne croyez pas ce que l'on vous dit ou ce que vous apprenez dans les nouveaux médias ! Le problème n'est certes plus l'absence d'information, c'est le trop-plein: il est essentiel de donner un sens aux événements ou phénomènes qui nous entourent. Ce sens possède de multiples couleurs et c'est en vous nourrissant à différentes sources que vous le construirez peu à peu vous-même. C'est d'ailleurs cette philosophie qui nous habitait en février 2006 lorsque nous avons lancé le blogue de L'Oiseau-mouche. Longue vie à vous chers jeunes de 2050.


23 septembre 2006

 

Fermer les régions : à quel prix ?


Par Denise Turcotte

Hier soir, j’ai écouté le débat « Faut-il fermer les régions ? » à l’émission « Il va y avoir du sport » de Télé-Québec. S’y affrontaient, sous l’arbitrage de l’animatrice Marie-France Bazzo, le truculent Stéphane Gendron, maire de Huntingdon et le wanna-be lucide Gérard Beaudet, directeur d'urbanisme de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, tous deux dans le coin des « pro », face à Roméo Bouchard, le coloré et un peu folklorique ex-président de l'Union paysanne, assisté de « notre » Marc-Urbain Proulx, économiste, 2025 visionnaire et professeur à l’UQAC du côté des « contre ».

Je résumerais l’argumentation ainsi : « c’est dommage mais il faut fermer les régions parce que nous n’avons plus les moyens financiers de les soutenir », disent les pro; « mais non, rétorquent les contre, ce vaste territoire fait partie de notre histoire et de notre identité, nous y avons trop construit pour y renoncer ».

Ça m’a rendue furieuse. Mais rassurez-vous, j’ai préféré dormir là-dessus et je suis un peu plus calme ce matin pour vous expliquer pourquoi. De nombreux aspects de ce débat m’ont irritée; il y aurait matière à écrire toute une série ! Je me limiterai pour l’instant à vous parler d’une question cruciale qui a été totalement évacuée.

Le côté manquant de l’équation

C'est drôle comme les gens qui veulent avoir l'air le plus pragmatique passent parfois à côté d'évidences ! Fermer les régions parce que ça coûte trop cher de les soutenir, je veux bien. Si c'est vrai... Puisque l'idée du débat était d'oser poser des questions dérangeantes et de prendre à contre-pied ce qui ressemble à des certitudes, pourquoi personne n'a demandé combien il en coûterait de fermer les régions ressources ? Coût-bénéfice, t'sé veux dire ???

Même monsieur Proulx a laissé passer ça ! Un économiste… C’est dire à quel point les régionaux sont en train de devenir des gens moroses, sur la défensive et prêts à accepter tous les coups! Bon ça va, je vous pardonne monsieur Proulx, parce que les débats télé sont pleins de contraintes et parce que vous vous donnez vraiment beaucoup de mal pour essayer de secouer la région et pour identifier des voies qui lui redonneraient vie.

Zéro prospective

Plus de 850 000 personnes vivent actuellement dans les six régions ressources du Québec. Soyons conservateurs et imaginons que 500 000 personnes les quittent et viennent grossir la population métropolitaine. Pour imager, c'est plus que la population entière de la région des Laurentides et un peu moins que celle de la ville de Québec. Alors, combien ça coûterait, mettre en place les infrastructures pour accueillir tous ces gens ? Il ne faudrait tout de même pas s'imaginer que tout le monde va aller se disperser sagement et se répartir uniformément entre Québec et Montréal: même si le mouvement de fermeture des régions ressources s'étalait sur une génération, le résultat net serait très certainement une concentration accrue aux endroits où il y a déjà concentration.

Alors, messieurs les réalistes attristés qui regardent en face les décisions difficiles: combien de ponts, d'autoroutes, pour satisfaire les besoins de tous ces nouveaux habitants? Pour aider à calculer, trois petits chiffres juste comme ça: un milliard pour le métro de Laval, 500 millions pour l'autoroute 30, 400 millions pour l'autoroute 25. Pour des gens qui veulent récupérer l’argent des régions pour l’injecter dans le réseau de la santé, ça en fait des "équivalents de lits d'hôpital", ça !

D'autant plus qu'avec une concentration accrue de la population, on ne va pas régler les problèmes de santé associés à la pollution des villes. On estime déjà à 1 500 par année le nombre de décès prématurés attribuables aux épisodes de smog intense à Montréal. Et c'est sans compter l'augmentation des hospitalisations liées aux problèmes connexes: maladies cardio-respiratoires, asthme, allergies... Ça aussi ça en fait des lits d'hôpital ! C'est bête, parce qu’il en manque déjà, des hôpitaux dans la couronne de Montréal. Il va bien falloir en construire de nouveaux n'est-ce pas ? Juste pour donner une petite idée de ce que ça pourrait représenter: la construction du CHUM est estimée à 1,5 milliard de dollars, celle du CUSM (McGill) à 1,6 milliard de dollars et on compte dépenser 503 millions de dollars pour revamper le CHU Ste-Justine.

Eh non, les habitants des régions ressources n'amènent pas avec eux leurs hôpitaux quand ils déménagent dans les grands centres. Ni leurs écoles, ni leurs résidences pour personnes âgées. Au mieux, ils amènent leur char...

De la vision, de la vision, bordel !

Alors avant d'affirmer sérieusement qu'il faut renoncer aux régions et à toutes les ressources et infrastructures qu'elles contiennent parce que ça coûte trop cher de les maintenir, j'aimerais bien qu'on quantifie un peu l'alternative. Et qu'on regarde sérieusement en avant pour imaginer quel genre de vie et quel genre de société ça donnerait. Tant qu'à parler pour parler...

On a souvent tendance à penser qu'il vaut mieux faire table rase que de construire à partir de ce qu'on a. C'est dommage car au lieu de profiter de nos expériences, cette approche à courte vue nous amène à créer de nouveaux problèmes pires que ceux qu'on pensait régler.

Je crois que les régions ressources ont besoin de se redéfinir, tout comme la métropole doit le faire parce que ce sont les bases historiques de toute l'économie du Québec qui changent avec la nouvelle donne mondiale. Je pense aussi que le clivage et la confrontation Montréal-régions sont bien futiles devant des problèmes aussi importants.

Je crois que, tant dans les régions que dans la métropole, il faut arrêter d'essayer de mettre la faute sur l'autre et de dire que c'est l'autre qui coûte trop cher. Les solutions passent par une nouvelle dynamique fondée sur la complémentarité et l'interdépendance. Se chicaner sur la grosseur des pointes de tartes est stupide et sans avenir: il faut plutôt définir ensemble comment on pourrait bien acheter la pâtisserie...

Ouf ! ça m’a fait du bien d’en parler…

21 septembre 2006

 

Quand tout va mal... Vraiment?


