24 février 2007
Publicités politiques négatives: tirer sur les personnes pour tuer le débat
Par Denise Turcotte
Un malaise
Je peux bien l’avouer, je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour Stéphane Dion. Comme plusieurs d’entre vous sans doute, je me suis amusée de le voir dépeindre en rat par le caricaturiste Serge Chapleau. Il avait ce qui fait qu’on aime détester quelqu’un: la suffisance et l’arrogance de l’intellectuel qui se croit supérieur, le petit air hautain de celui qui a tout compris et qui est persuadé que tous les autres sont dans le champ. Quelque chose du traître aussi: ce Québécois qui prétend dire aux autres Québécois ce qui est clair et ce qui ne l’est pas, et qui cherche à changer les règles du jeu pour faire triompher son option fédéraliste par tous les moyens.
Et puis Jean Chrétien est parti et Paul Martin a relégué Stéphane Dion aux banquettes arrières. Et il a fallu ajouter des qualités improbables comme l’humilité et la modestie à notre façon de percevoir monsieur Dion. En jouant le brave soldat sans rechigner, puis en devenant ministre de l’Environnement, il a commencé à casser son image de Québécois venu à Ottawa uniquement pour remettre le Québec à sa place. Je crois que c’est à partir de là que l’image du rat est passée de caricature parfaite à insulte pas très gentille.
Finalement, pendant la campagne au leadership du Parti libéral, Stéphane Dion a redoublé d’efforts pour montrer qu’il pouvait être près des gens. En écoutant certaines des entrevues qu’il a données sur des tribunes moins politiques, je me suis même surprise à me dire que Stéphane Dion n’était peut-être pas un mauvais diable dans le fond. De là à en faire un chef charismatique de grand parti, il y a une marge, mais c’est comme si tout à coup, il ne méritait plus qu’on le déteste intégralement et sans appel.
C’est un peu pour cela que j’ai ressenti un malaise lorsque j’ai vu les publicités négatives des conservateurs sur Stéphane Dion. Le rat, on peut reconnaître que c’était peut-être un peu fort, mais on peut aussi se dire qu’il avait couru après. Mais il ne mérite pas un Rat II. S’attaquer à la personne plutôt qu’aux idées, c’est « cheap ».
Approche déloyale
C’est d’ailleurs curieux de voir combien les conservateurs sont prompts à préférer l’attaque personnelle à l’argumentation sur les idées, eux qui se posent en champions de l’intégrité morale. Il y a dans ce procédé toute l’hypocrisie que je déteste. Celle des défenseurs de la rigueur qui n’hésitent pas à tourner les coins ronds pour arriver à leurs fins. Celle des bigots qui mangent de la balustre d’un côté de la bouche et qui mangent du prochain de l’autre bord de la gueule.
Il fallait entendre les ministres conservateurs du Québec défendre leurs publicités négatives en les dépeignant comme de l’information. N’importe quoi ! Tout le monde sait que Stéphane Dion a loyalement servi Jean Chrétien, personne n’a besoin d'être informé là-dessus. De la part des conservateurs qui exigent de leurs députés un respect exemplaire de la ligne de parti, c’est presque cocasse.
En réalité, ce que les conservateurs cherchent à faire, c’est plutôt d’associer monsieur Dion à tout ce que les électeurs peuvent reprocher à Jean Chrétien, y compris le scandale des commandites et son style un peu colon. Ils ne démontrent pas que les idées de Dion sont mauvaises, ils tentent de nous convaincre que, puisque Dion travaillait avec Chrétien, il est forcément croche. Ils misent sur le fait que ni Dion, ni Chrétien ne bénéficient d’un grand capital de sympathie de la part des Québécois.
Nouvelle mode
Est-ce que ce type de publicités dont les Américains sont friands a de l’avenir au Québec ? Je ne sais pas. Les Québécois détestent la chicane et beaucoup de gens se plaignent que les politiciens passent leur temps à se dénigrer les uns les autres plutôt qu’à expliquer ce qu’ils ont à proposer pour régler les problèmes auxquels la population fait face.
