29 décembre 2006

 

Plus de bien commun pour 2007


Par Denise Turcotte

Je ne suis pas du genre à souhaiter «le paradis à la fin de vos jours». Bon, bon, je veux bien faire un petit effort si ça vous fait plaisir, même si, toute horticultrice que je suis, j’imagine ma description de tâche dans l’au-delà plus proche de celle du compost que de celle d’un chérubin touchant la harpe. Disons que je préfère concentrer mes souhaits sur la vie actuelle. Et c’est celle-là que je voudrais meilleure. Maintenant, bientôt, le plus tôt possible.

Un contraste indigeste

Combien d’incroyables aubaines du Boxing Day suis-je en train de manquer pendant que j’écris ces lignes ? Le formidable écran au plasma, la télé qui pourrait me faire voir la réalité en haute définition, tous les vêtements, bijoux et chaussures qui me donneraient «l’air de monde», décidément, j’ai tout raté si j’en juge la cohue infernale que Le Quotidien montre à la une ! Année après année, j’ai l’impression que la première page du journal est la même à tous les 27 décembre : une foule agglutinée qui attend fébrilement l’ouverture des magasins pour se jeter à bras raccourcis dans un délire de consommation surréaliste. Qui pourrait croire qu’on sort à peine de festivités opulentes ?

Cette image presque indécente de la course effrénée aux rabais pour l’acquisition de produits de luxe à l’utilité questionnable me trouble profondément. Est-ce pour cela qu’il faut absolument des baisses d’impôt qui nous laisseront plus d’argent dans les poches ? Est-ce pour cela qu’il faut couper dans les programmes sociaux et laisser la charité de guignolée prendre le relais ? Est-ce pour cela qu’il faut laisser les enseignants se débrouiller avec moins de manuels qu’il y a d’élèves dans les classes et confier aux enfants la tâche de collecter des fonds pour aménager les cours d’école ou payer les sorties de fin d’année en vendant des barres de chocolat, des savons, des chandelles, des livres de recettes, des t-shirts et que sais-je encore ? Est-ce pour cela qu’il faut vendre un morceau de parc national et y aménager des condos ? Est-ce pour cela que nous acceptons que des personnes âgées soient limitées à un bain par semaine et contraintes de pisser dans leur couche parce que les ressources sont trop limitées pour qu’on ait le temps de les amener jusqu’aux toilettes ?

Plus de place au collectif

Je l’ai déjà écrit sur ce blogue («Vive les impôts!»), j’aime l’idée que les humains puissent mettre leurs ressources en commun pour se donner ensemble les services qu’ils ne peuvent pas s’offrir tout seuls. Même si j’admets que l’administration publique est remplie de défauts et souvent inefficace, je ne partage pas l’avis de ceux qui prétendent qu’il faut réduire au minimum la taille des États et baisser massivement les impôts pour que les citoyens choisissent eux-mêmes comment ils dépensent l’argent dont ils disposent.

N’importe quel portique de Dollarama me confirme que nos choix individuels de dépenses sont loin d’être toujours plus judicieux que ceux des fonctionnaires et politiciens envers qui nous avons la critique facile.

Des vœux

Et c’est pour cela que je voudrais nous souhaiter à tous de remettre le bien-être collectif présent et futur au sommet de l’ordre du jour. Vous savez, toutes ces choses qui ne sont la responsabilité de personne en particulier parce qu'on se dit tous qu'elles sont l'affaire de tout le monde: l'élimination de la pauvreté et de l'exclusion, la lutte au décrochage, la prévention des abus envers les personnes, la protection de l'environnement, la consommation responsable...

Je nous souhaite moins de biens communs, plus de bien commun. Moins de télé, plus de réalité. Moins d’heures supplémentaires, plus de bonheur élémentaire. Moins d’obligations, plus d’engagement. Moins de Hummers, plus de bonne humeur.

Bonne et heureuse année 2007 à chacun de vous. Et le paradis avant la fin de vos jours.

22 décembre 2006

 

Une trêve pour Noël


Par Denise Turcotte

Pas d’analyse, pas d’économie, pas de politique. Pour Noël je vous offre plutôt trois brins de nostalgie à travers un petit clin d’œil gourmand aux Noël de mon enfance.

À vous tous, un très Joyeux Noël, simple et chaleureux, plein de retrouvailles, de rires, de jeux, de musique, de délices, d’amour et de toutes ces choses qui comptent vraiment.

La valise de gourmandise

Quelques semaines avant Noël, monsieur Jacques du magasin général Achille Tremblay passait par les maisons avec sa valise. Objet de toutes nos convoitises, la valise de monsieur Jacques contenait des dizaines d'échantillons de bonbons de toutes sortes, tous plus tentants les uns que les autres. Un véritable trésor de bonbons multicolores soigneusement alignés dans les petits sacs que monsieur Jacques déballait patiemment devant chaque ménagère du rang, histoire de faire connaître la marchandise et de susciter des commandes. Parfois, on pouvait même en goûter quelques-uns.

Ma mère examinait lentement les sacs et se faisait aller les méninges pour tenter de faire plaisir à chacun de nous sans trop grever le modeste budget familial. Quelques chocolats pitons parce qu'on les adorait tous, mais pas trop parce que c'était cher, des rosettes en chocolat, incontournables, des bonbons français, les préférés de mon père, quelques jujubes pour les couleurs vives, des pommes de terre parce que ces petites boules rouges à saveur de thé des bois faisaient vraiment très Noël, des bull's eyes, qu'on appelait "boulsailles", un sac de bonbons durs enrobés de grains de sucre, ceux que mon grand-père aimait bien depuis qu’il avait cessé de fumer, des "paparmannes", des vertes et des roses, une boîte de chocolats fourrés avec le plan explicatif pour repérer plus facilement celui qui cachait la cerise au marasquin… Et bien sûr l'incontournable chaudière de bonbons mélangés qui, on s'en rend compte en vieillissant, constituait un rapport qualité-prix imbattable.

