31 octobre 2006
Le tiers-monde intérieur
Par Sylvain Gaudreault
Il fallait qu’un tel forum se tienne dans une communauté innue pour qu’on taise l’embarrassant surplace des négociations entourant l’Approche commune depuis que les libéraux occupent le pouvoir à Québec. Quelle ironie ! En effet, le gouvernement Charest a stoppé les négociations avec quatre communautés innues du Nord-Est québécois. Pourtant, le gouvernement précédent avait bien entamé le travail en compagnie du gouvernement fédéral, le « fiduciaire » des autochtones depuis l’archaïque Loi sur les Indiens datant du XIXe siècle.
Quelle est la conséquence directe de cet abandon des négociations ? Le chef de Pessamit (Betsiamites), Raphaël Picard, a relancé les procédures judiciaires et les sorties internationales pour noircir la réputation du Québec. Il poursuit le Québec pour 11 milliards $ parce que la compagnie Kruger a été autorisée à faire des coupes de bois sur une partie du territoire ancestral des Innus de Pessamit, sur l’île René-Levasseur. Ajoutez à cela la saga de Kanhawake en janvier 2004 et le bilan des relations avec les autochtones sous l’ère Charest se résume à un gros zéro.
C’est devenu un cliché de le dire, mais la réalité n’en est pas moins là, frappante et honteuse : les communautés autochtones du Québec et du Canada forment un tiers-monde intérieur. Je vous lance le défi d’essayer de ne pas frémir à la lecture des statistiques suivantes : 85 % des femmes ont été agressées sexuellement, souvent dès leur plus jeune âge ; 18 % des adultes ont déjà tenté de se suicider ; 50 % de la population n’a pas fini ses études secondaires ; 52 % des personnes en âge de travailler sont sans emploi ; le taux de chômage chez les jeunes s’élève à 32 % et 67 % des autochtones sont obèses. Affreux, n’est-ce pas ? Et ça se passe juste à côté de chez nous… Conjuguez ces chiffres avec la croissance démographique (le nombre d’Autochtones âgés de 20 à 29 ans devrait augmenter de 40 % d’ici une dizaine d’année) et l’avenir semble bouché, bouché, bouché…
À moins que…
À moins que le gouvernement du Québec fasse preuve de volonté politique et relance les négociations sur les modalités d’application de l’Approche commune. Du coup, un éventuel traité entre les gouvernements et les communautés innues servirait d’exemple pour les négociations à venir avec les autres nations autochtones du Québec. Si le gouvernement exerçait le leadership qu’on attend de lui, il ne créerait pas le vide actuel occupé par des intervenants de toutes sortes, dont bon nombre sont hostiles, démagogiques, voire même racistes à l’égard des Premières Nations. Cela, sans compter la démotivation et les démissions des acteurs de premier plan de l’Approche commune. Mais faut-il se surprendre de cette inaction avec les Libéraux de Jean Charest? Comme en matière économique, c’est le dogme du laisser-faire qui s’applique dans les relations avec les Autochtones.
Depuis qu’il est élu, le gouvernement Charest n’a pas montré qu’il croit à l’Approche commune. Pourtant, il y a là un fort potentiel de traité historique dans la mesure où ce dernier rompt à la fois avec l’approche colonialiste qui confine les Autochtones dans une position de dépendance à l’égard des gouvernements, et à la fois avec la voie sans issue et fort coûteuse de la multiplication des poursuites judiciaires.
Dans ce dossier comme dans bien d’autres, le gouvernement pèche par son manque de vision. S’il avait réellement été sincère dans sa volonté de solutionner à long terme les graves problèmes vécus par les Autochtones du Québec, Jean Charest aurait profité du Forum socioéconomique de Mashteuiatsh pour relancer les négociations de l’Approche commune dans un climat de confiance, de bonne foi et de transparence à l’égard des populations concernées.
Je ne dis pas qu’un éventuel traité découlant de l’Approche commune règlera tous les problèmes de la nation Innue comme par magie. Je crois simplement qu’un tel traité, une fois négocié, mettra fin au cercle vicieux de la dépendance néfaste de cette nation en permettant à ses membres, enfin, de prendre en charge leur propre développement. Mais pour cela, il faut un gouvernement qui a du leadership, le sens de l’histoire et qui est capable d’envisager une perspective plus longue que les quatre années de son mandat. Manifestement, le gouvernement Charest en est incapable.
28 octobre 2006
Voir un ami pleurer
Par Denise Turcotte
«Du grand théâtre», ont dit certains observateurs après avoir entendu le témoignage de Jean Tremblay au procès. Il suffit en effet de suivre un peu l’actualité municipale pour être ébloui par la succession de pirouettes qui marquent la relation entre Jean Tremblay et Yvon Bouchard, un conseiller spécial qu’aucun désaveu public ne semble écarter véritablement du cercle du pouvoir.
Tant qu’à faire dans l’analogie artistique, permettez-moi d’apporter ma contribution à la série «vaut mieux en rire que d’en pleurer» en vous offrant un petit «scripto-clip». N’ayant pas les moyens de m’offrir des images vidéo, je me suis contentée de coupures de presse pour illustrer une chanson populaire avec des morceaux choisis de l’œuvre de l’homme par qui le scandale arrive.
Commençons comme il se doit par une petite prière : Que Brel me pardonne, comme saint Jean a pardonné si souvent à celui qui a offensé.
Bien sûr il y a les guerres d'Irlande
L'affaire Hodgson
Quand crève l'abcès...