D’un autre côté, la radio-poubelle a la côte et les morning-men qui se spécialisent dans l’attaque personnelle jouissent de larges auditoires qui en redemandent et qui en rajoutent dans les tribunes téléphoniques. Dans les milieux de travail, il n’est pas rare que le dénigrement des collègues soit érigé en système et c’est souvent vrai également dans les familles. Si nous sommes souvent portés à nous ranger du côté des victimes, nous avons bien de la difficulté à résister à la tentation de la gueule sale...
Finalement, je crois que ce qui me dérange le plus dans les publicités négatives, c’est qu’elles nous éloignent encore un peu plus des débats véritables. Il me semble qu’on baignait déjà dans suffisamment de démagogie comme ça ! Quoi qu’il en soit, si les conservateurs réussissent à faire entrer les publicités négatives agressives dans nos mœurs politiques, ce ne sera pas parce qu’ils sont plus méchants que les autres. Ce sera parce que nous sommes prêts à accepter que tous les coups sont permis et que les idées sont devenues secondaires dans l’arène politique.
17 février 2007
Pourquoi j’appuie Sylvain Gaudreault
Par Denise Turcotte
Plantons d’abord le décor: Sylvain Gaudreault n’est pas mon ami d’enfance, ni un parent, ni l’ami d’un parent, ni même l’ami d’un ami. C’est simplement quelqu’un avec qui j’ai voulu partager un blogue parce que j’aimais sa vision du monde et sa façon de l’exprimer dans Le Quotidien où il a agi comme chroniqueur pendant trois ans.
Des valeurs humanistes
Sylvain défend un monde plus juste, une société ouverte sur la planète, une région qui prend son destin en charge et qui met ses ressources et son imagination au service de son développement. Il voit la souveraineté du Québec comme un moyen de prendre notre place dans le monde, pas comme un repli folklorique. Il accorde beaucoup d’importance à l’environnement, à la culture et à l’éducation. Il croit que l’État doit intervenir parce que «le marché» laissé à lui-même provoque des inégalités qu’une société riche ne doit pas tolérer. C’est d’abord en cela que je le rejoins: il porte et défend des valeurs qui sont aussi les miennes.
De la vision
Ses écrits en sont la démonstration, Sylvain s’informe beaucoup et il réfléchit sur le monde, sur la société, sur la région. C’est quelqu’un qui analyse et qui fait des liens pour comprendre les événements et leur portée. Il dépasse les évidences et les clichés. Il ne se prononce pas au hasard, il se construit une vision large et profonde des enjeux. Ses idées sont claires et d’une cohérence qui ne se dément pas au fil du temps.
J’appuie Sylvain Gaudreault parce qu’il a la réflexion et la vision qu’il faut pour faire face à des problèmes complexes comme ceux que notre région doit résoudre de toute urgence.
De l’idéal
Sylvain est le contraire du cynisme et du défaitisme. Ça fait du bien ! J’ai découvert en lui quelqu’un qui croit profondément qu’on peut changer les choses, mieux, qu’on DOIT changer des choses. Et qui est prêt à se retrousser les manches pour le faire. Militant depuis de nombreuses années, il sait qu’on ne change pas le monde du jour au lendemain, mais il a l’expérience de l’action et du travail politique. Il n’est pas naïf, il est actif. Il a des convictions et il n’a pas peur de se lever pour les défendre.
À l’heure où les politiciens sont souvent taxés d’agir par intérêt personnel ou pour étancher leur soif de pouvoir, je sens chez Sylvain un réel désir de se mettre au service du bien commun pour améliorer le sort des gens de la région. Il va en politique par idéal, avec une intégrité sans faille et la certitude qu’il devra se montrer digne de la confiance placée en lui. Je l’appuie parce que c’est le genre de motivation que j’attends des gens qui aspirent à nous représenter et à nous diriger.
De la vaillance
Je l’ai vu à l’ouvrage. Il travaille fort. Il travaille bien. Il écoute. Il travaille en équipe. Il est extrêmement respectueux des personnes qui l’entourent ou qu’il croise. Ce n’est pas pour rien qu’il a réussi à réunir autour de lui une équipe impressionnante faite de gens provenant d’horizons variés. Et ce n’est pas par hasard que le travail se fait vite, bien et dans une ambiance joyeuse autour de lui. Je l’appuie pour ses qualités de rassembleur et pour son leadership qui inspire sans étouffer.