Ils avaient beau coller en pain, goûter bien trop la réglisse et blesser la langue à cause des cavités qui s'y formaient quand on les suçait trop consciencieusement, on les aimait quand même, les bonbons rayés de la chaudière ! Le reste… on se contentait de le regarder. Il ne fallait pas exagérer, disait ma mère. Et monsieur Jacques refermait toujours trop vite sa valise merveilleuse sous nos yeux déçus que la commande s'arrête déjà.

La livraison se faisait un peu avant Noël. La cachette était dans le garde-robe, on le savait tous. On allait vérifier souvent: il faillait bien s'assurer que le butin était toujours là. On regardait avec envie les petits sacs de papier brun et la grande boîte de chocolats Moirs. Celle avec la dame vêtue d'un chandail vert à col en V qui tenait dans sa main la boîte de chocolats Moirs sur laquelle on pouvait voir à l'infini se répéter l'image! Elle me fascinait tant, la belle madame Moirs mise en abyme sur la boîte de chocolats, que c'est à elle qu'est allée ma première pensée lorsque, trente ans plus tard, un professeur d'informatique m'a initiée au concept de récursivité! Ainsi s'expliquait aussi le mystère de la chaudière de bonbons durs qui se renversait sans fin sur sa propre image et qu'on pouvait longuement regarder en salivant à défaut d'avoir la permission d'y plonger à deux mains.

Je ne sais pas si l'indulgence m'a fait oublier quelques larcins perpétrés à même la précieuse réserve malgré les grands discours de ma mère sur les vertus de l'attente et malgré la crainte que le Père Noël ne m'oublie si je n'étais pas sage. En revanche, le souvenir de l'envie que j'avais de prélever dans le garde-robe une petite avance sucrée est encore si vif que je ne peux pas nier plus longtemps avoir gravement péché, au moins en pensée.

Je peux aussi confesser avoir eu la main vive pour plonger dans le plat de verre taillé sans être vue lorsqu'enfin les fameux bonbons étaient étalés, le soir du réveillon. Après tout, il ne fallait pas faire honte à ma mère qui avait fait ses avertissements avant l'arrivée de la parenté: "Surtout les enfants, faites pas comme si vous en aviez jamais vu!"

16 décembre 2006

 

Annonce d’Alcan : des enseignements utiles pour préparer la suite


Par Denise Turcotte

Moi aussi je me réjouis de l’annonce faite par Alcan cette semaine. La région a bien besoin de bonnes nouvelles comme celle-là. Essayons maintenant de voir ce qu’on peut retenir de l’événement pour tenter de faire en sorte que ses effets bénéfiques se multiplient. Et pour commencer dès maintenant à préparer le prochain projet d’envergure.

Refuser de baisser les bras

D’abord cette annonce est un pied de nez à tous ceux qui ont cru que le Complexe Jonquière était bel et bien mort après la fermeture des salles de cuves Soderberg en 2004. On n’a pas arrêté depuis de spéculer sur la longévité des installations de Jonquière et certains éditorialistes se sont même pris à rêver d’une Baie débarrassée de ses vilains entrepôts de bauxite. Bien sûr, on ne peut pas gagner tous les combats sur la planète mondialisée, mais s’avouer vaincus d’avance face aux Chinois et autres compétiteurs d’outremer ne mène certainement pas à la victoire. Il faut plutôt s’informer consciencieusement et bien recenser ses avantages et ses faiblesses; il faut ensuite agir intelligemment pour faire valoir les premiers et réduire les seconds dans tous les dossiers où on pense que nos chances objectives sont bonnes.

L’action syndicale au profit de toute la communauté

Deuxièmement, il faut reconnaître que la décision d’Alcan de construire une nouvelle usine au Complexe Jonquière est le résultat du travail acharné des syndicats, SNEAA et TCA en tête. Tous les intervenants qui ont pris la parole lors de l’annonce ont souligné la collaboration exceptionnelle du syndicat qui a permis un dénouement heureux du dossier. Cela devrait faire réfléchir les nombreux commentateurs prompts à accuser les syndicats de toutes nos misères économiques.

On a surtout souligné que les concessions acceptées par les syndiqués, notamment au sujet de la sous-traitance, ont eu un impact déterminant. C’est certainement vrai, mais je crois que c’est très réducteur. Je pense que ce qui a vraiment fait la différence, c’est l’action d’ensemble menée par les syndicats depuis l’annonce de la fermeture des Soderberg. Il faut se rappeler qu'ils ont investi beaucoup d’argent pour analyser la situation énergétique d’Alcan et pour informer la population sur toute la question des redevances. Ils ont aussi multiplié les démarches auprès des instances politiques à tous les niveaux, rencontrant ministres, députés, membres de la CRÉ, expliquant, argumentant et revenant à la charge avec beaucoup d’aplomb et de détermination. Ils sont également très étroitement associés au référendum régional sur les ressources naturelles qui s’est tenu lors des élections municipales de 2005.

Ce faisant, les syndicats ont modifié le rapport de forces à un niveau bien plus élevé que celui de leur propres négociations contractuelles. Il faut se rappeler que lors de son élection, le gouvernement de Jean Charest prônait le désengagement face aux entreprises et refusait d’accorder de nouveaux blocs d’électricité aux alumineries. La multitude de rencontres politiques des syndicats n’est certainement pas étrangère au virage à 180 degrés effectué par le gouvernement du Québec qui accorde maintenant son soutien au projet d’Alcan.

Utiliser ses forces et réduire ses faiblesses. Bien sûr le syndicat a fait des concessions. Mais il a aussi et surtout travaillé pour que d’autres instances mettent l’épaule à la roue et pour qu’Alcan soit soumise à un rapport de force finalement plus sain. C’est un modèle à retenir.