[…] La colère exprimée par Michel Delisle ne tenait donc pas uniquement au boycott. On peut même croire que celui-ci a fait son affaire. Il l'a aidé à justifier sa déclaration de guerre à l'endroit du Théâtre du Saguenay et des membres d'Objectif Scène. Fort de ses appuis politiques (rappelons que l'un des membres du conseil d'administration de la Corporation est Yvon Bouchard, un lobbyiste proche du maire de Saguenay, Jean Tremblay), il se montre aussi confiant qu'un boxeur qui sent que l'arbitre - la ville - est de son bord. […]Daniel Côté, Progrès-dimanche, 27 août 2006
Une bousculade à l'hôtel de ville
Yvon Bouchard, un proche conseiller du maire de Saguenay Jean Tremblay, aurait bousculé hier soir dans les marches de l'hôtel de ville le président du Comité des citoyens de Laterrière, Jacques Tremblay, après que dernier l'eut traité de "téteux". […]. "J'ai dit à Gilles Girard de ne pas discuter pour rien avec Yvon Bouchard, que c'était un téteux. C'est à ce moment qu'Yvon Bouchard m'a empoigné par le manteau et m'a secoué", relate Jacques Tremblay.Le Quotidien, 2 décembre 2003
Dans un avenir lointain
Chicoutimi n'écarte pas la vente des Sags
[…] D'autre part, Jean Tremblay espère que les relations avec les dirigeants de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) vont s'améliorer et se replacer dans les semaines à venir. […] Le maire Tremblay a tenu aussi à remercier Yvon Bouchard, qui a été un conseiller précieux pour le règlement du dossier.Le Quotidien, 16 août 2000
Honoraires payés par Saguenay
Une poignée d'entreprises décrochent les mandats
Depuis la création de Saguenay, c'est une poignée de firmes professionnelles (avocats, ingénieurs, comptables) présentes sur le territoire qui décrochent régulièrement des mandats de la municipalité et qui sont alimentées alors que de nombreuses firmes doivent se contenter des miettes qui tombent de la table. Et parmi les firmes ayant obtenu les plus hauts montants d'honoraires, quelques-unes comptent parmi leur personnel des membres influents au sein du cabinet du maire Jean Tremblay. […] Le même phénomène de concentration des contrats et des mandats est observé parmi les firmes d'ingénierie alors que la firme Cégertec, une filiale de Cégerco, où oeuvre Yvon Bouchard, un autre proche du maire, font état d'honoraires totalisant 1,1 million $.Progrès-dimanche, 7 décembre 2003
Poursuite contre Saguenay et L'Immobilière
BTF sort une cassette compromettante
[…]" M. Dufour ne cache pas que le conseiller politique du maire, Yvon Bouchard, a semblé vouloir jouer les gros bras. "Tu es chanceux, car Claude Vanasse est raisonnable, dit Yvon Bouchard dans l'enregistrement. Si c'était notre chum Joachim (NDLR - Simard de Laboratoire SL), tu verrais qu'il est pas mal plus dur." […]Le Quotidien, 17 mars 2006
«Sags» : premier lancer de punition pour Jean Tremblay
Le maire de Chicoutimi vient de commettre une gaffe à effet double dont il se rappellera longtemps. […] En exerçant son droit de veto en faveur d'une bonification de 100 000 $ de la franchise des Saguenéens, lors de la séance régulière du conseil municipal, lundi dernier, Jean Tremblay s'exposait, en toute connaissance de cause, à bien des critiques.
Car Yvon Bouchard, copropriétaire de l'équipe, est non seulement un ami - ce que le maire admet volontiers publiquement- il fut également l'un de ses principaux lieutenants durant la dernière campagne électorale; les observateurs de la scène de la politique municipale le considèrent surtout comme un proche de Jean Tremblay, dont l'influence sur ses décisions pourrait même être qualifiée de déterminante. […]Carol Néron, Le Quotidien, 24 janvier 1998
Chacun peut s'exprimer
Le maire Jean Tremblay ne comprend pas
[…] Interrogé, par ailleurs, au sujet d'un de ses proches conseillers, Yvon Bouchard, qui aurait bousculé le président du comité des citoyens de Laterrière, Jacques Tremblay, à l'hôtel de ville, lundi soir, le maire a refusé de commenter l'événement. Selon lui, il faut être en manque de nouvelles pour sortir une pareille histoire. […]Le Quotidien, 5 décembre 2003
Les Farandoles au centre Georges-Vézina
"De l'improvisation", disent les conseillers
La séance spéciale de ce midi du conseil de ville de Chicoutimi sur un projet de salle polyvalente au centre Georges-Vézina pour recevoir le spectacle Ecce Mundo des Farandoles, dès cet été, "ressemble à un sauvetage de dernière minute" et à du théâtre d'improvisation, disent les conseillers Carl Savard et Jean-Guy Villeneuve. Parce que les Farandoles n'ont pas encore trouvé de salle pour présenter Ecce Mundo, une production de quelque 700 000 $, subventionnée par le Bureau du millénaire du Canada et la ville de Chicoutimi, un projet d'adaptation du centre Vézina en théâtre a atterri "comme un cheveux sur la soupe" au conseil. […] Jean-Guy Villeneuve refuse de cautionner le projet […]Cette affaire soulève beaucoup de questions de sa part. Il se demande si le procureur des Farandoles, Claude Gaudreault, un proche du maire, n'a pas un rôle à jouer. Il va même jusqu'à impliquer un autre ami du maire, Yvon Bouchard, de Cegertec, qui serait engagé dans les négociations, selon lui.