La capacité de livrer la marchandise
Je l’ai vu manœuvrer pour faire avancer ses dossiers. Bon communicateur, il sait expliquer son point de vue clairement et calmement, en s’appuyant sur une argumentation solide. Tenace et déterminé, il sait aussi mettre en relief les intérêts communs pour attirer des alliés à ses causes. Cherchant le résultat avant le prestige, il partage le crédit des victoires et mérite ainsi le respect et l’estime de ses partenaires tout en leur donnant le goût de s’engager dans les prochaines batailles.
À l’époque où tant de lobbies sont à l’œuvre pour que la poche aille au plus fort, nous avons besoin de gens habiles à trouver les compromis qui font avancer les choses et progresser le bien commun. J’appuie Sylvain Gaudreault parce qu’il possède cette habileté.
La région a besoin de nouveaux leaders pour relever la tête, mobiliser toutes ses forces et travailler avec intelligence et acharnement à faire de ce coin du monde un endroit où chacun peut vivre la vie à laquelle il aspire.
J’appuie Sylvain Gaudreault parce qu’il est un de ces nouveaux leaders et que Jonquière a un urgent besoin de quelqu’un comme lui.
10 février 2007
Regard sur le court métrage au Saguenay: une conception festive de l’entreprenariat régional
Par Denise Turcotte
Quand on évoque l’entreprenariat, on pense d’abord à des commerces et à des usines. Pourtant, dans une région qu’on qualifie volontiers de «pépinière d’artistes», il est tout à fait logique que l’entreprenariat s’exprime à travers une de nos grandes richesses naturelles: la vitalité artistique et la créativité de nos artistes.
À sa onzième année, Regard sur le court métrage au Saguenay amène le monde sur nos écrans et permet l’essentielle rencontre entre créateurs et gens de l’industrie. Il donne également à plusieurs jeunes créateurs l’occasion de travailler dans le domaine qui les passionne et de le faire ici, au Saguenay.
Persévérance
Ça n’allait pas de soi, comme le raconte avec amusement Éric Bachand, fondateur de l’événement et actuel directeur artistique. «La première fois que j’ai appelé à la SODEQ pour avoir de l’aide, ils m’ont expliqué tout le processus et ils m’ont dit «bonne chance» sur un ton qui en disait long!» D’ailleurs, la première demande a été refusée: «En toute naïveté, je cherchais 500$ pour éponger le déficit de la première édition», explique Bachand.
C’est vrai qu’il fallait une certaine dose de naïveté pour croire que l’organisme gouvernemental apporterait son soutien à un festival naissant, marginal et «en région». Pourtant, onze ans plus tard, la SODEQ reconnaît l’importance du festival et lui accorde quelques dizaines de milliers de dollars annuellement. Et Éric Bachand est bien trop dépourvu de malice pour y penser, mais moi ça me fait un petit velours que Regard sur le court métrage soit devenu un succès pendant que la SODEQ se plantait avec sa tentative réorganisation des grands festivals de films à Montréal.
De la passion et du plaisir
En fait, je crois que le succès du festival tient beaucoup à son esprit bon enfant, passionné et résolument festif. Regard est très sérieux, mais il ne se prend pas trop au sérieux même si son rayonnement est international avec des films provenant d’une quinzaine de pays. Cette année, il y a même des gens de l’extérieur de la région qui sont venus pour agir comme bénévoles au festival; c’est dire à quel point l’événement est en train de devenir un incontournable.
Les artistes qui participent à Regard s’amusent ferme. C’est pour ça qu’ils reviennent et qu’ils en parlent à leurs amis. Par exemple, Francis Leclerc, dont le festival a présenté plusieurs films au fil des ans, est de retour cette année pour réaliser le film improvisé. Il a amené son copain Roy Dupuis. C’est comme ça, Regard, c’est un peu une affaire de chums.