Par Sylvain Gaudreault

Qui a remarqué la une du Quotidien mercredi, 20 septembre ? Une photo couleur qui prenait le tiers de la page illustrait la démolition de l’usine Port-Alfred d’Abitibi-Consolidated. Le titre ? « Port-Alfred CROULE » (avec les majuscules s.v.p.). Juste en haut, sur une bande qui faisait toute la largeur de la page, noir sur blanc : « Alcan et le syndicat sur le pied de guerre à Alma ». Sur la droite, tout à côté de la démolition de l’usine, une photo du pape Jean 1er : « Le maire Tremblay veut un quai ». Le lien direct avec l’avenir du site de l’ancienne usine est on ne peut plus clair…

Et c’est ainsi que va l’actualité sur la planète Saguenay-Lac-Saint-Jean. Un seul journal, propriété d’un des plus grands groupes de presse du Québec, Gesca, filiale de Power Corporation, détermine le climat social de toute une collectivité. Les autres médias, radios et télés, ressassent les mêmes nouvelles. Si vous n’êtes pas dans Le Quotidien, vous n’existez pas.

Et pourtant…

Et pourtant… En ce mercredi, il y avait matière à faire de bonnes nouvelles, positives, qui requinquent une région. Mais non… Il fallait se rendre à la page 6 du Quotidien pour enfin tomber sur LA bonne nouvelle qui aurait dû faire la une. Hé oui ! La rédaction du journal a choisi de traiter les indicateurs de persévérance scolaire des jeunes de la région après les articles et photos couleur des funérailles d’Anastasia De Sousa et de son meurtrier, le papier sur la démolition de l’usine Port-Alfred, l’article sur les rumeurs de grève à l’Alcan d’Alma, et même après les strings des infirmières. Les études du Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire (CRÉPAS) ne se méritaient même pas une page impair, la première que les lecteurs regardent.

Étant d’un naturel optimiste, je me suis précipité à la page éditoriale pour lire l’opinion du journal sur le fait que les jeunes du Saguenay-Lac-Saint-Jean se démarquent sur la scène québécoise quant à la persévérance scolaire. Mais non ! Carol Néron a plutôt choisi de parler avec légèreté de l’agenda des prochains mois du ministre Jean-Pierre Blackburn : « Du pâté chinois au menu automnal de J-P Blackburn ». Et jeudi ? Il n’est pas encore trop tard pour féliciter les jeunes de la région qui ont le meilleur taux de « diplomation » de tout le Québec. Allez, un petit effort Carol ! Hé bien non ! L’éditorialiste régional persiste et signe : « Croisières : les mauvaises surprises de la météo ». Misère ! Faut-il en rire ou en pleurer ? Décidément, il n’y a rien à faire. Le pessimisme est roi au 1051, boulevard Talbot.

Information et climat

Nous savons déjà que l’information est au cœur de la démocratie. Mais elle est aussi un maillon essentiel du développement d’une collectivité. Elle détermine l’actualité. Elle insuffle un climat social.

Je ne dis pas qu’il faille cacher les moins bonnes nouvelles. Je pose simplement les questions suivantes : ce jour-là, quelle était la nouvelle la plus importante entre la bonne performance scolaire des élèves et la démolition d’une usine abandonnée ? Quel événement risque d’avoir l’impact à plus long terme sur la région entre le transfert de cadres d’Alcan « au cas où » et la persévérance scolaire des jeunes ? Qu’est-ce qui touche davantage les gens d’ici entre les funérailles de la jeune De Sousa et la réussite de centaine d’adolescents du Saguenay-Lac-Saint-Jean ? Si la une du Quotidien de ce triste mercredi était l’exception, je n’en parlerais pas dans L’Oiseau-mouche. Malheureusement, ce type de couverture est courant de la part du Quotidien.

Vous êtes fatigués des sudokus et autres mots-croisés ? Je vous invite à essayer un nouveau jeu : faites votre propre couverture de presse en fonction des nouvelles publiées dans Le Quotidien. Outre l’exercice pédagogique qui vous éclairera sur le merveilleux monde des médias, vous constaterez peut-être que ça ne va pas aussi mal dans la région qu’on aime le dire. Vous en viendrez aussi à vous convaincre que parler de malheurs, de sang et de drames, ça fait vendre davantage de papier que la réussite scolaire des jeunes. Quelle est la règle d’or des barons de la presse ? Entretenir les malheurs d’une région est directement proportionnel au bonheur des actionnaires.

16 septembre 2006

 

Changer le monde en faisant les poubelles


Par Denise Turcotte

Elle m’avait dit : «Tout le monde devrait vivre une expérience comme celle-là au moins une fois dans sa vie !». Ça m’a intriguée parce qu’à première vue, gérer les poubelles d’un événement majeur m’apparaissait plus comme une corvée monstrueuse que comme l’expérience d’une vie.

Hélène Côté est ingénieure-chimiste. Elle est également étudiante au programme d’études supérieures en éco-conseil de l’UQAC. Lors de l’Expo-science pancanadienne qui s’est tenue à Saguenay le printemps dernier, elle a réalisé un stage qui s’inscrivait dans la philosophie « zéro déchet, zéro carbone » de l’événement. Afin de mesurer les résultats de cette approche, elle devait entre autres contrôler les déchets de trois cafétérias mises à la disposition des participants. Une dizaine de jours, environ mille personnes, trois lieux pour manger : la base de Bagotville, où logeaient les jeunes exposants, le Cégep de Chicoutimi et l’UQAC. Plus de 20 000 repas servis, des tonnes de nourriture et de vaisselle, des dizaines de poubelles…

Une observation révélatrice

Et qu’apprend-t-on, Hélène, quand on passe dix jours à surveiller des poubelles de cafétéria ? Elle commence par rire un peu, bien consciente que son affectation n’était pas banale et qu’elle comportait tout de même un petit côté loufoque.

«D’abord, si j’étais gérante de cafétéria, c’est près des poubelles que je me tiendrais : on voit tout de suite les plats qui marchent et ceux qui ne marchent pas ! Un dessert que tout le monde envoie à la poubelle après l’avoir à peine entamé, ça veut dire quelque chose !» Bien sûr. Au-delà de la boutade, on oublie souvent qu’éviter de produire de la non-qualité peut avoir des avantages à la fois écologiques et économiques. Non seulement les plats qui vont directement à la poubelle constituent un gaspillage évitable, mais ils nuisent également au succès d’affaires de ceux qui les servent.

Et puis Hélène me parle de l’impatience, de l’hésitation des jeunes à prendre le temps de trier les déchets dans les poubelles pourtant bien identifiées et malgré toute l’information fournie aux participants sur les objectifs de développement durable que s’est donnée l’Expo-science. Je croyais qu’ils étaient bien plus conscientisés que nous, les jeunes ! «Pas si sûr», répond Hélène.