Des impacts à maximiser

On a déjà beaucoup parlé de tout le potentiel que recèle l’usine de démonstration des cuves AP-50 pour les PME de la région. Nous avons acquis une bonne expertise pour maximiser les retombées locales des grands chantiers de construction, il faut continuer dans cette veine. Il faut aussi s’assurer que les entreprises d’ici pourront exporter le savoir-faire acquis autour de la nouvelle technologie. Évidemment, comme la recherche est complétée, on n’est pas dans le créneau de l’innovation mais plutôt dans la mise en place et dans l’application. Cela signifie que nos entreprises ne seront pas nécessairement appelées à développer des savoir-faire particuliers qui leur donneraient une longueur d’avance. Elles peuvent néanmoins profiter du chantier de Jonquière pour devenir plus efficaces et plus compétitives de façon à décrocher des contrats liés à la construction d’autres alumineries utilisant la technologie AP-50.

Le fonds de 10 M $ prévu par Alcan pour soutenir les entreprises locales est une bonne nouvelle. Mais il faut aller au-delà et s’assurer que les équipementiers disposent d’un soutien concerté qui met à contribution toutes nos forces. Je pense entre autres à nos ressources de recherche (CTA, CQRDA, chaires de l’UQAC, etc.) pour exercer la vigie et fournir du soutien technique, aux ressources gouvernementales du fédéral (par exemple pour l’aide à l’exportation) et du provincial (par exemple pour la formation de la main-d’œuvre), ainsi qu’aux avantages fiscaux (notamment par le biais de la Vallée de l’aluminium), et ainsi de suite.

Il faut également s’assurer que l’usine de démonstration de 44 cuves annoncée par Alcan sera transformée comme prévu en usine complète et que les usines satellites, comme une usine d’anodes adaptés aux nouvelles cuves, seront bien construites à Jonquière. Quant à l’agrandissement de l’usine Alma, la vue aérienne du site est assez convaincante : il y a un trou qui ne demande qu’à être comblé et la balle semble être dans le camp du syndicat.

Il ne faut pas non plus délaisser les efforts de diversification vers la deuxième et la troisième transformation. Ces efforts, qui passent notamment par la recherche, le soutien au transfert technologique et l’apport de fonds pour le démarrage d’entreprise, sont nécessaires pour diminuer notre dépendance face à Alcan, un objectif que la bonne nouvelle ne devrait pas nous faire oublier.

Vers AP-75

L’usine de démonstration de Jonquière permet à Alcan de se positionner comme fournisseur de cette technologie pour d’autres alumineries. Mais la compétition est vive: les Russes et les Chinois disposent de leur propre technologie à 300 kA, ainsi que de prototypes de cuves qui fonctionnent à un ampérage plus élevé. Les Chinois progressent rapidement, comme on le constate notamment dans le secteur de l’alumine où ils sont en train de devenir de gros producteurs, influençant les prix à la baisse.

Lorsque Pechiney a développé la technologie AP-30 (celle utilisée à Alma), elle a poursuivi la recherche pour des cuves à 400 kA, puis est passée très rapidement à 500 kA (AP-50). Pour conserver l’avance, il serait normal qu’Alcan démarre sans délais un projet de recherche pour tester des prototypes à 600 kA puis à 750 kA. Il semble en effet que comme c’est le cas pour les avions, il n’y ait pas de limite théorique à la taille d’une cuve. Un chercheur de la région, Marc Dupuis, a d’ailleurs publié plusieurs articles sur une technologie à 740 kA.

À cet égard, le fait que les travaux de recherche et développement liés à l’industrialisation de la technologie AP50 soient confiés au Centre de recherche et de développement d’Arvida est de bon augure. À nous d’être vigilants et d’éviter de nous asseoir sur nos lauriers, même si ce serait bien tentant de le faire au lendemain d’une bonne nouvelle qui couronne tant d’efforts.

Pour aller plus loin :

Bon ça ne se lit pas exactement comme un roman, mais si vous croyez que je fabule quand j’évoque une cuve AP-75, ça pourrait vous rassurer:

MHD and potshell mechanical design of a 740 kA cell, par Marc Dupuis (Jonquière) Valdis Bojarevics (Greenwich) et Daniel Richard (Montréal) http://www.genisim.qc.ca/website/aluminium2006.html

12 décembre 2006

 

LBR a dix ans : chapeau à Alain Bergeron !


Par l'équipe de L'Oiseau-mouche

En 1996, Internet commençait à être un phénomène sérieux mais c’était loin d’être le puissant outil que nous utilisons maintenant de façon quotidienne, presque machinalement. Rappelez-vous : en 1996, environ 30 % des ménages canadiens possédaient un ordinateur et à peine 7 % étaient reliés à Internet.

La mode était aux ordinateurs Pentium à 133 MHz avec 32 Mo de RAM et un modem 33.6 kbps. Quelle puissance ! Le fureteur Internet Explorer faisait son entrée sur un marché que Netscape dominait encore largement. Java, les contrôles Active-X, ICQ, les chips MMX et les disques DVD étaient de grandes nouveautés technologiques alors que sur Internet, eBAY et Compuserve.com faisaient leur apparition. Plus près de nous, Desjardins lançait ACCÈS-D et Transport Québec mettait l’état des routes en ligne. Mais le gadget à la mode était UBI, ce bidule mis au point par Vidéotron qui en a distribué à tous les foyers de la région. Plusieurs entreprises ont d’ailleurs tenté sans succès de développer des applications pour cette technologie qui n’a pas survécu malgré des investissements importants et le soutien de l’État.

La vision d’un précurseur

Ce bref rappel montre à quel point créer un journal en ligne en 1996 n’allait pas de soi. Et un journal en ligne RÉGIONAL de surcroît, ça n’était vraiment pas évident ! Et pourtant, c’est à ce moment là qu’Alain Bergeron a lancé LBR, Le Bulletin régional. La même année où les journaux Le Droit et Le Soleil se dotaient d’une version en ligne et un an avant que Le Quotidien en fasse autant. Il fallait beaucoup de vision et peut-être, avouons-le, une certaine dose de naïveté pour démarrer pareille aventure. Et il a certainement fallu beaucoup de persévérance et un travail acharné pour que LBR progresse et se développe comme il l’a fait depuis dix ans. De nombreux autres médias Internet sont disparus, preuve que l’entreprise était ardue. La ténacité et la constance de monsieur Bergeron méritent qu’on lui lève notre chapeau. Et qu’on le remercie.