Le Quotidien, 24 mars 2000
Échange d'actions
Le maire Tremblay désavoue Yvon Bouchard
[…] Dans une déclaration assermentée le 8 janvier 2004, le maire déclare à l'intention de la Cour supérieure: "Je me dissocie totalement de l'attitude et des propos qu'aurait pu avoir M. Yvon Bouchard en février 2003 et qui sont énoncés dans... cette requête". […]Le Quotidien, 14 janvier 2004
Terrain vendu à Loblaws
Les cadres réclament une enquête publique
Les cadres de la ville estiment que leur 'professionnalisme et compétence' a empêché la ville et le maire de se retrouver dans une situation embarrassante. Jean Tremblay a aussi eu à se défendre de la présence d'Yvon Bouchard aux négociations. Il le présente comme un gestionnaire de projets, capable d'amener des investissements à Chicoutimi. Il fait partie du cercle d'amis de Jean Tremblay. C'est également la firme Cegertec, pour laquelle travaille Yvon Bouchard, qui a évalué les travaux de réfection d'une conduite d'eau. […]Le Quotidien, 11 mars 2000
Ville Saguenay prend le contrôle
La crise s'aggrave à la Pulperie
Ça continue d'aller mal à la Pulperie. Saguenay retire la gestion du site au conseil d'administration pour la confier temporairement à un fonctionnaire. […] Au cours des dernières années, le maire et son entourage ont essayé de prendre le contrôle de la corporation, déléguant des émissaires. Le dernier en liste est un proche du maire, Yvon Bouchard. […]Le Quotidien, 7 février 2003
BTF vs Saguenay
Le maire rabroue Yvon Bouchard
[…] "Dans ses propos, Yvon Bouchard a attaqué tout le système municipal. Rien de ce qu'il a dit était vrai. Ce ne sont que des menteries. Sa démarche n'a pas été honnête. J'étais déçu de la façon de faire de Dominique Dufour, mais c'est Yvon que j'haïssais à ce moment. Nous avons été six mois sans nous parler. Il y a eu un froid et les choses ne sont pas revenues comme avant entre nous", indique le maire Tremblay. […]Le Quotidien, 26 octobre 2006
Yvon Bouchard suit pleinement la politique
[…]Dans deux ans, Yvon Bouchard aura 60 ans et il commence maintenant à songer à ce qu'il l'attend lorsqu'il quittera sa fonction de vice-président au développement chez Cegertec. Une fois à sa retraite, il aimerait travailler comme attaché politique pour son bon ami Jean Tremblay, si ce dernier faisait le saut en politique provinciale ou nationale. […]Progrès-dimanche, 26 janvier 2003
Vente du terrain à Loblaws/Provigo
Marcel Demers explique ses démarches
[…] Toujours selon ce qu'a écrit le directeur général dans le rapport, le maire n'a pas hésité à écarter les gens qui ne partageaient pas sa vision. C'est ainsi qu'il aurait annoncé à Louison Lepage qu'il était relevé du dossier. Un peu avant, Louison Lepage a demandé au maire à quel titre son ami Yvon Bouchard participait aux négociations. Yvon Bouchard aurait répondu qu'il était mandaté par la compagnie. Le maire a ajouté qu'il était un conseiller personnel.
Dans la même foulée, le maire aurait refusé d'écouter des explications de l'évaluateur Dominique Dufour sur les motifs justifiant la valeur du terrain. […]Le Quotidien, 8 mars 2000
Regroupement des citoyens de Saguenay
Enquête exigée sur le "conseil parallèle"
La présence permanente du "conseil parallèle" dans l'entourage du maire Jean Tremblay de Saguenay fait des nouvelles vagues. Cette fois, c'est le Regroupement des citoyens de Saguenay qui demande au ministre des Affaires municipales, André Boisclair, de tenir une enquête publique sur les agissements du maire et de son conseil parallèle. […]
Le maire Jean Tremblay, il faut le rappeler, a toujours défendu bec et ongles les membres de ce "comité parallèle". Il est composé de l’avocat Claude Gaudreault, du vice-président de Cegerco Yvon Bouchard et du directeur général de l'OMH de Saguenay, Ghyslain Harvey. Ce sont les principaux organisateurs politiques du maire Jean Tremblay et des organisateurs libéraux bien connus.Le Quotidien, 27 mai 2002
Ses proches conseillers expliquent
Jean Tremblay reste un homme à l'écoute
[…] Le lobbyiste Yvon Bouchard, vice-président au développement de Cegertec, ne fait généralement pas dans la dentelle. Il se donne comme mission de faire voter les contribuables inscrits sur la liste électorale de Saguenay pour son ami d'école Jean Tremblay. Yvon Bouchard ne veut aucun titre. Jean Tremblay est son ami et il va descendre dans la ruelle pour le défendre. […]Le Quotidien, 28 octobre 2005
Yvon Bouchard suit pleinement la politique
[…] Yvon Bouchard ne s'en cache pas. Il se sent comme un poisson dans l'eau, dans les coulisses de la politique. Et il préfère de loin l'arrière-scène que l'avant-scène. […]Progrès-dimanche, 26 janvier 2003
Échange d'actions
Le maire Tremblay désavoue Yvon Bouchard
Le maire Jean Tremblay a désavoué son conseiller politique Yvon Bouchard dont les propos rapportés par un administrateur de Les Évaluations B.T.F. suggéraient de procéder à un échange d'actions avec son unique concurrent avant l'appel d'offres pour le renouvellement du contrat des services professionnels d'évaluation d'une dizaine de millions $. […]Plus loin, il affirme avoir effectivement été mis au courant de tels événements, mais après leur survenance.