Je suis déçue ! Le sauvetage de la planète par une prochaine génération plus sage que la nôtre n’est donc pas acquis ? «Il y a encore pas mal de travail à faire, nuance Hélène. Et encore, on avait affaire à des jeunes intéressés à la science, des jeunes qui sont plus facilement sensibilisés à l’environnement. Mais aussitôt que c’est un tout petit peu compliqué, ils abandonnent rapidement. Il faut surveiller, être tenace, rappeler les consignes».

Des aliments délicieux passent brutalement au stade honni de déchet : «C’est drôle ! remarque Hélène. Pour certains jeunes, il est impensable de racler son assiette pour la vider dans la poubelle. Ils ne veulent pas toucher les restes d’aliments qui sont perçus comme quelque chose de sale et dégoûtant. Pourtant, à peine quelques instants avant, ils léchaient la même sauce sur leurs doigts.»

Je comprends qu’il faut sans doute revoir la conception qu’on se fait des déchets : tant qu’on les perçoit uniquement comme des nuisances dégueulasses, il est difficile d’imaginer comment on peut les valoriser, en faisant du compost par exemple. On a plutôt tendance à vouloir les éloigner de nos yeux au plus vite sans réfléchir à tous les problèmes qu’ils nous causent. C’est paradoxal : faire disparaître rapidement les déchets nous assure de vivre dans un milieu propre, mais en même temps, cela nous empêche de prendre conscience du problème et de travailler à le réduire.

Les enseignements

De ces dix jours, Hélène ressort troublée par l’ampleur du gaspillage : «Pourquoi des grosses portions dont on jette la moitié ? Pourquoi ne servirait-on pas des plus petites portions, en donnant la possibilité à ceux qui en veulent davantage d’être servis à nouveau ?» Si chaque personne pouvait gérer des déchets pendant quelques jours, pense-t-elle, chacun serait amené à questionner davantage ses choix de consommation, les quantités, la durée de vie, l’emballage.

À son avis, tant qu’il n’y aura pas de mesures pour forcer les gens à prendre conscience de la quantité de déchets qu’ils génèrent, il sera difficile de changer les mentalités et les comportements. Elle pense à la facturation des ordures ménagères selon leur volume ou leur poids, un mécanisme qui rendrait rapidement les choses plus concrètes pour les citoyens. Elle insiste cependant sur le fait qu’on ne règlera rien en misant uniquement sur la facturation. On se souvient tous de voisins ou de parents qui allaient «dumper leurs cochonneries dans le bois» avant que la collecte gratuite fasse disparaître ce genre de pratiques sauvages. Il faut donc commencer par sensibiliser et éduquer avant de penser à des mesures coercitives.

En revanche, l’expérience démontre à Hélène qu’il est possible de réduire au minimum l’impact environnemental d’un événement majeur comme l’Expo-sciences si on y met l’énergie qu’il faut. Et si on planifie tout en conséquence.

D’abord réfléchir

Aux quatre «R» de «réduire», «réutiliser», «recycler» et «récupérer», qui constituent le modus operandi d’une gestion des déchets responsable, j’en ajouterais un cinquième pour «réfléchir». C’est qu’en discutant avec Hélène, j’ai réalisé qu’une partie importante de son travail s’est effectuée bien avant l’arrivée des exposants. En effet, pour parvenir à réduire au maximum les déchets, elle a commencé à participer à des rencontres plus d’un an et demie avant la tenue de l’Expo-sciences.

Il a fallu sensibiliser les partenaires, penser à tout ce qui pouvait générer des déchets et imaginer des moyens d’éviter autant que possible d’en produire. Par exemple, remplacer la vaisselle jetable par de la vaisselle lavable, fournir des gourdes aux jeunes pour éviter la prolifération des bouteilles d’eau en plastique, prévoir les installations de tri, et ainsi de suite. Il a aussi fallu concevoir les appels d’offres en conséquence pour exiger des traiteurs qu’ils fournissent de la «vraie» vaisselle, qu’ils bannissent les verres de polystyrène, et ainsi de suite.

Si tous ces gestes qui semblent bien évidents ont nécessité une mobilisation considérable, c’est que nous sommes bien loin d’avoir développé les réflexes qui pourraient nous amener à réduire significativement la quantité de déchets que nous générons. Il va pourtant falloir s’y mettre, et vite : les municipalités importantes et les municipalités régionales de comté doivent adopter des plans de gestion des matières résiduelles (PGMR) pour réduire de 65% les matières envoyées à l’enfouissement d’ici 2008.

«Gros défi devant !», conclut Hélène. Mais y a-t-il de l’espoir ? «Bien sûr, répond-elle. On vient de démontrer que c’est possible de le faire pour un événement majeur si on y croit et qu’on met l’énergie nécessaire. Mais pour obtenir des résultats dans chaque institution et dans chaque maison, il va falloir beaucoup, beaucoup d’éducation et de sensibilisation».

Ça commence peut-être par un petit tête-à-tête avec nos vidanges respectives, qu’en dites-vous ?

PS : Merci beaucoup à Hélène Côté qui a généreusement accepté de partager ses réflexions avec moi afin que je vous les fasse partager à mon tour.

Pour aller plus loin :

Recycl-Québec : http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/client/fr/accueil.asp. On y propose notamment le Bilan 2004 de la gestion des matières résiduelles et des conseils sur la façon de gérer les matières résiduelles à la maison, au bureau, à l’école et dans les municipalités.

La politique québécoise de gestion des matières résiduelles, sur le site du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs : http://www.mddep.gouv.qc.ca/matieres/mat_res/index.htm


14 septembre 2006

 

L'humiliation est une bombe à retardement


Par Pascal D'amours

Au cours des derniers jours, nous avons été témoins d'une multitude de réactions par rapport à la tuerie du Collège Dawson. De la culture gothique au registre des armes à feu, tout y est passé. Tout ou presque... J'aimerais aborder ici un angle que je n'ai pas vu au cours de mes lectures de journaux ou de blogues: j'aimerais mettre en parrallèle notre réaction à ce massacre et notre réaction à la menace terroriste.


De Dawson à Washington: l'obsession sécuritaire

Lorsque des kamikazes percutent des grattes-ciel en avion ou que des tireurs fous s'introduisent dans nos écoles, les premières pensées de plusieurs nord-américains sont les mêmes: "Comment ont-ils pu faire ça ?" ou alors "Comment empêcher la répétition du massacre ?" Notre réflexe premier est un réflexe sécuritaire. Nous pensons qu'en régissant les armes à feu, qu'en émettant des certificats de sécurité, qu'en ajoutant un peu partout des caméras de surveillance, nous serons plus en sécurité. Or, cette attitude est une illusion, mais nous voulons croire en cette illusion.