Un apport majeur pour la collectivité

En effet, une décennie plus tard, grâce à tous ses efforts, LBR dispose d’une banque d’archives exceptionnelle sur une multitude de sujets régionaux. Avez-vous récemment fait une recherche Google sur le nom d’un intervenant ou d’un organisme d’ici ? Presqu’à tout coup, c’est un ou plusieurs textes de LBR qui s’affichent dans les premiers résultats de recherche. Cette banque, constituée en bonne partie de communiqués présentés dans leur intégralité et de textes d’opinion originaux, représente une partie de notre mémoire collective. Elle est précieuse et on y réfère souvent. Toutes les régions n’ont pas la chance de pouvoir compter sur un pareil actif.

Au fil des ans, LBR est devenu incontournable. On ne songerait plus maintenant à faire connaître une activité sans inclure LBR à la liste de distribution. Et dans bien des cas, c’est la seule tribune accessible pour rejoindre facilement et rapidement la collectivité régionale, surtout lorsqu’on appartient à une organisation qui dispose de moyens limités. En ce sens, LBR est devenu un véritable média alternatif et populaire. Et avec l’infolettre publiée chaque semaine, l’information est diffusée à plusieurs milliers de personnes de différents milieux.

Une tribune unique

Très peu de temps après le lancement de notre blogue L’Oiseau-mouche, Alain Bergeron nous a contactés pour nous offrir une collaboration. Depuis, LBR publie chaque semaine un de nos textes. Pour L’Oiseau-mouche, il s’agit d’une diffusion élargie qui nous a permis de faire connaître le blogue plus rapidement à un public plus varié. La publication sur LBR permet également à L’Oiseau-mouche d’augmenter sa visibilité pour les moteurs de recherche, ce qui fait que nos textes sont plus accessibles sur la toile. Bref, avec LBR, le petit Oiseau-mouche s'est doté des ailes d'un grand héron!

Évidemment, lorsqu’on prend la peine d’exprimer des opinions sur Internet, on souhaite qu’elles soient lues par le plus grand nombre. Pour nous, membres de L’Oiseau-mouche, comme pour tous ceux qui s’expriment dans « L’opinion du lecteur » de LBR, cet accès citoyen à un média qui permet l’expression des idées et l’échange direct constitue sans doute un des plus grands apports de LBR à la vie régionale. Nous ne pouvons que souhaiter que ce bel outil de démocratie et de communication continue de se développer. Et L'Oiseau-mouche entend bien continuer d'y contribuer!

Félicitations pour ces dix ans, monsieur Bergeron, et longue vie à LBR!

11 décembre 2006

 

Médecins spécialistes: la surenchère de l'équité


Par Pascal D'amours

Je cherchais un angle original pour traiter du conflit qui oppose actuellement le gouvernement du Québec et les médecins spécialistes concernant les salaires de ceux-ci. Je ne voulais pas les traiter de privilégiés ou d'égoïstes avec leur salaire moyen de 253 000 $: cela eut été trop facile ! Les médecins spécialistes ont des responsabilités titanesques et leurs décisions ont un impact déterminant sur la santé des patients. Bref, ils méritent la reconnaissance et le respect.

Sauf que le respect, ce n'est pas un permis pour dire des «conneries». Et des «conneries», M. Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes en a dit quelques-unes récemment. Lorsqu'il parle par exemple de la présente négociation comme d'une «affaire de justice et d'équité», il détourne le sens des mots et manque totalement de perspective.

L'équité a le dos large par les temps qui courent. On dirait que l'argument de l'équité, on l'utilise toujours pour se comparer à une situation plus avantageuse. Notez que les médecins spécialistes demandent l'équité avec les autres provinces canadiennes où la profession serait payée 44 % de plus plutôt que de se comparer avec les médecins européens qui gagnent un salaire inférieur à celui du Québec toute proportion gardée. Le Québec a un modèle économique différent (l'électricité y est plus abordable, les études post-decondaires y sont plus accessibles, etc.), pourquoi les médecins n'accepteraient-ils pas cette vision-là de l'équité ?

Lorsqu'elle est élevée au rang de valeur suprême, l'équité perd tout son sens. J'écoutais l'autre jour la détestable émission du Doc Mailloux (Eh oui, Maisonneuve était trop plate à Radio-Canada ce jour-là!) et je suis tombé sur une éloquente illustration d'une surenchère de l'équité. Une jeune femme racontait au Doc Mailloux comment ses parents se comportaient avec leurs deux petits-enfants en prévision des cadeaux de Noël. Les grands-parents achetaient d'abord le cadeau du plus petit, mettons 35 $. Ensuite il magasinait le cadeau du plus grand dont le coût s'élevait cette fois-çi à 45 $. Problème alors dans le coeur calculateur des grands-parents, les petits-enfants n'étaient plus traités de façon équitable. Retour donc, dans un autre magasin à la recherche d'un 2e cadeau de 10 $ pour le plus petit. Malheur, le cadeau idéal coûterait 25 $. On l'achète et l'on cherche un 2e cadeau de 15 $ pour le plus grand. Et ainsi de suite. Quelle lecture idiote et obtue de l'équité ! C'est pourtant la logique de plusieurs lobbys dont celui des médecins spécialistes dans leur relation avec l'État.

Un monde où la vie serait toujours juste et équitable est une monde imaginaire. Oui, assurément, il faut lutter pour combattre les injustices; il faut cependant éviter de tomber dans une logique simpliste d'une équité de calculette. Il y a le monde rêvé d'une justice absolue et la réalité du monde des possibles. Je souhaite que le ministre de la Santé, M. Philippe Couillard, se dresse comme un rempart devant la surenchère de l'équité pratiquée par les médecins spécialistes.