Vedettes et grosses pointures
Les vedettes comme Roy Dupuis, Francis Leclec, ou Sylvain Marcel, le porte-parole au célèbre «Ah Ha!», attirent les projecteurs sur le festival et contribuent à le faire connaître. C’est une bonne chose, mais les vedettes les plus importantes sont peut-être ailleurs. Regard est une formidable vitrine pour des cinéastes talentueux d’ici, comme Sébastien Pilote, qui y présente un nouveau film cette année. Et il y a, dans la programmation de Regard, de nombreux films primés et sélectionnés dans des festivals importants, comme Histoire tragique avec fin heureuse, de Regina Pessoa, couronné à Annecy, Séoul et Hiroshima, Spraekker, de Aage Rais-Nordentoft, Grand Prix à Brest, Eût-elle été criminelle… de Jean-Gabriel Périot, gagnant de quatre prix internationaux, Banquise, de Claude Barras et Cédric Louis, sélection officielle en compétition au Festival de Cannes, Sniffer, de Bobbie Peers, Palme d’Or du court métrage et prix Norman McLaren au Festival de Cannes 2006, Noël Blank, de Jean-François Rivard (à qui on consacre d’ailleurs une rétrospective), prix Génie 2004 du meilleur court métrage dramatique, et plusieurs autres.
Si les noms de ces cinéastes sont inconnus pour l’instant, nous pourrons peut-être bientôt nous vanter d’avoir été parmi les premiers à les découvrir. Comme nous avons eu la chance de faire, sur les écrans de Regard, la découverte des films de Francis Leclerc, Ricardo Troggi, Jean-Marc Vallée, Robin Aubert, Denis Villeneuve, Louis Bélanger et tant d’autres.
Certains réalisateurs et organisateurs de festivals étrangers sont venus au Saguenay pour présenter leurs films et pour voir ceux qui sont projetés ici. Samedi soir par exemple, le français Martin Rit et le belge Xavier Diskeuve étaient là pour présenter leurs films à une salle comble qui leur a fait bon accueil. Au delà des riches rencontres qui s’en suivent, cette notoriété acquise par Regard sur l’échiquier mondial du court métrage est sans doute une des principales fiertés de l’équipe de Caravane Films, qui organise le festival.
Autre raison de se réjouir, le public de Regard suit fidèlement et augmente année après année. L’événement a d’ailleurs mis de l’avant une foule d’initiatives pour développer son public. Ainsi, en plus des tournées dans les écoles, des séances scolaires, ados, familiales et de projections dans des vitrines d’édifices de la rue Racine, Regard organise cette année des projections sur écran de neige. Animées par les Clowns noirs du Théâtre du Faux coffre, ces séances extérieures gratuites expriment de façon audacieuse la nordicité assumée d’un festival sans complexe.
Une nouvelle façon d’être régionaliste
Regard sur le court métrage au Saguenay est un bel exemple de ce qui me fait espérer le meilleur pour l’avenir de la région. Avec ses projections à Chicoutimi et à Jonquière (et même à Alma en avant-première), le festival reste imperméable aux querelles de clochers et occupe au mieux le territoire pour accroître son rayonnement, augmenter son accessibilité et exploiter tout le potentiel de chaque lieu.
Mais surtout, cet événement organisé par une équipe jeune, débrouillarde et déterminée présente un visage réjouissant et moderne de l’entreprenariat régional : axé sur la culture, fidèle à sa passion, et tourné vers le monde tout en restant fier porteur de l’identité régionale.
Bel exemple à suivre.
04 février 2007
Pourquoi je suis candidat du Parti Québécois
Par Sylvain Gaudreault
J’en ai assez du tumulte des derniers jours. Je ne digère pas ces supputations médiatiques sur la soi-disant désertion du Parti québécois par des candidats de la relève. Un instant ! J’ai 36 ans et je suis candidat dans l’équipe d’André Boisclair. Ça vous étonne ? J’ai fait le choix de me présenter avec le Parti québécois, sans être pour autant un extra-terrestre. Voici pourquoi. Pièce en trois actes.
Acte 1 : la souveraineté
Je ne veux pas passer toute ma vie active à tourner en rond sur la question nationale. Faire la souveraineté m’apparaît comme la piste de solution la plus pertinente pour garantir le plein épanouissement de la nation québécoise, mais aussi pour assurer son avenir social, économique et politique. Le Québec occupe une place de plus en plus congrue à l’intérieur du Canada et il faut prendre acte de l’impossibilité chronique de renouveler en profondeur le fédéralisme.