Des détecteurs de métal à la porte de nos écoles jusqu'au contrôle étanche de nos frontières, la logique de notre réaction aux deux phénomènes est la même. Nous réagissons à la violence en tentant de contrôler ses effets plutôt que de chercher à en comprendre les causes. Nos autorités passent une éternité à tenter de contenir les excès de la violence mais se soucient pas ou peu de ses mécanismes. Pour imager, j'ajouterais qu'au lieu de désamorcer les bombes, nous contruisons des cages de verre autour d'elles.

La guerre au terrorisme telle que pratiquée par Bush et Harper est une utopie. On s'attaque aux effets de la haine plutôt que de s'attaquer aux causes. À travers toute l'orgie des discours sur la sécurité (contrôle des frontières, suspension des droits, etc.), pourrait-on prendre deux secondes pour réfléchir aux causes de la folie terroriste ? Et si l'on tentait de briser la spirale de la haine plutôt que de simplement faire la guerre au terrorisme, aurait-on plus de chances de réussite ?

Bien souvent la cause de la violence prend naissance dans un sentiment d'humiliation et de haine. Par exemple, les musulmans radicaux se sentent humiliés par l'Occident. Humiliés par la politique étrangère américaine dans la région. Humiliés par le sort de leurs frères Palestiniens. Si le Canada et les États-Unis avaient travaillé sérieusement à une solution durable au problème Palestinien, je vous affirme qu'il y aurait aujourd'hui beaucoup moins de terroristes que le 11 septembre 2001. C'est pourtant l'inverse qui se produit et le nombre de terroristes augmente de jour en jour chez les jeunes musulmans vivant un sentiment d'aliénation.

Kamikazes terroristes ou tueur fou comme Kimvert Gill, dans les deux cas la haine trouve souvent sa source dans une forme ou une autre d'humiliation. Dans le cadre d'une mécanique déviante, la haine semble se transformer progessivement en délire puis en folie meurtière.


Travailler sur les causes de la haine

Malgré les débordements médiatiques incroyables ces jours-ci autour de la tuerie de Dawson (on cherche les trous dans les murs au Collège Dawson, on fait le pied de grue devant la demeure familialle afin de recueillir des larmes, etc.) il y a quand même quelques articles ou chroniques intéressantes dans les journaux. Au lieu de se poser l'éternelle question «Comment ?», de rares observateurs se demandent «Pourquoi ?» et cherchent à comprendre les motifs de la haine.

Depuis quelques années, notre société a consacré beaucoup d'énergie contre la violence congugale ou les enfants maltraités, ce qui a permis des avancées considérables au chapitre de la sensibilisation et de la dénonciation. Nous n'avons qu'à penser à la portée sociale du documentaire «Les voleurs d'enfance» par exemple. Cependant, il appert que bien souvent notre réflexion s'est arrêtée à la cellule familiale ou immédiate, comme si elle représentait le seul vecteur de déterminisme social. IL est étonnant de constater la faiblesse de notre réflexion concernant la violence, le mépris, l'humiliation et l'intimidation entre les enfants. Nous avons trop souvent tendance à banaliser ces comportements en affirmant: « Ce ne sont que des jeux d'enfants ! ». Bien sûr, nous avons entendu parler ici et là d'actions contre le taxage et l'intimidation à l'école, mais jamais cette question n'est devenue une «question sociale» au même titre que la maltraitance. Je ne suis pas spécialiste, mais j'ose affirmer qu'il y a là un embryon important de la violence dans notre société.

À ce sujet, je vous invite en terminant à lire l'excellente chronique de Stéphane Laporte de La Presse sur les «rejets»:

http://www.cyberpresse.ca/article/20060914/CPBLOGUES08/60914081&blogdate=20060914&cacheid=20060914

12 septembre 2006

 

Faut-il tuer René Lévesque?


Par Sylvain Gaudreault

Avec la rentrée culturelle et télévisuelle, Radio-Canada a planifié tout un battage publicitaire autour de sa nouvelle série intitulée familièrement René. Peut-être que la société d’État essaie de se reprendre pour le fiasco de l’autre série sur le même personnage tournée au début des années 1990 avec un Denis Bouchard qui avait sombré dans la caricature grotesque…

En tout cas, avec cette nouvelle série, Radio-Canada contribue à mythifier davantage l’ex-premier ministre. René Lévesque en avait-il réellement besoin ? Faut-il s’attarder à l’homme jusqu’à fouiller son intimité ? Quant à moi, je préfère me concentrer à actualiser la cause qu’il a incarnée.

Ti-Poil, une idole ?

Bien qu’étant souverainiste, je commence à en avoir assez de la déification de René Lévesque. Ma crainte, c’est que cette admiration se mute en une idolâtrie qui s’attarderait au messager plutôt qu’au message. Prenez par exemple la décevante chanson des Cowboys fringants, « Lettre à Lévesque », dans laquelle le joyeux groupe s’excuse pourtant d’en ajouter à l’éloge :

« Mais loin de moi, René
L’envie d’en beurrer épais
Ou de trop te glorifier
Le monde l’a déjà assez fait
»

Hmm… Pas très convaincant ! Surtout que plus loin, les Cowboys entament le refrain :

« À part de ça mon Ti-Poil
La vie es tu moins plate au ciel ?
Parce qu’ici les temps sont un p’tit peu sombres
J’te dis ça d’même mais r’vire toi pas dans ta tombe
»

J’aimerais d’abord qu’on m’explique cette manie de tutoyer René Lévesque : Ti-Poil par ici, René par là… Si on veut en faire un héros national, ne faudrait-il pas commencer par respecter le personnage ? Imaginez un peu les Français surnommer le Général de Gaulle « Charlot »…

Il ne faut pas oublier que René Lévesque a quitté la politique dans la disgrâce en 1985. Il avait été abandonné par quelques uns de ses plus proches collaborateurs. De même, bon nombre d’électeurs ne lui ont pas pardonné les fameuses « coupures de ‘82 » dans les salaires des fonctionnaires, notamment les enseignants qui avaient contribué à le porter au pouvoir en 1976.

De plus, le culte à Ti-Poil (ça sonne drôle, ne trouvez-vous pas ?) complique drôlement la tâche à ses successeurs. Durant la course au leadership du Parti Québécois, l’an passé, j’ai souvent entendu des militants qui cherchaient parmi la dizaine de candidats un « René Lévesque ». Mais c’est impossible ! Lucien Bouchard, Bernard Landry et maintenant André Boisclair ont souvent été comparés au père fondateur du parti. Il n’existe pas de recette pour recréer René Lévesque tel qu’on le fantasme presque vingt ans après sa mort. En 2006, le Québec a des leaders représentatifs de notre société telle qu’elle a évolué. Il est proprement inutile de chercher des clones de Ti-Poil.