09 décembre 2006

 

Bateaux de croisières : l’hyperémotivité est mauvaise conseillère


Par Denise Turcotte

Le projet d’aménagement d’un quai pour les bateaux de croisières à La Baie est devenu très émotif ces derniers jours alors que le maire de Saguenay s’en est pris de façon virulente aux citoyens qui questionnent le règlement d’emprunt de 11,25 M $ adopté par la Ville lundi dernier. Jean Tremblay a accusé les personnes qui émettent des réserves sur le règlement d’emprunt de «bloquer systématiquement le développement de la région» et «de lui livrer [à lui] une guerre personnelle». Il a ajouté que si la signature des registres conduisait à un référendum, ces personnes seraient responsables du gaspillage de 800 000 précieux dollars en fonds publics pour un exercice inutile puisqu’il a en mains un sondage qui démontre que 70 % de la population est en faveur du projet.

D’abord revenir à une discussion rationnelle

J’avoue que cette attitude du premier magistrat de Saguenay me laisse perplexe. Pourquoi transformer ainsi en confrontation émotive ce beau projet qui lui tient tant à cœur ? Si, comme le prétend le maire, son projet est fabuleux, que 70 % de la population l’appuie et que les gouvernements de Québec et d’Ottawa s’apprêtent à le soutenir, pourquoi tirer à boulet rouge sur ceux qui posent des questions plutôt que de leur répondre calmement ? De quoi a-t-il peur ? Pourquoi jeter de l’huile sur le feu, attiser la chicane et polariser les positions au lieu d’agir en rassembleur ? Déjà monsieur Tremblay admet que c’est en discutant avec les citoyens et en écoutant leurs réticences qu’il s’est ravisé pour réduire son règlement d’emprunt de 33 M $ à 11 M $. C’est bien la preuve que les questions et les doutes peuvent contribuer à améliorer une proposition, n’est-ce pas ?

Alors, est-ce que je risque moi aussi de devenir une mauvaise citoyenne si j’ose soulever quelques questions ? Est-ce que je vais enlever le pain de la bouche aux gens de La Baie en demandant des comptes à mes élus ? Est-ce qu’on va m’envoyer la facture du référendum ? Est-ce que mes voisins vont me crier des noms et dessiner des graffitis sur ma maison pour que tout le monde sache où habite la sorcière qui veut tuer la région ? Est-ce que les gens vont changer de trottoir quand j’approche, de peur que la honte que je personnifie ne les éclabousse ?

J’espère que non. En fait, je fais le pari que non. Je n’ai pas envie de vivre dans une société où ceux qui posent des questions sont crucifiés sur place. On tire sur ceux qui posent des questions seulement quand on est incapable de leur répondre, quand on manque d’arguments pour les convaincre, ou quand on a des choses à cacher. Je sais que mes concitoyens ne sont pas comme ça.

Je crois qu’on peut encore discuter en se respectant mutuellement et travailler ensemble pour le bien commun. Une amie de La Baie me faisait récemment remarquer que cette capacité collective de débattre intelligemment de projets est nécessaire et doit faire l'objet d'un apprentissage continu pour qu’un territoire se développe. Je suis aussi de cet avis et je crois que nous sommes capables d’agir en ce sens. Et c’est pourquoi je vais vous exposer calmement quelques doutes et quelques questions que j’ai à propos du projet de quai d'escale et du règlement d’emprunt.

De bien drôles d’arguments

J’ai assisté à la séance d’information tenue à Chicoutimi mercredi soir. Je pourrais vous parler de chiffres bizarres, d’éléments qui me semblaient manquants, de données non actualisées ou actualisées partiellement suite à la réduction du coût du projet de 44 M $ à 33 M $. Je me contenterai de vous dire que les prêteurs que je connais ont l’habitude de demander des chiffres pas mal plus complets que ça pour accorder du financement. Et que notamment, ils considèrent le remboursement des intérêts d’un emprunt à long terme comme une dépense qu’il faut comptabiliser. J’ai bien vu dans le plan d’affaires des coûts de financement temporaire, mais pas de trace des intérêts de l’emprunt de 11,4 M $. Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand j’obtiens une hypothèque sur 15 ou 20 ans, habituellement ça veut dire que ça va me coûter au total au moins le double du montant que j’ai emprunté.

J’aimerais aussi vous résumer mon inconfort à l’aide d’un exemple: parlant des retombées économiques de la visite des croisiéristes, madame Nemey, qui faisait la présentation, nous a expliqué que ces prévisions avaient été faites par la firme Daniel Arbour et associés et que le monsieur qui avait élaboré la formule de calcul avait remporté le Prix Nobel pour ses travaux.

Quoi ? Un prix Nobel d’économie a été attribué à un Québécois et je n’en ai pas eu connaissance ? Pas vraiment. Vérification faite, le calcul des impacts économiques a été fait en utilisant le modèle intersectoriel du Québec, mis au point par l’Institut de la statistique du Québec et largement utilisé pour calculer les retombées de projets ou d’activités dans différents secteurs. Et le prix Nobel ? Madame Nemey faisait sans doute référence à Wassily Leontief, économiste américain d'origine russe (1905-1999), lauréat du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1973, et dont le nom est associé avec l'analyse entrée-sortie, un concept utilisé dans le modèle intersectoriel. Je comprends que la mention «Prix Nobel» fait sérieux et peut impressionner un auditoire non averti, mais avouez que c’était pas mal charrié…

Et je ne peux pas m’empêcher de me demander combien il y en avait d’autres, des énormités comme celle-là, dans le discours que madame Nemey livrait avec le sourire irrésistible et la conviction des gens de bonne foi.