Le maire y déclare qu'Yvon Bouchard est une connaissance personnelle et qu'"Après avoir été mis au courant, il (j'ai) a demandé à M. Yvon Bouchard de se présenter dans son (mon) bureau pour lui exprimer son (mon) total désaccord avec son intervention dans ce dossier et les propos qu'il aurait pu tenir lors de conversations téléphoniques. M. Yvon Bouchard s'est alors excusé". […]Le Quotidien, 14 janvier 2004
BTF vs Saguenay
Le maire rabroue Yvon Bouchard
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a rabroué devant le tribunal son ami et conseiller personnel, Yvon Bouchard. L'intervention de ce dernier auprès de BTF a été si mal accueillie par le maire, qu'elle a brouillé les relations entre les deux. […] Celui-ci se souvient que son ami a pleuré devant lui, car il était lui aussi ébranlé de tout ce qui se passait et ce qui avait pu se dire dans les médias. […]Le Quotidien, 26 octobre 2006
La suite ? On me suggère une chanson qui s’intitule «Ne me quitte pas». Ça dit quelque chose comme « Laisse-moi devenir/L'ombre de ton ombre/L'ombre de ta main/L'ombre de ton chien…»
22 octobre 2006
Plan Charest pour le secteur forestier : dogmatique et sans vision
Par Sylvain Gaudreault
Le dogme du laisser-faire
Nous savons déjà que Jean Charest a érigé le laisser-faire économique en dogme dans la gestion des affaires publiques au Québec. L’actuel ministre des Finances, Michel Audet, avait bien résumé cette doctrine du temps où il occupait le fauteuil de ministre du Développement économique et régional : « Dans le système capitaliste dans lequel on est, il faut se dire que ce n'est pas anormal qu'une entreprise ferme. Ça fait même partie du système parfois qu'elle doive fermer pour que d'autres la reprennent pour repartir. L'important, c'est qu'il y en a plus qui repartent qu'il y en a qui ferment. C'est ça, l'économie », disait-il, sans rire, en entrevue au journal Le Devoir en mai 2003. Ouf ! Quelle compassion pour les travailleurs licenciés ! Même Adam Smith (1723-1790), le père du capitalisme libéral, poufferait devant cette formulation quasi-caricaturale du libéralisme économique.
Il ne faut donc pas se surprendre que dans son plan de relance du secteur forestier, Jean Charest fasse une large place à la rationalisation des entreprises de ce secteur. Il est difficile d’interpréter autrement son annonce à l’effet que l’enveloppe de 425 millions $ attribuée au Programme de soutien à l’industrie forestière, en mars 2006, sera désormais utilisée à des fins de prêts pour les types de projets suivants : 150 millions $ pour du financement de fonds de roulement et des projets de regroupement (lire « rationalisation ») ainsi que 275 millions $ pour des projets d’investissement et d’acquisition d’actifs (lire « fermetures d’usines »). De même, les modifications annoncées à la Loi sur les forêts visent à accroître la compétitivité des entreprises forestières en leur permettant de destiner un maximum de 10 % du volume du contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF) consenti à une usine, à une autre usine de leur choix.
Quant au soutien à l’endroit des communautés victimes de la crise, le gouvernement lance de la poudre aux yeux des villages qui dépendent de l’industrie forestière. Le gouvernement annonce une aide additionnelle de 45 millions $ sur quatre ans qui servira spécifiquement à soutenir les municipalités touchées par la crise. Cette aide s’ajoute à l’enveloppe de 30 millions $ déjà prévue dans le budget 2006-2007 afin de soutenir prioritairement une bonne partie des quelque 109 municipalités qui dépendent de l’industrie forestière, portant ainsi le total de l’aide à 75 millions $. J’ai peut-être fait mes Sciences humaines sans maths au cégep, mais je sais quand même diviser 75 millions par 109, ce qui donne environ 688 000 $ par municipalité… pour quatre ans ! C’est bien peu pour réaliser des projets de diversification économique, de développement d’entreprises et de création d’emplois.
Manque de vision
Le plan Charest pèche aussi par manque de vision à long terme. Il compte un grand nombre de mesures nécessaires mais qui s’inscrivent néanmoins dans le court terme. Le gouvernement bonifie d’une part le crédit d’impôt pour la construction et la réfection de chemins forestiers et, d’autre part, il prend en charge pour les prochaines années la production des plants forestiers en vue du reboisement et les coûts liés à la lutte contre les incendies (la SOPFEU).
Le plan Charest ne dit pas un mot sur la gestion à long terme de la forêt, plus particulièrement en tenant compte de l’écosystème et dans une optique de décentralisation, tel que recommandé par la Commission Coulombe. Pourtant, le gouvernement avait là une occasion en or pour inscrire le Québec dans un processus qui ferait de lui un meneur mondial dans le domaine de l’aménagement durable de la forêt.
En matière de gestion, même les entreprises comme Abitibi-Consolidated, Bowater, SFK Pâtes et les coopératives forestières, à l’occasion des audiences de la Commission Coulombe, se sont montrées ouvertes à une forme de décentralisation en faveur des régions productrices de bois. Pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean seulement, c’est une somme de plus de 31 millions $ en provenance des redevances de l’industrie forestière qui est allée dans le fonds consolidé du Québec pour l’exercice 2002-2003. Encore une fois, le gouvernement Charest est pris dans les griffes de son dogme : les ressources naturelles sont à tout le monde quand on en tire des redevances; mais quand ça va mal, on dit aux régions de se prendre en mains…
Si le gouvernement Charest avait été capable de voir plus loin que la prochaine échéance électorale (cet automne ? au printemps prochain ? à l’automne 2007 ?), il aurait pu proposer un plan de gestion durable en vue d’accroître le rendement des forêts. Ce plan pourrait inclure, notamment, l’intensification du reboisement et le lancement d’une réflexion collective concernant la privatisation de la forêt publique, comme cela se fait en Scandinavie qui n’est pourtant pas réputée pour être le royaume du néo-libéralisme. À terme, cela pourrait conduire à des mesures d’aide financière pour récompenser les propriétaires forestiers qui pratiquent une bonne gestion forestière, sur le modèle de la Finlande, par exemple.