Construire un pays est le défi le plus stimulant qui soit. À partir du travail de pionnier réalisé par les générations de militants qui ont précédé la mienne, je souhaite faire partie d’un gouvernement qui posera aux Québécoises et aux Québécois la question fondamentale : que préférez-vous entre la souveraineté du Québec et le statu quo constitutionnel ? Le fardeau de la preuve est entre les mains des fédéralistes.
Être souverainiste, c’est aussi croire à une plus grande autonomie des régions. Comme défenseur de leur développement, partisan d’une politique d’occupation du territoire, je crois que la souveraineté est le meilleur outil de développement régional à long terme. À l’intérieur d’un Québec souverain, le rapport de force des régions se trouverait décuplé. Le chantier de la souveraineté, avec notamment le projet de rédaction d’une Constitution, apparaît comme le moment tout indiqué pour revoir la répartition des pouvoirs et – enfin ! – proposer une véritable décentralisation aux régions avec les ressources qui l’accompagnent.
Acte 2 : le parti
Le Parti québécois est social-démocrate. Dans Jonquière, j’ai rassemblé autour de ma candidature des militants en provenance de tous les milieux, dont plusieurs appartiennent au mouvement syndical. Comme moi, ils croient en l’influence des lieux de pouvoir par l’intérieur. Le Parti québécois rend possible cet engagement civique profond. Quand Victor-Lévy Beaulieu éructe « bon débarras », c’est sur tous ces gens de conviction qu’il crache !
Les gouvernements du Parti québécois ont fait de grandes réformes sociales-démocrates : le financement démocratique des partis politiques, la Charte de la langue française, la loi anti-scab, la loi sur la lutte contre la pauvreté, les services de garde à 5$ par jour, la politique nationale de l’eau, etc. Avec l’influence grandissante des militants progressistes dans les instances, aucun chef du Parti québécois ne pourra se travestir en chantre de la droite populiste comme Mario Dumont. Déjà, le programme actuel du parti prévoit d’audacieuses mesures comme la réduction à la dépendance au pétrole et le gel des frais de scolarité. Le Conseil national du parti s’est prononcé en faveur de la création d’un fonds de capital de risque dans les régions pour casser leur dépendance envers la grande entreprise.
Le Parti québécois mobilise la jeune génération. Mes amis Jonathan Valois et Stéphan Tremblay ne se représentent pas afin de consacrer leur temps à leur jeune famille. Qui leur en voudra ? La politique, c’est quelque chose de grand. Je salue leur attitude professionnelle à l’égard du service public. En même temps, je remarque la présence des Patrick Lahaie (36 ans) dans Laviolette, Annie Thériault (29 ans) dans Lotbinière, Nicolas Girard (34 ans) dans Gouin, Elsie Lefebvre (27 ans) dans Laurier-Dorion, Alexandre Bourdeau (28 ans) dans Berthier et Joëlle Quérin (22 ans) dans Chomedey. Et le bateau coulerait au Parti québécois ? Allons donc !
Acte 3 : le chef
André Boisclair a davantage d’expérience ministérielle que Jean Charest en avait au moment où celui-ci a été élu premier ministre. Dans la tourmente autour de son leadership, il choisit la transparence au lieu des faux-fuyants. Je reconnais là des signes de maturité.
Parmi tous les chefs du Parti québécois, André Boisclair est celui qui incarne la souveraineté comme un moyen plutôt que comme une fin en soi. Ne répète-t-il pas : « Ma priorité, c’est l’éducation ; mais pour y arriver, j’ai besoin de la souveraineté » ? Les changements que veut apporter le chef du Parti québécois ne sont pas que cosmétiques. La souveraineté n’est plus affaire de ressentiment ni de revanche à l’égard du Canada anglais. Le Québec a quelque chose à dire et à faire à l’ONU, à l’UNESCO et à l’OMC, là où les décisions se prennent. André Boisclair est le chef qui a fait du rôle du Québec sur la scène internationale le cœur de son argumentaire souverainiste. C’est ici qu’il me rejoint le plus.