Une procédure de registres douteuse

Malheureusement, ce n’est pas la procédure d’ouverture des registres qui va me rassurer puisqu’elle prévoit un seul site, à La Baie. Beaucoup de personnes, et pas toutes stupides, ont compris que seuls les gens de La Baie auront la possibilité de signer le registre. C'est faux bien sûr et tous les citoyens de Saguenay auront la possibilité de signer le registre. Mais c'est dire combien la façon de faire prête à confusion, en plus d’être cavalière et peu démocratique pour les citoyens de Chicoutimi, Jonquière, Laterrière, Shipshaw et Lac-Kénogami qu’on force à se déplacer à l’extrémité de la ville pour exprimer leur point de vue.

Et si la rumeur voulant que les registres soient ouverts le 21 ou le 22 décembre, il sera difficile de penser que la démarche est dépourvue d’intentions malveillantes. Entre faire une heure de route pour signer un registre ou préparer mes petits pâtés, je ne serai pas la seule à être tentée de pencher pour les petits pâtés, je crois.

Pourquoi maintenant ?

Plus fondamentalement, j’ai un problème de logique avec le règlement d’emprunt: on parle d’un projet de 33 M $ financé à parts égales par la Ville, Québec et Ottawa. Pourquoi donc faut-il que la Ville emprunte maintenant, sans attendre que les deux autres paliers aient donné leur aval ? Parce qu’il faut commencer sans tarder les travaux ? Mais non, monsieur le maire dit qu’il dépensera l’argent de la Ville seulement à mesure qu’il recevra les contributions du fédéral et du provincial. Alors pourquoi emprunter tout de suite de l’argent qu’on ne dépensera pas tout de suite ? Parce qu’on veut mettre de la pression sur les deux autres gouvernements ?

Si c’est ça, j’ai une bien meilleure suggestion. Beaucoup de compagnies de croisières seraient intéressées à venir à La Baie, dit-on, mais elles ne viendront que si le quai est construit. Qu’on leur fasse mettre ça par écrit. Tous les prêteurs vous le diront, il n’y a rien de mieux que des lettres d’intention de clients potentiels pour faciliter l’obtention d’un financement.

Monsieur le maire a aussi dit que «s’il y a un référendum, le projet sera abandonné par Québec. Il faudra regagner la confiance du gouvernement». Mais alors, pourquoi tenir un référendum justement ? Pour pouvoir emprunter tout de suite de l’argent qu’on ne dépensera pas tout de suite parce qu’il faut la participation de Québec et Ottawa pour aller de l’avant avec un projet que Québec abandonnera parce qu’il y a eu un référendum sur un règlement d’emprunt qui visait à mettre de la pression sur Québec et Ottawa ? Me suivez-vous ? On a vraiment un problème de logique ici, non ?

En plus, monsieur le maire est sûr de gagner son référendum parce qu’il a en mains un sondage qui dit que 70 % de la population appuie le projet. Sauf que la question exacte du sondage était celle-ci : «Êtes-vous favorable à ce que la Ville et les gouvernements du Québec et du Canada investissent à parts égales un montant total de 33 M $ pour l’aménagement d’un quai afin que les bateaux de croisières continuent de venir à Saguenay ?» Alors, pourquoi tenir un référendum pour emprunter de l’argent qu’on ne dépensera pas tout de suite si ça risque de pousser Québec à abandonner un projet que les citoyens soutiennent dans la mesure où la Ville, Québec et Ottawa y investissent à parts égales ? Me suivez-vous toujours ? Et si oui, pouvez-vous m’expliquer la logique ?

Et nos deux ministres ?

Le nœud de l’affaire semble résider dans la participation de Québec et celle d’Ottawa. Et à ce sujet, je pense que la plupart de mes concitoyens sont d’accord: elle est essentielle. Mais je me demande pourquoi on ne voit pas Françoise Gauthier et Jean-Pierre Blackburn défendre le projet de croisières plus ardemment aux côtés de Jean Tremblay. Et là encore, j’ai un problème de logique.

Si la lenteur administrative est la seule explication du silence ministériel, pourquoi la Ville devrait-elle emprunter maintenant de l’argent qu’elle ne pourra dépenser que lorsque les deux autres gouvernements auront complété un processus que même deux ministres régionaux ne peuvent pas accélérer davantage?

Peut-être faut-il explorer d’autres hypothèses. De deux choses l’une: ou bien nos ministres régionaux n’ont pas d’argent, ou bien ils ont des doutes. S’ils n’ont pas d’argent, de deux choses l’une: ou bien ils sont incompétents pour vendre le projet à leurs cabinets, ou bien les gouvernements sont vraiment à sec et ce n’est pas le règlement d'emprunt de la Ville qui va les renflouer.

Si, en revanche, monsieur Blackburn et madame Gauthier ont seulement des doutes ou des questions, pourquoi ne les expriment-ils pas ? L’administration Tremblay pourrait facilement fournir les données qui les rassureraient, puisqu’elle est convaincue que le projet est exceptionnel et assure qu'elle a toutes les études en mains.

À moins que nos ministres n’aient peur, eux aussi, de se faire tirer dessus en émettant des objections et qu’ils préfèrent lâchement laisser de simples citoyens aller «au batte» pour poser les questions, au risque de provoquer un référendum qui va retarder tout le projet et peut-être même le mettre en péril… Ce serait bien un comble que l’attitude agressive qu’adopte le maire Tremblay ait comme effet pervers de paralyser ses alliés naturels et de priver la population de son projet le plus cher.

05 décembre 2006

 

Rupert: un test à l'honnêteté des écolos


Par Pascal D'amours

On n’en parle pas beaucoup, mais un grand chantier hydroélectrique se profile dans le Nord québécois. Le projet de dérivation de la rivière Rupert vers la nouvelle centrale Eastmain 1-A représente le plus gros projet d’Hydro-Québec depuis dix ans avec ses 888 mégawatts supplémentaires. Après des mois et des mois de consultations et des tonnes d’études scientifiques sur les impacts, le gouvernement du Québec a donné son accord au projet le 24 novembre dernier. Il ne manque qu’une autorisation du gouvernement fédéral pour lancer les travaux dont on évalue les coûts à 4 milliards de dollars.