En ce qui a trait à la décentralisation, on s’aperçoit encore une fois que « le gouvernement des régions » n’est rien d’autre qu’un slogan. Un véritable plan d’avenir pour relancer l’industrie forestière aurait dû faire place à une décentralisation de la planification stratégique. À partir de critères nationaux d’aménagement forestier durable, une région pourrait établir les objectifs généraux et les moyens à privilégier pour la protection et la mise en valeur des forêts sur son territoire. Avec une telle décentralisation, les régions pourraient envisager la création d’un fonds d’investissement pour la 2e et la 3e transformation du bois à partir des redevances tirées de la forêt. Un tel fonds serait beaucoup plus avantageux pour la relance à long terme des communautés touchées que l’enveloppe de 45 millions $ sur quatre ans prévue dans le plan Charest…
Et le fédéral ?
Le gouvernement Charest aurait pu aussi se montrer plus revendicateur à l’égard d’Ottawa qui a consenti une aide nettement insuffisante (19 millions $) pour les travailleurs âgés qui ont été licenciés. Pourtant, au début de 2005, le gouvernement fédéral avait accordé du financement supplémentaire de 100 millions $ au gouvernement de la Colombie-Britannique pour que ce dernier atténue les impacts de l’insecte appelé « dendroctone du pin ponderosa ». Cette province avait déjà bénéficié en 2002 d’une aide en provenance d’Ottawa de 40 millions $ sur six ans pour lutter contre l’infestation. Un travailleur forestier québécois vaut-il moins qu’un travailleur de la côte ouest canadienne? Le gouvernement Charest prend-t-il les travailleurs forestiers québécois en otage pour ne pas indisposer Stephen Harper de qui on attend des concessions dans le dossier du déséquilibre fiscal ? La question se pose…
Ce n’est pas avec quelques mesures de type sparadrap que les problèmes de l’industrie forestière se règleront à long terme. Manifestement, il ne faut pas se fier sur les représentants libéraux du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour rappeler leur gouvernement à l’ordre.
Pour aller plus loin…
Le résumé du rapport de la Commission Coulombe
21 octobre 2006
L’autre richesse
Par Denise Turcotte
Des exemples qui démontrent comme celui-là qu’il ne faut pas nécessairement travailler plus fort ou plus longtemps pour être plus productif, nous en connaissons tous des dizaines. Et c’est un peu pour cela que les oreilles me frisent quand Lucien Bouchard utilise la comparaison du nombre moyen d’heures travaillées par les Québécois comme argument pour appeler à une meilleure productivité. Ses propos m’irritent autant que ceux de mon père qui se plaignait que «les jeunes ne veulent plus travailler», comme s’en plaignait avant lui mon grand-père. J’avais l’impression que ce genre de raisonnement du passé ne pouvait pas résoudre tous les problèmes du présent. Je le pense encore.
Travailler c’est trop dur…
Mon père avait un tracteur pour travailler la terre plus vite que ne le faisait mon grand-père avec son cheval. Et je me souviens encore de l’immense victoire qu’a représenté pour ma mère l’entrée d’une laveuse à linge automatique dans la maison. Travailler moins fort et plus intelligemment était, il n’y a pas si longtemps, un objectif noble. C’était aussi une ambition légitime que d’aspirer pour ses enfants à un monde où il n’est pas nécessaire de s’échiner ou de ruiner sa santé pour gagner sa vie.
Que s’est-il donc passé pour qu’on en arrive à s’auto-flageller et à réclamer d’une société qui se sent déjà à bout de souffle qu’elle presse encore un peu plus le pas ? Dénatalité, disent certains. Consommation, que je leur réponds. Les Lucides, dont se réclame Lucien Bouchard, prétendent que nous devons créer plus de richesse (donc produire plus) pour avoir les moyens de continuer de nous payer les services que nous nous sommes donnés.
Si le travail servait traditionnellement à combler des besoins de base comme se loger et se nourrir, il est devenu avec le temps un moyen de se procurer des tas d’autres choses que nous appelons «la richesse». Les Lucides ne voient pas d’autre option que de poursuivre sur la même lancée : produire pour créer des emplois qui procurent le revenu qui sert à acheter des produits. Sauf qu’au jeu de la productivité, nous partons perdants: la mécanisation a brisé le lien entre production et création d’emploi, et la globalisation permet de produire ailleurs, là où on exige des salaires bien moindres que les nôtres. Cela devrait nous suffire à songer qu’il serait peut-être plus avisé de changer les règles du jeu que de tenter de gagner une partie qui nous désavantage complètement.