Pour toutes ces raisons, j’ai accepté de faire partie de l’équipe des candidats du Parti québécois. J’en suis très fier.
Pour aller plus loin : mon site Web en tant que candidat du Parti Québécois dans Jonquière.
03 février 2007
Accommodements raisonnables 101
Par Denise Turcotte
Ils sont sur toutes les lèvres ces derniers temps, les fameux accommodements raisonnables ! Tout le monde y va de son point de vue sur ce que les gens qui viennent vivre ici devraient faire ou ne pas faire et sur ce qu’il est acceptable de leur «concéder».
Comme dans plusieurs discussions émotives, j’ai l’impression qu’on mélange beaucoup de choses et qu’on exprime beaucoup d'émotions sans trop savoir de quoi on parle. Avant de coller au plafond, si on prenait le temps de préciser quelques notions de base, il me semble qu’on pourrait y voir un peu plus clair.
La Charte : 30 ans de protection des droits
Le Québec s’est doté d’une Charte des droits et libertés de la personne en 1976. C’est une loi fondamentale que tous, individus, groupes, organismes, entreprises, services publics et privés, institutions et administrations gouvernementales sont tenus de respecter. Le Canada s’est aussi doté d’une charte des droits et libertés de la personne à laquelle sont soumises les institutions de compétence fédérale comme la fonction publique fédérale, les banques, les entreprises de télécommunications, les services de transports aérien, ferroviaire ou maritime.
Je gage que vous n’avez pas lu votre charte des droits récemment, alors voici un petit rappel très sommaire. La Charte québécoise des droits et libertés de la personne garantit :
- des libertés et droits fondamentaux, par exemple le droit à la vie et la liberté de religion
- des droits économiques et sociaux, par exemple le droit de l’enfant à la protection, le droit à l’instruction publique gratuite, le droit à l’information et le droit des personnes issues des minorités ethniques de maintenir et faire progresser leur vie culturelle avec les membres de leur groupe
- des droits judiciaires, comme le droit à une audition publique et impartiale de sa cause par un tribunal indépendant
- des droits politiques, comme le droit de voter
- le droit à l’égalité et la protection contre la discrimination pour des motifs comme la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, un handicap ou un moyen pour pallier un handicap.
Voilà donc une bonne chose : pas besoin d’en rajouter, chers citoyens de Hérouxville, la lapidation est déjà prohibée au Québec ! Et ne vous inquiétez pas, monsieur le maire Tremblay, personne ne peut vous empêcher d’être catholique pratiquant à Chicoutimi. Contrairement à ce que sous-entendent les démagogues des ondes, la Charte ne protège pas seulement les droits des minorités: elle protège toutes les personnes, vous, moi, tout le monde. Je pense que c’est bon de le rappeler.
Accommodement raisonnable : une définition
L’accommodement raisonnable est d’abord une notion juridique. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, l’organisme à qui la Charte confie le mandat s’assurer la promotion et le respect des principes qu’elle contient, utilise la notion d’accommodement raisonnable dans un sens bien précis :
«Obligation juridique découlant du droit à l’égalité, applicable dans une situation de discrimination, et consistant à aménager une norme ou une pratique de portée universelle, en accordant un traitement différentiel à une personne qui, autrement, serait pénalisée par l’application d’une telle norme. Il n’y a pas d’obligation d’accommodement en cas de contrainte excessive»(1).
Voilà d’autres précisions intéressantes. Ainsi, l’obligation d’accommodement raisonnable n’est applicable que dans les cas de discrimination: il faut que la personne soit empêchée d’exercer un droit reconnu par la Charte pour qu’on puisse envisager un accommodement raisonnable. C’est pour ça que j’ai fait le petit rappel sur la Charte. En la relisant, on constate que ne pas voir d’arbre de Noël ou ne pas voir de femmes en shorts ne sont pas des droits reconnus et que la présence d’un arbre de Noël et la présence de femmes en shorts ne sont pas des motifs de discrimination.