J’ai bien le goût de vous dévoiler un «scoop». La commission fédérale d’examen donnera le feu vert au projet dans les prochains jours. Un indice parmi d’autres me met la puce à l’oreille : les consultations du Québec et du fédéral ont été menées conjointement pour éviter les dédoublements. La présentation des mémoires s’est faite de façon simultanée devant les deux instances. Le comité québécois (COMEX) formé de cinq intervenants (dont deux de la communauté crie) a déjà donné un accord unanime au projet au début de novembre. Eh bien, saviez-vous que deux des intervenants qui siégeaient sur le COMEX siègent également sur le comité du fédéral composé lui aussi de cinq personnes ? Dans un souci de cohérence, il est presqu’assuré que le projet aura le feu vert. Ce sera une bonne nouvelle pour les retombées économiques dans la région (plus de 500 millions), mais avant tout, ce sera une excellente nouvelle pour le développement durable et j’aimerais m’attarder sur ce point.

Le Québec : un modèle de développement durable

Le Québec se démarque dans le monde avec son bilan énergétique et il fait l’envie du monde entier. Le Québec utilise près de 50 % de son énergie sous forme d’énergie renouvelable (hydroélectricité, vent), alors qu’ailleurs dans le monde ce pourcentage n’est que de 13 %. Il y a encore place à l'amélioration, mais le Québec est tout de même à l’avant-garde du développement durable. La production d’électricité via nos barrages permettrait même, dans l’optique d’un surplus, d’empêcher la construction de nouvelles centrales au charbon ou au gaz dans le Nord-Est des Etats-Unis. Vous le voyez, je perçois la construction de nouveaux barrages ici comme un geste de solidarité verte avec nos voisins dans l’effort mondial visant à diminuer les gaz à effet de serre.

L’opposition des écolos et des Cris au projet

Malgré tout ce qui précède, l'opposition des écolos au projet Rupert ne désarme pas. Surveillez ça au cours des prochaines semaines, les «Amis des rivières» et autres regroupements d’écolos dénonceront avec vigueur ce projet de dérivation. Pourquoi cette opposition à ce projet ? Parce que l’on touche à une rivière sauvage tout simplement. On dirait qu’aux yeux des écolos, tout projet de barrage est en soi un mauvais projet. Comme vous le savez sans doute si vous me lisez à l’occasion, je défends bec et ongle l’expression de la dissidence et la liberté d’expression. Cependant, il y a des situations où le «lobby vert» n’est plus l’incarnation d’un contre-pouvoir souhaitable mais bien un lobby aveuglément «contre le pouvoir» sans discernement.

Vous avez peut-être lu la mise en garde récente de Daniel Green du Sierra Club concernant ce projet. Selon lui, il y aurait de fortes concentrations de mercure dans les sols du futur réservoir. Ce taux de mercure pourrait menacer la capacité reproductrice des truites sauvages. Avouez que ça fait peur n’est-ce pas ? Bon à cela, les experts d’Hydro-Québec répliquent que la mesure du taux de mercure de Daniel Green est tout à fait farfelue et que ce n’est pas la méthode retenue par la communauté scientifique. Qui allez-vous croire, les écolos qui s’improvisent scientifiques ou les experts qui fouillent le sujet depuis des décennies ? Doit-on toujours bloquer les projets de développement au nom du tout puissant «principe de précaution» ?

Nous avons développé au Québec une expertise enviée partout en matière d’hydroélectricité. À chaque projet, à chaque audience du BAPE, nous raffinons notre façon d’intervenir afin de minimiser les impacts sur l’environnement. Le Québec est devenu progressivement une société à l’avant-garde dans ses comportements démocratiques en regard du développement durable (je pense au BAPE). Et malgré les études, les experts, les mémoires, il faudrait arrêter le processus parce que certains verts pensent détenir «la révélation» divine. La Fondation Rivières a déjà annoncé qu’elle ne baisserait pas les bras et ce, même si le projet était approuvé par toutes les instances. Est-ce cela qu'on appelle de la mauvaise foi ?

Vous avez sans doute remarqué que de récents référendums dans trois communautés cries désapprouvaient le projet. Cependant, ce vote défavorable ne devrait pas ultimement empêcher le projet de voir le jour. La communauté crie, contrairement à ce qu’elle affirme ces jours-çi, s’est engagée à accepter le projet Eastmain / Rupert dans l’entente dite de la Paix des braves. Voici l’article 4.11 de cette entente :

4.11 En considération de la présente Entente, les Cris consentent à la réalisation du Projet Eastmain 1-A/Rupert. Ce consentement ne s’étend pas à d’autres projets.

La paille et la poutre

Doit-on empêcher un projet à cause d'une paille dans son dossier et accepter du même souffle de voir grossir la poutre de l'énergie non renouvelable chez nos voisins ? Pour ma part, je préfère une planète qui respire mieux, notamment à cause de projet comme celui de la dérivation de la rivière Rupert. Les écolos devraient avoir l'honnêteté de l'admettre.


Pour en savoir plus :

Les évaluations environnementales : www.mddep.gouv.qc.ca/evaluations/eastmain-rupert/index.htm

Bureau d’information publique : www.bip-pio.qc.ca/fr/eimpact.asp

02 décembre 2006

 

Congrès libéral : entre nostalgie et avenir incertain


Par Denise Turcotte

La course à la direction du Parti libéral ne m’a pas passionnée, je m’en confesse. Comme bien d’autres, je n’aurais même pas pu nommer les huit candidats qui se faisaient la lutte pour succéder à Paul Martin. Mais maintenant que le congrès bat son plein et que les médias en font largement écho, je m’y arrête plus volontiers. Surtout que personne ne veut se hasarder à prédire qui sera le gagnant et que la lutte semble serrée entre les meneurs (au moment où j’écris ces lignes, Ignatieff a remporté le premier tour et la partie semble se jouer entre lui et Bob Rae). Bref, je suis un peu comme tous ces gens qui boudent le hockey durant toute la saison mais qui sentent la ferveur les gagner lorsque vient le temps des séries éliminatoires.