… Et voler c’est pas beau
Mais il y a autre chose: le modèle des Lucides, fondé sur la consommation de masse pour créer la richesse, ne prend ni en compte l’épuisement des ressources, ni la dégradation de l’environnement. Autrement dit, il ne se préoccupe pas de savoir si notre «richesse» est réelle ou s’il s’agit d’une hypothèque dont nous grevons la planète que nous lèguerons à nos enfants. Pour des gens qui prônent la justice intergénérationnelle et qui s’inquiètent de la masse de vieillards que la prochaine génération devra soutenir avec des moyens réduits, c’est un oubli de taille. Pourquoi, à ce compte-là, ne pas prôner une consommation plus responsable qui laisserait un peu plus de ressources à ceux qui nous suivront ? Monsieur Bouchard se trompe peut-être de cible en s’inquiétant davantage de notre moyenne d’heures travaillées que de notre consommation d’essence par habitant ou du volume de déchets que nous produisons par tête.
Repenser la richesse
Pour limiter le fardeau des prochaines générations, il faut sans doute, comme le souhaitent les Lucides, trouver des moyens de créer davantage de richesse. Mais il faut aussi redéfinir ce que nous entendons par «richesse». De l’air à respirer, de l’eau potable, moins de stress et plus de santé, c’est aussi de la richesse. Du temps pour s’occuper des gens qu’on aime et s’engager dans sa communauté, c’est aussi de la richesse. Se sentir utile quel que soit son âge parce qu’on contribue au mieux-être de sa collectivité, c’est de la richesse. Trouver l’argent pour payer les soins de santé futurs constitue certes une partie de l’équation, mais construire une société qui prévient les problèmes en augmentant la qualité de vie des gens est tout aussi important.
La technologie permet de faire des gains de productivité importants. À nous d’étendre l’intelligence et l’innovation à toutes les sphères de la société pour équilibrer travail, consommation et respect de l’environnement dans une équation où la richesse s’accroît sous toutes ses formes. «Autrement» et «mieux» pourraient être étonnamment plus productifs que le bon vieux «plus» qui est notre réflexe.
14 octobre 2006
Forum social régional : un vrai coup de fraîcheur
Par Denise Turcotte
Ainsi donc, inspirés par la philosophie de Puerto Allegre et la devise «Un autre monde devient possible», 1 350 personnes ont participé à ce grand rendez-vous aussi sérieux que festif. Tables rondes, ateliers, conférences, kiosques, spectacles, il y en avait pour tous les goûts sur une très grande variété de sujets allant de l'économie régionale à la saine alimentation en passant par l'énergie et la concentration de la presse. S’y côtoyaient des étudiants du secondaire et du collégial (près du tiers des participants), des élus, des universitaires, des militants du milieu communautaire, des citoyens engagés et des bibittes alternatives en tout genre. La diversité. Vous savez, cette chose belle et précieuse qui sert de creuset à l’innovation véritable.
Et des jeunes. Des sacs à dos, des bébés trimbalés par leurs parents, des vêtements bigarrés à côté des complets-cravates, de la différence, de l’air frais. Wow ! Tiens donc, ils n’ont pas tous pris l’autobus pour Montréal ? Mais non ! Partout des jeunes. À l'accueil des jeunes. Au micro des jeunes. Aux commandes des jeunes. Juste pour voir tous ces jeunes se démener, échanger, brasser des idées, croire à des choses, ça valait le déplacement.
L’intergénérationnel à l’œuvre
Pendant une des discussions auxquelles j’ai assisté, une des jeunes femmes impliquées dans l’organisation du Forum expliquait que ça n’est pas facile pour les jeunes d’être pris au sérieux. Elle racontait comment le comité organisateur du Forum social avait délibérément choisi de mailler les jeunes avec des personnes plus âgées lorsque venait le temps d’aller faire des représentations ou de solliciter des appuis institutionnels.
À voir le résultat, cette stratégie a drôlement bien fonctionné. Espérons qu’on l’adoptera plus largement. Les lieux de pouvoir sont parfois considérés comme la propriété d’une génération et il est bien difficile pour les plus jeunes d’ouvrir des brèches dans les chasses gardées sans la complicité de sympathisants plus âgés.
Parmi ceux qui ont accepté de faire confiance et d’épauler les jeunes, j’ai remarqué plusieurs personnes associées à la Pastorale diocésaine. Drôle de coïncidence, au moment où refait surface le débat sur la prière à l’hôtel de ville, et excellent prétexte pour souligner que si certains portent leur foi en étendard et la donnent en spectacle, d’autres préfèrent en mettre plus discrètement les préceptes en action. Je suis pragmatique, on me permettra d’apprécier bien davantage l’œuvre des seconds, de la saluer et de souhaiter qu’elle se poursuive.
Le pouvoir de nos rêves
Bien sûr, le Forum social régional n’a pas réglé tous nos problèmes ni relancé notre économie. Il n’en avait pas la prétention du reste. Des liens ont été créés, des idées ont été lancées, mais on ne sait pas vraiment quelles suites y seront données. La grande variété de sujets abordés faisait la richesse de l’événement, mais elle peut aussi être source d’éparpillement. Pourtant, ce n’est pas ce que je retiens.
Ce qui me reste, ce sont des étincelles dans les yeux des participants, la force des rencontres, le plaisir des échanges et l’immensité du champ des possibilités qui s’ouvre quand on ose briser l’isolement de ceux qui veulent aller de l’avant mais qui ne savent pas trop comment s’y prendre. Je me désolais récemment qu’autant de mes concitoyens décrivent un horizon bouché pour la région (lire mon texte) et j’affirmais qu’il faut réapprendre à rêver pour sortir notre coin de pays de sa torpeur. C’est ce rêve nécessaire pour entreprendre des actions structurantes que j’ai vu poindre à Métabetchouan il y a trois semaines. Ce que j’ai entrevu, c’est le pouvoir de nos rêves. J'en veux encore.