Que faire de l’héritage ?

Comprenez-moi bien ! Somme toute, je suis heureux de constater que la société québécoise se cherche des modèles ailleurs qu’à Star Académie, particulièrement en politique, milieu honni et première victime du cynisme ambiant. René Lévesque était un homme imparfait mais qui a indéniablement agi en politique en fonction de principes fondamentaux comme le respect de la démocratie. Voilà un superbe exemple d’engagement citoyen auprès des jeunes.

En revanche, je serais déçu de constater que cette admiration envers un homme est incapable de dépasser le stade de l’idole. Est-il plus important de lui pardonner ses infidélités conjugales ou de se mobiliser pour répondre à son appel lancé le soir du 20 mai 1980 : « À la prochaine fois ! » ? Attention : je ne dis pas qu’il faille tuer René Lévesque de notre mémoire collective. Par contre, je crois qu’il ne faut pas le sublimer non plus. Il faut simplement faire renaître son héritage. Mais comment actualiser l’essentiel du discours de Lévesque ?

Comme souverainiste, je suis fier de me réclamer de l’héritage de René Lévesque. Toutefois, un héritage n’est pas fait pour dormir dans les coffres. Il faut le faire fructifier. Jacques Parizeau lançait à ses troupes : « sortir, parler, convaincre ». Bien sûr, il faisait référence à la nécessité du projet souverainiste pour assurer l’avenir du Québec. À quel endroit l’héritage de René Lévesque est-il le plus rentable ? Dans le confort de son salon à verser dans la nostalgie devant son petit écran ou dans la rue à convaincre son voisin de voter « oui » la prochaine fois ?

09 septembre 2006

 

TRANSPARENCE pour les nuls


Par Denise Turcotte

Étrange réponse du maire de Saguenay, cette semaine, à la Fraternité des policiers qui s’étonnait des contradictions de l’administration municipale. Alors que le maire refuse catégoriquement la mise en place d’une équipe d’endiguement, la Fraternité apprend qu’une résolution du Comité exécutif demandait récemment au ministère des Affaires municipales d’absorber les coûts de la mise en place d’une telle équipe. Et le maire de répondre, sur un ton condescendant :
«Si y suivent pas les résolutions d’la Ville qui les concernent, font pas leu job là ! Si y sont pas au courant là, chu pas pour les prendre par la main pis leu fére l’école…». (Déclaration de Jean Tremblay, bulletin de nouvelles de CBJ-Radio-Canada, 6 septembre 2006)

Je ne disserterai pas sur l’à-propos pour la Fraternité des policiers d’asseoir un de ses membres devant le bureau du greffier afin de surveiller le passage des résolutions. En revanche, il y a longtemps que je trouve que la Ville fait bien pitié dans sa façon de rendre publics ses documents. Je ne comprends pas comment il se fait que les procès-verbaux des assemblées du conseil de ville, du comité exécutif et des conseils d’arrondissement ne sont pas systématiquement rendus disponibles sur Internet, tout comme le budget, le plan triennal d’investissement et le rapport financier annuel.

En fait, depuis que la Ville a finalement mis en ligne son site web, j’ai la nette impression qu’il s’agit d’une coquille ville qui ne contient pratiquement pas d’informations consistantes. Et j’avoue aussi que je digère très mal que la culture y figure comme sous-élément de la rubrique «Tourisme». Comme si la culture, c’était seulement «pour la visite» ! Comme si ça n’était pas partie intégrante de notre vie à nous, habitants des lieux! Mais ça c’est une autre histoire, j’y reviendrai peut-être un de ces jours.

La déclaration de Jean Tremblay m’a tout de même fourni un bon prétexte pour vérifier ma perception sur la vacuité du site web de Saguenay. Je viens de me payer une petite virée sur les sites Internet de toutes les villes québécoises de plus de 20 000 habitants. Juste pour voir. Il y en a cinquante-deux.

Piètre figure

Non, ce n’était pas le fruit de mon imagination : Saguenay est vraiment le cancre de la classe avec son site web dépourvu d’informations que la plupart des autres villes rendent accessibles aux internautes. J’ai concentré mon attention sur quatre éléments : les procès-verbaux des assemblées, le budget, le rapport financier et le plan triennal d’investissement.

Il n’y a que 9 des 52 villes qui, comme Saguenay, ne rendent aucun de ces documents disponibles sur le web. Et parmi les villes de plus de 100 000 habitants, Saguenay est la seule à se comporter ainsi. En fait, 34 villes (65 % de l’échantillon) rendent disponibles au moins deux types de documents. Le tableau présenté à la fin de ce texte montre les détails de ma recherche.

Au passage, j’ai constaté que plusieurs villes ont garni leur site web d’une foule d’informations intéressantes et de liens pertinents avec les organismes de leur milieu. En plus de la programmation culturelle complète et du bottin des organismes communautaires et sportifs de la ville, ils fournissent des informations pertinentes pour les investisseurs, les organisateurs de congrès ou les nouveaux habitants. Certains sites donnent également accès à des outils comme des listes de locaux commerciaux disponibles, ou encore la liste des appels d’offre (et les résultats des appels d’offre passés). J’ai même trouvé, sur les sites de Trois-Rivières et de Shawinigan, un «carrefour giratoire animé» qui explique de façon très visuelle comment il faut conduire son véhicule dans ce genre d’intersection. Bref, les sites des autres villes sont pleins d’exemples inspirants.

Pas d’excuses

On pourrait se dire que c’est une question de choix, que Saguenay met ailleurs son énergie pour communiquer avec ses citoyens. Mais hélas, je crois que c’est loin d’être le cas. Par exemple, on pourrait croire que Saguenay est très «hot», puisqu’elle donne accès en ligne au rôle d’évaluation. Mais non : presque toutes les autres villes offrent cette possibilité. C’est la même chose pour les services en ligne des bibliothèques. De plus, la plupart des villes (34 sur 52, soit les deux tiers) offrent sur leur site une version électronique du bulletin municipal qu’elles publient. Dans plusieurs villes, on peut même s’abonner pour recevoir automatiquement les procès-verbaux, les communiqués ou le bulletin.

On est bien loin de cela à Saguenay, puisqu’il n’y a pas de publication municipale à part la très fade programmation des activités que nous avons récemment reçue. Vous savez, c’est cette brochure où le seul mot qui ressort est le mot « division », écrit en beau noir bien gras en haut de chaque page. Vous n’avez pas remarqué ? Je vous ai reproduit une page, prise au hasard. On pourrait en parler à monsieur Delisle du Palais municipal tiens, il paraît qu’il a des ressources de marketing qui ont du temps en trop à vendre… Ils pourraient sans doute aider à rehausser l’apparence de la brochure.