L’autre chose qu’il est important de retenir de cette définition d’accommodement raisonnable, c’est que la notion s’applique à une personne, pas à une communauté ou à un groupe. Autrement dit, c’est du «cas par cas». Bref, ce n’est pas parce qu’un garçon a obtenu le droit d’aller en classe avec un kirpan cousu à son pantalon que des hordes de poignards menaçants sont autorisées à se lancer à l’assaut de toutes les polyvalentes.
Finalement, le sens de «raisonnable» peut faire l’objet de diverses interprétations. Dans un document publié en novembre dernier, la Commission des droits de la personne rappelle que règle générale, les tribunaux considèrent les coûts d’un accommodement, ainsi que l’impact sur les droits d’autrui ou le bon fonctionnement d’une institution. Dans les cas d’accommodement en matière religieuse, la Commission rappelle qu’une attention particulière doit également être apportée au respect du principe d’égalité entre les sexes.
Des outils pour prendre des décisions éclairées
Bien sûr, on ne peut pas nier que les nouveaux arrivants apportent avec eux des valeurs, des croyances et des façons de vivre qui diffèrent de celles de la majorité qui les accueille. Que cela crée des heurts dans la vie de tous les jours n’est pas surprenant. Et les humains étant ce qu’ils sont, que certains de ces heurts soient gérés avec plus ou moins de doigté et de compétence, avec les craintes et les préjugés de chacun, ça n’est pas surprenant non plus.
Certains sont impressionnés par l’aplomb avec lequel certaines demandes leur sont faites lorsqu’on invoque «ses droits»; mal outillés pour faire les arbitrages nécessaires, ils tentent «d’éliminer le chiâlage» en faisant des utilisations créatives de la notion d’accommodement raisonnable sans mesurer les impacts de leurs décisions. Ça donne par exemple des «arbres de vie» à Noël.
En réaction, d'autres croient que l’accommodement raisonnable conduit à permettre n’importe quoi et à favoriser «l’autre» au mépris de «soi»; ils se sentent menacés et pensent que la majorité est bafouée au profit des droits des minorités. Ils réclament, de façon souvent maladroite, que la majorité s’affirme davantage.
Des excès en tous genres ont été mis en lumière ces derniers temps. Parfois ils ont été carrément montés en épingle par des médias en mal de débats chauds ou par des politiciens à la recherche d’appui populaire. Reste que pour que des gens paisibles sentent le besoin de souligner au crayon gras que la lapidation est interdite chez eux, il faut sans doute qu’ils aient la persistante impression que le plus élémentaire bon sens se perd. Et ces autres gens paisibles qui acceptent de masquer les fenêtres d’un centre de conditionnement physique pour empêcher qu’on voie des femmes en shorts ne vont certainement pas les rassurer. Mais convenons que dans les deux cas, il s’agit de gestes irréfléchis et stupides que des gens bien informés n’auraient probablement pas posés.
Avant de hurler les masses en l’air que certains groupes utilisent la charte de façon abusive pour déposséder la majorité de son identité, commençons donc par la relire et bien l'appliquer nous-mêmes. Elle constitue l’expression des valeurs de la société québécoise que beaucoup d'entre nous sentent le besoin de réaffirmer et de mieux faire connaître. C'est sur elle que nos décideurs doivent s'appuyer. Et si des modifications et ajustements sont requis, c'est par là qu'ils passent.
P.S. : Merci à Constance qui m’a fourni les documents sur lesquels s’appuie ce texte.
Pour en savoir plus:
(1) Accommodements raisonnables : éviter les dérapages
http://142.213.87.17/fr/publications/docs/accommodements_eviter_derapages.pdf
Ce petit texte de moins de deux pages publié par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en novembre dernier remet en contexte une notion pas mal galvaudée par les temps qui courent.
La section Publication du site de la Commission contient plusieurs textes éclairants sur les accommodements raisonnables et leur application, notamment en matière religieuse http://142.213.87.17/fr/publications/liste.asp?Sujet=3&noeud1=1&noeud2=6&cle=0
La Charte des droits et libertés du Québec http://142.213.87.17/fr/commun/docs/charte.pdf
Vos droits et libertés … selon la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, Publication de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse
décembre 1999
La Charte canadienne des droits et libertés : http://lois.justice.gc.ca/fr/Charte/index.html