07 octobre 2006
Alcan et la région : doigté et raison SVP
Par Denise Turcotte
Dans l’un des textes, Carol Néron laisse entendre qu’Alcan se comporte en ingrate en refusant de céder gratuitement son quai Powell à la ville de Saguenay qui souhaite l’utiliser pour accueillir des bateaux de croisière. Dans l’autre, Michel Simard plaide en faveur d’une Baie des Ha! Ha! libérée de l'activité industrielle qui en ternit le paysage. Il anticipe avec bonheur le moment où cessera l’importation de bauxite et où disparaîtront les grands hangars qui servent à l’entreposer.
Drôle de message en filigrane: "pour nous remercier des 1,5 M $ qu’on vous a allongés pour l’usine de brasque, on trouverait juste normal que vous nous donniez un quai qui en vaut dix fois plus! Et tant qu'à faire, dépêchez-vous donc de fermer l’usine Vaudreuil et de nous débarrasser la baie ! " Heureusement que je ne suis pas un grand patron d’Alcan, parce que je serais bien tentée de m’envoler sur le champ pour la Chine, Oman, le Brésil ou l’Australie…
Il faudrait se brancher : est-ce qu’on en veut, des emplois industriels ? Et des salaires au-dessus de la moyenne qui se dépensent en biens et services dans les commerces locaux ? Et des PME qui gravitent autour d’Alcan et qui développent grâce à elle une expertise qu’elles peuvent exporter par la suite ? Et une industrie de deuxième et troisième transformation ?
Le «tiens» et les deux «tu l’auras»
Bien sûr, le projet de port d’escale pour les bateaux de croisière suscite les plus grands espoirs auprès de la population meurtrie de La Baie. Ces espoirs sont entretenus par une agressive campagne publicitaire où se succèdent les dépliants couleur et les messages télévisés où le maire Tremblay vante aux heures de grande écoute le potentiel d’un projet élaboré à la hâte pour rassurer une population hostile à la fusion.
L’idée de profiter du paysage exceptionnel de La Baie et d’y développer l’industrie touristique présente certainement beaucoup d’intérêt. Mais il ne faut pas se leurrer : des emplois saisonniers dépendant du bon vouloir de croisiéristes qui n’installent aucun actif chez nous et dont la destination change au gré des modes auront bien du mal à surclasser l’impact d’emplois industriels stables dans des installations construites chez nous à coup de milliards d’investissement.
Je ne suis pas une partisane de l’à-plat-ventrisme devant Alcan. Je conçois aisément que la multinationale profite d’avantages exceptionnels dans la région et qu’elle doit en contrepartie assumer des responsabilités envers la communauté régionale. Mais entre me battre pour prolonger la vie de l’usine Vaudreuil, qui transforme en alumine la bauxite reçue à Port-Alfred, et investir des millions pour accueillir des bateaux qui peuvent décider du jour au lendemain d’aller se promener ailleurs sans rien perdre ni subir aucune conséquence, mon choix est clair. Il ne faut pas transformer le quai Powell en débarcadère à touristes si cela nuit aux activités de son voisin, le quai Duncan qui alimente l'usine Vaudreuil.
L’usine Vaudreuil donne de l’emploi à environ 1 000 personnes. On annonce sa mort presque tous les deux ans depuis au moins vingt ans. Et pourtant, il s’y est réalisé des investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars au cours des dernières années, permettant d’améliorer considérablement sa performance. On parle beaucoup de ses coûts de production élevés, mais bien moins souvent de la pureté exceptionnelle de l’alumine qu’on y produit. Avec la qualité de notre main-d’œuvre et la stabilité du Québec, qui n’a pas de commune mesure avec celle des pays du tiers-monde où se trouvent bon nombre de mines de bauxite, il s’agit d’un avantage important pour Alcan. On la comprendra bien sûr de ne pas s’en vanter, question de maintenir une certaine pression sur les syndicats locaux.
Cohabitation et développement véritable
Évidemment, dans le contexte où l’économie régionale doit se diversifier, nous devons chercher à gagner sur tous les tableaux : garder Vaudreuil et les autres activités d’Alcan, créer un maximum de nouveaux emplois industriels et développer l’industrie touristique en profitant du potentiel des bateaux de croisière. Et pour ne pas répéter les erreurs du passé, nous devons le faire avec une approche de développement durable, en mettant en valeur nos paysages.
C’est une voie qui demande beaucoup de vision et qui implique forcément un certain nombre de compromis. Il faut d’abord reconnaître qu’Alcan est un partenaire de longue date et que, quels que soient les défauts de cette compagnie, il y a pas mal pire sur la liste des multinationales sans cœur. Alcan offre à ses employés des salaires et des conditions de travail qui font l’envie de beaucoup de gens. Elle a une conduite remarquable en matière de santé et sécurité et elle a fait au cours des dernières décennies des efforts considérables pour réduire les impacts négatifs de ses activités sur l’environnement. Elle possède ici des actifs importants qu’elle ne pourrait pas abandonner facilement. Et finalement, même si ses dirigeants n’accueillent pas favorablement toutes nos demandes, on sait au moins où on peut les rejoindre. Maintenir des relations profitables avec un tel partenaire commande minimalement qu’on s’inquiète un peu de ses besoins avant de décider qu’il n’a plus besoin de son quai, que le va-et-vient de gros paquebots ne dérangera aucunement ses activités et que ses entrepôts de bauxite sont voués à la démolition prochaine.