Je comprends que tout l’argent a servi à faire le magnifique dépliant couleur qui nous expliquait sur papier glacé combien nous serons prospères grâce aux croisières, mais tout de même, ce serait bien qu’il reste un peu de fonds pour informer correctement les gens de ce qui se passe dans leur ville !

Et surtout, qu’on ne me dise pas que c’est trop cher ! On peut transférer un document en format PDF en quelques secondes à peine et il existe pour le faire des logiciels comme PDF995, qu’on peut télécharger gratuitement. Et puis je vous écris sur un blogue gratuit, c’est bien la preuve qu’on peut mettre de l’information en ligne à peu de frais !

Franchement, il n’y a vraiment pas d’excuses pour ne pas rendre disponibles les documents municipaux sur Internet. La technologie est là, elle est accessible et même les gens qui n’ont pas d’ordinateur peuvent y avoir accès dans les institutions d’enseignement ou dans les bibliothèques publiques. Avouons que c’est bien plus pratique que de se rendre à l’hôtel de ville et bien plus économique que de payer les frais de photocopie.

En fait, à la lumière des informations que nous donne l’analyse des sites web des autres villes québécoises, on peut même se demander très sérieusement si l’administration de Saguenay ne se complait pas dans le secret. Ou si ses bonzes ne préfèrent pas garder un contrôle absolu sur toute l’information qui sort. Il est vrai que des internautes qui consultent les documents dans l’anonymat de leur sous-sol, ça peut être plus embêtant que des gens à qui on sait exactement quel document on a remis et quand. Et je ne parle même pas des journalistes…

Voyons Monsieur le Maire, va-t-il falloir qu’on vous prenne par la main pour vous montrer à quoi ressemble la transparence municipale au XXIe siècle ?

Pour aller plus loin :

Les sites web des villes de Montréal (http://ville.montreal.qc.ca/) et Québec (http://www.ville.quebec.qc.ca) sont très complets. Voici aussi quelques sites municipaux qui pourraient inspirer Saguenay :

Villes de plus de 100 000 h :

Villes moins populeuses:

Question de comparer, les autres villes de la région :

Et une mention spéciale à deux municipalités de la région:

Voici finalement un tableau qui compare les sites des 52 villes québécoises de plus de 20 000 h en ce qui concerne la disponibilité en ligne de quatre types de documents publics:


06 septembre 2006

 

On ne boira plus de Saguenay Dry chez les Industries Tanguay!


Par Sylvain Gaudreault

« Il n’y a plus rien de vrai » : voilà ce que je me suis dit quand j’ai appris coup sur coup la disparition du Saguenay Dry et la fermeture des Industries Tanguay. Vous riez ? Ce n’est pourtant pas drôle. Sans rapport apparent, ces deux nouvelles révèlent pourtant un dénominateur commun fort évocateur sur l’état de l’économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Comme s’il fallait en ajouter après la fermeture des usines d’Agropur à Chambord et d’Abitibi-Consolidated à Port-Alfred, le Saguenay-Lac-Saint-Jean est victime encore une fois de la mondialisation et de son sous-produit, la délocalisation.

Saguenay Dry

Il y a deux manières de prendre la nouvelle sur la disparition du Saguenay Dry des tablettes des épiceries régionales. Soit qu’on en rit béatement (comme Doris Larouche sur les ondes matinales de CBJ, le mercredi 30 août dernier) et qu’on prend le tout à la légère, telle une anecdote parmi d’autres à propos d’un vague restant du terroir saguenéen : avec Saguenay Dry meurt aussi la célèbre recette secrète du caribou du Père Alex ! Soit qu’on déplore la disparition d’une boisson qui a somme toute contribué à la construction du sentiment d’appartenance régionale et qu’on y voit un symptôme de plus d’une région en mutation sur le plan économique. Quant à moi, je préfère cette dernière analyse qui me porte vers la recherche d’alternatives.

Saguenay Dry était brassé et embouteillé depuis les années 1930 par Liqueurs Saguenay. Cette entreprise a été achetée par la multinationale Pepsi au début des années 2000. Imaginez un peu ! Il est évident qu’un petit marché comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne peut justifier sa propre marque de « ginger ale ». Pepsi ne vendait que 3 000 caisses par année de la liqueur douce rendue notamment célèbre par l’auteur, compositeur et interprète Guy-Philippe Wells. Trois milles caisses par année, c’est un grain de sable dans le lot des Pepsi, 7-Up et autres « cream soda ».

Bien sûr, encore faut-il que la multinationale veuille moindrement promouvoir son produit… Avez-vous déjà essayé de trouver un paquet de six bouteilles de 710 ml de Saguenay Dry ? Impossible ! Plusieurs épiceries, dépanneurs et supermarchés ne tenaient plus de Saguenay Dry en inventaire, et ce, depuis longtemps. Visiblement, Pepsi n’avait aucune stratégie de marketing autour de ce produit. Faut-il s’étonner de sa mort ? Il faut plutôt se surprendre que Saguenay Dry ait résisté aussi longtemps…

Industries Tanguay

Fondée en 1955 par un « p’tit gars » de Saint-Prime, Jean-Paul Tanguay – « notre Armand Bombardier à nous », a lancé le maire Bernard Généreux – les Industries Tanguay se sont taillées une place dans la fabrication de machineries pour l’industrie forestière. Voilà un bel exemple de la culture entrepreneuriale qui fait tant défaut, semble-t-il, à notre région. Jean-Paul Tanguay avait su saisir l’opportunité qu’offraient les ressources naturelles pour proposer un produit manufacturé ici, par des gens de chez-nous, puis exporté. Le modèle parfait, quoi !

À la fin des années 1980, alors que les discours en faveur du libre-échange tous azimuts et des « rationalisations » sont populaires, le fleuron de Saint-Prime est vendu au Groupe Canam-Manac de Saint-Georges de Beauce, une entreprise en pleine croissance qui a aujourd’hui des places d’affaires ailleurs au Canada, aux États-Unis, en Inde et jusqu’en Roumanie. Cette entreprise inscrite à la bourse de Toronto est présidée par Marcel Dutil. Elle détient 11 usines spécialisées dans la fabrication de produits de construction mis en marché par neuf segments d’affaires dans les secteurs commercial, industriel et résidentiel. Elle compte des centaines d’employés.

En 2004, une réorganisation majeure du groupe entraîne la vente de Manac et d’Industries Tanguay bien que ces deux entreprises restent dans la grande famille Dutil (Industries Canada indique encore en mai 2006 que Marcel Dutil est chef de la direction d’Industries Tanguay). Ça sent la soupe chaude… Deux ans plus tard, la centaine d’employés et la communauté locale de Saint-Prime se retrouvent le bec à l’eau. Le contexte (prétexte ?) de la situation précaire de l’industrie forestière offre une belle porte de sortie pour les propriétaires. La langue de bois des actionnaires a rendu son verdict : perte de rentabilité, très faibles perspectives d’amélioration à moyen terme, etc. Il n’y a rien là pour donner de l’espoir aux travailleurs, dont plusieurs sont âgés et ont peu de chances de se reclasser dans l’industrie.