Les charmes de la formule classique

Plusieurs commentateurs ont souligné qu’on assistait peut-être au dernier congrès au leadership traditionnel avec parquet et délégués, suites et brandy, pancartes et musique. Déjà, au congrès du PQ de l’an dernier, tous les membres votaient à distance et comme ils enregistraient en même temps leurs deuxième et troisième choix, les jeux étaient faits dès la fermeture du scrutin. Il est probable que tous les partis vont peu à peu adopter des pratiques plus ou moins similaires. L’exercice péquiste nous a donné une bonne idée de ce à quoi ressembleraient désormais les congrès à la chefferie : peu de suspense, pas vraiment d’alliances, pas de cour pour arracher des appuis aux deuxième et troisième tours, si peu d’émotion.

Et pourtant, il suffit de connaître un tout petit peu les humains pour savoir combien les jeux d’influence, les opérations charme et la persuasion habile peuvent faire basculer des opinions qu’on croyait coulées dans le béton. Voir ainsi les images du congrès libéral montre combien l’ambiance d’un parquet surchauffé peut être exaltante, riche en rencontres et formatrice pour qui veut développer son argumentaire et ses tactiques.

Il me semble que cela va nous manquer dans le système désespérément efficace du vote universel électronique où l’on fixe ses choix tout seul à son clavier, entre les courses et la lessive. Le travail de persuasion se fera autrement, me direz-vous. Sans doute. Mais est-ce que la politique individualisée saura trouver des façons de donner à ses militants des sensations aussi fortes qu’une bonne vieille course serrée sur un parquet en feu ? La démonstration reste à faire.

La déconfiture d’un grand parti

L’autre aspect qui me rend nostalgique, c’est l’état de déconfiture du Parti libéral que les militants essaient d’oublier (et de faire oublier) à travers le grand spectacle médiatique que constitue le congrès. Toute cette effervescence n’est pas sans me rappeler d’autres époques plus glorieuses pour le parti de Laurier, Pearson et Trudeau.

De grandes idées sont associées aux libéraux : Pearson et les casques bleus, qui positionnaient le Canada comme un État pacifiste, Trudeau et la société juste, l’État qui n’a pas d’affaire dans les chambres à coucher, la reconnaissance de la Chine de Mao et du Cuba de Castro, au grand dam des Américains, Chrétien et… bon, passons. Et c’est bien là le drame de ce parti dont la dernière époque semble se résumer à rester au pouvoir (ce que monsieur Chrétien a fort bien réussi) à tout prix (ce qu’il a très bien réussi aussi). Franchement, ça fait pitié à voir.

Repartir sur de nouvelles bases

Les récents changements de cap du Parti libéral témoignent de ce profond malaise. Il y a d’abord eu Michaël Ignatieff reconnaissant que les Québécois forment une nation, une déclaration qui lui a attiré les foudres de plusieurs militants de son parti et que Stephen Harper a habilement récupérée, doublant les bloquistes et sortant les libéraux d’un bourbier qu’ils se sont empressés de refermer dès le début du congrès. Puis il y a eu l’admission de l’existence du déséquilibre fiscal par une résolution des congressistes, il y a quelques heures à peine. Les libéraux chercheraient désespérément à faire plaisir aux électeurs du Québec qu’ils n’agiraient pas autrement. Mais justement, les actions désespérées ont quelque chose de désespérant.

Pour se refaire et contrer les tactiques des conservateurs de Harper, le Parti libéral aurait besoin d’audace et d’idées nouvelles. Plutôt que de tourner autour du pot avec la reconnaissance d’une nation québécoise qui ne fait pas l’unanimité en son sein et l’admission du déséquilibre fiscal qui ouvre le panier de crabes du partage des pouvoirs, il devrait prendre les devants et proposer une toute nouvelle fédération dont les États membres bénéficieraient de pouvoirs élargis. Tant chez les souverainistes « mous » du Québec que chez les Albertains qui commencent à en avoir marre de payer pour les autres, il y a une ouverture manifeste pour passer en mode « on joue pu, on se r’divise ».

Les aspirants à la direction du Parti libéral sont-ils capables d’amener leurs troupes à un changement de cette nature ? C’est loin d’être évident en ce qui concerne Stéphane Dion et Bob Rae, qu’on associe volontiers à l’héritage de Jean Chrétien. Et on ne sait pas encore si Michaël Ignatieff fait preuve d’audace ou seulement d’inexpérience politique. Bref, l’avenir des libéraux est loin d’être assuré.


... Épilogue de dernière heure

Voilà, après quatre tours et bien des palpitations, les libéraux ont enfin un nouveau chef. Je ne suis pas la seule à être surprise de la victoire de Stéphane Dion. Personne n'y croyait vraiment mais le miracle s'est produit: trop abasourdi par sa défaite au troisième tour, Bob Rae n'a pas jugé bon de se rallier à Michaël Ignatieff, alors que Gerard Kennedy amenait patiemment chacun de ses délégués à Stéphane Dion, lui procurant la victoire.

On ne niera pas le travail acharné de monsieur Dion qui a même fini par devenir presque sympathique au fil de la campagne. Mais cette victoire de la continuité laisse amers de nombreux militants libéraux du Québec, convaincus que leur parti vient de faire le pire des choix. En ce sens, l'élection d'un chef francophone mal aimé de ses pairs, mais qui personnifie à merveille le québécois "pas distinct" dont rêve le reste du Canada, est à l'image d'un pays qui pense s'épargner la nécessaire réinvention en gardant une ligne dogmatique et rigide face au Québec et à toutes les provinces qui auraient des velléités d'assouplir le cadre fédéral.

Mais les ténors québécois du Parti libéral l'ont fort bien compris en fin de semaine, la réinvention n'a été que retardée, ou pire encore pour eux, laissée aux bons soins de leurs adversaires.


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