Deuxièmement, avant de bannir toute activité industrielle des berges de La Baie pour protéger l’environnement, il faudrait au moins s’assurer que ce qu’on compte en faire procure de meilleures perspectives à long terme. Ce passage du bulletin du Programme des Nations-Unies sur l’environnement pourrait nous amener à réfléchir :
«Un navire de croisière de 3 000 passagers produit entre 400 et 1 200 mètres cubes de déchets aqueux par jour (dont les eaux usées des lave-vaisselle, des machines à laver et des douches) et environ 70 litres de déchets dangereux, parmi lesquels des produits chimiques utilisés dans le développement de photos, des peintures, des solvants, des cartouches d’imprimantes, des batteries nickel cadmium et des fluides utilisés dans le nettoyage à sec. Un tel navire produit également 50 tonnes de déchets solides par semaine. Les bateaux de croisière seraient responsables de près d’un quart des 900 000 tonnes déversées dans les océans tous les ans dans le monde .»
Je crois profondément que le retour à la prospérité repose sur notre capacité à tempérer certains élans d’émotion et de rancœur. Un regard plus rationnel est nécessaire pour concilier les besoins et les impératifs de compagnies dont les investissements sont courtisés à l’échelle mondiale avec les aspirations d’une population qui a autant besoin d’emplois que de la préservation de son milieu naturel exceptionnel.
06 octobre 2006
Dire non à la gouvernance dogmatique
Par Sylvain Gaudreault
La grande différence entre le gouvernement conservateur actuel et les gouvernements conservateurs précédents, c’est que la gestion de Stephen Harper s’apparente davantage à un conservatisme social, voire moral, qu’au conservatisme économique à la sauce Clark et Mulroney.
Remarquez qu’il fallait être bien naïf pour ne pas imaginer que l’ère Harper ne marquerait pas une différence de ton et de style par rapport aux gouvernements précédents, et ce, tous partis confondus. Je me souviens encore d’une pétition déguisée en carte postale envoyée à toutes les maisons en décembre 2003. Dans ce document, monsieur Harper racontait un cas pathétique de délinquance juvénile puis demandait aux électeurs s’ils étaient d’accord pour étendre aux mineurs les peines pour adultes. Il fallait ensuite expédier tout à fait gratuitement la carte signée au bureau du chef de l’opposition. Une anecdote, me direz-vous ? Peut-être… Il reste néanmoins qu’elle est symptomatique d’un parti politique qui a érigé le populisme, la droite et les vertus morales au rang de dogme.
« Dégraisser »…
Les récentes compressions budgétaires annoncées par le gouvernement de Stephen Harper ne font qu’ajouter à ce style de gestion nouveau genre pour le Canada. Nous apprenions récemment que malgré des surplus budgétaires s’élevant à 13,218 milliards $ pour 2005-06, le gouvernement fédéral procède à des compressions pour plus d’un milliard de dollars. Nous pourrions imputer cela à la stricte volonté de maintenir une gestion serrée des finances publiques si ce n’était des secteurs dans lesquels le gouvernement a choisi de passer la hache.
Le gouvernement veut « dégraisser » l’appareil fédéral en sabrant dans soixante-cinq programmes. Parmi ceux-ci, tenez-vous bien, nous retrouvons :
- Les stages internationaux pour les jeunes (gulp !) ;
- Les enveloppes budgétaires pour la Condition féminine ;
- Le Programme d’aide aux musées, qui sert notamment à financer les activités de conservation et de mise en valeur des collections ;
- Les recherches sur la marijuana à des fins médicales ;
- Le programme de la GRC pour la prévention de la conduite avec facultés affaiblies par les drogues ;
- La Commission du droit du Canada, un organisme fédéral indépendant chargé de la réforme du droit.
Ajoutez à cela l’abolition au printemps dernier de « ÉnerGuide » et « Défi d’une tonne », les programmes de lutte contre les gaz à effet de serre les plus accessibles au grand public, ainsi que la coupure mesquine de quelque 50 000 $ au festival gay Black & Blue de Montréal et le portrait est complet.
Le gouvernement conservateur de Stephen Harper ne croit pas que la culture, l’ouverture sur le monde, l’égalité des chances et la prévention sont des valeurs rentables à long terme pour le Canada. Il préfère la sécurité, la loi, l’ordre et la méthode forte. Il choisit d’investir des milliards supplémentaires dans l’armée plutôt que de maintenir 10,2 millions $ dans les stages internationaux pour les jeunes. C’est fort, n’est-ce pas ?
Famille idéologique
Ces décisions donnent l’apparence d’un gouvernement qui a choisi de s’aligner sur les États-Unis. À mon avis, les choses sont beaucoup plus complexes que cela. Je ne pense pas que monsieur Harper s’est levé un bon matin en disant : « Je fais le choix de copier George W. Bush ». Je suis plutôt d’avis que dans la logique Harper, il est tout à fait normal d’agir comme il le fait. Le premier ministre appartient simplement à la même famille idéologique que Bush, celle d’un conservatisme social et moral inspiré de la droite religieuse. En d’autres mots, Bill Clinton occuperait toujours la Maison-Blanche que Stephen Harper ne changerait pas son style. Il prendrait les mêmes décisions. Il est fondamentalement un partisan de ce type de conservatisme.
Il est quasi assuré que le gouvernement minoritaire de Stephen Harper sera battu au printemps 2007 lors du prochain budget. Après un an de gouvernance dogmatique, il appartiendra aux électeurs de marquer le coup de façon claire en signifiant aux conservateurs et, du coup, au reste du monde, que le Canada est un pays qui refuse l’obscurantisme à saveur Harper. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, cela s’incarnera par la défaite de tous les candidats conservateurs et le renvoi de Jean-Pierre Blackburn à son travail de consultant en communications.