Comme Saguenay Dry, les Industries Tanguay sont les victimes de la délocalisation, soit le changement d’emplacement du centre décisionnel – voire de la production – d’une entreprise. Les nouveaux propriétaires n’ont aucun intérêt ni aucune appartenance à l’endroit de la région d’origine de l’entreprise ou du produit. Dans les grands livres comptables des multinationales, la liqueur folklorique (quel est son nom déjà ?) n’est pas rentable et la PME d’un bled du Lac-Saint-Jean n’en vaut plus la peine. Pour les actionnaires soucieux de leurs dividendes, ce ne sont pas des parents, des amis ou des voisins qui vont perdre leur job ou leur identité, ce sont des pions, comme les enfants qui fabriquent des espadrilles en Indonésie ou des ouvriers sous-payés dans une usine mexicaine.

Quelles solutions ?

Que faire ? Se réfugier dans une résistance ringarde pour préserver la culture locale ? Attention ! Il n’est pas question ici de se fermer au monde ou de refuser les réelles opportunités d’affaires et encore moins de jouer à l’autruche face aux tendances lourdes de l’économie mondiale. Toutefois, il existe un juste milieu.

Inspirons-nous des États-Unis… Hé oui ! Dans l’antre du dragon, des États et des villes ont pris des décisions contre les délocalisations. Plusieurs moyens existent : favoriser les entreprises locales ou régionales dans les appels d’offres, informer obligatoirement l’État avant de délocaliser, supprimer l’aide publique aux entreprises qui délocalisent, etc. Il y a là, il me semble, de beaux éléments pour une plate-forme électorale à l’échelle locale ou régionale. Quel élu ou candidat aura la volonté politique d’aller aussi loin dans ses engagements ?

05 septembre 2006

 

Mes coups de coeur, de gueule et de mains de l'été


Par Pascal D'amours

Le 22 juin dernier j'indiquais sur ce blogue mon intention de prendre une pause d'écriture pour une durée de deux semaines. Me revoici finalement de retour en forme après deux mois de pause. J'ai réalisé le printemps dernier qu'écrire une chronique de façon hebdomadaire demande une bonne dose d'auto-discipline. Je dois avouer que l'absence d'obligations concernant cette chronique pendant l'été m'a fait du bien.

Je n'ai cependant pas délaissé complètement le fil de l'actualité pendant toutes ces semaines; lorsque l’on est « accro », il nous faut notre dose. C'est pourquoi je vous livre en vrac ici quelques-unes des réflexions qui ont meublé mon été. Si le temps perdu et le soleil ne m'avaient pas tant ralenti, les trois sujets qui suivent auraient pu se transformer en trois chroniques estivales.

Mon coup de coeur pour un coup de boule

Bon, je sais, le sport n'est pas une passion pour bien des intellectuels. Je ne sais si ça vous embête, mais j'aimerais bien revenir sur le coup de tête de Zinedine Zidane, vedette de l'équipe française, en finale du «Mundial». Alors que la moitié de la planète avait les yeux rivés sur l'écran lors de ce match France-Italie, alors que le pointage était 1-1 et que la tension était à son comble, Zizou, comme on le surnomme affectueusement, a mis un frein à cette montée dramatique et ramené tout le monde sur le plancher des vaches en un seul coup de boule. Pour ceux qui étaient sur une autre planète à ce moment-là, je vous rappelle que Zidane a expédié un adversaire sur le dos en lui assenant un coup de tête au tronc.

Bon, mais qu'est-ce qu'il y a de magique dans ce geste me direz-vous ? Dans le sport professionnel d'aujourd'hui, voyez-vous, les athlètes doivent canaliser leur émotions, ils sont suivi par des thérapeutes, des psychologues, des motivateurs. Il en résulte des sportifs hyper concentrés, des êtres moitié humain, moitié machine. Zizou, le champion qui portait le poids de la France sur ses épaules, a pour sa part oublié l'espace d'une seconde le mantra de tous les sportifs: «keep the focus». À ce moment précis, Zizou est apparu comme un être pleinement humain au milieu d'un cirque de bêtes et de machines. Un être humain qui affirme à la planète «foot» qu'il y a des limites à ne pas franchir afin de rester des hommes.

Nous avons en effet appris quelques jours plus tard que l'italien terrassé avait insulté Zidane à plusieurs reprises durant la partie en traitant sa mère et sa soeur de putes. La presque totalité des gérants d'estrades ont souligné que Zidane aurait dû garder son calme, surtout lors d'une finale du Mundial. Pour plusieurs, Zidane est une bête sauvage qui a posé un geste violent devant des millions de jeunes à l'écoute. Plusieurs d'entre vous, j'en suis certain, diriez à votre garçon de 8 ans de garder son calme en pareil circonstance. Ouais, ouais, la violence, c'est pas beau, vous avez raison ! N'empêche que l'honneur et le respect de soi sont également de biens belles valeurs à transmettre. Zidane est un humain véritable qui a provoqué des émotions contradictoires au même moment à des milliards d'humains. Voilà la magie du sport : lorsque le fait divers touche à l'universel.

Mon coup de gueule contre la stratégie anti-terrorisme

Définitivement, la bêtise n'a pas de frontière. Qu'il soit juif, musulman ou blanc catholique, l'être humain me surprendra toujours par sa propension à répéter sans cesse les mêmes erreurs. Il me semble que ça relève pourtant de l'évidence: ne cherche pas à humilier ton prochain si tu ne veux pas qu'il devienne ton ennemi. C'est si simple et pourtant, toute la stratégie anti-terroriste américaine et israélienne va à l'encontre de cette maxime. L'Histoire est si riche d'enseignements à propos de situations d'humiliation qui ont engendré la terreur: l'Allemagne de 1918, les catholiques de l'Irlande du Nord, les Palestiniens de 1948, etc.

D'après vous, si l'on avait la capacité de comptabiliser le nombre de terroristes dont l'objectif est d'anéantir l'Occident et Israël, pensez-vous que ce chiffre a eu tendance à diminuer depuis le 11 septembre 2001 ? Bien sûr que non. De nouveaux mercenaires ou kamikazes se portent volontaires par dizaine chaque jour afin de faire la lutte à l'Occident. Et que dire des effets cumulatifs des guerres en Irak, au Liban ou de celle mené par le Canada en Afghanistan ?J’apprenait récemment que même dans les cercles progressistes de l’Afghanistan, une majorité de gens sont désormais plus sympathiques aux Talibans qu’envers le Canada, maintenant perçu comme un envahisseur.

Si, comme on le constate, la stratégie anti-terrorisme actuelle ne diminue pas la menace mais ne fait que multiplier les violences, faut-il continuer dans cette voie ? La réponse est si évidente. Soit Harper et Bush sont de parfaits idiots, soit ils poursuivent d’autres objectifs. Qu’en pensez-vous ?

Mon coup de main au maire Tremblay pour son départ ?

Comme ça, notre « bon maire Jean » serait tenté par l’aventure avec les conservateurs au palier fédéral. Youppi ! Si cela s’avérait, ce serait la meilleure nouvelle depuis une éternité pour notre région et ce à tous les niveaux : politique, économique, culturelle, sociale, etc. Pensez-y, Jean Tremblay, député à Ottawa, quelle chance en or pour que notre ville sorte enfin de sa torpeur.

La radio Kyk-Fm dévoilait ce matin un sondage indiquant que 51 % des citoyens de la région souhaitent que Jean Tremblay demeure maire de Saguenay plutôt que de sauter à un autre pallier. Malgré la volonté de la population, Jean Tremblay se déclarait toujours en réflexion ce matin par rapport à son avenir. Vas-y Jean, si tu te présentes en politique fédérale, tu auras mon vote, mieux, je vais te donner un coup de main. Au fond, je suis prêt à faire pratiquement n’importe quoi pour t’éjecter de ton siège de la mairie de Saguenay et mettre fin à ton emprise néfaste sur le développement de notre région.

02 septembre 2006

 

Après le Refus global, le Début global


Par Denise Turcotte

Près de soixante ans après la publication du manifeste du Refus global, les jeunes participants à l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde étaient invités, il y a deux semaines, à réfléchir ensemble et à élaborer «leurs» manifestes. Intitulée Début global, cette démarche inusitée donne le pouls de leurs préoccupations, de leurs aspirations et de leurs rêves. Elle jette aussi un éclairage original sur le chemin parcouru au cours du dernier demi-siècle.

Changement de ton et filiation des révoltes

Ce qui frappe d’abord à la lecture de la vingtaine de manifestes produits par les jeunes, c’est l’énorme différence de style avec le texte de 1948. L’ellipse poétique de Borduas, qui était pourtant d’une extrême hardiesse en son temps, a cédé la place à une langue directe qui énonce un message simple et sans fioritures. La liberté de parole et le droit à la différence réclamés par Borduas sont acquis à ses émules; ils le savent et ne se gênent pas pour en faire usage.

Les signataires du Refus global posaient l’Église et la religion en responsables de l’étouffement et de l’asservissement de leurs semblables, c’est surtout en cela qu’ils ont fait scandale : «La religion du Christ a dominé l'univers. Vous voyez ce qu'on en a fait: des fois soeurs sont passées à des exploitations soeurettes», écrivaient-ils. Ceux qui les suivent sont sans l’ombre d’un doute affranchis du poids des soutanes sur l’âme et la pensée collectives, mais les «exploitations soeurettes» ne se sont pas envolées. Bien au contraire, les jeunes leur donnent des noms: «Nous revendiquons une conscientisation des populations afin de freiner les politiques néolibérales de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale.» (Extrait de «Manifeste d'aujourd'hui pour demain»). En cela, les révoltes sont parentes.

Là où Borduas s’indignait que Sade soit encore à l’index, les jeunes de 2006 réclament des médias d’information alternatifs libérés de la censure idéologique qu’imposent les intérêts économiques. Le Refus global prenait acte des horreurs de la Deuxième Guerre mondiale et de la lutte des classes, mais il ne voyait pas dans les «révolutionnaires» de l’époque (syndicalistes, socialistes et communistes) les artisans d’un changement véritable. De la même façon, les rédacteurs du Début global dénoncent l’injustice, la guerre et la faim, mais ils se méfient de la langue de bois et des promesses d’élection. La pensée libre et critique qui tenait le crayon en 1948 est encore bien présente sur le clavier de 2006 et dans les deux cas, son champ d’action ne connaît pas de frontières.

À plus d’un demi-siècle d’intervalle, c’est toujours la prise en charge qu’on propose pour améliorer le sort de l’humanité. «Au refus global nous opposons la responsabilité entière», écrivait Paul-Émile Borduas. «Allez, arrête de pelleter des nuages! Laisse tomber tes lamentations stériles, tes grands discours. Tu t’écoutes trop parler. Éteins ta télé, lève-toi de ton canapé et sors de ton salon», lancent les jeunes comme pour lui faire écho.

Préoccupations nouvelles

Pourtant le monde a changé. L’environnement et la consommation responsable sont devenus des préoccupations incontournables; elles sont au cœur du discours des jeunes. C’est là que se cristallise leur sentiment d’urgence: «Il ne reste que trois secondes. Veux-tu désamorcer cette bombe?», avertit un des manifestes intitulé «Électrochoc».

Et si Borduas appelait à la liberté et à l’ouverture par le biais de la création, c’est résolument à l’engagement citoyen et à l’action que nous invitent les jeunes signataires du Début global : «Passe à l’acte et prends ton sac, ton crayon pour signer des pétitions, tes souliers pour manifester, ton agenda pour tes heures de bénévolat, tes cartons pour tes revendications, ton porte-voix pour défendre tes droits. Emmène ton ami Raoul et multiplie la foule.» (Extrait de «Arrête de pelleter des nuages»). J’avoue que je trouve plutôt rassurant de constater que soixante ans plus tard, on n’ait pas totalement sombré dans «le confort et l’indifférence» nidécidé de baisser les bras.

À suivre

Par leurs messages vibrants, les participants au Début global témoignent de la vitalité de leur génération. Contrairement aux signataires du Refus global, ils ne sont pas tant en rupture qu’en continuité avec ceux qui les ont précédés et dont ils reconnaissent l’apport. Mais cela ne les empêche pas de vouloir donner un sérieux coup de barre pour façonner le monde à leur image et le rendre meilleur pour leurs enfants.

Il y a quelques jours, la télévision d’État présentait une émission sur les grandes contestations étudiantes de 1968. Les fougueux leaders du mouvement, des inconnus à l'époque, s’appelaient Claude Charron, Louise Harel, Gilles Duceppe et Louise Vandelac. En lisant les manifestes des jeunes de l’Institut du Nouveau Monde, je m’amusais à me demander où nous les retrouverons dans trente ans.

Pour en savoir plus :

Les 19 manifestes du Début global, sur le site de l’Institut du Nouveau Monde
http://www.inm.qc.ca/

Le Manifeste du Refus global, Paul-Émile Borduas et al., 1948
http://www.artotheque.ca/image/refus.html

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